CHAPITRE IV
la prospérité de la nation et à y attirer de nouveaux habitants.
Colbert s'en préoccupa en 1682; il avait demandé à Tin- coiben
et
génieur Bruand un mémoire des dépenses à faire pour ringénieur rendre le Doubs navigable jusqu'à Besançon. Le devis de [Hl^ ' Bruand monta à 400,000 livres. C'était une grosse somme, et Golbert remit à l'année suivante (l'année de sa mort) l'exécution d'un dessein qui lui tenait à cœur : il demandait en effet à Bruand de faire une seconde visite de la rivière, d'en dresser une carte en marquant tous les moulins qu'il fallait détruire, les rochers qu'il fallait faire sauter, et d'examiner enfin s'il ne serait pas possible de faire le travail à meilleur compte K
L'intendant de la Fonds, dans le mémoire de 1698, était objections
de
beaucoup moins enthousiaste du projet. Il convenait que le rintendant Doubs pouvait être rendu facilement navigable depuis Vou- ^ Im^ ^' geaucourt jusqu'à son confluent avec la Saône. Il rappelait les études faites dans ce sens, et pensait que deux raisons principales les avaient fait abandonner.
La première était d'ordre militaire. Besançon devait sa force à sa difficulté d'accès plus qu'à ses ouvrages. Rendre le Doubs navigable de Montbéliard à Besançon, c'était ouvrir une route facile à l'artillerie de siège, aux munitions de guerre et de bouche des ennemis.
La seconde raison était d'ordre financier. De Montbéliard à Besançon, il faudrait « escarper » des roches, creuser ou rétrécir la rivière. De Besançon à Dole, le travail serait facile, mais en aval de cette dernière ville, les difficultés renaîtraient, il faudrait faire des chaussées pour retenir la rivière, qui déborde à la moindre crue sur ses rives trop basses.
Le profit compenserait-il la dépense d'un pareil travail ? de la Fonds ne le pense pas, « le Doubs ne passant que par » un pays fort stérile et fort ingrat jusques auprès de Dole,
1 Clément, Correspondance^ IV, 545.
» on ne pourrait s'en servir en descendant que pour porter » à Lyon du bois et du charbon, dont on ne retirerait peut- » être pas les frais de la voiture ; on pourrait aussy y faire » flotter des mâts et autres bois pour la marine, qui se pren- » draient dans la forêt de Saint-Ursanne, proche de Mont- » béliard, d'où on en a voulu tirer autrefois, mais avec si » peu de succès qu'on en a quitté l'entreprise. »
L'intendant reconnaît cependant que la rivière canalisée pourrait servir à transporter à Lyon les blés et les avoines du territoire de Dole, et éviterait douze grandes lieues de voiture par terre aux marchandises qui vont de Lyon en Allemagne ; mais il a réponse à tout. Les grains de la plaine ont un débouché tout naturel dans les bailliages de Pontarlier, Salins et Arbois, qui n'en produisent pas; ceux qui se récoltent entre le Doubs et la Saône sont embarqués facilement à Auxonne et à Saint-Jean-de-Losne. Quant aux marchandises qui vont de Lyon en Allemagne, de la Fonds n'en fait pas grand cas ; « attendu que le commerce des rivières » n'est avantageux que par les profits qui se font sur les » marchandises que l'on prend chez soi pour les porter ail- » leurs en descendant, les retours n'étant presque comptés » que pour les frais du voyage. »
Proposition Lc projct de canalisation, ainsi battu en brèche par l'inmarquis tcndaut, trouvait, au contraire, l'année suivante, un avocat
^® feggf^'^' ardent et convaincu dans un des plus notables habitants de la province, le marquis de Broissia. Celui-ci, dans une longue lettre au contrôleur général, le 20 octobre 1699, lui demandait sa protection pour un dessein depuis longtemps formé et qui devait profiter au roi, au comté, à la ville de Dole, et enfin à l'auteur du projet lui-même, qui possédait dans les environs de la ville des terres importantes ^
Il s'agissait de rendre navigable le Doubs jusqu'à Dole, comme il l'était déjà depuis Verdun jusqu'au Petit-Noir; le
i BoisLîSLE, Correspondance des intendants, II, p. 30.