‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 10 sur 83 · III · texte numérisé non relu

III

* V/eber, Die kathoL Kirche in Arménien, p. 242.

^ Mithridate, frère du roi des Ibères (Tac, Ann., XII, 44), se montrait pour ce seul motif ua ferme ami des RomaiDS. Des sympalhies rigoureusement personnelles pouvaient tenir aussi à Téducation particulière d'un prince: on trouva ainsi un zèle marqué chez un feudataire des Parthes, Izatès, roi d'Adiabène et de Gordyèiie au temps de Claude, grand admirateur du système militaire des Romains (los., il. /., XX, 70). Il avait envoyé ses cinq ûls à Rome i*étudier et s*en pénétrer.

^ Mos. Chor., II, 79 in fin. ; Agalhang., 55 ; Laotant., de mort, pers.^d,

^ Mos. Chor., III, 8 ; Faustos, IH, 20 ; Agathang., HO-132.

« Iulian., Or. I, 19 A.

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résistance '. A la bataille du Yarmouk, qui livra la Syrie aux Arabes, un contingeut arménien figurait dans Tarmée byzantine ; ce fut sa défection qui, selon un auteur musulman, entraîna la défaite des Grecs \ Les Géorgiens restèrent fidèles à la cause chrétienne ; mais le plus grand nombre des Arméniens passètent volontiers sous la domination du roi ismaélite, comme ils l'appelaient '• Celle-ci était assurée, inévitable ; on ne peut critiquer trop haut les Arméniens d'avoir hâté le dénouement.

Entre l'Arménie et la Syrie proprement dite, il y eut quelque temps deux souverainetés minuscules ; celles de Gommagène et d'Osrhoène. De la première le philheliénisme était notoire ^ Peu de gens furent dupes du complot que Caesennius Paetus, sous Vespasien, était censé avoir découvert; il fallait un prétexte à l'annexion pure et simple du pays ^ Il n'en fut pas tout à fait de même en Osrhoène : l'Euphrate bornait le pays à l'ouest ; la dynastie des Abgars pouvait se croire un peu à l'abri derrière celte frontière. Ces princes jouèrent plus d'une fois double jeu entre Romains et Parthes * ; l'approche de Trajan,avec une armée formidable,rendit l'un d'eux fort déférent\

* Id., Episi. 67. Il écrit à Arsace : « Je te sais rusé, mauTais soldat et fanfaron, et les faits présents me le prouvent, puisque tu accordes un secret asile à un ennemi de Tutilité commune, et que tu attends Tissue

de la guerre avant de te déclarer... »

> Cf. Macler, Sébëos, p. 96.

3 En 651 ou 653^ Macler, ihVi., p. 132-4. Le chef arabe leur dit : « Vous entretiendrez 15.000 hommes de cavalerie dans votre pays ; je ne demande pas que cette troupe vienne en Syrie, mais partout ailleurs où je lui ordonnerai d'aller, vous devez être prêts à agîr ».

''Au milieu des guerres civiles seulement, durant Texpédition d'Antoine, le roi Antiochos donna asile aux Parthes en fuite ; mais il se montra tout disposé à se laver de ce reproche en achetant la paix avec les Romains. Cf. V. Gardthausen, Àugustus und seine Zeit^ Leipzig, I, 1 (1891), p. 237.

» Dio Cass., LXVI, 11 ; los., B. L, VII, 219-243. Le dernier roi avait obligeamment pris part au siège de Jérusalem ; on ne prononça pas moins sa déchéance (en 72) ; il ne parait pas avoir résisté ; une inscription, trouvée récemment à Baaibeck (Th. Mommsea, Sxtzungiber, der Berliner Akad,, 1903, p. 817-24), nous indique qu'un simple primipile eut mission d*aller chercher ses deux fils, invités à venir habiter Rome comme lui, en simples particuliers.

• Dio Cass., XL, 20; Ûutochmid, Goiarzes (Kleine Schriften, III (1892), p. 86).

"* Dio Casa., LXYllI, 21. On le voit, revêtu des ornamenta consularia, comme prince client et ami de l'empereur, aux côtés duquel il se tientf

Même Seplime Sévère laissa subsister cette royauté * ; quand on se méfiait d'elle, on se bornait à lui imposer des procurateurs spéciaux '. Elle ne commandait pas à une race unique ; le fond principal de la population était nabatéen, mais divers éléments ethniques s'y mélangeaient.

On en peut dire autant des nombreuses principautés de la Cœlé-Syrie méridionale et de la Palestine, qui furent absorbées plus ou moins tôt, au cours du i" siècle de notre ère ■, et se trouvaient pour une bonne part en dehors des limites géographiques de ce travail. Les villes un peu considérables comprenaient notamment des citoyens romains ou des vétérans romanisés par un long service dans l'armée ; des Grecs, descendants des Macédoniens transplantés dans le pays ou des indigènes hellénisés sous les Séleucides. Ces deux groupes, entièrement païens à Torigine, puis christianisés, en masse également, à divers moments des trois premiers siècles, représentaient en Syrie la nation maîtresse et souveraine.

11 en faut mettre à part les Juifs, longtemps réunis en noyau compact dans toute la Palestine et dispersés après leur révolte sous Hadrien ^. Un certain nombre demeura en différents points de la Syrie; il en émigra plus encore en Mésopotamie, dès le temps de la première persécution qui suivit la guerre de Titus ; et ils saisirent toutes les occasions d'affirmer leur hostilité contre les Romains ^ De bonne heure, dès Tépoque républicaine, ils avaient noué des intrigues avec les Parthes*. qui, en face de la puissance romaine envahissante, leur apparaissaient comme des amis. L'alliance parthe avait à leurs yeux un immense prestige qui survécut à plus d'une déception ' .

dans un des bas reliefs de l'arc de triomphe de Bénéveat (WeUdeulsche Zeitschrift, XIV (1895), pi. V, fig. 1).

^ Eckhel, D. N. V.. III, p. 511, 516. Elle disparut par la suite.

3 V. moQ article PROVINCIA du Diclionn. des anl, gr, et rotn. de Daremberg-Saglio-Pottier (1906).

* Euseb., Hist. eccL, IV, 6.

^ Cf. J. Salvador, Hist. de la domin. rom, en Judée, Paris, 1847, II, p. 530.

8 James Darmesteter, Lss Parthes à Jérusalem (Journ. asiatiq,, 1894,11, p. 43-54).

■^ Pacorus intervint une fois pour soutenir Antigène contre Hérode, protégé des Romains (los., B.L, ï, 248 sq.) ; mais en 70 Vologèse refusa aux Juifs son concours contre Vespasien, à qui il l'offrit, d'ailleurs sans succùs.

