‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 94 sur 106 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» entrés suivant leur inclination et leurs intérêts. Mais tout )) est en division et en troubles ; la vraie source et l'origine » de tout le mal vient de la différence des sentiments sur la » domination, ce qui a paru en ce que le sieur officier, vi- )) Caire du sieur Petitcuenot a eu l'insolence, il y a deux » mois ou environ, après avoir lu le mandement de M^'" l'ar- » chevêque, qui ordonnait des prières suivant les intentions » de Sa Majesté, d'exhorter de prier Dieu pour la prospérité » des armes de Sa Majesté impériale. »

Forts de l'arrêt du parlement, les Allemands triomphèrent bruyamment, on les vit boire insolemment dans leurs assemblées, « le sieur Petitcuenot présent, et qui y but comme » les autres, une hallebarde à la main, » à la santé de l'empereur et à la prospérité de ses armes. Les Français qui refusaient de boire avec eux ou qui buvaient à la santé du roi étaient maltraités.

Ceux-ci eurent recours à l'intendant et au parlement ; ils demandèrent qu'on mit fin à ces rixes et à ces querelles que le voisinage des Suisses protestants et de Neufchâtel pouvait rendre dangereuses. Ils demandaient protection pour eux, « dont tout le crime est d'avoir marqué beaucoup de zèle et » beaucoup d'attachement pour le roy et leur souverain )) légitime; » ils se justifiaient enfin d'avoir insulté un commissaire du parlement, prétendant l'avoir pris pour un officier de l'empereur déguisé, « ce que l'on crut avec d'au- » tant plus de facilité que l'avocat Petitcuenot a épousé la » nièce du sieur Gourchetet, qui est aussi dans le service de » l'empereur et qui, depuis quelques mois, avait fait bruit » dans la province, dans le voisinage de Vercel, où il était » caché pour exécuter ses mauvaises intentions, et manqua » d'y estre surpris par les ordres de la cour et de M^'" de » Bernage K »

1 Aucun autre documeut n'indique que le gouvernement eut à se préoccuper de la présence en Franche-Gomlé, pendant les années 1706 et 1707, du frère de Gourchetet, que nous retrouverons plus tard sous le nom de dom Louis.

On serait tenté d'exagérer Timportance politique de ces luttes villageoises, si l'on oubliait les causes toutes locales, les petites rivalités d'intérêts et d'ambitions qui les faisaient naître. Ce serait méconnaître, par exemple, l'esprit des paysans, que d'attacher un sens sérieux aux surnoms d'Allemands et de Français qui distinguaient les deux partis en présence. Notons, du reste, que nous n'avons que le plaidoyer du parti français ; on peut supposer que les choses se présenteraient sous un aspect différent, si nous possédions la défense des partisans du curé Petitcuenot. La supposition est d'autant plus vraisemblable que le parlement avait jugé une première fois en faveur de ce dernier, et que rien n'indique qu'il se soit déjugé dans la suite. Il reste acquis cependant qu'un sentiment vague et confus d'hostilité à la France se manifestait chaque fois que les esprits étaient agités par une cause quelconque, et qu'en même temps les habitants de la province n'étaient pas sans avoir connaissance des intrigues qui se nouaient au delà de la frontière. Prétentions Lcs cnncmis de la France allaient, en effet, reprendre avec roide Prusse plus d'ardour Icurs projets sur la Franche-Comté. Au mois la Franche- dc novcmbrc 1707, le nouveau roi de Prusse Frédéric P'' Comte, gyg^i^ qIq proclamé souverain des deux comtés limitrophes de la Franche-Comté, dont ils avaient fait autrefois partie, ceux de Neufchàtel et de Valengin. L'ambition du nouveau monarque n'était pas satisfaite; ce premier succès l'encouragea au contraire à renouveler ses prétentions sur la Franche- Comté, qu'il avait mises en avant dès la mort de Guillaume d'Orange. L'habile ministre Metternich, qui avait su lui assurer les votes des bourgeois neufchâtelois, se chargea de compléter son œuvre, et son nom va se trouver mêlé à toutes Lg les intrigues franc-comtoises.

d^Mette^r- ^^^^ 1^ couraut dc 1708, un sieur d'Andrey, maître de nich forfifes à Loulans, étant allé pour ses affaires à Neufchàtel,

et le maître ^

de forges sc trouva OU relations avec le ministre prussien, qui le mit

d'Andrey, . i n' i •

1708. au courant des projets de la Prusse et des allies, et lui

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