‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 63 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» actuellement presque tous les habitants travaillent sans ^ discontinuer à défricher, chacun sur leur territoire, tous » les endroits qui estaient infructueux depuis la guerre » de 1636, même jusqu'aux plus mauvais et plus écartés, » dont ils font des prés et des champs. Les différentes » charges qu'ils sont obligés de supporter tous les jours à » l'occasion de la guerre, et la grande misère où ils se vi- » rent réduits l'année dernière, leur ont appris à ne plus estre » fainéants, et, pour les engager encore davantage à rendre » cette province abondante de toutes sortes de denrées, il y » a sept ou huit ans que je déclarai, dans un mandement de » l'imposition ordinaire, qui se distribue chaque année dans » toutes les communautés, que tous ceux qui défricheraient » lesdites terres incultes ne paieraient rien de ladite impo- » sition, pendant cinq années, pour les terres nouvellement » défrichées. Cet expédient a eu tout le succès que l'on pou- » vait espérer, et je puis vous assurer que, dès ce temps, » chacun a travaillé de son mieux, y ayant présentement un » tiers plus de terres en nature qu'il y en avait lorsque » Sa Majesté a conquis ladite province, et je n'en sais aucune » d'inculte ^ »

Nous n'avons aucune raison de contredire l'intendant, satisfait de la situation de la province qu'il administre, et s'attribuant sans doute une bonne part des progrès qu'il constate. Serait-il aussi affirmatif quelques années plus tard? La funeste guerre de la succession d'Espagne va commencer; les années désastreuses se succèdent. La Franche- Comté, sans doute, ne verra pas l'ennemi ; mais elle se croira plusieurs fois sur le point d'être envahie. Des charges accablantes : impôts nouveaux, levées de milice, passages de troupes, quartiers d'hiver, vont peser lourdement sur elle et ralentir, sinon complètement arrêter, les progrès de son rétablissement.

1 BoisLiSLE, Correspondance des intendants^ I, 1437.

ture.

Du reste, les intendants, préoccupés exclusivement des affaires militaires et des intrigues qui s'agitent autour d'eux, ne parlent plus qu'incidemment de la situation générale de la province, et c'est généralement pour la trouver mauvaise. L'agricui- La Franchc-Gomté est un pays essentieliement agricole ; la culture du sol et le commerce de ses produits naturels sont aujourd'hui et étaient plus encore, au xvii'' siècle, la principale ressource de ses habitants. Ces produits sont très variés, et l'on peut, sur ce point, accepter l'opinion de Pélisson, que le comté de Bourgogne peut se suffire à lui-même. Les céréales, la vigne, les pâturages et les bois se partagent le territoire. A part la vigne, à qui la haute montagne est naturellement interdite à cause de la température, ces productions sont réparties sur toute la surface du territoire. Cependant chacune d'elles est plus spécialement cantonnée dans une région de la province. La plaine, qui comprend les régions de la Saône, de l'Ognon et du Doubs inférieur, est avant tout une terre à blé. Dans la haute et la moyenne montagne, dominent les forêts et les pâturages ; la vigne est cultivée dans une région intermédiaire, aux limites assez indécises, qui s'étend sur les flancs occidentaux des derniers chaînons du Jura, depuis la Bresse jusqu'aux environs de Besançon, avec quelques annexes à ce domaine, dans la plaine du côté de Gy et des bords de la Saône, en montagne dans la vallée de la Loue, où les ceps se hasardent jusqu'aux rochers qui soutiennent les hauts plateaux.

Gette répartition des produits agricoles n'est pas arbitraire, elle est imposée par la nature du sol et surtout par le climat K

1 Gollut disait déjà : « Comme le pais est ou montagnard ou de campagne les w montagnes hont pris à leur part les métaux, le bestail, et bone partie du gibbier » et venaison, avec les sources poissonneuses des rivières; retenaus encore leur part » des bons vins, une commodité des bois, le pasturage très gras, et quelques por- » lions de terres arables pour la semence de leurs grenues.

» Et le surplus est presque entièrement demeuré à la campaigne, laquelle est » tellement découverte au labourage pour les semences de toutes sortes de grenues )) propres à la nourriture des homes et des bestes, que combien que le nombre des

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