Ils n'hésilèreut pas, durant la guerre d'Orient de Trajan, à susciter une vaste insurrection, qui s*étendit même à la Mésopotamie et que le lieutenant impérial, Lusius Quietus, réprima avec une extrême rigueur *. Dans ce pays, ils retrouvaient en foule les souvenirs bibliques ; le roi Agrippa I" avait fait rappeler à Caligula par ses ambassadeurs ' que des Israélites se rencontraient dans toutes les villes populeuses d'outre-Euphrate. Ce fut encore pire plus lard. Si les Parlhes ne voulaient guère, pour ces gens-là, se hasarder hors de leurs frontières, ils firent en revanche un sympathique accueil aux victimes de la guerre de Judée. Nisibis, entre autres cités, reçut un grand nombre d'expulsés.

C'est sans doule grâce aux sourdes manœuvres des Juifs que, d*après l'auleur anonyme dont la chronique est présentée sous le nom de Josué le Stylite, l'opinion publique en Mésopotamie était en général défavorable aux Romains ; du moins c'est par leur trahison que Conslantia faillit être prise sous Ànastase '. Aux VI* et vu* siècles, ce sont des adversaires acharnés et systématiques. En 530, les 50.000 Samaritains réfugiés auprès du roi de Perse, après leur soulèvement que l'empereur avait châtié, excitent Cavad à recommencer la guerre, « promettant de lui livrer les Lieux-Saints où se trouvaient de nombreuses offrandes princières, une grande quantité d'or et d'argent et une infinité de pierres précieuses * ». Chosroès suivit plus lard ce conseil ; alors les Juifs d'Antioche provoquèrent un mouvement contre les chrétiens ; ils tuèrent le patriarche de cette métropole, et les chrétiens par milliers ^ Phocas envoya contre eux des troupes qui infligèrent une répression rigoureuse ; ils n'en devinrent que plus violents : quand les Perses, sous Héraclios, arrivèrent jusqu'au Jourdain et mirent en feu la Pa* lestine, les Juifs leur achetèrent des chréliens, chacun suivant ses ressources, afin de mettre à mort eux-mêmes ces captifs

» Euscb., H, eccl., IV, 2; Oros., VII; Dio Casa., LXVIII, 22; J. Derenboiirg^ Enai sur Vhût. et la géogr. de la Palestine^ Paris, 1867, p. 404.

Philo, Leg, ad Gaium, 36, p. 587 Mangey.

' Chronique de Josué le Stylite, écrite vers Tan 515, texte et trad. par TabbéPaalia Martin, Leipzig, 1876 {Abhandl. fur die Kundedes Mor^ genlandes, hsgg, v, d. deutsch, morgenlând. Geselhckaft, VI, 1), 59.

♦Malal., XVIII, p. 455,Bonn.

•Theophan., 301, 1; Zonar., XIV, 14, 31 ButtnerAVobst ; Eutych., Ann., II, 212,219; Cedren , I, p. 712, Bonn.

24 GENKRALlTés GEOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES

abhorrés *. Ils avaient, du reste, cette excuse que Phocas voulait les convertir malgré eux *. On comprend donc qu'assurés de rencontrer chez les Arabes un plus grand libéralisme, ils aient volontiers favorisé la cause des nouveaux envahisseurs *.

Sur les Arabes avant la conquête de la Syrie, nous ne tirons presque aucun renseignement de leur propre historiographie *, et ce qui peut intéresser leurs rapports avec les Romains et les Byzantins nous est transmis seulement par les écrivains de langues classiques \

Les Arabes ont causé bien des difficultés à la police romaine avant de devenir un facteur important dans la politique extérieure et militaire des Césars. Le grand désert qui s'avance en éperon entre TEuphrale et la Palestine a des limites imprécises qui, suivant les saisons, s'éloignent ou se rapprochent des

^ Cedren., I, p. 715; les textes hagiographiques disent quelque chose de très analogue ; cf. dom H. Lecleroq, Les Martyrs, Paris, IV (1905). p. 207. — Ghosroès, désireux de s'assurer les sympalhios des chrélions, après une conquête qu'il espérail déûnitive, exploita habilement ces haines réciproques ; v. Angelo Pernice, L'imperatore Eraclio {Pubblicazioni del A. IstiL di studi superiori in Pirenze, 1905), p. 74. Les Juifs eurent le tort de s*irnmiscer dans les rivalités dynastiques de la Perse: Mébode, lieutenant de Ghosroès II, ût passer au fil de Tépée une multitude d'entre eux, qui avaient, contre ce prince, favorisé Vahram. Ils s'étaient extrêmement multipliés en Perse, où ils avaient acquis de grands biens, nous dit Tbéophylacte Simocatta (V, 7, 9) qui applaudit au châtiment de cette nation « infidèle, inquiète, impérieuse, jalouse et implacable ».

' Héraoiios leur interdit le séjour de Jérusalem et de ses environs dans un rayon de trois milles (Tbeopban., 328).

' Macler, Sébéos, p. 68 : « La Palestine se soumit volontairement à la domination du roi des Perses, surtout les restes de lanation kébraïque ». C'est ce que confirment les auteurs musulmans ; cf. J. de Goeje, Jfem. d'hist. et de géogr, orient., n° 2 : Mém. sur la conquête de la Syrie, sec. éd., Leide, 1900, pp. 9 et 103).

^ A. P. Gaussin de Perceval, Essai sur Vhist. des Arabes avant Visla-misme, Paris, 1847-48 ; cf. t. II, p. 189258.

* Je n'ai pu consulter : G. Rotbstein, IHe Dynastie der Lahmiden in al'Hira, 1899. Otto Weber, Arabien vor dem Islam (Deralte Orient, III, 1, 1901) est très bref sur Tépoque romaine; il s'occupe plutôt de TArabie Heureuse el signale un fait intéressant, utile k rapprocher de ce que nous avons dit plus haut : l'influence juive, qui mit longtemps obstacle en Arabie à la propagande chrétienne (p. 34-5); cf. les textes hagiographiques dans Leclercq, ibid., p. 156 sq. En ce qui concerne la fin de cette période et le rôle de Mahomet, les plus récents travaux ont été résumés par Pernice, op. laud,, p. 246-265.

centres d'habîtaUon permanents. Sur ces lisières campaient et se déplaçaient sans cesse des bandes de cavaliers adonnés au pillage, dont ils tiraient leur subsistance. Ces Arabes nabatéens tenaient àTorigine tous les territoires qui, à l'est de la dépression du j^Adr, pouvaient être utilisés pour Télevage ou la culture.

