‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 44 sur 83 · RÉGIME ADMINISTRATIF ET LÉGAL DR L*ARMÉE · texte numérisé non relu

RÉGIME ADMINISTRATIF ET LÉGAL DR L*ARMÉE

de ce service d'approvisionnements. Deux inscriptions rappellent des frumentarii des armées de Syrie et d'Arabie *. Il semble bien qu'ils n*aient eu à pourvoir qu'aux besoins des soldais, et non k ceux des officiers.

S'il en fallait croire un pseudo-document de l'Histoire Auguste ', une lettre de Valérien à un Zosimion inconnu, procurateur de Syrie, c'est ce dernier qui aurait eu dans ses attributions de remettre soldes et fournitures à Claude (plus tard Claude II le Gothique), alors tribun d'une légion V Marlia Fortissima, des plus suspectes '. Dans la longue et curieuse nomenclature qu'on y trouve, il y a sûrement des détails exacts ; Pollion a pu se procurer des listes de subsistances militaires; mais les tableaux administratifs utilisés par lui sor.t sans doute, pour la plupart, du iv* siècle, les autres de diverses époques, el il aura enjolivé le tout *.

Ces fournitures, faites « sur notre trésor privé », comprennent toutes sortes d'articles. Comme vivres: blé, orge, lard, vin, huile de deux qualités ; pour l'écurie, chaque année : 6 mulets, 3 chevaux, 9 mules, 10 chameaux, et du fourrage pour ces animaux. Il y est joint : des peaux à faire des tentes ; des effets : tuniques, manteaux, avec leurs accessoires décoratifs : fibules, ceinturon, anneau, bracelet; des armes: casque, boucliers, lances, javelots, etc. ; des serviteurs : cuisinier, muletier, se. crétaire, architecte, veneurs, charron, valet de bains, confiseur, etc.. etc.* Beaucoup de ces articles sont à restituer au terme du commandement {quem refundat). Le tribun — ou le

* L'an, de la Uq. II! Gallica (Cil., Vf, 1636) ; Taulre, de la III Cyrenaica (C[L, ni, 2063). Sur les milites frumentarii en général, v. R. Paribeni, Rôm, Mitlh., XX (1906), p. 310-320.

2 Dn autre (Vopisc, u. Aurelian,^ 13, 1) nomme an Maecius Brundisinas, préfet de Taonone d'Orient sous Valérien, d*authenticilé 1res douteuse, con]me figurant dans une notice de fantaisie.

•Trebell. Poil., u. Claud., 14, 2-4. — Ce texte est commenté par L6crivain. Études sur l'Histoire Augustey p. 55-57 ; L. Homo (De Claudio GotkicOf Latet. Paris., 1905, p. 25) ne s'y est pas arrêté.

^ Le cas de Glaade serait en outre un peu particulier, d'après les dernières lignes : Haec autem omnia idcirco specialiler non quasi tribuno sed quasi duci detuli, quia uir talis est, ut ei plura etiam deferenda sunt,

* Une preuve de la pluralité des sources de cette nomenclature est dans le désordre qu'on y remarque : chaque série s'interrompt pour recommencer plus loin, après intercalation d'objets fort différents.

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procurateur pour le tribun — ne pourra rien demander aux provinciaux, surtout en argent*.

Celte interdiction de Vadaeraiio est fréquente au iv* siècle'; mais elle n'a pas duré ', surtout en Orient: au commencement du v% Honorius et Théodose II ne se préoccupent plus que de donner à cet équivalent pécuniaire un caractère de fixité *. Les provinces et les localités se sont sûrement résignées à fournir aux troupes des subsides et subventions, même très élevés, ne fût-ce que pour échapper à l'obligation de les loger et de subir leur tyrannie à domicile. Il est probable que les empereurs, toujours prêts à légiférer, s'efforcèrent au moins d'empêcher que ce rachat ne devînt trop lourd *.

La même constitution de 409 nous montre l'extension du paiement de la solde aux enfants, aux familiae des gens de guerre 0, conséquence naturelle du principe qui assujettissait personnellement au service le filius ueterani comme le colon, et faisait de lui un déserteur lorsqu'il négligeait de se présenter aux agents de recrutement. Le limitaneus, et même la plupart des soldats de province, avaient peu à peu beaucoup perdu de leur caractère militaire; on les employait à toutes sortes de besognes, et il est vraisemblable qu'eux-mêmes cherchaient à louer leurs bras à des civils, pour accroître leurs ressources '.

