‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 16 sur 83 · LES PARTHBS ET LES PERSES · texte numérisé non relu

LES PARTHBS ET LES PERSES

chevaux au milieu des ennemis, semblables plutôt à des statues de bronze gui se meuvent qu'à des hommes gui combattent. Ils n*out qu'une sorte d'arme offensive, la pigue, avec laguelle ils enfilent parfois deux ou trois hommes d'un même coup.

« Constantin savait, nous rapporte Lydus \ gu'il n'est pas facile de combattre les Perses, à moins d'une attaque inopinée qui vient les surprendre. Le tacticien Gelsus a écrit un livre, où il expose gue les Perses ne succomberont gue sous une agression soudaine. » Celsus ne montrait pas une vue très claire 4e la situation en ne tenant compte gue de la lenteur de mobilisation chez ce peuple. L'attague des Romains ne pouvait pas être soudaine et inopinée ^ Eux-mêmes avaient à réunir» pour une action commune, de menues garnisons très éparpillées et à traverser une grande plaine à demi déserte, avant de frapper au cœur la monarchie des Sassanides. D'autre part, Gelsus lui-même, auguel se réfère Lydus, dit nettement gue toute la nation perse a coutume de se préparer à la guerre, de même gue les Romains avant l'organisation des légions par Marius, et Ammien confirme en termes exprès Tenlraînement perpétuel auguel s'astreignaient une partie au moins de cette nation ad pulueres Martios erudita '. Ce ferreus equitatiis formail, hommes et chevaux, un bloc difficile à rompre ou à entamer, et gui servit de modèle, en guelgue mesure, aux cataphractaires des Byzantins, dont l'organisation définitive remonte à une date moins ancienne.

Le brillant aspect de ^ces troupes est attesté aussi par Ammien *, et leur luxe, luxe gue les Parthes, au contraire, évi-

* Ihid., 33.

' On le voit bien par Texemple de Julien. « Il avail appris que les Perses [comme les Partbes] sont sans force ni valeur en hiver, parce qu'ils ne peuvent supporter le froid et n'oseraient alors, selon le proverbe, tirer la main hors du manteau, alors que les Romains sont à môme de combattre en toute saison ; il entra donc en campagne aussitôt i (Socrat., H, eecL, III, 21, p. 432 Migne). Mais les difficultés commencèrent, à peine eut- il atteint rextréuiilé de la Mésopotamie.

' XIX, 1, 2: militari cultu ac disciplina proludiisque continuix rei castrensu et armaturae,quam saepe formidauimuSy meluendi uel exercilibus maximis, equUatus uirtute con/isi^ ubi desudat nobilitas omnis et iplendor.

*ïbid.,Si: Indumentis plerique eorum ita operiuntur lumine colorum fulgentilms uario ut, licet iinus laleraque dissuta relinquant flalibus ayitari uentorum, inter calceos tamen et iierticrm nihil uideatur itueclum ; armil-

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talent S conarmé par Zosime ', mais peut-être ne pénétrait-il que dans le corps des « Immortels », formé de 1.000 cavaliers et qui devait être plus particulièrement attaché à la personne royale '.

Plusieurs séries de bas-reliefs complètent et illustrent ces détails donnés par les auteurs. Celui de Darabguird, du temps de Sapor !•' et Valérien *, montre divers groupes de guerriers, revêtus de longues tuniques et munis de différentes sortes de casques : les uns rappellent les volumineuses coiffures réservées aux eunuques persans d'aujourd'hui ; d'autres plutôt le bonnet phrygien, avec un retroussis sur le devant ; une troisième variété se rapproche de celle-ci, mais s'augmente d'un couvre-nuque. Dans un des bas-reliefs qui représentent Sapor S Tœil est attiré par les armes des personnages : les uns ont des lances et une courte massue ; d^autres des haches à deux tranchants ; Tune d'elles est au bout d'un manche de même taille que l'homme ". Ces monuments sont du début de la période sassanide : pour la fln, nous avons ceux de Ghosroès II Pur vis, au Takhi-UBostan ' : on y voit le roi en cataphractaire, armé d'une très longue lance et d'un petit bouclier rond ; au côté, un lourd carquois, avec la longue épée, sans doute à deux tranchants ^ Le cheval a une espèce de cotte de mailles du haut du cou Jusqu'au bas du poitrail. Le casque permet de vérifier le commentaire d*Ammien : c'est une « calotte

lU uii monilibusque aureit et gemmU, praecipue margarùis quibut abundant,

1 luBtiQ., XLl, 2.

