CHAPITRE V
» l'avis le prétend. J'ai aussi chargé les sieurs de Rostaing » et Gillebert de conférer en passant avec M. de Béarnez sur » cette affaire, personne ne pouvant lui donner mieux que » lui les lumières nécessaires pour la découverte ^ i»
Les investigations de l'intendant n'amenèrent pas de grandes découvertes. Quelques jours plus tard, de Bornage signalait comme suspect un certain abbé Guignard; il annonçait en même temps l'arrestation de l'avocat Flusin. « Tous les papiers du sieur Flusin, disait-il, sont pleins de » minutes de lettres et de projets écrits de sa main, qui » marquent son inclination pour l'Allemagne et la manière y> insolente dont il parlait du gouvernement. » Il exprimait l'espoir que cette arrestation suffirait pour imposer aux malintentionnés, <.( qui se remuent beaucoup à propos de la ba- )) taille d'Hochstaedt -. »
Proudhon, cependant, restait toujours en liberté. On reçu- Nouvelle lait le plus longtemps possible son arrestation afin de le com- ^^^^et^ ^°" promettre davantage, et surtout d'amener ses complices à se ^"^^^^^'^^ faire connaître. Il fut étroitement surveillé jusqu'aux der- sSvYtos niers jours de l'année 1704. Sur l'ordre de Chamillard, Bernage le fit enfin arrêter au commencement de 1705. Ce n'était qu'un demi-résultat. Michel, le seul complice que le gouvernement eût réussi à découvrir, parvint à s'échapper et se sauva en Suisse. Quant à Proudhon, il fut condamné à mort le 22 janvier 1705 et pendu sur la place Neuve de la ville 3.
Cette fois, en effet, il ne s'agissait plus de soupçons vagues, proudhon comme dans l'affaire Gonzel. Le jugement de Proudhon en relation nous indique en même temps la nature des accusations i^g e'nnemis. dont il était l'objet, et nous donne la preuve qu'elles étaient fondées. Ce condamné avait été trouvé porteur d'une patente
i Arch. do la guerre, V. 1789. Lettre de Bernage du 10 octobre 1704. M. de Béarnez était gouverneur de Pontarlier, et M. de Rostaing, gouverneur de Besançon.
2 Id. Lettres de Bernage des 17, 24 octobre, 14 novembre 1704.
3 Id., V. 1850. (Jugement de Proudhon, 22 janvier 1705.)
du roi des Romains, datée du camp devant Landau S le 3 novembre 1704, signée Joseph, scellée du sceau impérial et contresignée du prince Eugène. Elle était adressée à Proudhon et à Claude Michel et leur donnait mission de soulever le peuple du comté de Bourgogne suivant le mémoire que ces derniers avaient présenté eux-mêmes aux alliés. A cette pièce de conviction s'ajoutaient encore une lettre de M. de Trautmansdorff, ambassadeur de Tempereur en Suisse, en date du 29 novembre 1704, adressée aux mêmes personnages, et la minute de la réponse de Proudhon, écrite de sa main.
Ces preuves étaient accablantes et justifiaient une condamnation. Grâce à elles, nous savons que dès 1704, les alliés songeaient à profiter du mécontentement réel ou supposé des Franc-Comtois pour susciter un soulèvement dans la province, et que la première idée de ce mouvement était venue de quelques habitants de cette dernière. Mais bien des détails de cette affaire nous échappent encore. Il faudrait, pour la connaître à fond, posséder le texte des lettres qui amenèrent la condamnation de Proudhon, et surtout le mémoire où Tabbé et son complice avaient exposé leur plan de soulèvement. On peut, sans risquer de se tromper, assurer qu'ils présentaient la province tout entière comme prête à accueillir en libérateurs les ennemis de la France. L'issue du procès ne prouve-t-elle pas clairement leur erreur ou leur mensonge? Si une conspiration sérieuse avait existé, si un mouvement important avait été préparé, comment le gouvernement qui, dès le début, était au courant de l'affaire et qui, pendant deux mois, laissa le principal meneur de l'intrigue aller et venir en toute liberté, aurait-il été assez maladroit pour ne saisir que l'un des conjurés et laisser échapper tous les autres? Un abbé pendu, un autre soupçonné, un
1 L'archiduc Joseph, roi des Romains et empereur l'année suivante, et le prince Louis de Bade assiégèrent Landau pendant le mois de novembre 1704 et s'en emparèrent le 2'3.