' lam caetera, qiuie propter minutias suai scribi nequeunt, pro modéra- Hone praestnhiSy sed Ha ut nihil adaerei^ et si alicubi aliquid defuerit, non praesletur nec in nummo exigatur.

« C. Theod., VII, 4,1.

" Cf. Seeck, Adaeratio (Pauly-W.).

^ G. Tbeod., VU, 4,31 (a. 409) : Militaribus eommodis prospieientes adaeralarum annonarum, quae familiis apud Orientem uel Aegyptum praeberi consuerunt, certa ac distincta Locis et numéro prtlia staluimus...

' Peut-être le rescrit impérial de Bersabée (Glermont-Ganneau, Rev, bibliq., XII (1903), pp. 27 sq., 429 ; iV. S., I (1904), p. 85 ; III (1906), p. 412-432) réglait-il préoisément les redevances dues aux corps d'occupation. Getle formule énigmatique titl xotc, qu'on lit k la fin de chaque ligne, avant la cassure, précédait-elle les noms des xaixXoYo:? Ce serait Irèâ concevable.

• Âdd. source de 359, d'Âscalon (Hermès, XIX (1884), p. 422).

" Le Gode Tbéodosicu renferme plusieurs mesures destinées à supprimer ces abus. Constance II écrit au doc de Mésopotamie (en 349): Obseruetur^ ne ueteranorum seu mililum filii offidis praesidalibus adgrtgenlur (Vil, 22, 6) ; Arcadios et Honorius au duc d'Arménie (en 396): Si quis postkac militum in priuato obsequio (re)perlus futrit, quinque libras auri muUae (no)mine fcrialur (VU, 1, lii).

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L*annone ^ n*était pas payée seulement aux troupes romaines, c'est-à-dire faisant partie officiellement de Tarmée impériale ; les princes fédérés, gouvernant des états-frontières, avaient droit aux mêmes fournitures/conçues en principe comme prestations en nature, mais naturellement converties en argent '. Les traités d'alliance prévoyaient ces annonae foederaticae, en spécifiaient le montant et le mode de paiement'. En ce qui concerne les soldats d'empire, on ne saurait fixer les échéances

de ces versements. Xeijiwvo; ^ip ^Zr^ itou IveoîjjJist xaipà; xai \ h{' xuxXto^ Tciv •^pr^\lérz^»i^ êriôoffic -q» 'PcofJia'tXbj) ï'fy.iQ a-jvxiYFiaTi*. Ce texte

est peu explicite, d'autant plus que xp'ifJtx'^a a un sens extrêmement vague et s'appliquerait aussi bien aux deniers ou aux vivres *. La rébellion qui éclata sous Maurice * eut pour motif le projetde réduire les aitTiffetc. L'approvisionnement des troupes subissait forcément le contre-coup de l'état du marché local ; lors de la terrible famine qui dévasta l'Orient en 324, les soldats ne furent pas les derniers, je pense, à se ruer sur les greniers et dépôts de la ville d'Antioche \

Quand les militaires étaient réunis par petits groupes dans des fortins dispersés, il est bien possible que l'annone ne fût pas individuelle ; en tout cas, le soin incombait en outre au gouvernement d'accumuler des réserves pour les cas de guerre et de siège éventuel. Arrien, commandant en Cappadoce et chargé d'une inspection en Colchide, rend compte à Hadrien

* Sar les étapes de Tanaone, la façon dont elle parvenait à deatioatien, ioraqa'il fallait la faire arriver d'un peu loin, je ne vois à ciler que ce passage un peu obscur de Libaoios (Epist.^ 20) : STaOfjL($(; xt; ïrû îcepî TÔv EùçpxTT^v, KatXXivixoç ovojjia aÛT(f»...TOÛ'co xô X^p'îov e^^et (jtpaxiàv lopuflivijv, fjv 8et xpéoeaOai irpôç 7)[i.a)v oùx èxeTae xofjiiÇovxa)v, àXX* ïzi^tafst TTiv xpooi^v* ixetOev 81 elç KatXXivixov h(t\M v6|jioc xôv apyo'^xoL xov itÊpl xov Eô^ppdxTjv. Les conlribuablea de i*annone n*étaient donc pas obligés de la convoyer eux-mêmes jusqu'au bout.