2 III, 25, 6. Avant d'approcher de Gtésiphoo, les troupes de Julien baltirenl les Perses, dans le camp desquels elles trouvèrent « des lits et des tables d'argent massif, et sur les cadavres d'hommes et de ohevaax une profusion d'ornements d'or et d'argent ».

» Cf. Socrat., VU, 20. p. 780Migne ; Procop., B. P., I, 14, 31 ; Theophan., 86, 7, 70 sagitiarii d'élite do la phalange royale s'emparèrent d'Amida (Amm. Marc, XIX, 5, 5).

♦ Flandin el Coste, Perse ancienne, I, pi. XXXI bis.

« Ibid., pi. XLIX A.

« Cf. Ch. de Ujfalvy, L'Iconographie des Pei'ses (V Anthropologie , XI (1900), pp. 51-56 el 193-224).

^Flandin el Coste, pi. XLVlII et L; Rawlinson, 5^mfA Monarchy, p. 613; deMorgan, iWw«on scientifique en Perse^ Paris, IV, 2 (1^97), p. 319, fig. 186 ; W. Jackson, Persia, Pastand Pr«e»t, New-York, 1906, ch. XV.

«De Morgan, p. 321, fig. 188.

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de fer, sunnontée d'un bouton et ceinte d'une couronne ornée de deux rangs de perles. En avant» deux trous en forme d*amandes sont pratiqués pour les yeux ; de cette calotte, ornée de rubans, part une gaine de mailles gui enveloppe le cou et va se joindre aux mailles de Tarmure * ».

Il faut s'en tenir aux représentations fournies parles Perses eux-mêmes ; celles qui figurent sur les monuments romains ont un caractère éminemment conventionnel : ainsi, dans les bas-reliefs de Parc de triomphe de Salonique, vers 300, les Perses sont recouverts d'amples manteaux d'étoffes légères ou de riches vêtements ; rien n'apparaît de leurs cuirasses ^ ; la pensée du sculpteur était proBablement d'accuser la c mollesse » de l'ennemi '.

Le texte d'Héliodore mentionne le char armé de faux sur lequel le commandant en chef s'avançait ; le char de guerre semble néanmoins être tombé en désuétude ^ ; il est fait mention de chariots scythes dans l'armée qui s'opposa à la marche de Sévère Alexandre % au début tout à fait de la période sassanide ; Héraclios enfin se saisit de quelques-uns après la bataille de Ninive *, mais peut-être faisaient-ils partie simplement des équipages militaires.

Ce que cette armée présente de plus nouveau, outre la prédominance delà grosse cavalerie^ c'est l'emploi des éléphants "^^ amenés des provinces orientales du royaume et particulièrement de rinde. Leur marche solennelle et pesante était en harmonie avec l'allure des cavaliers cuirassés ; leur utilité essentielle consistait apparemment dans TefTet moral ' qu'ils devaient produire sur un ennemi inaccoutumé à les voir * ;

* Ibid., p. 320, fig. 187.

* K. F. Kinch, Varc de triomphe de Saloniquej pabl. sous les auspices de la Fondation Garlsberg, Paris, 1890, pp. 20, 22.

3 11 a même introdoit, dans une des scènes, des amazones ! (pi. IV, p. 31). Une phrase vague d'Hérodieo (v. ci-dessus, p. 4i) ne suffit pas à justifier cette fantaisie.

* Cf. Rawlinson, p. 648, note 4.

■ Lamprid., «. Seueri, 56.

* Theophan., 319, 7.

'^ Plandin et Goste, pi. L.

* Les souverains trouvaient commode cependant de s'en servir à la chasse; v. les bas-reliefs représentant la chasse aux gazelles et aux sangliers (Rawlinson, p. 614-616; de Morgan, pi. XXXVII-XXX.V1IT).

