CHAPITRE II
Commencement de la Fronde parlementaire — Le Parlement de Normandie demande des réformes — Troubles dans Paris. — La Cour quitte la Capitale.
Le 13 Mai 1643, le Parlement de Paris rendit un arrêt appelé « arrêt d'union » par lequel il se liait avec le Grand Conseil, la Chambre des Comptes et la Cour des aides et contractait avec ces Cours souveraines une alliance contre la Cour ; les députés envoyés par ces diverses assemblées à la Chambre de Saint-Louis, voulant donner des lois au pays et gouverner le royaume, avaient élaboré un projet de Constitution.
La reine cassa d'abord cet «acte d'union», mais les magistrats, n'ayant pas tenu compte de cet acte d'autorité de la part de la régente, celle-ci céda.
Les Parlements du royaume s'émurent à la voix du Parlement de Paris et celui de Normandie délégua plusieurs de ses membres, qui s'efforcèrent d'intéresser leurs collègues à la révocation du semestre ; les membres du Parlement de Paris, députés aux réunions de la Chambre de Saint-
Louis, délibérèrent sur cette brûlante question et déclarèrent que « l'establissement ancien des Com- « pagnies souveraines ne pourroit être changé, ny « altéré, soit par augmentation d'officiers et des « chambres, establissement de semestre, ou par « démembrement du ressort des dites compagnies « pour en créer et establir de nouvelles. »
A Rouen, les anciens qui siégeaient précisément à la même date, s'associèrent aux plaintes du Parlement de Paris, et ne parlèrent plus que d'abus à combattre et de lois nouvelles.
Le duc de Longueville, gouverneur de Normandie, qui était au début de cette lutte, du parti de la Cour, fit tous ses efforts pour modérer les ardeurs des conseillers, leur promit toutes sortes d'améliorations et pour le peuple, mille soulagements à ses maux :
« Croyez » disait-il « que sa Majesté vous accor- « dera toutes les grâces qui sont en sa puissance. « Je feray sçavoir au roy combien la Compagnie « a souffert, et employeroy tout mon pouvoir pour « la faire remettre à son ancien lustre. Que la « Compagnie fasse au roy les remonstrances qu'elle ce croira nécessoires, je les appuyeroy. Y allant par « ces voyes de respects, c'est osier à ceulx qui en « vouldraient empescher l'effect, tout moyen de « pouvoir nuire ! ! »
En un mot, le roy voulait bien que les parlements formulassent des prières, fissent des remontrances, mais ne rendissent pas d'édits; les allures
frondeuses du Parlement de Paris tournèrent la tête aux membres du Parlement de Normandie, qui firent des enquêtes sur tous les abus susceptibles d'être réformés ; les anciens, s'apercevant qu'on essayait de les jouer encore et de gagner du temps, se fâchèrent tout à fait; pourtant les déclarations royales, qui donnaient une satisfaction relative aux réclamations du peuple, en diminuant les impôts, avaient été accueillies en Normandie avec des transports de joie.
A Alençon « plusieurs particuliers et habitantz « après avoir tesmoigné leur joye des diminutions « des impôts, portées par les déclarations royales « et arrest de vérifications du Parlement, au lieu « de retourner chez eux continuer l'exercice de « leurs professions, et prier Dieu pour la prospérité « du roy, estoient venus à tel excedz, qu'ilz s'as- « sembloient journellement au son du tambour (( et des cloches, portant des marmousetz dans « les rues,et nuitamment avecscandalle et rumeur, « cassant les vitres et faisant désordre ». ^Registre secret du parlement, 8 août 1648.)
On connaît les troubles dont Paris fut le théâtre les 25 et 26 août 1648 ; le président de Blancmesnil, les conseillers Broussel et Charton avaient été arrêtés à l'issue d'un Te Deam1 chanté à Notre- Dame, à l'occasion de la victoire de Lens, remportée par le prince de Condé ; l'émotion populaire était à son comble et les bourgeois réclamaient la mise en liberté des prisonniers ; les
journées des barricades sont une des phases les plus fameuses de cette partie de l'histoire de la Fronde.
Mathieu Mole, président du Parlement, traversa Paris suivi de ses conseillers, au milieu des menaces, des quolibets et des injures du peuple pour aller exposer à la reine mère, la situation grave dans laquelle se trouvait la Cour et lui faire connaître la fureur populaire qui accusait Mazarin de tous les maux dont souffrait le pays.
La reine refusa d'abord d'écouler les avis du Parlement, puis elle consentit, après bien des hésitations, à donner la liberté aux prisonniers.
Dans la nuit du 5 au 6 Janvier 1649, le jeune roi, la reine régente et toute la Cour sortirent de Paris, à quatre heures du matin, pour se rendre au château de Saint-Germain.
Paris était au pouvoir des mécontents et dans toutes les rues on chantait ce refrain :
Un vent de fronde S'est levé ce matin Je crois qu'il gronde Contre le Mazarin
Le 8 Janvier, le Parlement de Paris rendait un arrêt par lequel le cardinal Mazarin était déclaré ennemi du roi et de l'Etat, perturbateur du repos public et il était enjoint à tous les sujets du roi de lui courir sus ! La guerre était déclarée entre le Parlement et la Cour.