' Sous Justinien, les dispensateurs de ces sommes ne sont plus les princes, mais des fonctionnaires impériaux, les ÔTcxtcuvec (Benjamin, op. cit., p. 13). V. suprà, pp. 113 et 123.

' Cf. le fragment de Malalas (Mommsen, Hermès, VI (1872), p. 344) : (cpotSspoxot) à<p 'a)v xal al cpoiSepaxixai avvuivat xaxaYovxat.

* Theoph. Simoc, II. iO, 5.

* 'E7r(8offtç pourrait encore ne pas désigner, malgré i'^Y.\»f.X',oç^ un paiement ordinaire, mais une sorte de donatiuum^ de règle à la fîn do chaque campagne heureuse.

^ Ci-dessus, p. 156.

** Theophan., 29^ 13 sq.

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decequ'ilafait:Â Apsarus, « j*ai remis leur solde aux hommes, passé en revue les armes, les remparts, les fossés, les malades et les approvisionnements de vivres * ». A Sébastopolis (Dioscurias) « le même jour nous avons pu payer aux troupes leur solde, et voir les chevaux, les cavaliers..., Thôpital, les approvisionnements, puis faire le tour des murs et des fossés ' ». Ces règlements de comptes avaient inévitablement de Tirréguiarité ».

A regard de la fabrication des engins de guerre, pour toute la période de la République et du Haut-Empire, nous sommes réduits aux hypothèses. Aussi bien ce matériel n'avait-îl pas besoin d'être souvent renouvelé : en principe, à moins d'une défaite, rien ne se perdait à la bataille, que le javelot ; on usait de l'arc beaucoup moins que plus tard; d'importantes réser\'es de flèches n'étaient pas alors indispensables. De plus, les guerres n'éclataient généralement pas de façon inopinée, comme du temps des Sassanides ; l'empereur qui projetait une expédition au-delà de l'Euphrate pouvait y pourvoir à Rome même, au moins en Italie. Maisily avait des cas exceptionnels, par exemple celui d'un gouverneur aspirant au principat et obligé de se pourvoir de tout dans sa province : c'est ce qui arriva pour Vespasien en Syrie *.

Quand aux Arsacides eut succédé une autre dynastie, les choses changèrent de face: ce nouvel ennemi avait des ambitions réelles et le désir de les faire valoir ; en outre, les guerres devenant plus fréquentes^ en même temps que plus soudaines, les pertes de matériel se multiplièrent : il fallut combler les

* PeripL Euxen,, éd. Didot, VI, 2.

2 Id., X, 3.

" On voit aussi que rinspecteur s'occupe de tout. Le gouverneur de la province devait être le surveillant de l'annone ; sous quelle haute autorité? Chez Gapitolin el Pollion, auteurs sans garanties, on troare cette idée que le soin des approvisionnements appartient au préfet da prétoire (Lécrivain, op. laud,, p. 58). Ceci paraît vrai pour le iv» siècle; V. infra,

* Tac, Hist., II, 82 : « Le premier soin fut de faire des levées, de rappeler les vétérans ; on choisit des places fortes pour y fabriquer des armes ; à Antioche, on frappa de la monnaie d'or et d*argent. i — Â la rigueur, la question des émissions obsidionales serait de notre ressort; mais nous ne pourrions reconnaître dans quelle mesure elles servaient au paiement des militaires ou répondaient à d'autres besoins; on frappait fréquemment des pièces commémoratives (Cf. B. Pick, Joum. iniern, d'arch. numism,, I (1898), p. 452).

