‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 76 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

1674 à 1715. Il est malheureusement bien incomplet, et les lacunes qu'il présente, je ne cherche ni à mêle dissimuler, ni à le dissimuler au lecteur, sautent aux yeux. Gela tient avant tout au petit nombre de documents que renferment les archives sur des questions délicates d'économie politique et de statistique que les contemporains soupçonnaient à peine, et qui trop souvent étaient le moindre souci des administrateurs. Un autre obstacle à la découverte complète de la vérité, c'est le caractère officiel de la presque totalité de ces documents. Sans mettre en doute la compétence et la sincérité des intendants, on aimerait à pouvoir contrôler leur dire en demandant directement aux populations intéressées ce qu'elles pensaient du régime sous lequel elles vivaient. Des mémoires particuliers, des livres de raison, nous auraient rendu ce service en nous permettant de pénétrer plus intimement dans la vie matérielle et morale des familles; malheureusement, pour la période qui nous occupe, ils font absolument défaut.

Peut-être cependant en savons-nous assez pour répondre à une question qui s'impose à nous. La Franche-Comté avaitelle matériellement gagné à son annexion à la France? Celleci, en échange de l'autononrde et de l'indépendance qu'elle enlevait à sa conquête, devait lui assurer le libre et tranquille développement de son bien-être et de ses richesses. Les P'ranc-Comtois qui s'étaient prêtés complaisamment aux événements de 1668 et 1674 en avaient en quelque sorte pris l'engagement vis-à-vis de leurs compatriotes. L'un d'eux, le comte de Laubespin, plaidait encore cette cause avec autant de chaleur que d'esprit en 1681 K II montre les F ranc-Com- L'optimisme lois abandonnant « leurs anciens réduits sur les sommets de

Laubespin,

» des chemins de traite sur les meilleurs prés de la province, etc. Il y a près d'un

)) siècle que le président Boisot fut chargé de cet examen; il mit quarante jours à

» aller de Besançon à Montbéliard en bateau, pour faire les reconnaissances néces-

» saires, et si le résultat fut de ne rien entreprendre, on est encore moins en état

» qu'alors de forcer la nature. »

- Lettres d'un gentilhomme vénitien, 1681.

» des rochers les plus inaccessibles, plutôt prisons volon- )) ta ires et cavernes de sauvages fuyant le commerce des » hommes que logements de personnes capables de goûter » les plaisirs de la société, » la noblesse ne rétablissant « les » bâtiments les plus accessibles que pour la beauté, l'utilité » et le plaisir, » les habitants des champs et des petites villes jouissant des mêmes avantages, la province se repeuplant, l'abondance et l'amour du sol y ramenant les familles émigrées ou en attirant de France, et tous travaillant de concert « à rétablir les maisons, cultiver les terres, tandis que » jadis on ne travaillait qu'en crainte et à demi et juste pour » la subsistance de l'année, tant on craignait l'ennemi. » Les progrès Gc tablcau n'cst pas flatté outre mesure ; le relèvement de ce qu'il ' la Franche-Comté pendant les quarante années qui s'étendent à faire, dc 1674 à 1715 fut lent mais réel. Entravé quelquefois par les rigueurs des saisons, par les mesures maladroites d'une science administrative encore dans l'enfance, et surtout dans les dernières années par les charges d'une guerre malheureuse, il ne s'arrêta jamais complètement. Mais encore ne faut-il pas exagérer. Laubespin tombe quelquefois dans l'utopie, ou du moins il prévoit l'avenir de trop loin, par exemple lorsqu'il espère « voir bientôt les principales rivières » de la province rendues navigables, au grand avantage de » tous les Comtois; » lorsqu'il rêve une communication entre les deux mers établie par la Saône, le Doubs et l'Ill. « Le » commerce ainsi établi serait d'autant plus grand, ajoute- » t-il, qu'il traverserait plus de pays et que plus de gens y » prendraient part, commençant dès la Provence et le Lan- » guedoc jusqu'à Anvers et Amsterdam. » Le temps n'était pas encore venu de semblables travaux.

Si, en effet, après avoir constaté que le gouvernement de Louis XIV donna à la Franche-Comté l'ordre, la sécurité et une administration régulière, bienfaits inestimables qu'elle ne connaissait pas depuis longtemps, nous nous demandons s'il fit davantage et s'il prit une de ces grandes mesures qui

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