‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 89 sur 106 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

commencement de preuve, le premier Franc-Comtois qui, trois ans plus tard, allait payer de sa tête ses intelligences avec les ennemis, avait été arrêté une première fois chez Gonzel, chez qui il vivait et à qui il servait de secrétaire.

En rendant compte à Torcy de l'arrestation de Gonzel, Première

arrestation

d'Argenson ajoutait : de rabbé

« Gonzel avait avec lui un ecclésiastique en habit long, » qui parait étranger, et qui a eu beaucoup de peine à dire » son nom ; enfin, il a déclaré qu'il se nommait Pierre » Prudhomme, qu'il est clerc du diocèse de Besançon, ori- » ginaire de Molin, dans le comté de Bourgogne, et fort » connu à l'hôtel de Listenau. On a trouvé sur lui quelques » lettres et quelques mémoires qu'on a jugés suspects, et sa » liaison intime avec Gonzel n'a pas permis de les arrêter » l'un sans l'autre K »

L'abbé Prudhomme, Prudhon ou Proudhon se trouva très compromis par les dépositions d'Holtzay. Celui-ci l'avait dénoncé comme un fort mauvais Français, témoignant en toute occasion son regret de voir la Franche-Comté à la France, se réjouissant du succès des alliés, s'affligea nt, au contraire, lorsque les Français ou les Espagnols remportaient quelque avantage. Sa joie avait éclaté, en particulier, à la nouvelle de la perte de Landau 2. « H faut, disait-il, exter- » miner ces chiens de Français, les tuer tous jusqu'au der- » nier ; les Impériaux en sauront bien venir à bout, la » France est perdue. »

Malgré un témoignage si défavorable, Proudhon ne resta pas à la Bastille. Il fut autorisé à se retirer en Franche- Comté, où on l'interna d'abord à Besançon, puis, l'intendant de Bornage ordonna qu'on le laissât libre; enfin, Proudhon ayant demandé un secours pour vivre, on fit savoir à l'archevêque que le roi consentait à ce qu'on le fît prêtre et à ce

1 Arcb. de la Bastille, X. Lettre de d'Argenson à Torcy, 9 octobre 1702.

2 Les Impériaux s'emparèrent de Landau le 9 septembre 1702.

qu'on lui donnât une cure, s'il en était digne. L'abbé n'en continuait pas moins ses intrigues avec les ennemis de la France.

L'année 1703 s'acheva cependant 'paisiblement ; mais, le 13 août 1704, l'armée française perdait, en Allemagne, la grande bataille d'Hochstœdt, l'ennemi se rapprochait de nos frontières et, pour la première fois, songeait sérieusement à une invasion en Franche-Comté, aidée par un soulèvement de la population.

proudhon Daus Ic couraut d'octobre, Ghamillard communiquait à soupçonne p jj^j^g^^^jg^j-^^ ^g Bemago une note anonyme, où l'on dénon-

fntrlgues! Ç^^^ ^^ mlnistrc des intelligences que les gens du comté cet. 1704. g^YQJgnt avec les Impériaux. On nommait, en particulier, l'abbé Proudhon et un certain Michel. L'auteur de la dénonciation indiquait avec précision les lieux où les conjurés avaient des entrevues avec les ennemis, et ceux où des armes avaient été déposées en vue d'un soulèvement prochain.

Mesures Dans sa réponse, de Bernage se montrait assez sceptique ;

de

précaution il s'étounait qu'on donnât comme un bruit public une chose l'intendant clout persouno uc parlait en Franche-Comté, et surtout que Bernage. l'^uteur u'cût pas signé son avis. Il ajoutait : « Cependant » la matière n'est pas de nature à être négligée : j'ai engagé » M. de Rostaing, dont vous connaissez l'intelligence, d'aller » avec le sieur Gillebert, mon subdélégué à Besançon, homme » de grande confiance, sur les lieux par lesquels on prétend » que ces officiers de l'empereur se sont introduits dans » cette province, où, sous prétexte d'un côté d'aller acheter » des chevaux, ou d'un autre de faire chercher les amas de » bled qu'on pourrait faire pour les transporter en fraude » dans les Etats de Berne et de Neufchâtel, ils puissent dé- » couvrir les gens qui auraient passé depuis peu dans ces » quartiers, aussi bien que ceux avec qui ils auraient eu » commerce, et en même temps les endroits où on aurait » destiné de faire des magasins d'armes, comme l'auteur de

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