CHAPITRE V
de Navailles, précédant Louis XIV de quelques semaines, entra dans le pays. Il fut surpris des dispositions hostiles qu'il rencontrait partout et écrivait à Louvois : « Nous ne » trouvons nulle disposition favorable en ce pays parmi les » peuples, ils sont tellement tournés depuis qu'ils ont su que )) nous avions repassé le Rhin, qu'il n'y a rien à espérer que » par la force ^ » M. de Vaubrun rencontrait la môme résistance du côté de Villersexel et de Clerval -.
Le roi entra en Franche-Comté le 25 avril; il se fit précéder d'une proclamation oi^i il se donnait comme le vengeur de la Franche-Comté opprimée par l'Espagne, ordonnait aux habitants de se retirer chez eux et déclarait qu'il n'y aurait point de grâce pour ceux qui, vingt-quatre heures après la publication de l'ordonnance, se trouveraient encore en armes et hors de leurs maisons ^.
La population ne désarma pas devant ces menaces, et la résistance continua sur tous les points ^. Elle semble avoir été vive particulièrement dans le bailliage d'Amont, sur les
' Ai-cli. de la guerre, V. 384, 341. Lcltre de Navailles, du 19 février 1674.
2 « Partout on refusa de se rendre, voire de contribuer, et les courages s'affer- » mirent d'autant plus que plusieurs curés se mêlant de la chasse, et voisins du » bourg de Vercel à quaire ou cinq lieue i de là, accoururent au secours de Cler- » val, accompagnés chacun de plus do cinquante fusiliers, qui se joignirent aux » paysans de la montagne et firent un corps de plus de cinq cents hommes. Ces » gens rustiques, qui n'avaient au commencement aucun chef, passèrent à la » témérité, et encore qu'on leur envoya depuis le baron de Chàtenois pour les » commander, cela ne les empêcha pas après la reprise du Pont-deRoide, et » nonobstant la capitulation des ennemis avec eux, de faire main basse, et de les » tuer tous, oiïiciers et soldats. Ce qui produisit ensuite des grandes plaintes, et )) des tristes effets en ces quartiers-là. » (Chifflet, Mémoires, II. p. 530 )
3 Arch. de la guerre, V. 378, n» 12.\
■4 « Sur l'avis qui a esté donné à Sa Majesté qu'il y avait des gens qui répandent » des bruits dans la province et particulièrement dans leurs villes qui sentent la » sédition, j'ai eu commandement de vous faire savoir qu'elle désire que vous en » fassiez faire une très active recherche et que vous fassiez chasser du pays ceux » qui s'en trouveraient coupables; elle désire encore que vous fassiez faire une » recherche très exacte, tant dans les villes qu'à la campagne, des armes qui s'y » trouveraient et de les prendre toutes et de les faire serrer dans les lieux sûrs » pour ôter au peuple le moyen d'en faire un mauvais usage. (Lettre de Louvois à » Duras, 20 juillet 1674.)
» Sa Majesté trouve bon que vous fassiez arrêter ceux que vous découvrirez qui
276 LA FRANCnE-COMTÉ SOUS LOUIS XIV.
frontières de la Lorraine et de TAlsace. Louvois s'en préoccupait d'autant plus que la Franche-Comté était alors menacée au nord par le margrave de Brandebourg etlegénéral impérial Beurnonville, qui occupaient l'Alsace. Le 9 octobre, il écrivait à Duras de faire raser Faucogney, oi^i l'ennemi comptait se loger, et de détruire le pont de Gray au premier avis de la marche des Impériaux ' .
La campagne de Turenne en Alsace pendant l'hiver de 1674-1675 délivra bientôt le gouvernement de ses inquiétudes; on n'en continua pas moins à prendre de nouvelles Démolition précautious. Quelques forteresses féodales restaient encore ciiâteaux. debout dans la province et, malgré leur délabrement et leur incapacité de résister longtemps à l'artillerie, pouvaient, à l'occasion, servir de centres à la résistance locale. On reprit la campagne de démolition qu'on avait commencée en 1668 -. On n'épargna même pas les demeures des partisans de la France. Les châteaux des marquis de Meximieux et de Listenois furent seuls exceptés, « étant juste que ceux qui » servent Sa Majesté soient distingués 3. »
Dès le 10 mars 1674, le comte d'Apremont présida à la démolition du château du comte de Laubépin, et la fit exécuter par les habitants mêmes de la localité. On conserva les logements, mais on fit sauter tout ce qui pouvait servir à la défense.
» auront de mauvaises intentions contre son service et que vous les envoyiez au » cliàleau de Dijon oii celui qui y commande les recevra sans difficulté.
» L'on ne peut qu'approuver que vous fassiez une recherche des paysans qui » ont tué cinq ou six soldais de la garnison do Lure que le commandant avait » envoyés par ordre de M. do Beaulieu, dans quelques villages proches de Faucogney » pour faciliter quelques recouvrements, et Sa Majesté désire que vous en fassiez » un exemple pour rendre les autres plus sages, w (Lettre de Louvois à Duras, 25 novembre 1674. Arch. de la guerre, V. 380, p. 353.)
1 Arch. de la guerre, V, 382, p. 110, verso.
'•^ Cl Par toute la province, il y eut aussi l'ordre de démolir ou du moins ouvrir )) notablement toutes les forteresses qui restaient en leur entier dès les guerres de » Louis XI et de Louis XIII, car ces deux en avaient abattu fort grand nombre, et » présentement (I668j on acheva les autres, à la réserve de Ghâteau-Vieux-sur-Vuil- » lafans, Scey-sur-Saône, Vaugrenant , Chàtelvilain , Mugnans et Saint-André. » (Ghifflet, Mémoires, I, p. 278.)
3 Arch. de la guerre, V 382, 174. Louvois à Duras, 17 octobre 1674. ]j(