Durant plusieurs siècles, ils se sont pour la plupart immobilisés dans leurs coutumes et leurs traditions, et ce qu'en écrivait Diodore de Sicile garda longtemps toute sa valeur : Aucun peuple ne les a soumis, parce qu'ils n'ont aucun établissement fixe qu*on puisse saisir et conserver ; ils se contentent de Tair libre (sxouffi.... Tôv ^(ov uTîa(6piov);ce qu'ils nomment leur patrie, c*est la solitude ; ils évitent de séjourner près des rivières et des fontaines, de crainte que cet appât n'attire des ennemis dans leur voisinage. Défense est faite chez eux de semer ou planter ; qui construirait une maison serait puni de mort, car l'homme qui s* assujettit à de pareilles commodités, doit subir un maître s'il n'en veut pas être dépouillé. Parmi eux, il est des pasteurs, qui élèvent des chameaux ou des brebis ; d'autres vont vendre sur la côte les aromates de l'Arabie Heureuse. Très jaloux de leur liberté, dès qu'ils apprennent l'approche d'un adversaire, ils entrent dans le désert, que l'aridité rend aux autres infranchissable, et qui leur sert de rempart (Taut^ X9^i^^^^^ ôxupwfioTi). Dans leur sol, argileux et mou, ils creusent de vastes et profondes cavernes, où ils laissent s'engouffrer les eaux de pluie ; ils en bouchent l'orifice étroit, qui n'est marqué sur le terrain uniforme que par un signe imperceptible, d'eux seuls connu. Vers l'Idumée, à deux jours du plus proche village, une tribu possédait une retraite souterraine, où demeuraient vieillards, femmes et enfants, quand les hommes allaient au marché ^

Malgré la rareté des pluies, les fréquentes invasions de criquets, le blé poussait abondamment, comme aujourd'hui, dans la plaine du Haouran *. Mais les nomades de la steppe pillaient les récoltes une fois mûres ; ils se cachaient dans les cavernes, s'ouvrant sous les pas ou au flanc des rochers, que le travail

' Diod.,XIX, 94-95 ; add. II, 48, 54. Diodore constate cependant que parmi les tribus, quelques-unes, en petit nombre, s'étaient miees à la culture et participaient au genre de vie des tributaires syriens, excepté pour l'habitation.

' Cf. G. Rindfleiscb, Die Landsckaft Hauran in rômischer Zeit uni in dtr Gegenwart (ZeiUchr. d. dâutsch. PaL'Ver.,XJl (1898), p. 1-46).

des eaux intermitlentes avait pratiquées dans les calcaires de la contrée '. Quand ce brigandage n'était pas le fait des Arabes eux-mêmes, ils protégeaient les voleurs trachonites qui s'y livraient *. Les populations sédentaires leur étaient odieuses : Vespasien avait à son service dans la guerre de Judée «c un corps considérable d'Arabes, animés contre les Juifs de cotte haine habituelle entre voisins * ».

Antigone, reprenant le projet d'Alexandre, avait tenté en vain de les soumettre ; ils affrontèrent moins volontiers la puissance militaire romaine *, et commencèrent dès lors à pratiquer une politique cauteleuse qui longtemps leur réussit. Rome avait d'abord maintenu en Syrie nombre de petites principautés i elle-même était agitée par les guerres civiles ; il était facile aux chefs nabatéens d'intervenir subrepticement dans toutes les intrigues de l'Orient et de profiter des conflits de tout ordre pour mettre à prix leur assistance ou razzier leurs voisins. Ils relevaient alors, plus ou moins nominalement, d'un roi dont la capitale était Pétra. Ce roi mit 50.000 guerriers à la disposition d'Hyrcan, contre Aristobule ';

^ Hérode, en Galilée, avait dû entreprendre conlre eux des expéditions en règle, faire descendre des soldats dans de grands coffres, qu'on arrêtait au niveau des grottes, où l'on exterminait un & un les bandits (loB., A, /., XIV, 422 sq. ; fî./., I, 310 sq.). « Les montagnes (du Liban), écrivait Strabon (XVI, 2, 18, p. 755 G), ne sont peuplées que dUturéens et d'Arabes, tous bandits ; dans la plaine, des cultivateurs, qui ont besoin que tantôt Tun, tantôt l'autre les protège contre ceux-là. Les montagnards du Massyas ont des repaires fortifiés rappelant les anciennes plaâes d'armes du Liban ». Ces hardis pillards se dissimulaient même dans des grottes du rivage, d'où ils allaient dévaster Byblos, Sidon et Héryte. Bassus avait recruté des auxiliaires parmi les pbylarques des environs, c maîtres d'inexpugnables positions » (v. infra). Dans la Damascène, une de ces immenses cavernes pouvait recevoir jusqu^à 4.000 hommes (XVI, 2, 20, p. 756 C) ; et Josèphe, au début de la guerre contre Vespasien, fit fortifier comme de vraies places les repaires rocheux près du lac de Génésareth (B. J., II, 573). Simon l'imita, et c'est dans une de ces cavernes que Josèphe prit rctuge avant de se rendre aux Romains (tVnVf., III, 341}.

« los., A. /., XVI, 271.

» Tac, ffw/., V, i.

^ Afranius, au nom de Pompée, soumit toùç nepi 'Afiavoû "ApxBac (Zonar., X, 5, t. II, p. 311, Bonn), ceux de l'extrême nord qui détenaient Tétroit passaire de Cilicie en Syrie (Id., X, 23, p. 374). Add. Plut., Pomp,, 39. Quand Pompée lui-même conduisit une armée devant Pétra, le roi des Nabatéens effrayé se déclara prêt à lui obéir (ibid., 44).

^ Georg. Syncell., Chronogr.^p, 562, Bonn.

un de ses successeurs assura une retraite à Hérode fugitif ^ 11 y avait déjà, à cette époque, des Arabes armés à la manière des Parthes, dont ils se faisaient volontiers les alliés ^ L'un de ces chefs, Âlcbaudonius ', « toujours prêt à passer du côté du plus fort», prit leur parti contre Crassus *, puis se mit aux gages de l'insurgé Caecilius Bassus ^. Avec Cassius, ils poursuivirent leur politique tortueuse * ; Malchos soutint Pacorus ; Venlidius le châtia en lui imposant de lourdes contributions '. Ce peuple rusé avait bien vite aperçu les avantages que lui offriraient le régime nouveau appliqué à la Syrie et les embarras intérieurs de la République romaine. S'appuyanl sur les données de Tonomastique, Ernest Renan ' a constaté, dans les centres d'origine araméenne, comme Émèse, Palmyre, Damas, une poussée, une invasion de la langue arabe, qui « correspond à Tavënement simultané d*un grand nombre d*émirs arabes dans les villes de la Syrie vers Tépoque où le puissance romaine commença à s'y établir ». Alors apparaît le nom de Saracénes, inconnu auparavant, qui alterne chez les auteurs avec Arabes ou Scénites. Pour se défendre d'eux» Hérode semble avoir organisé une ligne de postes fortifiés, commandés par des eir^ox^'» sur sa frontière orientale. Mais tous les petits royaumes syriens disparurent ; Trajan annexa également le royaume nabatéen et en fit la province d'Arabie.L'Empire,lui

Md., p. 577.

