‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 98 sur 106 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

)) car, outre la disette et cherté des grains, tous ceux qui » ont été ensemencés dans le pays de plaine, qui est la » grande ressource de la province, ont été entièrement » gâtés par le grand froid et la longueur de l'hiver.

» Les malintentionnés commencent à répandre dans le » public qu'on voit bien que le roy est résolu de quitter cette » province à ses ennemis, puisque Sa Majesté permet qu'on » en fasse mourir de faim les habitants par l'enlèvement des » blés. Un honnête homme de cette ville, qui a passé presque » toute sa vie à Lyon, m'en a dit assez pour me faire com- » prendre que le petit peuple de la ville de Besançon, qui est » des plus mutins, pourrait bien la mettre au pillage quand » les troupes en seraient parties. »

Le Guerchois ajoutait encore :

« Je n'ai pas beaucoup de peine à croire que si les enne- » mis pouvaient une fois entrer dans ce pays, ils n'y trou- )) veraient bien des malintentionnés, et que plusieurs » paysans qui manquent de pain ne se joigneraient à eux : » c'est la raison secrète qui m'a principalement engagé à » répondre à M. Desmarets la nécessité de laisser icy le bled » destiné pour l'abondance de Lyon K »

Dès le mois de février 1709, les allées et venues des con- Nouveau jurés avaient repris, et Regnauld était rentré en campagne. ^des Le 28, il eut une entrevue avec Merci au petit village de févri^MTog. Ghazot, dans la montagne, chez un paysan nommé Maldiney. Là, il apprenait au perruquier que l'expédition, si longtemps remise, allait avoir lieu : dix mille chevaux et cinq cents hussards devaient passer sur le territoire de Bàle, sans en demander la permission aux Suisses; ils devaient être rejoints par dix mille fantassins des montagnes du comté qui se soulèveraient. Mais il n'était pas sûr que le prince Eugène en prît le commandement. Regnauld devait aller à Vienne avec Gourchetet, de Bouclans, et Jacquin, pour

^ Archives de la guerre, V. 2168, 23. Lettre de le Guerchois, 14 avril 1709.

y prendre de l'argent, des lettres et une commission de l'empereur. Il serait de retour vers la Quasimodo. Merci devait, dans l'intervalle, gagner quelques officiers en leur promettant de l'argent et d'autres récompenses. Merci refusa cette tâche, sous prétexte qu'il ne fréquentait pas les Français et qu'il craindrait de se découvrir.

En même temps qu'il apportait ces renseignements à l'intendant, le perruquier dénonçait la complicité du paysan Maldiney, chez lequel avait eu lieu le rendez-vous, et de son beau-père, des Etangs, qui demeurait dans le voisinage. De la conversation de ces derniers, il résultait encore que le conseiller au parlement Lampinet avait déjà reçu onze cents écus pour cette expédition. Les soupçons de le Guerchois étaient ainsi confirmés, d'autant plus que le nom de Lampinet n'avait jamais été prononcé devant Merci.

Le Guerchois, de Rostaing et de Grammont demandèrent des ordres pour approvisionner la ville de vivres et de munitions, afin qu'elle fût à même de faire une défense de quelques jours. Ils étaient d'accord aussi pour ne pas faire encore éclater la découverte en arrêtant les gens compromis, dans l'espoir que Merci découvrirait les noms de ceux que l'on ne connaissait pas encore i.

Arrestation Uu événement imprévu fit croire un instant à l'intendant Lorfiîard <ï^'i^ âlMt obtcuir sur ce point toute satisfaction. Dans les mai 1709. premiers jours de mai, un nommé Lorillard, maître de poste de Montbéliard, et l'un des conjurés, tomba entre les mains des Français. Il essaya vainement de se couper la gorge et fut conduit dans un fort triste état à M. des Robers, commandant de la place d'Huningue. M. de Rostaing manda aussitôt à ce dernier d'interroger Lorillard sur ce qu'il pourrait savoir du dessein des ennemis sur la province, et de tâcher surtout d'obtenir de lui le nom des complices de la conjuration ; dans le cas où la blessure du malheureux le

A Archives de la guerre, V. 2168, 11. Lettre de le Guerchois, 3 mai 1709.

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