‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 67 sur 106 · rN ' • A X soulèvement · texte numérisé non relu

rN ' • A X soulèvement

des campagnes étaient atteintes par le neau au moins autant des que celles des villes. Or, toutes les mesures prises par l'ad- ^^^'^p^s"^^ministration tournaient au profit des citadins et au détri-

» trois livres dix sols, et la mesure d'avoine à vingt-huit sols seulement, tant par » raport aux laboureurs qu'aux pauvres qui ne peuvent plus se servir d'autres » grains pour leur subsistance; à ces causes les supplians recourent :

» A ce qu'il vous plaise, Monseigneur, ordonner qu'il sera fait ouverture de tous » les greniers de ceux qui ont de l'orge, de leur enjoindre de vendre celuy qu'ils » ont au delà de leur nécessaire pour leurs semailles, de les conduire aux marchés » pour eslre débités à tel prix qu'il vous plaira, à peine de mil livres d'amande et » d'emprisonnement, avec permission de prendre main forte pour ouvrir lesdits » greniers en cas de désobéissance, aux frais et dépens des refusans, et vous ferez » bien. »

1 « Le 4 avril, jour de la foire de Gray, ma maison a été insultée par des gueux » et de la canaille, à sept heures et demie du soir, à prétexte que j'avais des bleds » chez moi, dont il y a à présent grande disette, attendu que l'on ne voit point de » bled germé dans les champs, à cause du grand hyver qu'il a fait. » (Journalier de Jean-François-Anselme Barberot, seigneur d'Autet, conseiller en la chambre des comptes de Franche-Comté. Arch. de la famille Barberot d'Autet.)

ment des paysans. Dès le 7 avril, le subdélégué faisait connaître au magistrat qu'il avait fait saisir le blé de quelques particuliers de la campagne, et demandait qu'on lui procurât les moyens de le voiturer à la ville ; suivant les ordres de l'intendant, il allait mettre la main sur tous les grains qui se trouvaient dans les abbayes, chez les seigneurs, les gros fermiers et les propriétaires. Les villages voisins, en particulier ceux de Rigny, Essertenne, Ray, Nantilly, Autet et Apremont, se virent ainsi dépouillés de leurs ressources ; il fallut employer la garnison pour protéger les convois contre les paysans exaspérés. Ceux-ci menacèrent la ville, qui fut On bientôt assiégée par des bandes affamées. Le magistrat décida la ville, de faire fermer les ruelles qui donnaient sur les remparts et par où Ton pouvait pénétrer dans l'intérieur. On fit une quête pour payer les frais de ce travail. Elle ne produisit que 200 livres, et 800 auraient été nécessaires. Il fallut commander des corvées pour travailler aux fossés et aux palissades, chacun dut se mettre à l'œuvre, « à peine, pour les refusants, » d'être condamnés à l'amende de cinq livres et de plus » grande peine. » Le côté de Dole que la Saône ne protégeait pas était plus particulièrement menacé ; la porte Notre- Dame fut munie d'une forte palissade et d'une porte solidement fermée ^ .

En même temps on obtenait du lieutenant général de la province, le comte de Grammont, la permission de former une milice bourgeoise chargée de monter la garde à la porte des magasins et sur tous les points de l'enceinte qui pouvaient être menacés 2. Cette mesure était d'autant plus ur-

1 Délibérations des 14, 22, 23 avril; 8, 11 mai.

2 Le comte de Grammont écrivait au magistrat, le 22 avril : r: Continuez, Mes- » sieurs, à travailler aux barrières dont vous voulez défendre l'entrée de vostre » ville, quand les troupes seront pressées à en sortir, je vous envoyerai mes ordres » pour la formation de quelques compagnies de milice bourgeoise qui pourront » vous rasseurcr contre ce que vous apréhendez des gens de la campagne qui, je » pense, n'entreprendront cependant pas de troubler la tranquillité publique. Le » comte de Grammont. »

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gente que la garnison pouvait, d'immomentà l'autre, quitter la ville pour rejoindre Tarmée en campagne sur le Rhin. Par surcroit d'embarras, cette garnison môme, qui avait été d'abord une sauvegarde, fut une nouvelle cause de soucis. L'argent manquant dans les caisses militaires, les soldats du régiment de Lalande prétendirent être nourris par les bourgeois.