« Cic. Ep. ad fam,, III, 8 ; VIII, 10 ; ad AU., V, 16, in fin.

3 StraboQ l'appelle Alcbaedamos (XVI, 2, 10, p. 752 C).

« Dio Gass., XL, 20. 9.

» Id., XLVir, 27.

^ Ils feigairenl d'abord de so joindre à lui, ensuite le trahirent. Dans une lettre à Dolabella, Cassius parait s*ôtre plaint qu'on lui eût débauché ces précieux alliéd : Gharisius, p. 123*' = éd. Keil : C. Cassius in epislula quam ad DolabeUam seripsit : Arabi mirifico animo erga nos fuerunU inquii,

7 Dio Gass., XLVIII, 41.

* Sur quelques noms arabes qui figurent dans les inscriptions grecques de VAuranitide {Joum, asiatiq., 1882, I, p. 1-22). Ce mouvement d'émigration, dît René Dus8aud(Le5 Arabes en Syrie avant /7i/am, Paris, 1907, pp. 4, 7, 10, 14), remonte bien au-delà, et les circonstances, à Pépoque romaine, Pont simplement faTorisé. « Les Romains établirent des postes fortiGés, tout le long des limites du désert, non pour empêcher les nomades d*accéder en Syrie, mais pour réj^ulariser leurs migrations. » Cette pénétration pacifique, ce passage à la vie agricole sont indéniables ; je crains seulement que Dussaud n'en ait exagéré Timportance numérique.

28 GéNÂHÀLlTBS GEOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES

aussi, établit une rangée de forteresses, marquant les limites de sa domination. Ce système, dont les débris actuels révèlent encore la sage et prudente disposition, pouvait suffire à la police de la contrée; à cet égard, TArabie présenterait avec TÀfrique de frappantes analogies. Mais les vraies difficultés n'étaient pas là, et c'est l'ambitieuse politique romaine qui devait elle-même surexciter chez les Arabes l'instinct de pillage héréditaire.

La Mésopotamie était une mosaïque de peuples : dans les rares parties arrosées, des villes avaient pris naissance, où vivaient des commerçants grecs, juifs, syriens, babyloniens, etc... Les Arabes n'y séjournaient pas, s y montraient à peine ; mais à eux les vastes étendues comme celles qu'a décrites de uisu Ammien MarceUin S les milles et milles t de pays plat et aride, où Ton ne trouve à boire qu'une eau saumâtre et fétide, à manger que des plantes d'herbes amères, où on ne se procure une nourriture, peu saine encore, qu'en tuant les chameaux et les autres bêtes de somme ».

En pénétrant dans ces plaines d'au-delà de l'Euphrate, les armées romaines envahissaient beaucoup moins le territoire parlhe que le domaine arabe. La solution adoptée pour Tétat de Pétra n'était plus ici d'application facile ; la Mésopotamie, pour ingrate qu'elle fût, ne présentait pas ce désert presque infranchissable, qui commençait dès le centième mille à l'est de la mer Morte. Les Arsacides, fatalement, devaient résister à l'invasion romaine. Jouissant, par la nature des lieux, d'une la^ge autonomie de fait, les Arabes ne pouvaient rester neutres entre les deux adversaires ni se lier définitivement aux intérêts de l'un d'eux *. Les conditions géographiques et hislo. riques ont donc contribué plus que tout au caractère ethnique de celte 7iaiio pemicisiosa, comme l'appelle Ammien qui l'a décrite à grands traits ' : Guerriers demi-nus, un sayon de couleur les enveloppe jusqu'à la ceinture ; ils se portent en tous lieux, en paix ou en guerre, montés sur leurs chevaux rapides ou leurs maigres chameaux; pas un ne manie la charrue, ne

' Amm.Marc, XIV,4, 1 : Saracenù.,nec amiei nobis umquamnec hosies opiandi. Tbéophylacte Simocatta dit aussi (JIJ, 17,7) : « la perûde oation des Saracènes a coutume de passer de l'un des partis à l'autre ; aucune conslance, aucune honnêteté ».

» XIV, totf., ciL

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cullîve les arbres ou les champs. Ils errent en permanence à travers les grands espaces, sans foyers, sans lois établies; uUa est illis semper in fuga. Leurs femmes mercenaires, souvent épousées à temps, se marient ici, enfantent là, élèvent leurs rejetons ailleurs encore. Ils vivent de venaison, de lait, d'herbages, de volatiles pris à lâchasse ; mais le blé et le vin généralement n'entrent pas chez eux dans la consommation ^

Une représentation figurée des guerriers de cette race nous est donnée par un des bas-reliefs de Chapour,qui, selon l'interprétation très raisonnable de Flandin *, est relatif aux victoires de Sapor P' sur Valérien. On y voit des chameaux, accompagnés de plusieurs hommes de haute stature, au type sémitique accusé, portant une coiffure dont la matière est indécise, en forme de calotte hémisphérique, et sous laquelle passe un couvre-nuque *. On peut encore tirer quelque parti des monnaies du gouverneur de Syrie M. Âemilius Scaurus, au 1*' siècle avant notre ère. Quelques-unes rappellent la soumission d'Aréthas^ roi nabatéen de Pétra ; il est à genoux, en suppliant, désarmé, tenant la longe d'un chameau. Ce dernier supporte, suivant les variantes^ ou un bât, ou cette selle surélevée d'où les Arabes décochaient leurs flèches de très haut^.

L'avènement des Sassanides, plus hardis, plus persévérants que les rois parthes, eut pour effet, croirait-on, d'enhardir les Scénites, en multipliant leurs occasions de rapines. Il semble bien aussi que les tribus du sud aient alors commencé une nouvelle immigration en territoire romain, à la faveur du désarroi administratif qui marque le m* siècle de l'Empire. Dès cette époque, < par suite d'une tolérance qu'imposaient peutêtre les circonstances, on voit quelques tribus isolées s'établir en dedans de la ligne des postes, notamment dans la région de Bostra et dans celle de Damas. Ces tribus avaient à leur tête leurs cheikhs nationaux^ investis par l'autorité romaine, un peu comme les princes maures dans l'Afrique berbère ; admi-

^ n les compare encore aax oiseaax de proie et ajoute qu'il a traité plus longuement de leurs mœurs dans ses livres, aujourd'hui perdus, coneaorés à Marc-Aurèle.

