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CHAPITRE XVI

Arrêt du Parlement de Normandie contre Mazarin. — Fuite du Cardinal — Le duc de Longueville est rétabli dans son gouvernement et reste fidèle au roi — Ses partisans sont rétablis dans leurs fonctions

Le 15 Février, le Parlement de Normandie, à l'instigation des princes et sur une requête formée par Mlle de Longueville (plus tard duchesse de Nemours),rendait un arrêt enjoignant à Mazarin de quitter la province; « il est notoire » disait l'arrêt, « que contre la volonté du roy et de la reine- « régente, sa mère, rapportée par l'arrêt du Parle - « ment de Paris, du 9 de ce mois, le Cardinal « Mazarin est dans cette province, qu'il séjourne « dans les places par où il passe, lève des garni- « sons et les change : que, mesme, il s'est retiré « dans le Hàvre-de- Grâce, cela au préjudice de « l'authorité royale, tranquillité de la province et « repos public. »

En outre « le cardinal, ses parents et domesti- « ques étrangers dévoient sortir dans une huictaine a de la province, à faute de quoy, ce temps passé, a il seroit procédé extraordinairement contre eux,

« permis aux communes et à tous autres de leur « courre sus ».

Il était aussi « faict défense à tous gouverneurs « de places, maires et échevins, de les recevoir. »

Mazarin était en effet resté au Havre après le départ des princes, attendant les événements, mais voyant que la chance l'abandonnait, il alla d'abord à Dieppe, où le gouverneur Duplessis- Bellière le reçut comme au temps de sa puissance, puis il se rendit ensuite à Abbeville, à Doullens, à Péronné, à la Fère, dans les premiers jours de Mars ; le 4 du même mois, il passa à Réthel, de là à Bar-le-Duc, à Clermont-en-Argonne; le 7 Mars, il lui parvint une lettre d'Anne d'Autriche qui le suppliait de quitter la France pour un certain temps, et il passa enfin la frontière, pour s'installer à Bruhl, à trois lieues de Cologne.

Même après la sortie de France du cardinal Mazarin, le Parlement de Paris rendit des arrêts contre lui et les envoya à celui de Normandie.

Les nobles de la province se réjouirent fort de l'arrêt rendu à Rouen le 15 février contre le cardinal et après de nombreuses réunions, ces gentilshommes qui se faisaient l'écho bruyant de l'opinion du peuple, réussirent tout simplement à faire rendre contre eux un nouvel arrêt du Parlement qui interdit leurs assemblées.

L'opinion générale en Normandie réclamait le renvoi du comte d'Harcourt, gouverneur de la

province et le rétablissement du duc de Longueville dans son gouvernement.

Une députalion partie de Rouen dès le lendemain du passage des princes, s'était rendue à Paris, portant au roy, à la régente, à Gaston d'Orléans, les remerciements du Parlement, à l'occasion de leur mise en liberté.

Le roi. le 25, signa des lettres patentes par lesquels les trois princes étaient déclarés innocents, comme pareille faveur était demandée pour Mme de Longueville, Louis XIV se contenta d'envoyer des lettres de grâce et « d'esleindre la mémoire de « tout ce qui avoit esté faict et entrepris par la « duchesse et le maréchal de Tu renne depuis le « mois de Janvier 1650. »

Le poète Sarrazin dédia à ce sujet les vers suivants à la jolie duchesse :

« Aujourd'hui le Parlement « Vous absout d'être rebelle, « Recevez le compliment « Que je vous en fais, la belle.