Enfin, comme si aucune épreuve ne devait être épargnée L'affaire

de

à la malheureuse ville, une nouvelle affaire prolongea encore i-Abondance jusqu'au mois de juillet 1710 les angoisses causées aux ma- i7y^i'm gistrats municipaux par l'hiver de 1709. La ville de Gray se trouvait sur le passage des chargements de blés qui descendaient de la Lorraine et des Trois-Evêchés, à destination de Lyon et de l'armée de Dauphiné. Une compagnie de marchands, connue sous le nom de « l'Abondance de Lyon, » s'était chargée de ce trafic. Au mois d'avril 1709, elle possédait dans ses entrepôts de Gray quatre mille sacs de blé. Le 12 de ce mois, la ville fit un emprunt plus ou moins forcé de cinq cents sacs. Il semble résulter des délibérations municipales, qui ne sont pas toujours bien clairement rédigées, que cet emprunt fut renouvelé les semaines suivantes, malgré les défenses de l'intendant. Dans tous les cas, au mois de juin, la municipalité s'était empressée de régler cette affaire et croyait s'être mise en règle avec l'Abondance de Lyon. Elle fut détrompée par une lettre de l'intendant, qui demandait à la ville cent douze mesures de blé pour acquitter entièrement les emprunts qu'elle avait faits à la compagnie. « On » ne fera, ajouta-t-il, aucun quartier à messieurs du magis- » trat que ce remplacement ne soit fait. » Les magistrats s'adressèrent au secrétaire de l'intendance, dans l'espoir de faire répartir sur toute la province la somme de quatorze ou quinze mille francs, à laquelle se montait la restitution exigée, et pour le mettre dans les intérêts de la ville, on lui fit un cadeau de cent trente livres. Ils obtinrent seulement un délai de trois mois pour le paiement.

A la fin de septembre, Tintendant exigeait soixante sacs d'orge, de deux cents livres chacun, à déposer dans les magasins du roi avant le 12 octobre, « sous peine d'y être )) contraints par garnison ou exécution militaire, et mesme )) d'emprisonnement des maires et eschevins, et autres prin- » cipaux habitants. »

La municipalité ne se rendait, du reste, que pied à pied ; au mois de janvier 1710, il restait encore douze mille livres à payer. L'intendant ordonna qu'on en fît la répartition sur ceux qui payaient la capitation. Si dans quinze jours, la répartition n'était pas faite et la moitié de la somme levée, il menaçait de mettre le maire, les échevins et tous les autres suppôts ou magistrats en prison.

Une dernière ressource restait à la ville, c'est que la somme à payer vint en déduction de l'impôt dit du quartier d'hiver. Cet espoir lui fut enlevé par une lettre du 15 janvier 1710, qui exigeait, avec les mêmes menaces, le paiement intégral et immédiat.

Les habitants de la ville se résignaient aussi difficilement que leurs magistrats à subir les exigences fiscales du gouvernement, le recouvrement des impôts donna lieu à des émeutes , et la municipalité s'autorisa, auprès de l'intendant, de l'exaspération des esprits pour demander un adoucissement. C'était mal connaître le caractère du fonctionnaire, qui répondit en ces termes, à la fm de juillet 1710:

« J'ay reçu la lettre que vous avez pris la peine de )) m'escrire le 24 de ce mois, qui me fait connaistre de plus » en plus la mutinerie du petit peuple de vostre ville. Gomme » il est important de le réduire à la raison, je vous prie de » faire voiturer incessamment à Besançon les meubles de ces » mutins, je trouverai le moyen de les faire vendre et de leur » faire payer les frais de voiture, outre les sommes auxquelles )) ils sont imposés. Je suis bien mécontent de toutes les diffi- » cultes qui se trouvent à finir cette affaire, après tout ce que » j'ai fait pour qu'elle ne se trouve à charge à personne. »

C1IA1MTRI-: IV.

Il ne semble pas que la menace de l'intendant ait été exécutée; sans doute les mutins se le tinrent pour dit, et le dernier mot resta, cette fois encore, à l'autorité.

Ce qui s'était passé à Gray, pendant les premiers mois de La famine

,, , M ^r\/^ 1 • ' I y » I . . 1 à Vesoul.

1 année 1709, se reproduisit a peu près dans toutes les villes de la province. A Vesoul, la municipalité, avec l'approbation de l'intendant, se chargea de nourrir les habitants. Elle accapara les blés avec tant de zèle, qu'elle s'en trouva embarrassée après la moisson. Le 14 août, elle en vendit une partie pour se procurer de l'argent et se libérer des sommes dont elle était redevable. Le 17 septembre, elle défendit aux boulangers de se pourvoir de grains ailleurs qu'aux greniers publics K

La ville de Salins voulut profiter de ce qu'elle fournissait a saiins. du sel à toute la provice, pour assurer son approvisionnement; elle eut la prétention de refuser aux charretiers de conduire dans les villes voisines l'ordinaire du sel, à moins qu'ils n'introduisissent des grains dans la ville.

