LES PARTHBS ET LES PERSES
égales * ; centre, droite, gauche *. Le centre comprend 400 ou 500 hommes d'élite, avec des renforts. Le front de bataille n'a pas de largeur fixe, mais ils ont soin de conserver au premier ou au second rang les meilleurs éléments de chaque compagnie, et de maintenir le front égal et serré. Les bagages sont placés un peu à Tarrière. A l'ouverture des hostilités, ils s'en prennent d^abord aux gens armés de la lance, les entraînent dans les lieux difficiles, pour que ceux-ci n'y puissent résister à la charge et aux Sèches dont on les accable.
Les Perses aiment à ajourner le combat, surtout quand ils savent que l'adversaire s'y prépare ; en revanche, ils se plaisent à le prolonger, surtout dans les moments de canicule, où l'ardeur du soleil amortit Télan de l'ennemi. Leurs attaques se produisent sans témérité, avec mesure ; mais ils les renouvellent fréquemment dans un délai très court. Le froid continu leur est défavorable, de même que la pluie qui détend leurs arcs ', et aussi toute phalange de fantassins bien massés, sur un terrain nivelé et uni, qui facilite les évolutions des lanciers. On peut user contre eux des mouvements enveloppants sur les ailes, qu'ils ne couvrent pas de façon spéciale, souvent aussi improviser des attaques nocturnes contre leurs cantonnements, car leurs tentes y sont disposées confusément et en désordre.
La question des approvisionnements de cette armée reste pour nous une inconnue ^. Rappelons seulement qu'Alamoundar, phylarque des Saracènes, pressant le roi d'envahir l'em-
Les Perses ne pouvaient emporter le fourrage nécessaire à toute une canapagne ; ils devaient bien par intervalles renouveler leurs provisions ; donc, en faisant le désert devant eux, on les embarrassait malgré tout. Cf. d^ailleurs Strateg., VII, 1, p. 136.
* Aassaresses (Rev. de% Étud, anc.y VIII (1906), p. 35) signale avec raison le fait que cette pratique (indiquée encore ailleurs : III, 6, 9) se trouve attestée dans les récits de guerre de Théophylacte Simooatta. En complétat&t ses références, on peut ajouter que la lactique iripartite était commune aux Perses et aux Byzantins (Theoph. Simoc, I, 9, 7 ; II, 3, 1;III,7, i7;V,9,8).
* îfais il n'y a qu'un seul corps en profondeur, tandis que les Avares et les Turcs divisent leurs forces en plusieurs groupes massés les uns derrière les autres {Strateg., II, 1, p. 47).
3 Cf. ce que les auteurs disent pareillement des Partbes, supra, p. 43. Maurice recommande donc de choisir pour la bataille, s'il se peut, un jour de pluie (VIII, 2, p. 190).
^ V. supra, pour les Partbes, p. 41, note 2.
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pire parla Syrie désertique, au lieu de pousser vers rOsrhoène, ajouta : « Ne vous inquiétez pas du manque d'eau ou de vivres ; je conduirai l'armée pour le mieux ' ». Dans la campagne suivante, les Perses comptaient encore subsister sur le pays, car dans le conseil des chefs romains, tenu à Hiérapolis, on décida de lâcher Buzès, avec le meilleur du corps d'occupalion, pour empêcher le ravifaillement de l'ennemi ^ Mais, comme Chosroès tenait beaucoup à garder la Lazique, il avait accumulé à Pétra d'énormes provisions. Quand la ville lui eut été enlevée par subterfuge, il resta encore, après l'incendie, de quoi fournir des armes à cinq fois plus d'hommes que les Romains n'en introduisaient, et de quoi faire vivre cinq ans la nouvelle garnison : on trouva surtout du blé et des viandes salées ; pas de vin, mais du vinaigre et des légumes propres à composer un certain breuvage '. En définitive, ces renseignements fragmentaires laisseraient croire que l'intendance des Sassanides montrait, comme celle de Byzance, nous le verrons, un zèle très irrégulier. Elle se servait pareillement de chameaux pour les convois, et surtout pour le transport de l'eau *. Dans une adlociUio de Bélisaire est cette affirmation * : « Vous surpassez en valeur les Perses ; ils n'ont sur vous que l'avantage de la discipline et n'ont confiance que dans votre désordre •. » Elle semble exacte, Et d'abord, s'il y eut souvent dans l'Iran des révolutions de palais, les armées n'en prirent guère l'initiative, et leur loyalisme fut toujours digne d'estime \ Je parle, bien entendu, de la partie nationale de ces
* Prooop., B. P., I, 17, 39.
' Ibid,^ II, 6, 2 8q. Lorsqu'il arriva devant Édesse, Gbosroès ne donna pas d'autre ordre aux Huns de sa suite que de se saisir des moutons que les bergers des environs avaient conduits devant les murs, confiants dans la force de leur protection. Un seul troupeau fut pris, puis il rentra tout seul, à la faveur d'une sortie et du combat qui s'en suivit (Ibid,, II, 26, 5-7). — Quand Thôodose négocia la paix avec Babram (en 420), les troupes perses souffraient de la disette (Socrat., H. eccL^ VIT, 20. p. 780 Migne).
» Prooop., B. G., IV, 12, 1720.
* Cf. Theoph. Simoc, II, 2, 4.
sprocop., B. P., I, 14,21.
* Cf. les soldats de Bélisaire qui se dispersent, avant le combat, pour manger des figues (6. P., II, 18, 18).
