CHAPITRE IX
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Arrestation des princes. — Fuite de la duchesse de Longueville en Normandie. — Altitude hostile du Parlement. — Efforts delà duchesse pour soulever quelques villes normandes. — Le duc de Richelieu fait la sourde oreille. — Insuccès des démarches ds la duchesse.
Le cardinal Mazarin n'eût pas beaucoup de peine à obtenir du duc d'Orléans, son consentement à l'arrestation des princes ; pourtant on hésita à comprendre le duc de Longueville dans cette mesure rigoureuse ; enfin, l'arrestation de ce dernier ainsi que celle des princes de Condé et de Conti fut décidée.
Le 18 janvier 1650, la princesse douairière de Condé avait fait part de ses craintes à son fils :
— Qu'ai-je à craindre, lui dit Condé, le cardinal est mon ami !
— Jen doute, lui répondit-elle.
— Vous avez tort, reprit son fils, je compte sur lui autant que sur vous.
— Dieu veuille que vous ne vous trompiez pas, dit la princesse en se dirigeant vers le Palais- Royal.
Les craintes de la princesse douairière netaient que trop fondées.
Le prince de Condé, arrivant dans la grande galerie, rencontra Guilaut, capitaine des gardes, qui lui dit tout bas à l'oreille :
— Monseigneur, ce que je vous veux, c'est que j'ai ordre de vous arrêter, vous, M. le prince de Conti, votre frère et M. de Longueville.
Malgré leurs protestations, les trois princes, entourés par un détachement des gardes commandé par Comminge, furent conduits au donjon de Vincennes.
Le duc d'Orléans lorsqu'il apprit leur arrestation, s'écria : « Voilà un beau coup de filet, on a pris en même temps un lion, un singe et un renard ! » (Mémoires de Guy Joly).
Mazarin avait espéré qu'on pourrait s'emparer aussi de la duchesse de Longueville, qui avait pris une part importante à la nouvelle fronde, mais lorsqu'elle apprit l'arrestation de ses frères et de son mari, la duchesse refusa de se rendre au Palais-Royal, malgré l'invitation de la reine; elle se réfugia d'abord chez sa mère, Charlotte de Montmorency et ensuite dans une petite maison du faubourg Saint-Antoine.
Lorsque l'arrestation des princes lui fut annoncée, elle s'évanouit « et jamais personne » dit Madame de Motteville dans ses mémoires « n'a « paru plus touchée qu'elle le fut alors »
Elle se doutait que l'invitation de la reine cachait un piège, et elle s'enfuit en Normandie, espérant soulever contre la Cour cette province dont son mari était gouverneur.
La mère de la duchesse se retira à Chantilly avec sa belle-fille, Claire-Clémence de Maillé-Brézé et son petit-fils le duc d'Enghien; les amis et les partisans des princes réussirent pour la plupart à s'échapper.
La belle duchesse de Longueville, qu'une haine implacable guidait contre Mazarin, se rappelait qu'en Normandie on lui avait dit un jour : « Nous ne serons jamais lasches quand il s'agira de vostre service » ; elle se mit donc en route' vers Rouen avec sa belle-fille, Mademoiselle de Longueville, le prince de Marcillac, le marquis de Beuvron, Saint-Ibal, de Sillery, Tracy, le poète Sarrasin et quelques dames de sa suite.
Pendant ce temps-là,Bouillon gagnait le Limousin ; Turenne qui se croyait lié par la reconnaissance à Condé, allait à Stenai avec la Moussaye ; d'autres se réfugiaient à Bellegrade et à Saumur et faisaient tous leurs efforts pour soulever la Bourgogne, dont Condé était gouverneur.
La Normandie fit à la duchesse de Longueville et à ses compagnons l'accueil le plus glacial, contrastant si fort avec l'empressement dont elle avait fait preuve vis-à-vis du duc de Longueville, l'année précédente.
Mazarin de son côté avait préparé ses moyens
d'action aussitôt après l'arrestation des princes et promis à Myron, conseiller au Parlement de Normandie que le semestre ne serait jamais rétabli ; Myron en ayant informé par un courrier le Parlement de Rouen, ce dernier avait répondu « que « les asseûrances et marques de protection que « leur donnait le cardinal Mazarin, seroient sui- « vies d'effect, venant de personne de si grand mé- « rite et de tant de pouvoir, et qui avoit choisy un « si faible interprète pour manifester à la Compa- « gnie ses desseins ».
Le conseiller Myron était chargé d'assurer le « cardinal de la fidélité du Parlement, de son ce zèle à conserver la province, et Rouen notam- « ment, en paix et obéissance ».
« Dictes-le au cardinal, ajoutaient les membres « du Parlement, et que nous espérons, par le pou- « voir qu'il a pieu au roy nous donner, tout main- « tenir en cet estât ».
