‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 69 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

des prés et des vignes; la communauté paie 1,040 livres, elle passe pour une des meilleures du bailliage, les habitants en sont riches et vendent très bien leurs denrées. Montmireyla-Ville, Montmirey-le-Chàteau, Ranchot, pourraient payer deux fois plus d'impôts.

Quelques communautés sont, il est vrai, moins bien partagées. Saint-Vit, qui doit toute son importance actuelle à la grande route qui le traverse, payait 100 livres et aurait pu payer davantage, « sans l'étape, qui charge beaucoup ses » habitants. » Fraisans, qui paie 461 livres, est imposé au delà de ses forces ; les habitants ne font aucun commerce, le territoire est de peu d'étendue, et les forges de M. le baron de Brun portent beaucoup de préjudice à cette communauté, le subdélégué ne dit pas pourquoi. Ougney se ressent encore de l'incendie allumé en 1674, lors de la prise du château.

La Vieille-Loye, qui ne paie que 213 livres, est cependant chargée au delà de ses forces. Elle est située au milieu de la forêt de Chaux, ne fait aucun commerce, et ses habitants sont fort pauvres.

Les villages des environs de Dole sont riches, au contraire, sauf quelques-uns, qui ont des dettes.

Mais dans la Bresse, c'est-à-dire dans les terres froides et souvent inondées des cantons actuels de Chemin, Chaussin et Chaumergy, presque toutes les communautés sont signalées comme pauvres et réduites à vivre de la vente du poisson de leurs étangs. C'est le cas de Balaiseaux et Praneuf, de Bretenière, Biefmorin, Bersaillin, Colonne, du Grand-Deschaux, etc.

La communauté de la Chassagne est particulièrement malheureuse, elle est chargée une fois autant que ses forces le permettent ; c'est un des plus pauvres villages de la Bresse ; les habitants ont été obligés, depuis plusieurs années, de contracter des dettes pour payer leurs impositions, qui montent à 845 livres.

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Les territoires de Belmont et de Montbarrey sont presque tous les ans ravagés par la Loue. La communauté du Petit- Noir et du Saulçois est inondée tous les ans par le Doubs. Elle n'a d'autre commerce que celui des grains ; encore est-il entravé par les prohibitions qui les empêchent de sortir delà province. D'autres villages, également limitrophes du duché de Bourgogne, Beauchemin, Villangrette et Monnière, souffrent également de cette prohibition.

Les vignes. Après la culturc des céréales, celle de la vigne était la principale ressource d'une grande partie de la Franche-Comté. Pélisson signale le vin comme une des richesses du pays. Il donnait lieu à un trafic considérable, non seulement entre les différentes régions de la province, mais encore avec les provinces voisines.

On lit, en effet, dans le mémoire de 1698 :

« Les vins des bailliages de Vesoul, Gray et Dole sont ordi- )) nairement enlevés par les Lorrains. »

)) Les bailliages de Poligny, Arbois, Salins et Ornans en » fournissent à la Franche-Montagne, où il n'en croît point )) du tout, et c'est le meilleur revenu de ces bailliages-là.

» Quoique le vignoble de Besançon soit fort grand, il ne » suffit pas pour la consommation qui s'en fait dans cette » ville, où l'on en fait encore venir du voisinage, et comme )) ils se conservent cinq ou six ans et qu'il leur faut même » ce temps-là pour être bons, les personnes qui les gardent )) y font de grands profits, et l'on remarque que c'a été par » là que les meilleures maisons de Besançon se sont for- » mées. »

Malheureusement, la production du vin, plus encore que celle du blé, était sujette à de grandes variations. Les intendants s'ingéniaient à parer aux inconvénients qui résultaient des brusques changements de prix. Ils cherchaient avant tout à assurer le placement des produits, non pas seulement par sympathie pour les vignerons, mais aussi, et avant tout, pour assurer la rentrée de l'impôt, qui, dans les

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régions exclusivement agricoles, restait toujours subordonnée à la vente des produits de la terre.

