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CHAPITRE XIV

La duchesse de Longueville publie des apologies de sa conduite — Réponse de la Cour — La duchesse de Richelieu admise à la Cour — Rourgeois anoblis à Rouen et au Havre — Complot pour la délivrance des Princes — Voyage de la Cour à Bordeaux — Les princes transférés au Havre.

La duchesse de Longueville qui avait gagné la Hollande s'entendit avec Turenne, traita avec l'Espagne et consacra tous ses efforts à la délivrance des Princes, elle publia des apologies de sa conduite ; ces nombreux écrits, dus à l'inspiration de la duchesse et des partisans des Princes, soulevèrent par toute la France un vif sentiment d'indignation contre Mazarin,qui supporta tout le poids du ressentiment du peuple.

Au nombre de ces pamphlets, de ces éloges, on peut citer Apologie pour MM. les Princes, que la duchesse adressa au parlement de Paris ; Apologie particulière pour M. le duc de Longueville, par an gentilhomme breton (publiée à Amsterdam) ; un ouvrage de Coudé intitulé : Réponse de Monseigneur le Prince et ses très humbles rcmonstrcmces, faites au Roy, à la Reine-Régente et à la France sur le

sujet de sa détention, destiné à attirer la pitié sur la situation de Condé et de Longueville, ses compagnons de captivité qu'il montrait « dans le chagrin et une profonde mélancholie. »

Le roi lança une déclaration dénonçant la duchesse de Longueville comme criminelle de lèse- Majesté.

C'est alors que le poète Sarrasin dédia à la duchesse le sixtain suivant :

Objet en tous lieux adoré,

Et la Reine et son fils ont dit et déclaré

Que vous estes une rebelle

Vénus et Cupidon en ont bien dit autant,

Avec Anne et Louis vuidez vostre querelle,

Mais au moins contentez Vénus et son enfant.

Des lettres patentes avaient été rendues à l'égard de Turenne, de Brézé, de Bouillon, de Marcillac.

D'un autre côté, le jeune duc de Richelieu voyait son mariage reconnu et sa femme était admise à la Cour, où on lui accordait enfin le tabouret qui avait donné lieu à tant de pourparlers avec la duchesse d'Aiguillon.

Au Havre et à Rouen, plusieurs notables furent anoblis par Louis XIV, comme il avait été fait à Dieppe, et les membres du Parlement de Normandie recurent tous des lettres d'anoblissement.

En Août 1650, un complot se forma en Normandie pour la délivrance des trois princes en-

fermés à Vincennes, pendant que dans la Guyenne la princesse de Condé (Claire Clémence de Maillé), soulevait les Bordelais et les gagnait à la cause des Princes.

Le Tellier, le 30 Juillet 1650, confirmait par une dépêche au Cardinal le complot ourdi en Normandie :

« Les avis qu'on donne à votre Eminence de ce « qui se passe en Normandie sont véritables, étant « certain qu'il s'y trame quelque chose de grand, « mais je suis trompé si l'arrêt qu'a fait faire le « comte d'Harcourt de la personne d'Autouville, « d'un côté, qui a été mis dans le château de Caen, « et de du Bosq, de l'autre, qui a été mis dans le « vieil Palais (vieux Palais de Rouen) n'en arrête- « ront point le cours. »

Mazarin lui répondit en marge, au crayon : « L'emprisonnement des deux personnes est fort « bon et s'il sera suivi de celui de Mme de Flava- « court et de la R. (illisible) fera encore plus d'effet, « enfin, il ne faut rien épargner, car on ne nous « épargne pas. »

Mme de Flavacourt,dont parle le Cardinal dans sa réponse, était la femme du marquis de Flavacourt, grand bailly de Gisors, et la sœur de Henri Taillefer, sieur de la Barrière, un des compagnons de la duchesse de Longueville.

On connaît en délai] les projets des partisans des princes, par un mémoire adressé au comte

d'Harcourt, gouverneur de Normandie, qui révèle les relations des conspirateurs avec l'Espagne.