A Arbois, l'ordre fut plus d'une fois troublé, les vols dans a Arbois. les campagnes se multiplièrent ; les messiers eux-mêmes, chargés de la police, s'en rendirent coupables et furent emprisonnés. L'agitation ne cessa qu'après la moisson, lorsque le prix du blé diminua et que la disette fut apaisée.

A Besançon, on eut recours, pour calmer l'émotion popu- a Besançon.

1 Arcli. municipales de Vesoul. Délibéralions des l*"" mai, 14 août, 17 septembre 1709.

Le maire de la ville et le sieur Lengrinet, lieutenant général de police, s'étaient rendus à Besançon et avaient signé le billot suivant, qui fut approuvé par le magistrat dans la séance du 1^'" mai :

« Nous soussignés, députés à iM^' l'intendant par le magistrat de Vesoul et sur la » proposition que Monseigneur nous a faite d'engager ledit magistrat à se charger » de fournir le pain nécessaire à la nourriture des bourgeois de telle espèce de » grains qu'il sera possible, soit froment, orge ou avoine, et jusqu'à la moisson pro- » chaîne, dont a confiance que ledit magistrat approuvera le présent billet, promettons » audit Monseigneur de satisfaire comme il vient d'estre dit à ladite nourriture, » sur ce que M^"" l'intendant a eu la bonté de nous accorder la levée de quelques » grains taxés et la quantité qu'il jugera à propos pour le grenier de la ville en » payant le prix qui en sera réglé. Fait à Besançon, ce 29 avril 1709. »

laire, aux cérémonies religieuses, et en particulier à l'exposition solennelle de la relique du saint Suaire K La II faut noter que la région montagneuse de la province

montagne i t

échappe échappa au désastre, en raison même du climat plus rigoureux auquel elle est soumise ; nous avons déjà vu que l'intendant avait fait venir de la montagne des grains pour nourrir la plaine ou pour assurer l'ensemencement des terres. Une note insérée à la fin d'un registre paroissial de Pontarlier mentionne ce fait, que la région fut épargnée, et en donne en même temps l'explication :

« Cette année a esté remarquable par le froid extraordi- » naire qu'il a fait depuis les Rois jusqu'au mois de mars, » qui a entièrement gelé les froments, les vignes, les noyers; » les pauvres des Pays-Bas ayant esté obligés de monter dans » les bailliages supérieurs, celui de Pontarlier nourrissait » pendant quatre mois d'esté jusqu'à deux mille personnes

1 u L'ail 1709, le sixième janvier à midy, le froid vint si vif qu'il perdit généra- » lemcnt tous les biens de la terre; il n'y eut cette année aucun froment, comme » aussy toutes vignes furent gelées; car on peut dire que celte année-là, il n'y en- » tra pas à Besançon un chariot de vendange provenant du territoire, si bien que » le vin se veu^lait à sept el huit sols la pinte, la livre de pain de froment se ven- » dait trois sols, et celuy d'orge sept liards ; la mesure de froment se vendait sept » livres dix sois, encore fallait-il se battre pour en avoir. A la maison de Granvelle » où on le distribuail, il y avait une grosse garde pour empêcher le désordre, car il )) a esté plus de trois mois que l'on ne laissait point entrer de bled dans les halles. » L'avoine se vendait trois livres la mesure, et l'orge cinq livres. Tous les noyers » furent entièrement gelés, il n'y eut que les jeunes arbres qui résistèrent.

» Voyant tant de misères et à la veille de voir une grande famine dans la ville ;) de Besançon , M?'" l'archevêque avec Messieurs du magistrat ordonnèrent qu'on » ferait une procession générale, où l'on porlerait le précieux saint Suaire par » toutes les rues de la cité, où il y aurait des reposoirs comme au jour de la feste » de Dieu pour y donner la bénédiction de cette précieuse relique, avec une messe )) solennelle qui sera célébrée à la cathédrale et ensuite une prédication faite par » monsieur Dorival, chanoine de ladite cathédrale, sur la providence de Dieu et la » confiance qu'on doit avoir en elle dans ce temps de misères. Et il s'y trouva si » grand concours de peuple de l'un el l'autre sexe pour implorer la miséricorde de » Dieu, qui exauça les prières que les saintes âmes lui faisaient, car Dieu permit » que chacun s'efforça de semer des orges et autres graines de caresme qui crurent et » vinrent si bien à propos, que trois mois après la moisson, la livre de pain de » froment ne cousla plus qu'un sol, et ainsi toutes les autres graines à proportion. » (Extraits de plusieurs chroniques. Documents inédits, X, p. 343.)

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