CHAPITRE V
qu'avait de chimérique le plan de l'officier allemand. Il lui semblait bien peu à craindre que les protestants réfugiés songeassent à faire invasion dans la province, où l'opinion ne leur était guère favorable ; enfin, la retraite de l'armée de Marlborough, qui avait quitté, en juin 1705, la ligne de la Moselle, rendait peu probable une tentative sur Nancy et la Lorraine. L'intendant promettait cependant de faire bonne garde et d'arrêter de Gr^tz ou son lieutenant, si l'un ou l'autre mettait à exécution son projet d'entrer dans la ville.
En résumé, il résulte des pièces qui furent trouvées en la Echec possession de Proudhon et qui amenèrent sa condamnation, la première ainsi que des renseignements donnés par Gourchetet, que *^"des^^ dans les derniers mois de 1704 et pendant l'année 1705, les ^"^^J"'^ ennemis avaient sons^-é à faire une invasion en Franche- laFranche-
■^ Comte,
Gomté et comptaient y trouver un appui dans les mécontents 1704-1705. de la province. L'histoire générale de la guerre de la succession d'Espagne vient, du reste, confirmer ce que nous apprennent les lettres confidentielles de l'intendant de Bernage. La défaite d'Hochstsedt, au mois d'août 1704, avait exalté outre mesure les espérances des coalisés. Ils préparèrent, pour l'année suivante, l'invasion de la France ; le grand coup devait être porté sur la Moselle par Marlborough ; l'invasion de la Franche-Gomté n'aurait été, dans tous les cas, qu'un épisode secondaire de la campagne; on sait comment, grâce à Villars, toute la combinaison tomba. Marlborough, abandonné du prince Louis de Bade, sur lequel il comptait, mal obéi des Hollandais, qui craignaient pour leur pays et voulaient y retourner, n'osa pas attaquer le camp de Sierk, où son adversaire s'était retranché, et se retira sur la Belgique. Il commença sa retraite dans la nuit du 17 juin 1705. Ainsi, quand de Grsetz confiait si naïvement les projets de l'empereur à Gourchetet, le danger qui menaçait la Franche-Gomté avait déjà disparu.
L'année 1706 se passa tranquillement, quoique plusieurs fois encore, le ministre ait signalé à l'intendant les relations
coupables que quelques Franc-Comtois avaient avec les ennemis.
de^veicei ^^ 1707, unc qucrelle locale et sans importance agita pen-
1707. dant quelques mois le bourg de Vercel et quelques villages
voisins. Elle n'est connue que par une supplique adressée
au parlement et à l'intendant par l'un des deux partis en
présence '. En voici l'analyse.
Au mois de juillet 1707, la mort du curé de Vercel et son remplacement divisent la région en deux factions. Deux familles revendiquent le droit de nommer le curé, et bientôt deux prêtres, Petitcuenot et Poimbœuf, se disputent la cure. Pendant que l'affaire se jugeait au parlement, les esprits s'aigrissaient, « il y avait d'ailleurs de vieilles querelles mal )) assoupies, d'anciennes divisions qui se réveillaient. » On rappelait que les oncles de Petitcuenot, dont l'un était curé d'un village voisin, s'étaient mis à la tête de quelques paysans, en 1674, qu'ils avaient enlevé à Ornans des chevaux d'artillerie pour le paiement desquels Vercel avait été imposé d'une forte somme dont le village payait encore les intérêts.
Le parti Uu parti composé de gens aussi compromis prit ou reçut
allemand
et le parti naturellement le nom de parti allemand. Le parti opposé prit le nom de parti français. Petitcuenot, le candidat à la cure, devint le prince Eugène, le sieur Pautier, son cousin, lord Marlborough. Lorsque Petitcuenot alla prendre possession de la cure, il trouva les portes de l'église fermées, on lui refusa les clefs et on l'insulta. Les Allemands s'irritèrent, ils se vantèrent de battre les Français et de les chasser. Il y eut même des coups de fusil tirés par les fenêtres.
Le parlement se mêla de l'affaire, donna raison à Petitcuenot et fit poursuivre ses adversaires, qui furent arrêtés ou s'enfuirent. Les auteurs du mémoire que nous analysons ajoutent :
« L'on doit regarder cette affaire comme une espèce d'émo- » tion populaire dans laquelle tous les particuliers sont
1 Arcli. du Doubs, série G. Acquisitions nouvelles.
français.