* Flandin et Costa, ?er%e ancienne^ I, pi. li d.

' A moins que ce ne soit la chevelure môme, que les Arabes de Tan- Uquité laissaient croître. Plin., H. iV., VI, 162 :... inlonso crine^ barba abraditur praeter quant in superiore labro,

^ Appian., Syr., 32 ; BorghQsu Œuvres ^ II, p. 185 ; E. Babeloo, Les Monnaies de la République romaine, Paris, I (1885), p. 119-121.

30 OÂNBRALITRS GlftOGRÀPHlQUES ET ETHNOGRAPHIQUES

nistrativement, on leur donnait le titre de phylarques *. Peu à peu, ces enclaves arabes se multiplièrent : on les organisa militairement, on les groupa par provinces ; il y eut quelque temps des phylarques de Palestine, d'Arabie * ». Mais d'autres, en grand nombre, restaient en dehors des frontières, ad furta bellorum adpositi, suivant l'expression d'Ammien, et se vendant au plus offrant. Le roi de Perse, Sapor, après beaucoup de difficultés, les avait entraînés dans son parti; Constance parvint à les lui enlever % et à Julien ils proposèrent euxmêmes leur assistance, qui fut acceptée \

Un puissant état arabe s'était constitué, ayant pour capitale Hira, au sud de l'ancienne Babylone, au profit d'une famille unique ; il reconnaissait la suzeraineté de la Perse, mais ces vasseaux entreprenants intervinrent parfois jusque dans les affaires intérieures de l'empire iranien. Eux-mèmes,selon toute apparence, et contre la volonté des mages, lui imposèrent pour souverain, après Izdegerd (vers 418), l'ancien roi d'Arménie Bahram (HapapàvT^;), élevé parmi les Arabes de Mésopotamie, dont il avait gardé les usages ^ dans ses guerres, il était accompagné « d'innombrables auxiliaires saracènes ' ». Ces nomades tenaient perpétuellement en haleine les ducs romains de la frontière ; sous Anastase, ils firent de fréquentes incursions en Euphratésie et jusqu'en Palestine ^ ; d'autres suivirent sous Justin ^ Les annalistes byzantins, en signalant leurs bri-

* Déjà Strabon (XVI, 2, 10, p. 733 0) parle des phylarques de Scéniles, au i**" siècle ; ce titre reparait dans les inscriptions bien postérieures. Dans rintervalle, il est clair qu'il resta usité, ou qu'on se servit d'un équivalent. Tel élait le Soaidos Maiacbos, arpatr^Yo; vojidiSuv, que mentionne un monument de Batanée (Waddington, Inscr, de Syrie, 2196), sans doute du temps d'Hadrien. Ce titre militaire n'empôche pas de penser avec Waddington qu'en fait ces v(SfjLa8E<; menaient une existence de pasteurs, pour leur compte ou pour celui des agriculteurs établis moins près du désert ; cf. 2112, 2203. 2512.

2 L. Duchesne, Mélanges de Rome, XVI ((896), p. 113 = Autonomies ecclésiastiques, Églises séi^arées, Paris, 1890 (2« éd., 1905), p. 330 sq.

3 Cf. lulian.. Or. /, 21 B : «... tes négociations ayant tourné contre tes ennemis les brigands arabes ».

^ Amm. Marc, XXIII, 3, 8. 5, 1. — Rawlinson, Hiitoru of Persia, London, 1876, p. 146.

5 Noeldekc, Tabari, p. 98, notes 1 et 3 ; Maçoudi, II, 191 : Mirkhond, 323-328.

® TheDphao., Chronogr,, 85, 31.

' Id., 141.

• Malal., XVII, p. 423 ; Cedren., I, p. 639.

gandages, ajoutent d'ordinaire qu'un chef romain partit à leur rencontre et les vainquit '. Il y aurait illusion à prendre au sérieux ces victoires ; les escadrons volants, à la première escarmouche, se dérobaient, et revenaient à l'improvisie peu de jours après. Certaines chroniques particulières marquent plus exactement les ravages causes par leur venue *.

Il était fatal que les Romains voulussent, au plus tôt, essayer à leur égard du système de la fédération. Il semble, d'après les inscriptions sémitiques et les textes orientaux, qu'au W siècle le gouvernement impérial ait eu quelque temps pour allié un certain Imroulqais, « roi de tous les Arabes > et, d'autre part, tenant des rois de Perse son investiture. Il se serait donc entendu avec les princes de Hira pour assurer la police des frontières syriennes, d'où le caractère persan de certaines décorations dans les ruines du limes S notamment au palais de -Mchatta, œuvre, non pas d'un Ghassanide, mais d'un Lakhmide du même temps ^. Essai paradoxal, marché oh les Romains, si éloignés de Hira, ne pouvaient manquer d'être dupes.

Que se passa-til par la suite ? Nous ne le savons pas ; nous avons trace seulement de longues négociations.

Il faut tenir compte, en elTet, du grand nombre d'ambassades envoyées par les Romains aux Arabes dans les dernières années du v* siècle et au commencement du vi". Nous en avons un aperçu par des fragments, trop courts, du récit de Nonnosos, fils d'Abram ^ Son grand-père avait déjà, sous Anastase, reçu semblable mission auprès du phylarque Aréthas, dont le ûls désolait la Palestine et la Phénicie, et avec qui Ton

« Eustath. Epiphao., fr. cap. 36 (Mûllcr, FHG, IV, p. 142) ; Theophan.,

' Telle la chronique dite de Josué le Stylite, 53 : « Le 26 novembre (502), Naaman, roi des Arabes, entra par le sud dans le territoire de Harran, et poussa même jusqu'à Ëdesse, détruisant et pillant tout sur son passage, emmenant des bestiaux et faisant des captifs dans tous les villages. On porte à 18.500 le nombre des hommes qu'il réduisit en esclavage, sans compter ceux quMl fit mourir. H choisit le moment des vendanges, parce qu'alors même les habitants des villes étaient sortis pour la récolte du raisin ». — La date me paraît un peu suspecte dans sa précision, bien que Téditeur n'émette aucun doute à ce sujet; des vendanges en Syrie à la fin de novembre supposent une saison extraordinairement en retard.