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\ides des magasins. L'armure des gens de guerre se fit plus compliquée : le fer prédomina sur le cuir, et la cuirasse fut attribuée à un plus grand nombre de combattants ; par suite, l'intendance des vêlements se transforma, s'amplifia. Enfin jadis on avait besoin de machines pour Tattaque des places *, bien rarement pour la défense; Tartillerie n'avait guère son rôle dans les « raids » de cavalerie des Parthes. Les Perses font des sièges autant qu'ils en soutiennent: il faut dans les villes et castella des batteries de précaution *. Il seînble bien que, le premier, Dioclétien ait compris l'urgence de pourvoir à ces services nouveaux et assez près du théâtre des opéralions. Le rapport de Malalas ' reçoit une confirmation à peu près complète de la Notitia digtiitatum * :

18 Fabricae infrascriptae

19 Orientis qumqtie :

20 Scutaria et armorxim, Damasci, 2i Scutaria et armorum, Aiitiochiaey

22 Clibanariay Antiochiae ^,

23 Scutaria et armaînentoriay Edesa,

24 Hastaria Irenopolitana Ciliciae,

25 Ponticae très :

26 Clibanaria^ Caesarea Cappadociae,

27 Scutaria et armorum, Nicomediaey

28 Clibanaria, Nicomediae.

Dans ce document, il n'est pas question de Tartillerie — à moins qu'elle ne soit comprise sous le terme général à'armay

* Une inscription de Zeïzoun, de la fin du ii« siècle, mentionne un }ia(Y)Ya(v)apio(; (BGH, XXI (1897), p. 44). Ce terme désigne un fabricant de machines de guerre.

* Cf. lulian., Or. I, 26 D: « Tu pourvois les villes de la Syrie de machines, de garnisons, de vivres, de munitions de tout genre, et estimant que cela suffira durant ton absence, tu décides de marcher en personne contre les tyrans » (à l'ouest de l'empire). V. en effet ce qu'Ammien (XVIII, 9,1) dit d'Amida :... turribus circumdedil {Constanlius) amplis et moenibus locatoqueibi condiiorio muralium iormentorum...

'XII, p. 307: "EîtTKîs 8è (ô AioxXT}Tiav6i;) xal (à Antioche) oaêpi/.àç xpôt; irpo; xo JtaxajxsudtÇejÔai 6'TrXa tiJ» ffxpaxty, Ï'azksz 81 xil èv 'ESioTi oa6p'.xà 8tà xô xà ô'îtXa e^ï^^ •/opri^iia^an ' wiauxtuç Se xal ev Aa[xa7X(î> exxids oaSpixà, èwoiiaaç xà^ e7ti8po^àc xeov Saoaxr^vwv.

* Or.\ XI.

* Une des trois fahriq'jiîs d'Antioche seulement avait été supprimée

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mais cela est peu probable. En raison de leur volume, qui ne permettait souvent de les transporter que démontées, il convenait de fabriquer les pièces là où on en éprouvait la nécessité ' ; c'étaient alors les artifices eux-mêmes qui se déplaçaient.

Somme toute, les divers services dontje viens de m'occuper, pour autant que de rares documents en laissent juger, subissaient à un haut degré les hasards de Timprovisation; celte impression va s'affirmer plus encore, maintenant que nous passons aux préparatifs de campagnes.

B. En temps de guerre. — Dès les premiers jours, les Romains éprouvèrent l'extrême difficulté du ravitaillement dans les régions nouvelles où ils étaient venus tenter la fortune. L'Arménie leur était une terre inexplorée ; les campagnes du début avaient en outre été occasionnées par les circonstances, et non préparées de longue main. L.'habilelé militaire des chefs suffit d'abord à tout ; des exploits comme la prise de Tigranocerle, le pillage du palais de Zarbiénos, mirent aux mains du général et de ses troupes d'énormes quantités d'or et d'argent, avec 300.000 médimues de blé: a on admira Lucullus d'avoir su, sans puiser une drachme dans le trésor public, fournir aux frais de la guerre par la guerre même ' ». Pompée fut tiré d'embarras par la rapidité de ses coups. Mais avec Antoine commencent les souffrances et les désastres.

