‹ La Frontière d'ArgonneChapitre 16 sur 18 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

EXTRAIT, EN CE QUI CONCERNE CLERMONT, DES REMONTRANCES FAITES PAR LE PROCUREUR DU ROI AU COMTÉ ET GOUVERNE- MENT DE VERDUN PAR DEVANT MONSIEUR LERRET, COMMISSAIRE DU ROI.

Kemonstre... que le plus grand préjudice que le roy auroit receu des alliénations faictes aux estrangers estoit pour la seigneurie de Clermont en Argonne et le marquisat de Hattonchastel, car quant audict Clermont il estoit certain qu'anciennement il estoit mouvant du comté de Champagne, ainsy qu'il en appert par les anciens reliefs ou reprises qui en ont esté faictes à Thibault, comte de Champagne, par aucuns seigneurs dudict Clermont, et qui se vériffie encores à présent en ce que la plupart des fiefs et les plus qualifiez qui despendent dudict Clermont sont scituez dans la Champagne et au bailliage de Vitrj, comme la baronnie de Han, Sambionne, Dompmartin, Courtemont et Virgini, ce qui ne seroit point si le fief dominant qui est Clermont n'eust esté fief de France, mouvant médiatement ou immédiatement de la couronne, et qui fut une des raisons pour lesquelles en l'an mil trois cens septante trois le roj qui estoit lors feit saisir ledict comté de Clermont, et n'en fut faicte mainlevée jusques à ce que lollande de Cassel, mère et tutrice de Robert son filz, comte de Bar, en eustfaict la foj et hommage au ro^' Charles cinquième.

Et quant ce moyen cesseroit, qui est cependant indubitable et que le temps n'a peu oster, il estoit tousjours certain qu'aux derniers temps ledict Clermont auroit esté tenu par les ducz de Bar en foy et hommage de l'évesque et comte de Verdun, comme il en appert tant par les actes de foy et hommage faicts

audict évesque par les dicts ducs de Bar que par les desnombrements baillez à l'Empereur par lesdicts évesques, dans lesquelz ledict Clermont est nommément compris comme despendant du comté de Verdun.

Que ceste vérité se confirmoit par le traicté faict entre feu Nicollas Pseaulme, lors évesque dudict Verdun, et Charles duc de Lorraine et de Bar en l'an mil cinq cens soixante quatre, par lequel, entre autres choses, ledict évesque auroit quitté audict sieiu* duc l'hommage et la souveraineté qu'il disoit avoir sur ledict Clermont.

En sorte qu'ayant ceste alliénation d'hommage et souveraineté esté faicte par ledict évesque sans cause nj pouvoir légitime et de chose qui appartenoit plus tost au roy qu'à luy mesme, longtemps depuis la protection de Sa Majesté et sans son consentement, il cstoit certain qu'elle debvoit estre déclarée nulle, ou du moins debvoir estre dict qu'elle ne pouroit préjudicier aux droitz du roy et à l'auctorité de sa protection, et qu'à toujours sadicte Majestén'aye la mesme puissance sur ledict Clermont comme elle l'a sur le comté de Verdun...

Requérant partant le dict procureur du roy... qu'il sera permis à tous les habitans, tant de ceste ville que dudict comté, d'acquérir héritaiges et succéder dans l'estendue du duché de Bar, de Clermont, marquisat de Ilatonchastel, et en toute Testendue de la souveraineté et protection du roy, et deffences à toutes personnes de les y troubler et empescher...

Que toutes les alliënations qui ont esté faictes à princes estrangers ou autres des terres, seigneuries et héritages scituez dans l'ancien ressort de ce comté, depuis ladicte protection et règlements faictz en conséquence, soient cassées et revocquées, ou du moins qu'il soit dict que ce sera sans préjudice de l'auctorité et droicls de protection du roy, ny des droicts particulliers prétendus par sadicte Majesté sur aulcunes desdictes terres, et spéciallement de Clermont en Argonne...

(Le procureur produit ensuite les pièces sur lesquelles il appuie ses remontrances, et Lebrct procède à une enquête le 30 mai 1625.)

[Bibliothèque nationale, ms. Français 18903, ancien fonds Séguier, fol. 104 et suiv.)

Le village d'où la famille de Rarécourt tire son nom, par suite d'un ancien droit d'avouerie \ fait aujourd'hui partie du département de la Meuse (arrondissement de Verdun, canton de Clermont) ; il est situé sur la rivière d'Aire, à 6 kilomètres environ au sud de Clermont-en-Arg^onne.

Autrefois, il appartenait à l'abbaye de Saint-Vanne, à laquelle il avait été donné au x" siècle par Vicfrid, évêque de Verdun. Les habitants, profitant de la situation de leur pays sur les limites de la France, de la Lorraine et de l'Empire, obtinrent successivement, des souverains leurs voisins, des lettres de sauvegarde, qui, moyennant le paiement d'une assez faible redevance, les exemptaient de toutes charges et les constituaient en une sorte de petite république indépendante.

A la fin du xvii^ siècle, le fermier des gabelles ayant

* Titres de la maison de Rarécourt, \). 1. (On nommait avoue ou voué un seigneur laïc ayant des droits sur une terre ecclésiastique, à charge de la défendre).

voulu porter atteinte aux franchises des habitants de Rarécourt et les obliger à se fournir de sel au magasin de Yerdun, la communauté réclama et, après de longues procédures devant le conseil du roi, finit par obtenir, le 1^'" juin 1728, un arrêt par lequel « sa Majesté les a maintenus dans la jouissance des privilèges, franchises et exemptions dont ils ont joui et dans lesquels ils demeureront conservez ^ ».

* Pièces justificativch, n« VII.

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