* Dussaud, Les Arabes en Syrie^ p. 32-38.

* Sic Dussaud, ibid,, p. 54, d'accord avec Clerraont-Ganneau. » Photios, Biblioik., cod. 3 ap. Muller, FHG, IV, p. 178-180.

32 GéNÉRALlTÉS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES

voulait conclure un traité de paix. Ces nomades avaient des liens de famille même avec ceux de l'Arabie intérieure (Nedjed), qui s'aventuraient parfois jusqu'aux frontières romaines.

Jugeant instable cette situation, Justinien essaya d'un système opposé et, au lieu de continuer, comme ses prédécesseurs, à ratifier l'autorité acquise par un chef de tribu sur tel ou tel canton *, il créa un état arabo-romain, pour servir de contre-poids à l'état arabo-perse de Hira *. Ainsi, depuis 531, il y eut un phylarque général, le chef de la famille des Ghassanides ', dont l'autorité s'exerça sur les Saracènes de toutes les provinces orientales de l'ancienne Syrie et rayonna dans le désert. 11 était chargé de contenir les gens de Hira et leur indomptable chef Alamoundar ; on vit en effet ces deux phylarques en contestation personnelle à propos de la région appelée s(rata, champ de pâturages au sud de Paimyre * ; maisîes deux empereurs ne pouvaient se désintéresser de la querelle, qui envenimait leurs griefs réciproques. Procope garde un absolu scepticisme sur l'efficacité de la nouvelle mesure de Justinien : « Alamoundar n'en causa pas moins de dommage aux Romains, soit qu'Aréthas jouât de malheur ou, à chaque fois, se rendit au plus vite, on ne sait au juste ; Alamoundar,

' C'est ainsi que l'empereur Léon, en 473, confirma la situation que e'élait procurée l'Arabe Amorcesos (venu du territoire perse) en s'emparant de l'ile d'Iotabé, près d'Akaba, d*où il avait cbassé les percepteurs romains de la dtme. Il le maintint en possession, lui accorda même Tautorité sur d'autres bourgades, et fit de lui ofOciellement un des phylarques de PArabie Pétrée (cf. Maichos Philadelph., FHG, IV, p. 112-3). On voit par la même source que d'abord, sous Tbéodose, Perses et Romains étaient convenus de ne point soutenir les Saracônes placés sous leurs dominations respectives, si ceux-ci voulaient causer quelque désordre. A cette combinaison, qui se résumait dans la neutralité, Justinien en substitua une nouvelle, qui avait pour objet de ruiner l'un par Taulre les deux groupes de Saracènes.

' Il avait d'abord tenté de s'assurer, à prix d^argent, la neutralité de ces gens de Hira en cas de guerre avec les Sassanides ; mais ils ne tinrent pas leurs promesses. 11 ne réussit pas davantage à remplacer dans i'Yémen, les Himyariles, vassaux des Perses, par les Éthiopiens de TAxoum ; cf. Pernice, op. laud,, p. 244.

3 Procop., B. P., I, 17, 47 sq. Aréthas reçut môme la dignité royale (cf. Noeldeke, ÀbhandL d. Berliner Akad,, 1887) et le litre de patrice (Theophan., 240, 14).

♦ Procop., ibid., 11, 1, 6.

quî se fît très vieux, ravagea perpétuellement TOrient sans rencontrer d'opposition * ».

Il y avait, à vrai dire, entre les deux groupes de Scénîtes, un motif d'hostilité des plus graves, la différence de religion. Les gens de Hira étaient païens; au contraire, parmi les sujets des Ghassanides, un très grand nombre étaient passés à la confession chrétienne *. Les conversions commencèrent chez eux au IV* siècle ' ; les anachorètes exerçaient un grand prestige sur les enfants du désert ^. De part et d'autre, le fanatisme était ardent, comme les convictions. S'il en faut croire Procope ',les Saracènes vassaux de la Perse laissaient au moins quelque répit à Ieu|s adversaires d'Occident pendant les deux mois qui suivaient le solstice d'été. Cette période était réservée aux sacrifices religieux et se passait sans qu'ils fissent aucune incursion en territoire étranger. Ils se rattrapaient ensuite.

11 serait dirficile d'établir une comparaison entre les deux groupes de Saracènes •. Ceux d'Occident,du moins,avaient fort mauvaise réputation : Tacite ^ déjà, les signale comme

' Lùc. cil, ; cF. I, 19,10 sq. Lai-même pourtant signale une autre circonstance (II, 28,12-14) où Âlamoundar et Arélhas se firent la gnerre avec toutes lenrs forces, mais seuls, sans le secours des Romains ni des Perses. Aréthas mit son adversaire en Tuile en lui infligeant de grosses pertes, et peu s'en fallut que les deux fils d*Alamoundar ne tombassent vivanls entre ses mains.

* Mais non tous, comme le pense Duchesne {loc. cil,). De Goeje (op, lauà,^ p. (V-7) estime qu'au moment de la conquête de la Syrie, parmi les Codhaîtes quî combattaient sous les étendards byzantins, une bonne moitié étaient des païens: Tarmée musulmane voulait en effet les attaquer le jour où ils se disposaient à célébrer un sacrifice appelé ei8oXo- Ou(j(a par Théopbane (335, 16).

» Socrat., H, tfccL, IV, 36; Ruûn., W. eccl.. Il, 6.

* Aux faits rapportés par Oucbesne, ajouter le curieux exemple de saint Sabas (J. B. Cotelier, Ecoles, graec. monum,. Lut. Paris., III (1686), Sabae uita per Cyrill. Scytbopolit., § 13, p. 235-6) : l'ermite, dans sa re« traite, recevait la visite des Saracènes de passage et échangeait des vivres avec eux.

* Le chef erabo-byzantin, sous l'empereur Maurice, dit Euagrius (V, 20), refusa de passer i'Euphrate, de peur de combattre les autres Saracènes, qui étaient dans l'armée des Perses, « car la vitesse incroyable de leurs chevaux est cause qu'ils ne sauraient jamais être surmontés par d'autres de leur nation ». Argument de circonstance, comme semble le penser Euagrius.