* Cf. Amm. Marc, (qui y revient fréquemment), XXIV, 6, 8 : « ... des

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mais leur présence causait quelque gène dans les pays de montagnes, où on ne Jeur livrait passage qu'à coups de pioche et de cognée*. C'étaient des bêtes très vulnérables qu'on réduisait en les blessant aux yeux ou à la trompe ; les guerriers juchés sur leurs dos manquaient de recul pour frapper les soldats audacieux qui, se glissant sous le ventre de rauimal, allaient lui couper les jarrets, ou les sangles par lesquelles sa charge était fixée. Frappés à mort, les éléphants provoquaient le désordre dans les rangs où leurs lourdes masses s'affaissaient, et pas plus que les cataphractaires, ils n'étaient eu mesure de franchir à la nage un cours d'eau, pour atteindre l'ennemi ou lui échapper.

Comme les Parthes, leurs prédécesseurs, les Perses se signalèrent à Torigine par leur inaptitude à mener à bien le siège d'une place-forte; mais, peu à peu» à force de lutter contre leurs rivaux d'occident, ils s'affranchirent de cette infériorité. Ils apprirent à creuser, perpendiculairement au rempart, une longue tranchée où, à l'abri du bouclier de jonc, on avançait jusqu'au fossé ; à combler celui-ci pour y asseoir une tour mobile, portant un bélier dont on ébranlait les murs. Peuple d'agriculteurs autant que d'éleveurs, ils ne craignaient pas le maniement de la bêche, et, plus d'une fois, ils établirent des lignes de circonvallation, en vue d'affamer les assiégés.

éléphants semblables à des collines mouvantes et dont les masses énormes avaient déjà plus d'une t'ois inspiré la terreur et menacé de mort ceux qui approchaient » ; XXV, 1, 14 : « leurs effroyables gueules, leurs cris terribles et l'odeur qu'ils exhalaient effrayaient les hommes et plus encore les chevaux » ; XXV, 3, 4 : « nos gens ne pouvaient soutenir les cris et la puanteur des éléphants » ; ibid,, 11 : « leurs ôléphanls effrayaient les hommes et les bêtes par leurs énormes masses et leurs aigrettes flottantes »; add. XXV, 6, 2. — Parfois ils devenaient furieux et se retournaient contre l'armée qu*ils devaient servir ; aussi les mettait-on de préférence h la queue des troupes, « et ceux qui les montaient portaient des couteaux à manches qu'ils enfonçaient, lorsqu'ils ne pouvaient maîtriser ces animaux, à la jointure du cou et de la tête, ce qui amenait la mort en un instant » (XXV, 1, 15). Bahram dit avec orgueil au roi d*Arménie : « Je vous montrerai des éléphants harnachés et, montée sur ceux-ci, une armée de soldats... » (Macler, 6'é6^oj, p. 20) ; le roi de Perse « trouve un refuge au milieu de ses éléphants » {ibid,, p. 6).

i Cf. Patkanian, Journ, atialiq,^ 18ÔÔ, I, p. 114. Il y avait un fonctionnaire perse appelé le Zendkapel qui était le directeur du service des éléphants de guerre.

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Eux-mêmes avaient coutume de se fortifier solidement dans leurs camps \ qu'ils entouraient de sacs remplis de terre ou de sable '. Plusieurs de leurs forteresses permanentes nous sont décrites. Zosime, par exemple, nous parle de Bersabora (ou Pirisabora], située dans une île de TEuphrate, tout près du Tigre : un double mur l'entourait ; au centre, le réduit principal, enclos lui-même d'un rempart en segment de cercle, où conduisait, par l'intérieur du bourg, un chemin tortueux et de pénible accès. Au nord, la protection lui venait du lit même du fleuve, où Ton puisait pour Tapprovisionnement ménager. Du côté de l'Orient, un fossé profond, bordé d'un parapet de bois Renforcé par des tours, en briques cuites maçonnées à la base avec du bitume, liées avec du plâtre dans la moitié supérieure '. Sur Tare de triomphe de Salonique, un des bas-reliefs est cbnsacré à un combat de cavalerie devant les portes d'une ville mésopotamienne, dont les murs sont couronnés de créneaux en dents de scie *. Est-ce une ville romaine ou une ville perse que le sculpteur a voulu indiquer? La deuxième hypothèse offre plus de vraisemblance : il était plus glorieux pour Galète d'apparaître foulant le sol ennemi. L'exactitude de la figuration ne saurait d'ailleurs être garantie.