Sa qualité essentielle n'était pas la prévoyance, et le temps ne comptait guère pour lui ; il semble avoir eu l'illusion qu'il pourrait vivre sur le pays. Il en fallut bientôt rabattre: tout alla bien tant qu'on fut en Arménie ' ; mais dès l'arrivée en

au IV® siècle. Doit-on y voir une suite du complot auquel avaient prorois lour concours deux /rt^unt /"a^ricarum, sous Constance? (Âmm. Marc, XIV, 7, 18; leur supplice est raconté 9, 4 sq.). Du moins il faut croire que leur complicité semblait une chose inconcevable, puisqu'après que le quesleur Montius (Magnus d'après Socrat., H. eccLj H, 34, etSozom., IV, 1), torturé, eut désigné comme conjurés Épigooe et Eusèbe, aa lieu de songer aux deux tribuns qui étaient dans la ville, oa fit comparaîlre, venant de loin, deux île leurs homonymes bien innocents : le philosopbe Épigone de Lycie et Torateur Eusèbe d*Éinèse.

* Qu'on se souvienne du siège d*H»tra ; v. supra, p. 189. En Lazique, pour l'attaque d'un fort, les Byzantins improvisent leur artillerie sar place (Agalh., III, 3,3).

« Plut., LuculL, 29.

* J'adopte, on le voit, sur l'itinéraire d'Antoine, Topinion de J. Kromayer, Kleine Forsckungen zur Geschichte des zweilen Triumvirats {Hermeh

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Médie la disette devint une menace grandissante. Impossible d'aller au fourrage sans abandonner des morts et se retirer avec de nombreux blessés * ; car l'approche de l'hiver déterminait les chefs parlhes à une guérilla active, inlassable. « On ne pouvait non plus se procurer du blé sans combat ; on manquait de moulins pour le moudre ; on avait été forcé de laisser ceux qu'on avait sur le chemin, la plupart des bêtes de somme ayant péri, et celles qui subsistaient devant transporter les malades et les blessés. Le boisseau attique de froment se vendait, dit-on, dans le camp, jusqu'à 50 drachmes, et les pains d'orge ' au poids de l'argent. Les Romains durent recourir aux légumes et aux racines, se résigner à en goûter qui leur étaient inconnus (et parfois vénéneux). Le vin seul eût remédié aux maux que ces aventures occasionnaient, et il n'y en avait pas '. » L'eau même manquait. L'Arménie n'est point aussi arrosée que le ferait supposer sa grande altitude moyenne; par suite. les plateaux circonvoisins sont encore plus secs. Pompée, marchant contre l'Albanie révoltée, avait, par précaution, fait remplir d*eau 10.000 outres ^. Antoine, en quittant Phraaspa, et bien qu il évitât les plaines, dut faire endurer une soif terrible à son armée ; on puisait au moindre ruisseau, même roulant une eau malsaine, qu'on transportait, faute de vases, dans des outres ou dans son casque ; et il fallait, dans cette détresse, combattre la cavalerie parthe à chaque pas ^. Dois*je ajouter que les contrées mésopotamiennes opposaient des obstacles encore plus sérieux • ?

XXXI (1896), p. 70-104). Delbrûck {op, cil., p. 408-414) s'en tient à l'ancienne doctrine, sans discuter ceiie-là qu'apparemment il n'a pas connue.

» Plut., Ant., 40.

s Dio Gas8., XLIX, 27 : Antoine, manquant de vivres devant Phraaspa, donna à ses hommes, au lieu de blé, de l'orge, nourriture des chevaux quand les herbes faisaient défaut.

» Plut., Ant., 45.

* Plut., Pomp., 35.

* Id., Anl., 47. On voit que les préparatifs d'Oclavie (grande provision de vêtements pour les soldats, nombre de bétes de somme, de l'argent et des présents pour les officiers — ibid., 53) arrivaient trop tard.