"* ififi., VI, 44. Et Hérode dit à ses soldats, avant de les lancer contre

prompts à battre en retraite. Sous Justinien, il leur arriva plus d'une fois de lâcher pied devant l'ennemi *. Après un succès, leur chef, craignant d'être dépouillé par les Romains du butia conquis, abandonne le quartier général avec ses troupes et se retire dans le voisinage *. Mais nous verrons que l'esprit de pillage et d'indiscipline était le défaut ordinaire des troupes de ce temps ; les Arabes le portaient à un degré supérieur, voilà tout. Les généraux romains étaient malavisés de les iDCorporer dans leurs armées ' ; mieux valait leur abandonner une mission spéciale, comme celle que. selon Maçoudi, le prince Ocaidir reçut d'Héraclîos, qui l'avait chargé de molester les caravanes de Médine *. Malgré leurs bons rapports avec les solitaires, les Arabes détrougpaient les couvents, et la vie de saint Sabas nous fait connaître une demande adressée au gouvernement de Gonstantinople, en vue de la construction d'ua château fort dans le désert' pour protéger les monastères,

8tà TTjv TÔJv £apaxT}vû»v èiiiSpOfJLi^v *.

Les vassaux arabes de la Perse ne différaient guère sans doute des Saracènes chrétiens. Eux aussi possédaient cet art essentiel de surgir en un instant là où on ne les attendait pas ; ils constituaient des hordes indisciplinées, où les femmes se mêlaient aux hommes et combattaient aussi bravement •. Quelques-uns d'entre eux étaient revêtus d'une cuirasse, leur permettant de lutter de près avec la lance ; d'autres tiraient de l'arc. Us ignoraient la poliorcé tique; le siège de Damas dura six mois '.

Ce ne fut pas l'infériorité militaire des Byzantins, en face des

les Arabes, que ce sont les plus perfides et les plus impies de tous lea hommes (los., B. /., XV, 130; cf. 134. 140 et 110).

* Malal., p. 464 : Procop., B. P., I, 18, 36. « Procop., B. Py II, 19, 26.

3 Bélisaire proposait de les laisser opérer à part, comme incapables défaire un siège, et très propres à dévaster les campagnes (Procop., B.P., II, 19, 12). Du reste, ni les Byzantins, ni les Perses ne visaient à entretenir chez leurs clients le sentiment de la fidélité : Héraclios se heurte, vers les confins de la Gappadoce, à une avant-garde arabe et la capture ; le condottiere obtient sa liberté à condition de passer avec ses hommes dans l'armée impériale (Georg. Pisid., Exped. Pers., Il, 225 sq.).

* De Goeje, op. tourf., p. 12.

^ Op. cit., 72, p. 343 ; cf. 73 et 83, pp. 347 et 359. « De Goeje, p. 117.

•^ Id., p. 82.

musulmans, qui régla le sort de la Syrie. Ce fut d'abord une simple question d'argent; la garde du désert d'Idumée était confiée à des Saracènes, moyennant une subvention qu'on cessa bientôt de leur verser *. Les mercenaires, ayant présenté leur réclamation au trésorier impérial, se virent insulter : « C'est à peine si notre empereur trouve de quoi payer ses soldate ; il n'a rien à donner à des chiens I » Alors les Saracènes chrétiens restèrent simples spectateurs ; beaucoup même s'unirent aux musulmans, dont le chef eut Theureuse pensée d'interdire à ses hommes les massacres et les dévastations inutiles. Il obtint ainsi la complicité des indigènes, fort précieuse à son ravitaillement ^.

Ajoutons que la notion des liens du sang, principe de la tribu, allait s'élargissant; elle n'avait longtemps rapproché que les membres d'une même famille; elle allait grouper, à l'appel de Mahomet, la race presque entière \ Mais je ne saurais développer cette idée sans m'écarter de notre sujet.

§ IV. — Les envahisseurs du Nord.

A côté des peuples qui occupaient les régions sans fin disputées, il convient de signaler ceux qui, à diverses époques, y firent irruption du dehors, effrayant les deux adversaires au point de créer entre eux, contre ce danger nouveau, une union momentanée.

En première ligne, je nommerai les Alains*. Ils formaient de nombreuses tribus, errant dans toute la Russie méridionale, de la Caspienne au Tanaïs, où ils avaient remplacé les Sarmales, d'abord sous le nom de Massagètes ^

Pompée, le .premier,se heurta aux Massagètes, dans sa guerre contre Mithridate, et les repoussa vers la Caspienne. Puis ce fut Ventidius, légat d'Antoine •. Sous Tibère, c'est aux Romains

* Cedren., I, p. 751 ; Theophan., 335, 23.

« De Goeje, pp. 24, 82, 86.

* Pernice, op, laud.^ p. 246.

* Cf. Tomaschek, Alani (Pauly-W.).

* Dn moins c'est ce qae dîl Ammlea MarceUin (XXIII, 5, 16) : Massageiasj quos Halanos nunc appellamus,..; XXXI, 2,12: Ralanos.,. ueteres Massagetas,.. ; en tout cas, Fautre nom leur est déjà donné au I®' siècle (Lncan., PKars., VIII, 133 : duros aeUmi Martis Alanos).

* Amm. Marc, XXIII, 5, 16.

36 oéNéRALITÊS céoORAPHIQUBS ET ETHNOGRAPHIQUES

qu'ils rendirent service : en faveur de Rome, Ibères et Albaîns livrèrent passage aux Alains, qui portèrent la dévastation en Arménie et chez les Parthes *. Néron avait projeté une expédition contre eux; plus tard, ils revinrent saccager la Médie et TArménie ; Vespasien refusa son aide à Vologèse, et le roi Tîridate faillit être étranglé par le lasso de Tun d'eux; il n'eut que le temps de trancher la corde avec son épée ■. Dans les dernières années d'Hadrien, ils menaçaient même la Gappadoce ; c'est alors qu*Arrien écrivît son gx-caÇiç xax' 'AXavwv. Ils pénétraient, à travers le Caucase, par la passe de Dariel {Portas Caucasiaé) ', ou bien le long du rivage ouest de la Caspienne, où il faut chercher peut-être les Portae Caspiae de Pline l'Ancien ♦.

11 faut laisser aux orientalistes et aux ethnographes le soin de les distinguer des Huns, dont le nom apparaît plus tard dans l'histoire, et de se reconnaître parmi les différentes races portant ce dernier nom, comme « les Huns du nord, que les Perses appellent Turcs ^ », les Huns Blancs ou Ephthalites •, les Sabires ou Khazares '. Nous ne savons rien non plus de très particulier sur les Costobocae *; et toutes ces peuplades sont à peu près confondues dans la dénomination globale de Scythes par Ammien Marcellin, à qui nous devons une description générale de leurs pays et de leurs mœurs '.

Selon lui, les Alains auraient peu à peu imposé leur nom

* los., A. J., XVIIl, 97-98.

«Id., B. J., VII, 245-250.

3 Piin., H. N., VI, 30, 40 ; SapfjiaTixal DuXat dans Ptolem., V, 9.

♦ V. tn/ra, topogr., fin.