Ainsi, l'auteur du mémoire de 1G98 se plaint que depuis quelque temps les Lorrains ont pris l'habitude de se fournir de vin à Màcon, au grand détriment du comté de Bourgogne ; il demande qu'on leur interdise le passage dans la province, afin de les obliger de se fournir comme auparavant dans les bailliages de Gray, de Vesoul et de Dole. Les Lorrains n'étaient pas seuls, paraît-il, à préférer les vins du duché à ceux du comté. Delà Fonds constate, dès 1695, que les Comtois eux-mêmes, et surtout les gens de la montagne, aiment mieux le vin de Màcon que ceux de leur pays; quoique ceux-ci soient meilleurs, « l'autre estant plus haut » en couleur, ils l'estiment davantage. « Il s'en plaint, car, dit-il, « si les peuples ne vendent point leurs denrées, j'ai » prévu qu'ils étaient dans l'impossibilité de continuer à » payer les charges qu'on leur demande pour le service du )) roy. »

Sur plusieurs points du territoire, les vignerons étaient La

1 a ,. . 1 ^ t • confrérie

assez nombreux pour former un petit monde a part, qui se de distinguait généralement par sa turbulence et avec lequel les ^^'nîel^^" autorités locales étaient obligées de compter. Dans les villes, ^ ^rbois. ils formaient des corporations sous l'invocation de saint Vernier. A Arbois, en particulier, la confrérie de Saint- Vernier avait été assez puissante, quelques années avant la conquête, pour tenir en échec la municipalité. En 1653, à propos d'un impôt nouveau, les vignerons avaient exigé et obtenu communication du registre des revenus et des dépenses de la ville; ils avaient refusé d'approuver les comptes, et leur résistance n'avait cédé que devant l'intervention et les menaces du parlement.

L'année suivante, la confrérie protestait contre l'élection du magistrat; elle s'adressait à son tour à la cour de Dole pour avoir communication du livre des délibérations et des procès-verbaux des comptes de l'année courante, et obte-

liait satisfaction sur ce point, malgré l'opposition du maïeur. Elle fut moins heureuse, un peu plus tard, à propos d'une requête analogue. Le parlement lui donna tort : elle fut condamnée aux dépens, et on lui interdit de s'assembler à l'avenir.

Les A Besançon également, les vignerons étaient nombreux et

à e'esançon. puissants. Peut-être atteignaient-ils, avec leurs familles, le chiffre de 6,000, sur une population totale de 14,000. Les vignes, qui recouvrent encore les coteaux les mieux exposés de la banlieue, s'étendaient alors sur l'emplacement des faubourgs et sur les terrains occupés par les chemins de fer. Elles pénétraient même dans l'intérieur de la ville. Toutes les familles de la bourgeoisie tenaient à honneur de posséder une vigne et de ne boire que du vin de leur cru. La population qui vivait du travail des vignobles était assez turbulente ; elle était cantonnée surtout dans le faubourg de Battant, sur la rive droite du Doubs.Les habitants de ce quartier se vantaient volontiers d'avoir contribué pour une bonne part à l'échec des exilés protestants, lorsque ceux-ci avaient essayé, en 1575, de pénétrer dans Besançon, et d'avoir mérité dans cette occasion, par leur vaillance, le surnom encore usité de Poussebots (Pousse-crapauds ?). A l'époque de l'invasion française, ils avaient longtemps gardé rancune au prince de Gondé de ce que l'investissement de la ville les avait empêchés de continuer leurs travaux. Leur esprit remuant et tapageur s'apaisa peu à peu, mais le souvenir devait en demeurer longtemps.

Au xv!!!*" siècle, les frondeurs publiaient leurs chansons satiriques sous le nom de Jacquemard, le chef symbolique du quartier populaire qu'il domine du haut d'une tour de Sainte-Madeleine. Aujourd'hui encore, Barbisier, le héros du drame populaire de la Crèche, est un vigneron de Trochatey ; les malices innocentes dont il amuse les Bisontins sont un reste de la liberté de langage du vieux temps.

montagne. Il nous rcstc à parler de la région de la province à laquelle

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