‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 64 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Aussi un géographe moderne pourrait-il accepter, presque sans y rien modifier, les termes du mémoire de 1698.

« Cette province, dit Tintendant, est divisée presqu'en Le » pais uny et pais de montagne; le pais uny, qui comprend et la » les bailliages de Vesoul, Gray, Dole, Lons-le-Saunier et "^°"^^"®' » Poligny, est abondant en grains, vins et fourrages ; il y a » aussy beaucoup de charmes et de noyers.

ft On peut encore diviser le pais de montagne en deux, » savoir, la Franche-Montagne, qui comprend les bailliages » de Pontarlier et d'Orgelet, la terre de Saint-Claude, et une » partie des bailliages de Salins, Ornans et Baume.

» Bien qu'il n'y croisse que de l'avoine, de l'orge et autres » menus grains, il ne laisse pas d'estre le meilleur et le » plus riche de toute la province par la quantité de bestiaux y> qui s'y nourrissent.

» Dans l'autre partie de la montagne, où sont situés les » bailliages de Besançon, Quingey, Arbois et une partie de » ceux de Salins, Ornans et Baume, il y croît quelques bleds » et avoines et beaucoup de vin. »

L'auteur du mémoire ajoute quelques lignes plus bas :

« La province est située au 47" degré, comme une partie » de la France, cependant les hyvers y sont bien plus froids, » et y durent beaucoup davantage : cela vient de ce que » les montagnes estant ordinairement chargées de neiges » jusqu'au mois d'avril et de mai, les pluyes et les vents » qui y régnent beaucoup aportent des froids qui endom- » magent mesme souvent les grains et les vignes ; on » passe après cela tout d'un coup dans de grandes cha-

» villes et villages soit de plus de 4,700, et que le peuple et le bestail qui y réside » et s'y nourrit soit comme innumérable, toutefois tout en est nourry à telle co- » pieuse abondance que les fruits d'une seule année peuvent suffire à trois et » quatre, si la Saône ne nous en emportait une parlie au Lyonais et païs qui sont » sur le Rhône et sur la mer de Lyon, ou que Messieurs dos Ligues n'en tirassent 1) grande quantité pour fournir leurs subjels et païs montagnards n'haïans grande « quantité de grains, et encore tels qu'ils ne portent l'eage de plus de six mois, » {Mémoires historiques, col. 123.)

mauvaises années,

y> leurs, de sorte qu'on ne s'aperçoit presque pas du prin- » temps ; mais toutes les automnes y sont ordinairement fort » belles. »

La rigueur des saisons et surtout les brusques changements de température étaient, en effet, comme ils sont encore aujourd'hui, la terreur et trop souvent la ruine des paysans franc-comtois. La correspondance des intendants et quelques chroniques locales permettent de suivre presque année par année les vicissitudes de leur existence. Les Les années 1692, 1693 et 1694 furent particulièrement

mauvaises. Le 10 mai 1692, un froid extraordinaire détruisit 1694, ' en partie les moissons, le mauvais temps continua tout l'été, et une neige prématurée, le 11 octobre, acheva la ruine du pays. Le blé renchérit outre mesure ; à Arbois, les boulangers rejetèrent la taxe du pain ; on dut les menacer, en cas de résistance, d'amendes arbitraires et d'emprisonnement K La situation s'aggrava en 1693, le parlement s'en préoccupa et prit, le 16 novembre, un arrêté portant règlement pour la subsistance des pauvres -.

En vertu de ce règlement, tous les mendiants étrangers à la ville d' Arbois reçurent l'ordre de quitter la ville, et les habitants indigents durent se faire inscrire au rôle tenu par le magistrat.

A Salins, les ouvriers des sauneries, réduits à la dernière

1 BoussoN DE Maibet, Aïuudes historiques d' Arbois.

2 Droz, Recueil des cdits. Le parlement devait renouveler en 1709 les mesures de 1693. Voici les principaux articles de l'arrêt du 7 mai 1709 :

I. Tous les mendiants hors d'état de gagner leur vie sont tenus de se retirer dans leurs paroisses.

II. Défense de vaguer et de mendier sous peine de huit jours de prison et do carcan. En cas de récidive, de trois ans de galères pour les hommes valides et les garçons au-dessus de seize ans ; du fouet et du carcan à différents jours de marché pour les estropiés et les femmes non grosses ; du fouet pour les garçons au-dessus de douze ans en état de faire quelque travail. Défense de leur donner retraite plus d'une nuit à peine de 10 livres d'amende.

III. Les estropiés et les malades seront conduits dans les hôpitaux.

IX. Ordre aux pauvres valides de travailler, et défense de leur donner l'aumône lorsqu'il y aura du travail, etc.

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