‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 75 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

travail n'aurait plus que trois ou quatre lieues de longueur, et la dépense ne serait pas considérable. Le marquis de Broissia demandait que l'intendant de Vaubourg, * très plein » de zèle pour les bonnes choses, » reçût l'ordre de l'écouter, de reconnaître avec lui, sur les lieux, ce qu'il y aurait à faire, et fit son rapport au ministre, qui, de son côté, en informerait le roi.

Ce projet n'était pas une nouveauté. Il en avait été question « auparavant même que cette province eût le bonheur d'être » à la France; » mais on n'avait rien fait, faute d'une personne intelligente et appliquée.

Les profits étaient évidents et seraient considérables : « Le » Doubs étant devenu navigable depuis Verdun jusqu'à Dole, » ce sera un moyen d'y faire fleurir le commerce et d'y rendre » célèbres les foires qui seraient très utiles même pour Lyon, » en ce que cette ville pourra devenir un dépôt de marchan- » dises entre Lyon et l'Allemagne et un rendez-vous de négo- » ciants. » Ce sera pour Dole une compensation de la perte de son parlement, de ses murailles et de son université, et le ministre deviendra « le restaurateur de cette ville affligée. »

Le roi y trouvera son avantage par le meilleur parti qu'il tirera de la forêt de Chaux, dont on transportera facilement les bois et les charbons.

Enfin, l'on y gagnera « l'abondance de toutes choses dont » la Comté abonde et dont cette ville a besoin. »

A peu près en même temps que le marquis de Broissia projets soumettait son plan au ministre, Vauban, avec plus d'auto- legg"?)^' rite et de compétence, écrivait ses mémoires, fruit de longues études et de patientes observations, et consacrait quelques pages aux voies navigables de la Franche-Comté et au parti qu'on en pouvait tirer ^ .

1 Le mémoire que nous analysons fait partie du quatrième volume des Oisivetés de M. de Vauban. M, de Boislisle le cite en appendice dans la publication des Mémoires des intendants (généralité de Paris), p. 685. Il suppose que la rédaction est de 1698 ou 1699.

L'illustre ingénieur avait plus d'ambition et des vues plus larges que le marquis de Broissia et même que Golbert. Tl ne se contentait pas de demander que l'on rendît la Saône navigable jusqu'à six lieues au-dessus de Port-sur-Saône, et que l'on canalisât le Doubs jusqu'à Mandeure; il avait étudié avec soin les rivières secondaires et songeait à en utiliser plusieurs.

D'après lui, la Lanterne devait être rendue navigable pendant six lieues, les bateaux devaient remonter l'Augrogne jusqu'auprès de Luxeuil, l'Ognon jusqu'à Montbozon et même Lure, l'Allan jusqu'à Montbéliard, la Loue jusqu'à Quingey.

Il n'est pas jusqu'à l'Ain dont Vauban aurait voulu tirer parti : « Il est rapide et en quelques endroits fort serré, mais » qui n'empêcherait pas qu'on ne le pût très bien rendre » navigable jusque vers Chàteau-Ghalon. »

Il n'est pas nécessaire d'ajouter que tous ces projets restèrent lettre morte. On fit cependant quelques travaux sur le Doubs. L'intendant de Bornage, en rendant compte au contrôleur de l'état des rivières, écrivait, le 4 novembre d704 : <f A l'égard de la rivière du Doubs, elle n'est » point navigable jusques à Dole, mais seulement flottable, » et tout le commerce y consiste aux trains de bois et flot- » tage à bois perdu, qui s'arrête tout à Besançon. On a tra- » vaille depuis peu à la rendre navigable, par art, depuis » Dole jusques à Verdun, mais cette navigation est encore )) imparfaite. » De notre siècle seulement, on devait reprendre, en les complétant, les projets de Vauban K Conclusion. Tcl cst, daus la mesure où il m'a été possible de l'établir, le tableau de la situation matérielle de la Franche-Comté de

1 A la fin du xviii^ siècle, on les croyait encore impraticables. Droz écrivait en 1789 {Mémoire sur le droit public, § 134), à propos d'un canal de Dole à Saint-Jeande-Losne, que dans sa pensée on ne devait pas finir ; « Il y a loin de colle esquisse » à !a jonction du Doubs au Rhin, qui coûterait tant de millions, que les auteurs » du projet n'ont pas encore osé calculer la dépense, et encore moins les indcra- » nités qui résulteraient de la suppression d'une multitude de moulins et usines,

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