CHAPITRE III
Avis de quelques auteurs sur la Fronde
Origine de ce mot
Curieux portrait de la Reine
Dans Y Histoire de France d'Ozanneaux, on peut lire cette phrase :
« Il faut avouer qu'une princesse espagnole à la « tête des affaires, avec un italien pour premier « ministre, était peu fait pour développer en ce France le sentiment de la nationalité, et qu'il y « avait une apparence de patriotisme dans la lutte « que le Parlement de Paris venait d'entrepren- « dre. »
Par contre dans V Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, de Chéruel, livre 111, on lit:
« La Fronde a, pendant cinq ans, troublé la « France, allumé des guerres civiles, couvert le « pays de ruines et de misères, et compromis « toutes les conquêtes et la gloire des cinq pre- « mières années de la minorité de Louis XIV.Tour « à tour soutenue par le Parlement et par les princes, « elle a toujours été une coalition d'intérêts et
« d'intrigues, qui se couvraient du prétexte du « bien public. »
Dans son Histoire de la Fronde, le marquis de Saint-Aulaire est favorable à la fronde parlementaire dans laquelle il croit trouver « un premier essai de gouvernement constitutionnel »
M. Feuillet, dans un ouvrage : Misère au temps de la Fronde, dépeint la déplorable situation de la France à cette époque.
Comme on le voit, tous les auteurs ne sont pas d'accord au sujet de la Fronde.
Ce fut Bachaumont, écrivain satirique, né à Paris en 1624, qui inventa, dit-on, ce nom de Fronde, et baptisa de la sorte cette guerre civile. Cet écrivain, du reste, participa par ses satires et ses chansons, à la lutte contre le cardinal Mazarin. Bachaumont ayant remarqué que le Parlement qui se laissa calmer par le duc d'Orléans, recommençait ses attaques en l'absence de ce prince, le compara aux enfants qui se battaient dans les fossés des fortifications et fuyaient à l'approche du lieutenant civil, puis reprenaient leurs jeux quand il avait le dos tourné.
Le cardinal de Retz, Paul de Gondi, donne dans ses Mémoires un curieux portrait de la reine régente, Anne d'Autriche, dont la personnalité
domine toute cette histoire de la Fronde jusqu'à la majorité du roi :
« La reine », écrivait-il « avoit plus que per- « sonne que j'aie jamais vu, de cette sorte d'esprit « qui lui étoit nécessaire pour ne pas paroitre sotte « à ceux qui ne la connaissoient pas. Elle avoit « plus d'aigreur que de hauteur, plus de hauteur « que de grandeur, plus de manière que de fond, « plus d'inapplication à l'argent que de libéralité, « plus de libéralité que d'intérêt, plus d'intérêts « que de désintéressement, plus d'attachement « que de passion, plus de dureté que de fierté, « plus de mémoire des injures que des bienfaits, « plus d'intention que de piété, plus d'opiniâtreté « que de fermeté et plus d'incapacité que de tout ce ce que dessus. »
Le portrait n'est pas flatteur, mais il nous a semblé qu'il était intéressant à reproduire, car il émane d'un contemporain de la Fronde et tout en supposant qu'il fut un peu forcé, il reste comme le reflet de l'état des esprits lors de cette époque troublée.