» Theophyl. Simoc, III, 6, 9.

^ Cf. Ed. Drouin, Mémoire sur les Huns Ephthalites, dans leurs rapports avec les rois perses Sassanides (Muséon, XIV (1895), pp. 73*84, 141-161, 232-247, 277-288). Procope (B. P., I, 3, 4-5) dit à leur sujet: « On les comprend à tort sous le nom do Huns, car ils sont blancs de visage et sans diiTor mité; ils ne mènent pas une vie bestiale, ne font que rarement des incursions, mais prennent plutôt les armes pour la sauvegarde de leurs fronlières. Us ont un état monarchique, fondé sur des lois, et observent la justice dans les traités, soit entre eux, soit avec les étrangers ». Cette appréciation favorable tient à ce qu'ils rendaient service aux Byzantins en attaquant les Perses, alors que les premiers étaient moins exposés à leurs ravages.

^ Tomaschek, Chazaroi (Pauly-W.).

* Amm. Marc, XXII, 8, 42.

• Ibid, ; add. XXXI, 2.

aux races voisines, plusieurs fois vaincues par eux, comme celui de Perses s'étendit à l'ensemble des tributaires de l'Iran, et quelque chose d'analogue se serait produit pour les Huns. Tous ces groupes de barbares habitaient, ou plutôt se mouvaient, principalement à Test et à l'ouest de la mer Caspienne K Les Huns, dit Ammien, sont d'une férocité inouïe, il y a quelque chose de bestial en eux. Us vivent comme rivés à leurs chevaux, sur le dos desquels ils vaquent à toutes leurs occupa < lions. Leurs chefs ne portent pas le titre de rois. Légers à la course, ils ne savent faire que la guérilla ; excellents archers, ils usent de flèches au bout desquelles sont ajustés des os très efûlés ; mais ils luttent aussi de près avec Tépée, et à l'aide de courroies entortillées ils tâchent d*enlacer leurs ennemis ^. Le lait de leurs troupeaux, le gibier qu'ils tuent les nourrissent ; ils ignorent la culture, qui les attacherait au sol, et Us se déplacent sans cesse, transportant femmes et enfants sur des chariots couverts d'écorces, où eux-mêmes passent les nuits. Ils campent dans les prairies qu'Us trouvent en cheminant, rangent en cercle leurs attelages, font la cueillette des arbres fruitiers, puis repartent, poussant devant eux le gros et le menu bétail. Ils aiment par dessus tout la guerre et l'équilation ; les jeunes gens, accoutumés de bonne heure à prendre une monture, regardent comme un déshonneur d'aller à pied. Les Âlains, à en croire Ammien, étaient un peu plus civilisés, moins cruels, mieux vêtus, fort semblables aux Huns pour le reste ; légèrement armés et agiles, grands chasseurs et pillards. Ardents au combat, avec la peau de l'ennemi tué ils caparaçonnent leurs chevaux. Tous sont libres de naissance ^.

A la défense des Portes Gaspiennes, comme de la région transcaspienne, les Perses seuls étaient intéressés et devaient pourvoir ; toute irruption par le centre du Caucase menaçait au contraire les deux états. Ainsi s*explique le traité rapporté

> Les Huns onl remplacé dans ces parages les Dakae ou Daai (cf. Toxnaschek, s, u., ap. Pauly-W.}, qui habitaient les mêmes contrées, archers montés fort habiles, chez qui Ânliochos III avait trouvé des auxiliaires contre les Romains (Polyb., V, 79).

* Il n'est pas téméraire de reconnattre dans cette description le lasso qii'emt>loient les Mexicains.

3 11 y a des traits douteux dans ce tableau, sans parier des redondances. Heureux chez les Alains, dit Amroien, celui qui périt dans la bataille, lâche qui meurt de vieillesse ou d'accident. Or, il attribue aux Partbes le même préjugé (XXIII, 6, 44).

38 GÉNÉRALITÉS GÉOGRAPHIQUES fiT ETUNGGRAPHIQUES

par le pseudo-Josaé le Stylite * : en cas de guerre avec les barbares, Romains et Perses s'aideront mutuellement en armes ou en argent. Même les premiers en auraient retiré profit, car les Huns causèrent en Syrie des dommages sous Arcadios et Honorius. Mais les Perses surtout s'appuyèrent constamment sur cette clause ; ils obtinrent de Tor de Zenon pour la délivrance du général Péroze, fait prisonnier par les Huns. Ils essayèrent alors de dénaturer la convention, d'en déduire la soumission des empereurs de Gonstanlinople à un véritable tribut annuel '. Gavad, en 496, demanda vainement de l'argent à Anastase, qui ne voulait consentir qu*à un prêt *. La guerre en résulta. Plus tard, il proposa la paix à Justinien, à condition que celui-ci contribuerait de son argent à garder les portes Gaspiennes contre ces mêmes Massagètes ^ ; en réalité, le problème n'était plus de part et d'autre envisagé de la sorte ; on songeait moins à se garder en commun des peuplades barbares qu à les jeter les unes sur les autres ou sur son adversaire. Gavad avait eu des Ëphtbalites dans son armée; Ghosroès les détruisit ensuite, à l'aide des Turcs à qui il paya tribut temporairement ^ Quant à ces Alains qu'ils devaient refouler, les Romains les introduisaient parmi leurs troupes ^, et à coups de subsides ils débauchaient d'anciens vassaux des Perses, les Huns Sabires, race pourtant peu sûre et indisciplinée ^

Nous n'avons pas à suivre le détail de cette histoire confuse et misérable ; elle aurait à peine un faible intérêt anecdotique» si elle ne servait à mettre dans tout son jour la politique des deux grands empires à leur déclin : on se ruine pour acquérir le secours d'un peuple contre un autre, auquel on impose ensuite, pour se dédommager, d'énormes contributions.

' Chron,, 9-11. Il daterait de Tbéodose le Jeune, selon Théophane ; v. infra.

* Dans quelle mesure y étaient-ils fondés? On aurait peine à le dire. Nœldeke {Tabariy p. 108, note 2) semble admettre leur droit ; on voit, aux termes dont se sert Josué, que la question était déjà controversée de son temps.

3 Josué, 23 ; Theophan., Ckron., p. 144, 21 sq. ^ Procop., B. P., I, 16, 4-8.

» Theophyl. Simoc, III, 6, 11.

• Zosim., IV, 35, 2 ; Pacat , Pan^g,, 32 ; Notit. dign., Occ., VI, 31 : comites Alani.

' Agath., IV, 3, 3.

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