SCÈNE III
Les mêmes, LE PRINCE MAX \
THÉCLA
Que c’est bien à vous, prince, de visiter une pauvre prisonnièrel... C’est dans le malheur qu’on reconnaît ses amis!
N’est-ce pas? ceux qui sont malheureux... ceux qui souffrent se doivent entre eux consolation ! et je venais... (voyant Marguerite, il s’arrête, puis reprend gravement :) Je Venais, de la part de la grande-duchesse, mon auguste tante, pour une grave et importante communication.
THÉCLA
Bien grave, sans doute , si j’en crois l’air seul qu’elle vous a forcé de prendre!
MAX, ému.
Une communication que je ne dois faire qu’à vous! (Marguerite veut sortir, Thécla la retient.)
THÉCLA
Permettez, prince... (Elle passe devant Mai pour aller près de Marguerite.) J’ai trop peu d’amis dans ce moment, pour en perdre ainsi la moitié, et ne pas jouir de leur présence aussi longtemps qu’elle me sera permise... Parlez donc, prince, j’écouterai devant elle, ou je n’entendrai rien !
MAX, ému, et allant poser ses gants et son chapeau à gauche.
Ce que j’avais à vous dire, princesse, devait être adressé à un cœur franc et loyal, à un cœur qui ne se fait pas un jeu de ses serments, à un cœur enfin qui ne trompe personne !
MARGUERITE, avec colère.
'rince!...
MAX
Je ne m’adresse pas à vous, mademoiselle, (a Thécla.) Je cherchais vérité, et je venais vous la dire, princesse.
THÉCLA
A moi?...
A la suite de divers incidents que vous ne connaissez point, et que je voudrais ignorer, j’étais, plus que jamais, décidé à vous aimer.
THÉCLA
Moi!
MAX, avec force.
Et j’avais pris la ferme résolution... (Regardant Marguerite.) de vous épouser.
* Thécla, Max, Marguerite.
T11ÉCLA.
Je vous en remercie.
MAX
Et, ce matin même, tout à l’heure, j’ai déclaré franchement à la grande- duchesse mes nouvelles intentions; elle m’a arrêté net, en m’apprenant le mariage secret que vous lui avez avoué.
THÉCLA
Mariage qui vous a irrité?...
Dites désolé. Mais la grande-duchesse est contre vous d’une colère, ou plutôt d’une injustice... que je ne pouvais, que je ne devais pas souffrir... et, malgré le respect ou plutôt la crainte innée que m’inspire mon auguste tante, pour la première fois, j’ai été d’un avis contraire au sien, et j’ai pris votre défense.
THÉCLA
Ah! merci! merci!
MAX
J’ai prétendu que vous étiez libre de votre choix, libre <L* votre main, de votre cœur...
THÉCLA
Prétention inadmissible à la cour.
MAX
Je me suis élevé surtout avec indignation contre la captivité qu’on vous faisait subir depuis hier, et que l’on compb ' prolonger indéfiniment; il parait qu’à défaut de talent, ■ mitié m’a donné quelque éloquence... car Son Altes«e 1 chée ou étonnée de ce trait de caractère inusité, s’est idc t et m’a dit : « Eh bien, rendez-vous près de ma pupill ,p 0 . vous permets de la voir, et si elle consent à vous faii naître, ce qu’elle m’a refusé, à moi, le nom de son n*> à l’instant même, elle est libre... Êtes-vous content, mon m neu?... » Oui, me suis-je écrié, et me voici.
THÉCLA ET MARGUERITE, à part.
Ali ! mon Dieu !
MAX
Je n’ai pas besoin de vous dire que je prends ce mari, quel qu’il soit, sous ma protection... et, dans deux ans, quand le pouvoir me sera remis, je m’engage à faire reconnaître cette union... Parlez donc! contiez-moi le nom de ce mari.
C’est là, mon prince, ce qui m’est très-difficile.
MAX
Et pourquoi? Serait-ce un choix indigne de vous?
THÉXLA, vivement.
Oh ! non : il n’y a rien à dire sur lui.
MAX
C’est donc, alors, manque de confiance en moi?