CHAPITRE V
de Fempereiir, et un sieur de Bouclans. Ceux-ci manquèrent au rendez- vous. Une lettre apprit aux conjurés que cette fois encore la partie était remise; la longueur du siège de Lille S à laquelle les ennemis ne s'étaient pas attendus, ne permettait pas de songer pour le moment à une invasion en Franche-Comté.
Il semble que le rapport de Merci aurait dû, pour quelque temps du moins, calmer les craintes de l'intendant. Cependant, en en rendant compte au ministre, il ne se montrait pas rassuré, il redoutait surtout les intrigues des émigrés franccomtois. Il craignait que Courchetet et de Bouclans n'eussent pas renoncé à leur projet d'invasion, et ne doutait pas qu'ils ne fussent parvenus à attirer beaucoup de gens dans leur parti. Il soupçonnait à ce moment le conseiller au parlement Lampinet, beau-frère de Bouclans. Avant son départ, celui-ci avait visité avec Lampinet sa forêt de Bouclans, sous prétexte d'y établir une verrerie et d'y faire travailler trois cents paysans. Ceux-ci étaient sans doute les trois cents Allemands déguisés qu'on disait devoir venir s'établir à Bouclans, sous prétexte de déboisement, mais en réalité pour attendre un plus grand nombre de troupes et tenter un coup de main.
Le Guerchois avouait que le comte de Grammont était plus optimiste que lui. Celui-ci était persuadé de la fidélité des Comtois, parce qu'il jugeait peut-être des autres par lui-même et pensait que les desseins des ennemis étaient chimériques; il avait raison, tant que les Suisses fermeraient exactement les passages; mais, si un corps d'armée pénétrait dans la province, on verrait bien des gens prendre les armes. « La meilleure partie de la province est armée, et » les archers, qui sont pour la plupart du pays, se soucient » peu d'en faire des recherches; ils saisissent quelquefois » des fusils, et je juge contre ceux à qui ils appartiennent,
1 Après la bataille d'Oudenarde, 11 juillet 1708, les alliés mirent le siège devant Lille. Boufflers défendit la ville jusqu'au 25 octobre et tint encore pendant six semaines dans la citadelle.
)) mais cela ne détruit pas le mal. » L'intendant voudrait des condamnations plus sévères. Le comte de Grammont venait, du reste, de rendre une ordonnance pour révoquer toutes les permissions accordées jusqu'ici de posséder des armes.
Le Guerchois proposait encore, pour découvrir les conspirations, « de retenir à la poste toutes les lettres qui vien- » nent de Bàle et de les lire avant de les rendre à leur )) adresse. » Il soupçonnait toujours l'avocat Courchetet, qui, d'après quelques mots échangés avec Merci, devait être en correspondance suivie avec son frère et les autres émigrés K Les Tout n'était pas vain dans les craintes de le Guerchois. Les ^STeT émigrés avaient vu avec dépit l'ajournement de leurs procontinuent j^ts ct Continuaient leurs intrigues, leurs j^ j^g Yes derniers jours d'octobre. Merci eut encore une
intrigues. «^
entrevue avec Regnauld dans les bois de Bouclans, presque à la porte de Besançon ; l'aventurier lui annonça que la mauvaise saison approchant, la partie était remise au mois de mai prochain; il l'engagea à entretenir la bonne volonté des conjurés et lui montra une lettre du prince Eugène, d'après laquelle ce général viendrait lui-même exécuter le dessein projeté -.
Nouvelles L'aunéc 1709 semblait, en effet, particulièrement propice '^''Te^^^ aux intrigues qui tendaient à détacher la Franche-Comté de ^TvS"* la France. On sait quelles furent, cette année, les souffrances de la population; celle-ci pouvait se laisser égarer par la misère et espérer qu'un changement de domination adoucirait son sort.
Le Guerchois avait le sentiment de ce danger et transmetmettait ainsi ses doléances au ministre :
(( La conjoncture de l'extrême misère où le peuple est ré- » duit, leur (aux ennemis) paraît sans doute très favorable,
1 Archives de la guerre, V. 2168, 168. Lettre de le Guerchois, 24 octobre 1709.
2 Id., V. 2168, 172. Analyse d'une lettre de le Guerchois, 31 octobre 1709.