‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 66 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

contre l'affluence des pauvres étrangers, qui mendient au détriment des pauvres de la ville et qui causent des maladies ; on fait assembler tous les mendiants pour en connaître la qualité et faire sortir ceux qui ne sont pas du pays.

Le 7 avril, on n'a plus d'illusions; on a reconnu que les premières blés sont entièrement perdus, la famine est imminente, et "^^^^'®^ le magistrat délibère sur les mesures à prendre pour em- "^^sisu-at. pêcher les troubles, qui commencent déjà, et calmer l'émotion populaire.

Le magistrat chercha d'abord à se rendre compte des ressources dont la ville pouvait disposer et à en tirer le meilleur parti possible. On décida de demander à chaque habitant de faire une déclaration juste et sincère de tous les grains qu'il possédait dans ses greniers, à peine de confiscation du surplus de la déclaration, de cinq cents livres d'amende et d'emprisonnement. Une commission fut nommée pour visiter les greniers, s'assurer de la sincérité des déclarations, calculer ce qui était nécessaire à chaque famille, et faire verser le surplus dans les greniers publics. On devait s'assurer en même temps que les boulangers de la ville étaient en état de fournir du pain aux bourgeois qui n'en avaient pas K

Mais dans ces temps critiques, il fallait compter avec l'af-

1 Délibération du 7 avril.

« M. le Guerchois ordonna des comnais pour faire une visite exacte dans toutes » les familles séculières et régulières, avec ordre de supputer ce qui pourrait estre » nécessaire à chacun pour l'année et d'enlever tout le reste dans les magasins du » roy. L'on vint nous signifier cet ordre et à même temps ouvrir nos portes jusques » à quatre ou cinq fois à messieurs ses commissaires, qui aiant soigneusement » visité nos greniers et tous les endrois du monastère sans en échapper un seul, » jusqu'à enfoncer leur épée dans nos chevets, matelats et paillasses des lits pour » chercher si l'on y avait point caché de grain, comme il l'avait trouvez en d'autres » endrois hors de chez nous, ils firent assembler la communauté, jusqu'aux plus » petites de nos pensionnaires, et ayant compté exactement le nombre, il se trouva » 68 personnes, savoir, 43 professes, 8 sœurs domestiques, 1 novice, 2 tourières et » le reste de pensionnaires, et supputant ce qu'il avait été trouvé de blé chez nous, » ils conurent qu'il n'en avait justement que ce qu'il falait pour quatre mois.... » {Histoire chronologique du monastère de la Visitation Sainte-Marie de Gray. Manuscrit de la sœur Renée du Treillis (1710), conservé à l'hôpital de Gray.)

folement des uns et l'égoïsme des autres ; ces premières mesures n'empêchèrent pas les abus de se produire. Il se trouva que le blé était souvent distribué à ceux qui n'en avaient pas besoin, ou que les bourgeois achetaient du pain au delà de leurs besoins, pour le revendre plus cher aux étrangers. On chercha, le 22 avril, à réprimer ces manœuvres en édictant des peines sévères contre leurs auteurs ; le même jour, on défendait aux boulangers de vendre aux gens de la campagne plus de deux ou trois livres de pain. Le lendemain, la vente du pain à quiconque n'était pas bourgeois ou habitant de la ville était interdite absolument et sans réserve ; les boulangers ne devaient plus faire de pain blanc ou de rifflé, mais seulement du pain bis : toutes les semaines on devait leur livrer une certaine quantité de blé, dont ils devaient rendre compte. Enfin, pour éviter tout gaspillage et toute fraude, l'on décida qu'à partir du 8 mai, les boulangers apporteraient leur pain à l'hôtel de ville, où il serait vendu. Le pain de pur froment était taxé à deux sols six deniers, le pain mélangé d'avoine, à deux sols. Intervention Gcs mcsurcs étaient prises après avis donné à l'intendant l'intendant, ©t avcc SOU approbation. Dès le 12 avril, ce fonctionnaire proposait de faire venir delà montagne, à Besançon, de l'orge qui serait vendue aux particuliers pour être semée à la place du blé perdu. On accepta cette offre, et l'on obtint en même temps de lui la permission de faire saisir, dans les greniers particuliers, toute l'orge qu'on pourrait trouver, et de la faire vendre au marché pour semences ^ Dans une lettre du

1 Leltre du magistral à l'intendant : « M^'' l'intendant, supplient humblement les » maire, échevins et conseil de la ville de Gray, et disent que n'y ayant plus au- » cun moyen d'éviter la famine l'année prochaine que celuy de donner les moyens » aux laboureurs de resemer d'orge les terres qu'ils avaient ensemencé de blé l'au- » lorane dernier, la saison pour semer l'avoine, qui ne serait pas d'ailleurs de si » grande ressource, estant passée et cela ne se pouvant faire qu'en ordonnant à )) tous ceux qui en peuvent avoir et dans la ville et dans le ressort, d'ouvrir leurs » greniers, et les faire conduire aux marchés pour y eslre débités à un prix qu'il » vous plaira de régler, comme il s'est pratiqué dans le duché, où le seigneur in- » tendant a taxé la mesure qui est d'un cinquième plus grande que celle do Gray à

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27 avril, rinlendant stimule l'activité des magistrats, et les engage à faire venir du riz de Suisse, pour nourrir les pauvres, ou de Forge delà montagne. « C'est aux magistrats, » dit-il, à procurer le secours dont les peuples ont besoin. » Il se plaint de Tégoïsme des bourgeois. « Si ceux qui sont » en état d'assister des pauvres le faisaient comme ils lepra- » tiquent icy, vous éviteriez tous les discours et les émotions » qui deviennent trop fréquentes à Gray. » L'approvisionnement de la ville n'était pas, en effet, La question

des

l'unique souci de la municipalité. Elle avait encore à main- pauvres. tenir l'ordre public K Nous avons vu que dès le commencement de la crise, on avait pris des mesures pour éloigner les mendiants étrangers, dont la présence ajoutait encore aux embarras de la situation. Il semble que la chose ne fut pas facile à exécuter; car on fut obligé d'y revenir à plusieurs reprises ; puis on fit dresser un rôle des mendiants indigènes, qui reçurent une marque distinctive ; on pourvut à leur entretien comme c^ dans l'année chère, » c'est-à-dire que les riches et les « commodes » les prirent à leur charge. Mais le principal danger n'était pas là. Les populations Le

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