CHAPITRE V
en lui montrant la lettre qu'il avait écrite à ce ministre, le 5 mars précédent. Un billet sans signature invitait Gour. chetet à choisir un lieu de rendez-vous. L'inconnu proposait Neufchâtel, que Gourchetet refusa comme trop éloigné; il accepta d'aller au Haut de la Tourne, hameau perdu dans les montagnes à plus d'une lieue de tout village et à trois ou quatre de la frontière. On se donna rendez-vous pour le l®*" juillet. Gourchetet prit les ordres de l'intendant, partit le 29 juin et arriva le lendemain au lieu du rendez-vous. Le l*"'" juillet, un officier de M. de Gra^tz vint le prier de passer son par delà Neufchâtel, dans le petit village de Saint-Biaise; avec Gourchetet hésita, il craignait un piège, d'autant plus que 'offiSeT'^ Michel, le complice de Proudhon, était à Grossi, dans le voi- j^iie?'^i705 sinage ; il se décida cependant, trouva M. de Gra3tz à Saint- Biaise, et lui fit « quelques ouvertures pour une surprise. »
« Gela l'engagea à me faire voir quelques projets qui ten- » daient à entrer dans la ville de Besançon par la rivière du » Doux sur des barques, à raison qu'il y a des ouvertures » qui entrent dans la ville. »
Gomme Gourchetet lui exprimait sa répugnance à faire entrer des gens de langue étrangère à Besançon : « Alors » me serrant dans ses bras, il me dit : « J'ai à la main cinq » cents réfugiés français que je soudoie, ils sont tout près, » me parle de Gavalier qui est à Zurich avec une compa- » gnie ^... Il me dit aussi qu'il avait l'ordre et le pouvoir de » l'empereur, de prendre de l'armée de M. de Tinghen » 6,000 hommes pour entrer, surprendre ou soulever le » pays dont, ajoutait-il, l'empereur l'avait qualifié du gou- )■> vernement, que s'il avait manqué une fois par la décou- » verte de Proudhon, cela l'animait davantage, qu'il y met- » trait plutôt tout son bien. »
De Grgetz fit voir en même temps à Gourchetet deux plans
1 Cavalier avait quitté la France en septembre 1704. Il s'enfuit d'Ornaus, où le gouvernement avait commis l'imprudence de l'interner à quelques lieues de la frontière, et séjourna quelque temps en Suisse.
de Besançon, et, mettant le doigt sur la maison du gouverneur, il lui demanda s'il ne croyait pas qu'un mulet ou deux chargés d'argent pourraient passer par cette porte.
<.( Je vous entends, lui répondis-je, Monsieur ; mais il y a » un guichet oii des mulets ne passeront pas, le cœur de » M. de Grammont est français, sa maison est comblée de » bienfaits du roy — et le monsir Rosting ly être français » comme un diable. — Je lui repartis que je ne voyais pas » de jour à se promettre un succès par ces moyens-là. »
On revint donc à l'idée d'une surprise. De Gra^tz voulait lui-même examiner la rivière du Doubs et les entrées qu'elle aurait dans la ville. Sur l'objection de Gourchetet que « sa » taille si avantageuse et que cet air de grandeur qu'il a )•> pourrait causer quelques soupçons, » il se décida à envoyer à sa place un ingénieur que Gourchetet se chargeait de conduire dans toutes les avenues qui donnent sur la rivière, et qui aviserait au moyen de « se glisser dans le dessous du » moulin de l'archevêque, le long de l'ouvrage à corne » d'Arène, et de là, pénétrer dans la rue d'Arène. »
Le lendemain, Gourchetet refusait fièrement l'argent que lui offrait de Grgetz, et celui-ci s'excusait en lui disant : « G'était pour votre voyage, car, par ma foy, vous ly estre » président, faut chasser tous ces diables de Français. »
On parla ensuite des affaires militaires en général; de Graetz annonça « qu'il éclaterait bientôt un coup de consé- » quence; » il demanda à Gourchetet un petit mémoire sur l'inclination des Gomtois et la facilité qu'il y aurait d'entrer dans ce pays. « J'ai, ajoutait-il, le moyen de persuader à )) l'empereur de tout tenter pour ravoir le comté de Bour- » gogne; il y aura des vivres pour subsister, et, si l'on y » entre par la Ghampagne, il faudrait les y porter ; mais pour » le plus sûr, il faut prendre Nancy. »
En transmettant à Ghamillard l'étrange récit de Gourchetet, de Bornage ne songe pas un instant à mettre en doute la sincérité de ce dernier ; il montre cependant tout ce