La duchesse de Longueville, arrivait donc un peu tard pour s'attirer les sympathies du Parlement, d'autant plus qu'elle avait commis la maladresse, à Ecouis, de faire arrêter par son escorte le courrier du roy, qui apportait des dépèches annonçant aux cours souveraines, l'arrestation des princes et en indiquant les motifs.
Ce courrier avait été mis en chartre privée à l'hôtel de la Croix Blanche, dans le faubourg Cauchoise, aussi le Parlement s'indigna-t-il, lors-
que l'envoyé de la duchesse, le sieur de Saint-Cyr, vint apporter de sa part, au Palais-de-Justice, les dépêches en question, tout en retenant le courrier prisonnier, et fit-il délivrer le courrier du roi, qui reconnut les dépêches.
Le procureur général Courtin, devant toutes les Chambres assemblées, dénonça cet inqualifiable attentat en s'étonnant « que des personnes envo- « yées par le roy ne trouvassent point leur seureté « dans une ville où les habitants n'espéroient qu'à « luy donner des marques de leur fidélité et de « leur obéissance » et le Parlement refusa de confier le commandement des armes au marquis de Beuvron, malgré ses demandes réitérées, en disant « qu'au Parlement, pour l'heure, appartenait dans « Rouen, le commandement de la force armée. » D'après les Mémoires de Mont glas « la duchesse « faisoit tout ce qu'elle pouvoit pour faire révolter « la capitale de la province. »
La maison de Rome de Fresquienne, conseiller au Parlement, dévoué au duc de Longueville, servait de magasin d'armes, d'où partaient des munitions, des mousquets et des épées, qui étaient de là, embarquées pour Pont-de-1'Arche, qu'on voulait mettre en état de défense.
Devant ces inquiétants symptômes et en présence des menées de la duchesse et de ses émissaires, le Parlement, sur les réquisitions du procureur général Courtin, rendit un arrêt qui fut imprimé, crié et affiché dans toute la ville, par lequel il
était fait défense absolue à « toutes personnes de « quelque qualité et condition qu'elles fussent, de « faire aucunes assemblées, de s'attrouper en « armes dans Rouen et aux environs, sans l'ordre « exprès du Roy, à peine de la vie. »
La duchesse de Longueville et ses fidèles n'étaient pas nommés dans cet arrêt, mais ils étaient clairement désignés dans ce passage, dans lequel les hôteliers étaient obligés de remettre aux quarteniers les noms des personnes venues loger chez eux, et leur donner le pouvoir d'interroger ceux qu'ils pourraient trouver « de quelque qualité et « condition qu'ilz feussent. ».
En outre, des huissiers et un commis greffier furent envoyés à l'hôtel de Fresquienne, pour s'emparer des armes qui pouvaient encore s'y trouver.
Le Parlement qui venait de faire sa soumission au roy, envoya alors près du jeune monarque, le 25 janvier 1650, les conseillers Sallet et Lenoble pour lui réitérer c les vœux de la Compagnie, ses submissions, fidélité et obéissance. »
« Nous voyons » dirent-ils au roi et à la régente, « tous les espritz des subjectz de sa majesté, en « Normandie, dans une parfaicte unyon, pour tous « ensemble, exécuter vos volontez et intentions. »
Mazarin, que le Parlement avait auparavant
dédaigné d'aller saluer, eût sa part des hommages.
La duchesse de Longueville n avait donc plus
rien à faire à Rouen, en présence des dispositions du Parlement à son égard, et elle ne songea plus dès lors qu'à sortir de la ville ; s'il faut en croire le cardinal de Retz dans ses mémoires « le Parlement l'en envoya prier. »
La duchesse, voyant que Rouen lui refusait asile et appui, pensa alors aux diverses places normandes commandées par des créatures de son mari : à Caen, Cherbourg, Granville, le Pont-der Arche, Dieppe, Le Havre enfin, où résidait en maître le jeune duc de Richelieu.
Mais la Cour avait dépêché auprès du duc, le marquis des Thermes qui réussit à lui faire comprendre que son intérêt d'abord, et son devoir ensuite, lui dictaient de rester fidèle au roi ; puis, les officiers de la garnison dépendaient de la duchesse d'Aiguillon et les magistrats de la ville, qui avaient tenu plusieurs assemblées, ne voulaient pas se lancer dans de nouvelles aventures « exhor- « tant les habitants à continuer dans l'obéissance « qu'ilz dévoient au roy et à demeurer dans les « sentiments que les subjectz doivent à leur sou- « verain. »
Plusieurs de ces magistrats avaient été anoblis par le roi et les registres de la Cour des Aides de Rouen font mention de lettres d'anoblissement de Jean Auber, sieur de Querville, et de Alphonse Auber de Crémainville.
Le duc de Richelieu, qui désirait la ratification
de son mariage par la Cour et sentait le terrain incertain sous ses pas, fit la sourde oreille et n'ouvrit pas à la duchesse de Longueville les portes de la ville du Havre.