Il semble, au reste, que des Romains ou des Grecs aient construit quelquefois des édifices pour les Perses ; ils passaient

* Amm. Marc., XIX, 3, 1 :... quae ingenti circumitu uallauerant murof. — Cf. le récit du martyre de Vartan (451), par Elisée : « Le général perse entra en Arménie ; il dressa aussitôt hou carop et on le retrancha ; on crdusa des fossés, on éleva des épaulements, on planta des palissades, OD s'y fortifia comme dans une ville » (Dom H. Leclercq, Les Martyrs, IV (^1905), p. 80, d'après la trad. V. Langlois). Add. Zacharias Rhetor, IX, 4, p. 171, 1. 24.

* Veget., EpU., III, 10, in fin, ; Procop., B, G., IV, 9, ?..

* III, 17, 3-4. 0*681 à peu près ce que dit Ammien (XXIV, 2, 9) : ,,.ambilu insulari circumuallatam,.. relictis ciuitatis dupUcibus mûris contineniem occupant ar cent, aspe ri monlis interrupia planitie superpositamy cuiHS medietas in sublime consurgens tereti ambitu Argolici seuti speciem o*tendebat^ nisi quod a septembrione id, quod rolunditati deerat^ in huphratis fluenta proiectae cautes emineniius tuebantur, in qua excellebant minae murorum bitumine et coctilibus laterculis fabricatae. Ce dernier détail est rapporté également pour Maiozamalcha par Libanios, Or., XVIII, 235, II, p. 338 Fœrster. — Cf. Zosim., III, 2^, 2, pour le castel tort analogue de Besouobis, près Glésiphon ; add. Amm., XXIV, 1, 2 (Thilutba) et 2, 1 (Acbaicala), mais alia postridie castra ob muros inualidos derelicta praetereuntur {a luliano) incensa,

* Kinob, pi. IX, p. -45 ; of. pi. VIII, relief II depuis le baut.

pour des architectes bien supérieurs aux Orientaux ^ Ceux-ci effectuaient certaines restaurations, à Taide de procédés sommaires : ainsi Mermeroes fit boucher avec des pièces de bois les brèches des murs, au fort de Koutatision en Lazique *, auquel il ajouta encore une muraille de bois '. Les Grecs, d'esprit naturellement mercenaire, se mirent sans scrupule au service des Sassanides ; il nous est même rapporté que» sous Valentinien I*' (364-^75), Sapor s'empara de Tigranocerte, grâce au concours des Grecs qu'il avait faits prisonniers dans la guerre précédente *.

Sur les opérations de campagne des Perses, le meilleur aperçu nous est fourni par un passage connu du Strategicon de Maurice, intitulé nettement : nûc $eT àp(i62;&(rOai nép<rat<; ' ; ce titre seul me justifierait amplement d'en donner l'analyse et de m'attarder aux institutions militaires des Sassanides.

L'auteur dit des Perses : « C'est une race mauvaise, dissimulée, servile, mais patriote, craignant ses chefs et patiente aux maux de la guerre, bien ordonnée, sans témérité, supportant la chaleur, la disette et la soif ; redoutable dans les sièges, qu'elle les fasse ou les subisse, sachant cacher ses deuils sous une mâle figure. Lorsqu'elle traite, elle évite de demander ce qu'elle convoite, mais Taccepte si on le lui offre. Ces hommes sont pourvus de cuirasses, d'arcs et d'épées ; ils manient habilement toute arme de Irait. Ils s'enferment dans des retranchements • sans toutefois y placer leurs bagages, de façon à pouvoir s'en échapper, selon le sort des armes. Ils ne mettent pas leurs chevaux dans les pâturages, mais emportent du fourrage avec eux '.

Dans les engagements ils divisent leurs forces en trois parts

* Nœldeke, Taban^i^. 80, note 1 ; p. 82, note 2.

» Prooop., B. G., IV, 14, 50.

» îhid., 16, 16.

^ Patkanian, loc. ciL^ p. 152.

5 XI, 2, p. 254-260 Scheffer.

> 'Ev cpoaaâTotc ; ceci rend un peu ridicule la critiqoe^formulée par le mirhan devant ses hommes : « Voyez la timidité de ces Romains ; ils n'osenl se ranger en bataille en face des Perses sans la protection d'an fossé » (Procop., B. P., I, 14, 15).

^ Cette habitude était prudente : durant le siège de Jérusalem, les Juifs, dans leurs sorties, enlevèrent des chevaux que certains cavaliers romains avaient débridés, pour les laisser paître (los., B. L, VI, 153). Mais il ne faudrait pas forcer le sens de la phrase visée du Strategicon,

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