‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 87 sur 106 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bruxelles, où Holtzay, qui l'avait momentanément quitté, vint le retrouver à la fin de l'année 1698 ou au commencement de 1699. Mais ici, les accusations dont il était l'objet allaient prendre une singulière gravité, et d'Argenson se crut sur le point d'ajouter un nouveau chapitre à l'histoire mystérieuse des poisons.

Depuis 1692, l'électeur de Bavière, Maximilien II, gouver- Mort nait les Pays-Bas au nom de F Espagne. Dans la pensée des éiectoïaf cabinets de l'Europe, c'était à son fils, le prince électoral, que ^J^^^e, devait échoir la plus grande partie de la monarchie espa- ^^^^^"^ ^^^^• gnole, et de fait, le testament de Charles II, en date du mois de décembre 1698, la lui donnait tout entière. Deux mois plus tard, en février 1699, le jeune héritier mourait après quelques jours de maladie. Cette mort si prompte et si imprévue venait trop à propos pour certaines puissances, pour l'Autriche en particulier, pour qu'elle ne fût pas considérée comme le résultat d'un crime : on crut volontiers que le prince électoral avait été empoisonné par un agent de l'Autriche, et d'Argenson s'imagina qu'il avait mis la main sur Gonzei le meurtrier, qui n'était autre que Gonzel. de^rvoir

Comment la conduite de ce dernier avait-elle pu donner ^°^p°^^°'^»®lieu à un pareil soupçon ? Il menait à Bruxelles la même vie dissipée qu'à Vienne et à Varsovie, voyait intimement les seigneurs delà cour électorale, qu'il rencontrait chaque jour dans la chambre de l'électeur ou dans celle du prince héritier, où il avait ses entrées libres. Il avait, en particulier, de fréquents entretiens secrets avec un homme à manteau noir qui occupait un emploi auprès de la personne du jeune prince. Holtzay, pressé de questions par d'Argenson, convient que c'était peut-être un médecin, « d'autant que les mé- » decins sont habillés de la même manière que l'était cet » homme. »

Le lieutenant de police s'empare encore d'un témoignage plus grave. Gonzel fréquentait un apothicaire qu'il rencontrait dans son arrière-boutique, et qui lui vendit un jour du poison

C'était une poudre blanche, destinée à tuer des rats, disait Gonzel, qui recommandait à ses gens de ne pas l'approcher de leur nez, de peur d'être empoisonnés.

Outre l'homme au manteau noir et l'apothicaire, Gonzel était en relations avec un troisième personnage suspect. C'était un seigneur italien, qu'il voyait souvent et en secret : a lorsqu'ils étaient ensemble, ils prenaient grand soin de fer- » mer la porte de la chambre où ils s'entretenaient, et même » ils avaient la précaution de renvoyer le frère d'Holtzay, afin )) qu'il ne fût pas auprès de ladite porte, et que, demeurant )) dans la cour de ce logis, il empêchât que personne ne vînt )) les interrompre K »

D'Argenson, en faisant part à Torcy des premiers interrogatoires du valet de Gonzel, insistait sur tous ces faits et n'hésitait pas à croire à la complicité de ce dernier dans la mort du prince électoral ; le ministre exprima des doutes en son nom et au nom du roi, qui était tenu au courant de l'affaire ; il relevait quelques contradictions dans les réponses d'Holtzay. Celui-ci confondait souvent les dates des événements, ce qui infirmait la valeur de quelques-uns de ses témoignages 2.

D'Argenson ne se rendit pas ; il répondit à son tour qu'Holtzay, ne sachant ni lire ni écrire, et ne pouvant aider sa mémoire d'aucun calendrier, pouvait avoir confondu les dates ; il priait Torcy de faire rechercher chez l'abbé Renaudot les huit ou dix gazettes qui avaient précédé ou suivi la mort du prince électoral 3. Puis il continua l'interrogatoire d'Holtzay, il en tira quelques nouveaux détails sur Gonzel et sur ceux qu'il considérait comme ses complices ; en envoyant à Torcy ces derniers renseignements, il lui écrivait :

« Us vous feront connaître les relations criminelles qu'avait

1 Arch. des affaires étrangères, V. 1580 Interrogatoires d'Holtzay.

2 Id. D'Argenson à Torcy, 22 novembre 1702,

3 Id. D'Argenson à Torcy, 2 décembre 1702.

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