CHAPITRE V
)) ce Franc-Comtois à la cour de Vienne, la suite de ses in- » trigues et de ses voyages, son affectation à parcourir i'Alle- » magne après la mort du prince électoral, à aller aux eaux, » et à ne retourner en Autriche qu'après un temps considé- » rable, toujours entretenu et payé parles ministres de Fem- » pereur, à qui il s'adressait librement dans toutes les villes : )) enfin, ces interrogatoires établissent, ce me semble, la » preuve de la récompense qu'il a reçue à la cour impériale » immédiatement après qu'il y fut retourné : suivant l'usage )) ordinaire de cette cour, où l'on récompense plus volontiers » et plus magnifiquement les grands crimes que les vertus » distinguées ^ »
Malgré l'insistance de d'Argenson, l'affaire en resta là ; on L'affaire
de Gonzel
ne fit pas de procès à Gonzel, soit qu'on désespérât de connaître reste la vérité, soit qu'on voulût éviter le scandale. On ne lui ren- uon. dit pas cependant la liberté, il resta à la Bastille, où, d'après un témoignage peut-être suspect -, il ne cessa de donner jusqu'à sa mort les signes de la plus complète extravagance 3.
1 Arch. des affaires étrangères, V. 1580. D'Argenson àTorcy, 27 février 1703. II faut avouer que la conduite de Gonzel après son départ de Bruxelles est bien étrange et bien faite pour justifier les soupçons de d'Argenson. On le retrouve successivement à Maëstricht, à Aix-la-Chapelle, à Liège, à Anvers, à Cologne, à Mayence, à Francfort, à Ems, à Swallbach, au château de Lowitz en Bohême, à Vienne et à Prague. Partout le même mystère l'environne, ce sont les mêmes correspondances suspectes, les mêmes visites mystérieuses, les mêmes envois d'argent venant on ne sait d'où.
A Vienne, il reprend sa vie d'autrefois, allant tous les jours à la cour, conférant avec les principaux ministres, les grands seigneurs, les ambassadeurs. Enfin il reçoit une somme de 18,000 fr., et c'est ce dernier fait qui confirme d'Argenson que Gonzel a rendu à la cour de Vienne un service inavouable.
Il n'est pas sans intérêt pour nous de remarquer que dans ses voyages, Gonzel est souvent en rapport avec des Franc-Comtois émigrés comme lui. Sans parler de la baronne de Lanans, qui l'accompagne partout et qui passe pour sa maîtresse, il logo à Anvers chez une hôtesse franc-comtoise; à Maëstricht, il retrouve des gentilshommes bourguignons, officiers au service du Brandebourg; à Francfort, il est souvent en conférence secrète avec un nommé Rollée, également son compatriote.
2 Constantin de Renneville, Histoire de la Bastille, 1, p. 391; II, p. 82, édition de 1724.
3 Gonzel mourut en juillet 1706, à l'âge de soixante-six ans, et fut enterré au cimetière Saint-Paul.
Les L'arrestation de Gonzel avait amené celle de plusieurs de
complices . , . < ^ /> v , . ^,
de ses parents ou compatriotes. Son frère, le comte Clément, fut arrêté à Torpes, dont il était curé, et conduit à Dole, puis à la Bastille. Un second, le frère Jérôme, carme déchaussé, fut mis en surveillance au couvent de Bletterans, puis au couvent des Carmes de Paris. Un autre prêtre, nommé Quinot, qui n'avait eu d'autre tort que de se trouver, par hasard, le compagnon de voyage du comte Clément, fut également arrêté, puis élargi, aussitôt son innocence reconnue. Enfin, le baron de Lanans, son fils et un troisième frère de Gonzel, qui vivait à Ornans, prévenus qu'ils allaient être arrêtés, eurent le temps de s'échapper.
Ainsi se termina, dans le mystère le plus profond, l'équipée de l'aventurier Gonzel ; il est impossible d'affirmer que, sous ces menées ténébreuses, se cachait un premier projet des ennemis sur la Franche-Comté.
Comment expliquer cependant qu'un intrigant de bas étage, sans mœurs, sans caractère, et n'ayant, à ce qu'il semble, d'autre qualité qu'une activité fiévreuse et un esprit d'intrigues sans scrupule, ait tenu à la cour impériale le rang de Gonzel, qu'il ait reçu le titre de comte et qu'on Fait employé dans des missions diplomatiques, si l'on n'admet pas que sa qualité de Franc-Comtois ennemi de la France ait fait supposer qu'il pourrait être, à l'occasion, un auxiliaire utile dans la province où résidait encore une partie de sa famille? N'oublions pas que le baron de Lanans, qui se trouve souvent mêlé à ses aventures, et qui, comme lui, était un homme perdu de débauches, tenait un rang élevé dans la noblesse de la province. Il était seigneur du château de Roulans, à quelques lieues de Besançon, et, par son premier mariage avec une demoiselle de Grammont, il était allié aux premières familles du pays. C'était un homme prêt à tout, et sa fuite, au moment où il allait être arrêté, indique suffisamment qu'il était engagé dans quelque intrigue suspecte, dont il pouvait craindre les suites. Enfin, et ceci est un