CHAPITRE V
de la nation. Dans les premiers temps, la crainte des représailles ne suffit pas pour arrêter les explosions de colère et de rancune de la population. Nous savons que, sur plusieurs points, les paysans avaient massacré les prisonniers et les soldats isolés. Le peuple des villes manifesta également son irritation par des actes de violence; celui d'Arbois surtout a Arbois. se signala par la vivacité et la persistance de ses rancunes. On imposa une sorte de quarantaine aux soldats de la garnison française ; on refusa de leur parler, les portes de toutes les maisons leur furent fermées, les aubergistes abattirent leurs enseignes pour n'être point obligés de les recevoir, un édit leur imposa Tobligation de les rétablir, sous peine de 50 livres d'amende. L'irritation s'accrut lorsque vint, au mois d'octobre, l'ordre de désarmer la population, bientôt suivi de celui de faire démolir les fortifications par corvées. Il fallut l'arrivée du régiment de Bouillon pour obtenir la soumission des hommes commandés pour ce travail. Au mois de novembre, les choses allaient plus mal encore ; on organisa contre les Français un système de guet-apens « selon l'usage espagnol ; » tout soldat isolé ou rencontré dans quelque endroit écarté disparaissait sans qu'on pût savoir ce qu'il était devenu.
» province, commencer à envoyer des religieux français en la place de ceux du » pays qui se conduiraient mal. » (Louvois à Duras, 22 juillel 1674.)
Le 23 août de la même année, Louvois annonçait à Duras l'intention du roi de remettre le couvent des Frères Mineurs de Dole sous l'obéissance du provincial de la province de Lyon. 11 donnait l'ordre en même temps de faire transporter à Lyon le P. Burgia, « le chef du soulèvement de cette maison. » Le provincial devait se rendre à Dole, remettrt3 tout en ordre et faire les changements nécessaires.
Le 16 août 1688, Louvois se plaint encore à l'intendant de la Fonds des capucins de Besançon. « Le roy a appris avec surprise que des religieux capucins de Besan- » çon recommandent aux prières de ceux qui vont à confesse à eux le pape et l'em- » pereur ; le roi désire que vous envoyiez quérir leur provincial et que vous lui » marquiez qu'il doit prendre de telles mesures que pareilles choses n'arrivent » plus, parce que autrement Sa Majesté ferait sortir du comté tous les capucins et j) mettre dans une dure prison celui desdits religieux qui aurait contrevenu à ce )) que vous lui marquez sur cela des intentions de Sa Majesté, n
Le 4 mai 1705, Chamillard écrivait encore à Bernage pour faire défensa aux carmes de la maison de Glerval de choisir des Comtois pour leurs supérieurs. (Arch. de la guerre, passim.)
On défendit alors, sous peine de mort, de porter ou de posséder des armes; on visita soigneusement toutes les maisons pour assurer l'efficacité de cette défense. Enfin, dans la nuit du 21 au 22 novembre, une véritable émeute éclata ; une troupe de jeunes gens se répandit dans les rues en proférant mille imprécations contre le roi de France, le prieur, la noblesse et tout ce qui était réputé Armagnac ou partisan de la France. Les magistrats n'osèrent se montrer, quelques prêtres s'interposèrent et parvinrent à calmer les esprits. Le lendemain matin, le conseil s'assembla, reprit courage, décida qu'une enquête serait faite et que « lesdits )) fripons et débauchés seraient mis es prisons de la ville. » Pour empêcher de sonner le tocsin, on enleva le battant de la grosse cloche, qui pesait 168 livres, sous prétexte de le raccommoder. Cependant, le bruit de ces désordres était venu jusqu'à Besançon, où le gouverneur et l'intendant s'en émurent. Le 16 novembre, le grand prévôt, chef de la justice militaire, arriva à Arbois avec une compagnie de la maréchaussée. Il enjoignit au magistrat de remettre entre ses mains les rebelles à l'autorité du roi. On lui avoua que toutes les recherches faites pour connaître et saisir les auteurs du désordre avaient été vaines. Le prévôt menaça de faire venir deux cents cavaliers qui vivraient à discrétion chez les habitants jusqu'à ce que les coupables lui fussent livrés. Le prieur de Saint-Just intervint et obtint que cette menace ne fût pas exécutée. Les Arboisiens ne lui pardonnèrent pas ses opinions françaises en faveur de ce service, et comme sa vie était continuellement menacée par les furieux, il prit le parti de se retirer à Besançon K A Besançon. Daus ccttc dernière ville, les choses ne semblent pas être allées jamais aussi loin qu'à Arbois. Le gouvernement avait, du reste, pris ses précautions contre la population, qui était à la fois nombreuse et peu disciplinée. La garnison était forte,
1 BoussoN DE Mairet, Aïinales (V Arbois. Année 1674.