‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 95 sur 106 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

demanda son concours. Il s'agissait de faire pénétrer une armée ennemie dans la province et de s'emparer d'Auxonne. A peine de retour, d'Andrey s'empressa de prévenir Tadministration française. Le nouvel intendant le Guerchois, qui avait remplacé Bornage le 16 mai 1708, se montra d'abord assez sceptique, ne pouvant croire que M. de Metternich eût confié des secrets de cette importance à un homme qu'il ne connaissait pas ; il fit défendre à d'Andrey de retourner à Neufchàtel K Mais bientôt il fallut se rendre à l'évidence. De nouveaux et sérieux témoignages vinrent confirmer ceux qu'on avait cru devoir négliger ^. Non seulement le projet des ennemis était réel, mais la complicité de nombreux

1 Sur d'Andrey, voir Arch. de la guerre, 2168, V. n"» 5 et 149. Lettres de le Guerchois, 2 octobre 1708, 25 janvier 1709.

2 On écrivait de Neufchàtel au gouverneur de Pontarlier, le 10 septembre 1708 : « Depuis que j'ai eu l'honneur de vous marquer qu'il devait s'estre formé une » nouvelle conspiration dans notre comté de Bourgogne, j'ai tâché d'en descouvrir » davantage, suivant que vous me l'avés ordonné, en Allemagne où j'ai esté, et » pour vous faire le détail de ce que j'ai appris, je dois vous dire que l'on avait » fait partir de Xinfeld {sic) des armes emballées dans des tonaux que l'on faisait » voiturer par l'évèché de Porentrui pour arriver par le Doux dans un bois assés » espaix et proche de la ville de Beaume où estait le rendez-vous général, et où ces » armes devaient passer le Doux; il y avait pour armer mil ou douze cents hommes. » Ces armes estants à portée d'estre arrivées au rendez-vous, devaient être précé- » dées par sept à huit mil hommes de troupes que le général Mercy conduisait et » qui devaient prendre leur passage sur les terres de Basic ; ces troupes estaient » même déjà parties de Philingen pour cette expédition, mais comme le prince de » Porentrui ne voulut pas donner passage aux armes qui estaient conduites par » un nommé Boiteux qui est de ce pays, du village de Travers, et qui a esté détenu » dans la citadelle do Besançon, d'où il trouva moyen de se sauver il y a quelques » années, et qui, depuis, sert d'espion à M. de Trautmansdorf, ambassadeur de » l'empereur, sous la couverture d'un brevet de capitaine dont il est saisy et qui » voulait faire passer ces armes sur les terres de ce prince sous le nom de mar- » chandises, il fut obligé de les faire retourner sur leurs pas, et les fît rentrer dans » Rinfeld le 28 du mois dernier, où elles sont déposées. Il avait esté (un jour avant » cet incident arrivé) au bord du Doux, où il devait prendre son passage pour se » rendre à Beaume, où il avait eu conférence avec un conseiller au parlement de » Besançon (dont il ne me voulut pas dire le nom), qui l'avait assuré qu'ils estaient » huit cents hommes dans cette ville là s'estant preste serment de fidélité, que )) d'abord qu'il avait fait passer les armes et qu'il les avait rendues dans Beaume, » qu'ils se saisiraient de l'estat major qui commande dans Besançon et d'une porte » qu'ils leur livreraient : c'est de quoy il faut rendre compte aux officiers qui de- » valent servir à cette expédition et qui accompagnaient en forme d'escorte ces

Franc-Comtois semblait prouvée. On parlait d'un conseiller

au parlement ^ et de huit cents hommes tout prêts à se

Craintes saisir dc Besauçou par un coup de main. L'intendant et le

des

fonction- gouverneur de la ville s'accordèrent à déclarer que la situafrançafs, tion était critique, et à demander que l'on renforçât la garnison 2. M. de Rostaing, surtout, voyait les choses en noir. Il écrivait, le 2 octobre, à Ghamillard :

« Ce n'est pas le dehors qui me donne de l'inquiétude ; )) mais c'est le dedans de cette ville, grande et peuplée, et où )) il y a un très grand nombre d'esprits très turbulents, )) mauvais et malintentionnés, lequel je sais par les in-

» tonneaux d'armes, ce conseiller et une partie de ceux qui estaient d'intelligence » de la ville de Beaume ayant apris qu'ils estait obligé de faire retourner ses » armes d'où elles venaient et que leur conspiration estait descouverte. » (Arch. de la guerre, V. 2168, 150.)

1 Les soupçons tombèrent d'abord sur le conseiller Franchet de Cendrey, « de qui » les biens sont situés dans les environs de Baume, et dont les manières extraor- D dinaires et réservées me persuadent quasi qu'il pourrait bien estre capable de se » porter à des extrémités fâcheuses; mais comme de simples soupçons sont fort )) éloignés de la preuve, je suis obligé de suspendre mon jugement : je ne laisserai » pas de continuer à observer secrètement la conduite de ce conseiller. » (Arch. de la guerre, V. 2168, 149. Lettre de le Guerchois du 2 octobre 1708.)

2 Dans la lettre du 2 octobre, le Guerchois écrivait encore : « Comme on ne » peut guère douter que quelques particuliers de cette province n'ayent encore » du penchant pour la maison d'Autriche, on ne peut guère non plus douter de la » conspiration dont il s'agit, surtout après les démarches que le général Mercy a )i faites sur le haut Rhin avec un corps de troupes.

» Tout cela me fait souvenir de ce que j'eus l'honneur, Monsieur, de vous mander » le 14 juin, au sujet d'une prétendue confidence des projets des ennemis faite par » M. de Metternich au sieur d'Andrey; encore bien qu'il n'y ait point un rapport » tout à fait juste, on ne laisserait peut-être pas de croire que toutes les circons- » tances dont ce particulier a fait le détail (et qu'on a regardées comme la production « d'un esprit visionnaire), pouvaient avoir quelque fondement.

» Quoi qu'il en soit, on n'en voit que trop pour croire que les ennemis ont tou- » jours quelque dessein sur cette province; ils pourraient bien en perdre l'idée si » la ville de Besançon, la citadelle et le fort étaient plus garnis de troupes et de » munitions qu'ils ne sont pendant l'été; il n'y a à présent que cinq ou six com- » pagnies dans la ville, huit dans la citadelle et deux dans le fort, cela ne paraît » pas suffisant, particulièrement à l'égard de la ville; il ne serait peut-être pas » impossible de la surprendre, pour peu qu'on y eût d'intelligence ou du moins de » faire mettre le feu aux magasins de poudre, qui sont considérables. Vous » jugerez, Monsieur, mieux que personne de quelle importance il est de mettre » cette place en sûreté, puisque d'elle seule dépend le salut de la province. » (Arch. de la guerre, V. 2168, 149.)

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