CHAPITRE V
Les émigrés franc-comtois allèrent-ils plus loin clans leurs intrigues et leurs espérances, et faut-il penser que dès la guerre de la ligue d'Augsbourg, il y eut entente entre eux et les puissances alliées contre la France, pour enlever à celle-ci sa nouvelle conquête? Un témoignage, isolé il est vrai, et dont il est difficile de contrôler l'assertion, pourrait le faire croire.
« Sur ce qu'un nommé Jean-Baptiste Lande, de Besançon, Premier » qui s'estait retiré en Suisse pour crime, dans ses déposi- de complot » tiens avait déclaré que les Suisses avec les Allemands ^" ^^^^' )) avaient quelque dessein sur ce pays et voulaient s'emparer )) de quelques châteaux, le roy envoya garnison dans plu- » sieurs après avoir fait réparer les fortifications, dans celui » de Vaugrenans, près de Salins, une compagnie, à Nozeroy )) une compagnie, à Grilla deux compagnies, à Château-Vilain j) deux compagnies K »
Si l'annaliste anonyme que nous citons dit vrai et s'il ne confond pas les dates, cette tentative de 1691 était, dix ou onze ans d'avance, le prélude des intrigues dont nous aurons tout à l'heure à débrouiller les fils.
Le 2 octobre 1700, le roi d'Espagne Charles II signait le Guerre fameux testament par lequel il instituait le duc d'Anjou, succession deuxième fils du Dauphin, son héritier universel ; vingt-huit im"^' jours après il mourait. Au mois de novembre, Louis XIV, après une délibération célèbre et quelques heures d'hésitation, acceptait au nom de son petit-fils, et celui-ci, proclamé roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, faisait, au printemps suivant, son entrée solennelle à Madrid, au milieu des acclamations populaires. Après une lutte deux fois séculaire, l'Espagne et la France étaient réconciliées, et les Franc-Comtois pouvaient, sans violer la fidélité qu'ils croyaient devoir à la première de ces puissances, accepter franchement leur annexion à la seconde. Les circonstances firent, au contraire.
' Histoire des guerres du duché et du comté de Bourgogne, V. ii, p. '284, verso. Manuscrit de la bibliothèque de Vesoul, n" 179.
Tentatives
pour
rattacher
Comté
que les seules tentatives sérieuses qui furent faites pour détruire l'œuvre de 1674 et de 1678 datent de cette époque. Les mécontents du dehors et du dedans, déconcertés par l'avènement d'un Bourbon à Madrid, et désespérant sans doute de pouvoir rattacher la Franche-Comté à l'Espagne, à l'empire, j^^j^g (j^ns Ic cas OÙ cellc-ci aurait pour souverain un prince autrichien, se souvinrent à propos que le comté de Bourgogne avait été officiellement un fief de l'empire, qu'un héritier de leurs anciens souverains régnait à Vienne, et tournèrent de ce côté leurs espérances. Leur calcul était juste; ils trouvèrent dans les princes allemands des gens disposés à les entendre, ou plutôt ils n'eurent qu'à se mettre au service de convoitises qui n'avaient pas besoin d'être sollicitées.
Un des membres secondaires de la coalition, le nouveau roi de Prusse S Frédéric P', devait se montrer le plus hardi et le plus tenace dans ses revendications. Des morts royales ou princières allaient servir de prétexte à ses menées ambitieuses. Dès le printemps de 1702, il se posait en héritier de Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre, qui possédait en Franche-Comté de nombreux domaines; en 1707, la mort de Marie d'Orléans, duchesse douairière de Nemours, princesse de Neufchâtel et de Valengin, lui permettait de revendiquer ces deux derniers fiefs, qu'il obtenait bientôt, malgré l'opposition de Louis XIV, du libre vote des habitants, habilement endoctrinés par son agent Metternich 2. Ce premier succès l'encourageait à poursuivre ses projets ambitieux, et nous retrouverons ses agents au premier rang parmi les fauteurs de complots qui vont essayer de soulever le pays.
Rôle
de
Frédéric I".
roi
de Prusse.
1 Oq sait que le titre de roi de Prusse, ou plutôt de roi eu Prusse, fat le prix dont l'Autriche paya le concours de Frédéric pendant la guerre de la succession d'Espagne. (Voir à ce sujet Himly, Formation territoriale des Etats de l'Europe centrale, 1, p. 52 et suiv.)
2 La plus grande partie des pièces administratives relatives à l'affaire de Neufchâtel se trouve aux Archives de !a guerre, volume 2036, Un certain nombre sont éparses dans les volumes voisins. (Cf. Bourgeois, La politique prussienne en Franche-Comté.)