<( Vous n'êtes plus criminelle « Si ce n'est de lèse amour « Mais, ma foy, vous êtes telle « Que vous le serez toujours ! »

Les députés normands envoyés à Paris avaient réclamé avec insistance le rétablissement du duc de Longueville dans son gouvernement et comme les lettres patentes rendaient aux trois princes leurs honneurs, charges, dignités, il vint bientôt

en Normandie des lettres patentes spéciales pour le duc de Longueville qui le rétablirent en sa charge de gouverneur, remettant « toutes choses « en Testât qu'elles avoient esté avant sa déten- « lion. »

Lorsque le duc revint à Rouen, il vit bien au langage des membres du Parlement, la résolution prise par ces derniers de ne plus se laisser entraîner dans des aventures incertaines et de vivre désormais dans la paix et le devoir.

Les partisans du duc de Longueville, qui avaient été frappés en Février 1650, furent rétablis dans les fonctions qu'ils occupaient à cette époque ; au conseiller de Montenay fut rendue sa charge de capitaine : Corneille laissa sans regret à Baudry sa place de procureur-syndic des Etats provinciaux, le marquis de Beuvron revint au vieux Palais.

Le duc de Longueville se rendit à Dieppe, le 21 Juin 1651 ; Dcsmarquets, dans ses mémoires chronologiques, raconte que « les bourgeois se i mirent sous les armes et lâchèrent, par les hon- « neurs qu'ils lui rendirent, de lui faire oublier la « disgrâce que Mme de Longueville avait eue dans « leur ville: et comme à son arrivée M. Duplessis- « Bellière s'était retiré du château, il y laissa le « sieur de Dampierre, pour y commander, en « attendant le sieur de Montigny, qui y arriva peu « de jours après. »

En Normandie, toutes choses étaient donc « rcs-

tablies en l'ancien estât », mais comme la province « était d'une grande importance pour les fron- « deurs, le duc de Longueville fut vite l'objet des « sollicitations de tous les mécontents ; c'est ainsi « qu'il lui vint des agents de toutes parts, de « Condé, de Beaufort, du duc d'Orléans, de Gondi ».

Longueville s'étant rendu au château de Trie, près de Gisors où avait lieu la cérémonie du mariage du duc de Richelieu avec Madame de Pons, dont l'union définitive allait être enfin consacrée, Condé vint y rejoindre son beau-frère et fit tous ses efforts pour décider celui-ci à seconder encore une fois ses desseins, en lui faisant miroiter devant les yeux son alliance avec l'Angleterre et l'Espagne ; Longueville, qui avait d'abord essayé de combattre les raisons de Condé, se laissa influencer par lui et lui promit son concours, pourtant il s'indigna lorsqu'il apprit, lui, descendant de Dunois, que c'étaient les Anglais qui fourniraient les soldats et lorsque Condé l'eut quitté, il ne fit rien de ce qu'il avait promis.

Dans la décision dernière prise par le duc de Longueville se révèle l'influence que la duchesse de Nemours, sa fille, dévouée désormais au Roi, avait su prendre sur lui ; cette princesse, qui craignait aussi pour son père, toujours faible et indécis, Tinfluence de sa femme, manœuvra de telle sorte que les deux époux décidèrent, d'un commun accord, de vivre désormais séparés l'un de l'autre.

La duchesse de Nemours, restée seule avec son

père, avait réussi à lui ouvrir les yeux, en lui prouvant que ses deux beaux-frères le considéraient comme un instrument dont ils se servaient pour accomplir leurs projets de révolte.

C'est ainsi que, tant que durèrent les troubles à Paris et en d'autres provinces, le duc de Longueville « à jamais détaché de la révolte » et uni avec le Parlement de Normandie, évita à notre province de nouvelles guerres et de nouveaux malheurs.

Condé avait espéré que de la Normandie, il pourrait tirer encore avec la complicité du duc de Longueville, des soldats et de l'argent ; dans son traité avec l'Espagne, en Octobre 1651, il était stipulé que « si le duc de Longueville se déclare en « Normandie, il luy sera envoyé des forces de terre « et de mer proportionnées à ses besoins. »

Condé fut donc déçu dans les espérances qu'il fondait vis-à-vis de son beau-frère qui resta désormais fidèle au roi.

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