Cette puissance promettait un secours de mille hommes qui devaient débarquer sur les côtes normandes, entre Grandville et Cherbourg, le document ajoutait :

« lis seront conduits par La Roque, capitaine « des gardes de M. le Prince. Leur premier effort « sera contre Granville ou Cherbourg. M. de « Matignon a promis de sortir de Paris pour don- « ner, par sa présence, chaleur aux affaires et pour « commander ces troupes. M. de Dampierre, fils « de Longaulnay, se doit jeter dans Carentan dont « son père est gouverneur et par ce moyen occuper « le Pont de Douvre, qui est fort proche, qui est « un passage très important et le seul commode « pour entrer dans le Contentin de ce côté-là. »

On apprit que Mademoiselle de Longueville fournissait des subsides pour permettre de taire des levées d'hommes en Normandie et que les conspirateurs songeaient à s'emparer de Honfleur, dont le père de M. de La Roque avait été longtemps gouverneur.

MM. de Matignon furent arrêtés à Paris où le Cardinal les avait attirés, Mademoiselle de Longueville fut exilée à Coulommiers et le comte d'Harcourt exerça une telle surveillance sur la Normandie que le complot fut étouffé.

Les meneurs ne purent empêcher pourtant la

noblesse normande de se montrer hostile à Mazarin, qui devinait dans cette lutte sourde contre lui, l'influence du cardinal de Retz, car ce prince obtenait bientôt, malgré Mazarin, la mise en liberté des Matignon et l'autorisation pour Mademoiselle de Longueville de revenir à Paris.

Le 29 Août, les Princes furent transférés de Yincennes à Marcoussis et les attaques contre le Cardinal redoublèrent de violence, des placards furent même affichés sur les murs de Paris par les partisans des Princes.

A Bordeaux, le maréchal de la Meilleraie mettait le siège devant cette ville où la Cour entra le 5 Octobre, après que la princesse de Condé, accompagnée de son fils, des ducs de Bouillon et de la Rochefoucault, eut quitté celte place.

La Cour séjourna à Bordeaux jusqu'au 15 Octobre et la situation s'aggravant dans la Provence, Mazarin proposa d'y conduire aussi le jeune Roi, mais la Cour revint à Paris par Blaye, Saintes, Poitiers, Tours, Amboise et rentra dans la capitale le 8 Novembre 1650.

Quelques jours après, un gentilhomme du roi et un lieutenant des gardes du nom de la Tivolière furent envoyés à Marcoussis, avec mission do remettre l'ordre à de Bar de transférer immédiatement les trois princes au Havre et de surveiller l'exécution de cette mesure au nom de la Reine Régente.

Le duc d'Orléans, regrettant un peu tardivement

d'avoir cédé aux sollicitations d'Anne d'Autriche, essaya de faire révoquer les ordres donnés pour la translation des prisonniers, mais Mazarin, qui avait tout prévu, avait recommandé à Letellier de faire exécuter ces ordres sur le champ.

Le comte d'Harcourt était lui-même chargé de commander l'escorte des prisonniers, composée de huit cents cavaliers et de quatre cents fantassins, et de repousser toutes les attaques qui pourraient survenir dans le but de délivrer les Princes.

On savait à la Cour que le marquis de Chamboy parcourait la Normandie, pour engager les partisans de Longueville et de Condé à se joindre à lui pour délivrer les trois prisonniers et ces derniers comptaient bien aussi être secourus par leurs amis, une lettre de Lionne, qui reproduit le récit de la Tivolière à ce sujet, le démontre clairement :

« Ils espéroient et M. de Longueville plus que « tous les autres, qu'en passant- dans la Norman- « die, toutes les communes sonneroient le tocsin « et s'assembleroientpour les délivrer, mais comme tona été à une journée près du Havre, ils sont « tous tombés dans une mélancolie extrême et M. « le Prince nommément dans un tel emportement « qu'il a voulu jeter un chandelier à la tête de « M. de Bar, s'il n'en eût été empêché par Tivo- « Hère. Il est vrai que par bonheur, M. de Bar n'a « point vu son action. M. le Prince disait, dans le « carrosse, à Tivolière, que Bar était lui seul la

« cause de tout son malheur, parce qu'il n'y aurait « eu personne en France que lui à qui Madame c d'Aiguillon eût voulu confier la citadelle du « Havre. »

Le bruit avait aussi été répandu que Sainte- Maure, qui commandait au Havre au nom de Madame d'Aiguillon, ne voudrait pas remettre la place à de Bar, mais les précautions de Mazarin étaient bien prises et Sainte-Maure obéit docilement aux ordres de la Cour.

Le voyage entre Marcoussis et le Havre avait duré dix jours, du 15 au 25 Novembre.

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