^ Les soldats romains, sous Julien, ayant pénétré par une mine dans Maiozamalcba, tuent les sentinelles qu'ils rencontrent,#a;tMtt rtiorit genlici
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troupes ; les auxiliaires que les Sassanides se procuraient, en moindre nombre que les Byzantins, n'avaient pas cette fidélité éprouvée *. Les soldats perses restés dans la citadelle de Pétra, après l'assaut, s'y laissèrent brûler plutôt que de se rendre *. Au contraire, au siège d'Ëdesse, les Dolomites se débandèrent, dès que raffaire parut mal tourner ^
Redoutables aussi étaient ces adversaires par leur mépris de la mort et cette résignation aux suites sanglantes de la guerre visée par le Strategico?i. Une vie d*homme comptait chez eux pour peu de chose ; je n en veux pour preuve que les soins sommaires donnés à tout soldat atteint d'une maladie dangereuse : « On le sépare des autres, on Texpose vivant, en lui laissant un peu de peu de pain et d'eau et un bâton, afln qu'il puisse se nourrir et se défendre des bêtes * ». On ne se préoccupait guère qu*au retour des victimes d'une expédition : au moment du départ, selon Procope % le roi, sur son trône, regarde défiler l'armée; chaque soldat, en passant, jette une flèche dans de grandes corbeilles, qui sont ensuite cachetées. Les troupes revenues, chacun reprend une flèche ; on voit ainsi le nombre des manquants. Pour le réduire, après l'hécatombe causée par le grand fossé des Ephthalites ^, on avait fait défendre de poursuivre l'adversaire sur ses terres, même s'il s'enfuyait en déroute ^ C'était peut-être, au point de vue stratégique, une mesure critiquable, mais on était plus sûr ainsi de ne pas laisser de morts ou de blessés chez l'ennemi.
La discipline des troupes perses procédait encore d'un autre sentiment : rattachement au général était si enraciné parmi
iusliiiam felicitatemqtie régis sui canoribus uocibus exloUentes (Amm. Marc, XXIV, /i, 23).
' L'allusion que renferme TApocalypse égyptienne d'Esra à une révolte de l'armée perse, vers le temps d*Odenath et d*Aurélien, est une interpolation postérieure (A. fon Gutschmid, Kleine Schriften^ II (1890), p. 211-284; cf. T. 38). Une rébellion exceptionnelle des troupes perses en Lazique tînt à ce que le roi Hormisdas voulut, en punition d'une déraite, disgracier le général Babram (Tbeopban., 263 ; add. Tbeoph. Simoc, III, !8, p. 147-149).
« Procop., B. G., IV, 12, 15 sq.
» Ibid,, 14, 42.
* Agath., II, 10, 3.
^ V. infra, sur les stratagèmes.
^ Procop., ibid.^ l, 4, 33.
58 GÂNÉRALlTis G^^OGRAPHIQUeS ET ETHNOGRAPHIQUES
elles que sa mort avait pour efFet de les démoraliser *. Les Romains le savaient : le vieux héros perse Mermeroes en conçut ridée d'un stratagème qui le tira d'embarras dans un moment difficile : il se fit passer pour malade^ puis répandit le bruit qu'il avait succombé ; les traîtres, payés par les ennemis pour espionner le camp perse, ne soupçonnaient pas la vérité ; l'armée byzantine se relâcha alors de ses travaux de fortification et de son active surveillance, et Mermeroes en profita pour tenter une attaque soudaine qui mit l'adversaire en fuite '.
Les Sassanides étaient très rigoureux pour leurs lieutenants; une révolte des troupes perses en Lazique eut pour cause la disgrâce infligée à fiahram par le roi Hormisdas, à la suite d'une défaite essuyée : les hommes prirent parti pour leur capitaine ^ Chosroès II alla plus loin : il frappa de la peine capitale les généraux vaincus ^.
La participation personnelle des princes iraniens aux guerres avec l'empire fut très irrégulière : les Arsacides dirigèrent quelques expéditions, mais souvent abandonnèrent le commandement au Suréna. Il semble bien du moins que le personnage ainsi désigné^ qui vainquit Crassus S avait déjà même dignité que celui qui nous est indiqué, pour des temps postérieurs, comme c le premier après le roi ». Dans les armées orientales, je l'ai dit, les troupes étaient aux abois lorsque le chef perdait la vie ; on porta dans les villes la tète de Pacorus pour accentuer le découragement • ; après qu'Orodès, fils d'Artaban, eut passé pour mort, le sort de la bataille se décida tout aussitôt en faveur des Romains ^.
Or, les suites étaient encore plus funestes lorsque le souverain lui-même périssait, et non un général délégué par lui. Aussi, dans la loi religieuse et politique des Perses, le roi n'était pas obligé de prendre part aux combats, et d'habitude
1 Exemple: dans la gaerre lazique, elles lâchent pied aussitôt après (Procop., B. G., IV, 8, 35).
«Agath., 11,9,6.
• V. supra^ p. 57, note 1.
* Nœldeke, Tahari, pp. 352, 356, 364.
» Plut., Cross., 23.
^ Dio Gass., XLIX, 20.
^ Tac, i4nn., VI, 35. — A la fia du vi« siècle. Gommentiolus « battit les Perses, qui n'osèrent retourner vers leur roi. parce que celui-ci les avait menacés de mort, au cas où ils ne ramèneraient pas leurs chefs sains et saufs. » (Ëuagr., VI, 15).