* Avec sa vive imagination, Plutarque fait dire au perfide phylarque arabe, Ariamnès, qui servait de guide : « Vous croyiez donc voyager en Campanie ! » {Crass,, 22) ; la Campanie était sans doute peu familière au barbare; Diu Cass.» XL, 21, à propos de la même expédition, ne

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Même près des rives de TEiiphrate, Corbulon dut recourir à de durs travaux et à des subterfuges pour assurer Tapprovisionneinent en eau '. Ses campagnes furent conduites avec plus de prudence ; il se rendait compte qu'elles seraient longues et que tout imprévu aurait des conséquences funestes. En Arménie même il ne trouvait pas de froment; sur les hauts plateaux, notamment vers les bords du lac de Van, il ne rencontrait que des troupeaux de moutons, nourriture désagréable aux troupes romaines et qui convenait bien mal dans les chaleurs de l'été*. Aussi avec Tarmée marchaient de longues flles de chameaux chargés de blé *. Par bonheur, il détenait un certain nombre de forteresses, où il pouvait abriter ses légions et toute son infanterie, tandis que les Parthes, hors d'état de faire des sièges, erraient misérablement autour des villes, voyant des nuées de sauterelles détruire les fourrages sur lesquels ils avaient compté pour leur cavalerie.

Durant le dernier siècle avant notre ère, la Syrie avait été mise effroyablement à contribution *, mais ce n'était guère pour les entreprises extérieures: la guerre civile surtout en profitait ^. Cette province dut encore faire les frais de la guerre

parle pas, lui, d^un absolu désert de sable, mais d'une région un peu montueuse et non dépourvue d'arbres.

* Tac, Ann., XV, 3: et quiaegena aquarum regio est^ caslella lontibui imposUa ; quosdam riuos congestu arenae abdidit. Il est vrai que le contexte ne précise pas sutOsamment où était cette regio.

^ Pour les menus accidents de cette expédition, cf. le résumé de B. W. Henderson, Tke Life and Principale of the Emperor Nero, London, 1903, p. 163-191.

î» Tac, ,4nn., XV, H.

* Caes., BeU. ciu,, I, 32 : Les sommes imposées à la Syrie étaient exigées avec une extrême rigueur. La cupidité inventait pour se satisfaire |p8 moyens les plus variés: une taxe avait été mise sur les esclaves, les hommes libres, les portes des maisons, les colonnes ; on requérait perpétuellement des jtrains, des hommes pour la guerre, des rameurs, des machines, des chariots. Il suffisait, pour qu'une chose fût frappée d'un impôt, qu'on pût lui attribuer un nom. Il y avait des chefs dans les villes, villages et châteaux forts. Le plus rude et le plus cruel passait pour un bon citoyen, de ferme caractère. La province était remplie de licteurs, agents, exacteurs, extorquant de leur mieux pour leur propre compte. — Add. Appian., Bell, m., IV, 62, pour les réquisitions de Gassius à Laodicée.

* C'est pour Tallmenter que Gassius isolait du continent par de grands travaux le port de Laodicée, où il voulait enfermer des vivres (Appian., ibid.,QO). ^ '^

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juive de Tilus ; du* moins, durant celle-ci, Tintendance romaine eut-elle la tâche aisée : retranchés dans leurs citadelles, les Israélites subirent la disette S mais les assiégeants étaient libres de se ravitailler^ et il n'y a pas dans Josëphe une seule ligne qui trahisse des embarras de cette nature ^.

Par la Syrie encore s'était principalement opéré le ravitaillement de Paetus et de Corbulon ' ; pourtant, alors déjà, une nouveauté se fait jour : des troupes avaient été laissées en Cappadoce durant un hiver ; Paetus y était venu avec des contingents du Pont et de la Galatie ; d'autres régions avaient aussi contribué aux préparatifs de campagne. Divers faits, mal connus, indiquent cette intention d'assurer aux convois de vivres un autre itinéraire éventuel, par le nord. Dans le pays des Ibères une forteresse fut construite en 75 par les Romains ♦, l'Arménie même peut-être occupée militairement pendant un certain temps ^. Avant de partir pour sa grande expédition d'oulre-Euphrale, Trajan elit soin de nouer une alliance et d'échanger des présents avec Anchialos, roi des . Hénioques • ; aux Albains il donna un nouveau souverain, se procura des relations amicales avec les chefs des Ibères, des Colques et des Sarmates ^ ; bref, il voulait la soumission ou

*■ Rappelons que Gestius, dans sa retraite, tua ses bétes de somme, ânes, mulets, etc., pour qu'elles ne tombassent pas aux mains de l'ennemi (los., B, L, II, 546;.

3 Bien plus, la Syrie profita de celle guerre, après coup, car le butin fut tel, Jérusalem prise et le temple pillé, que Tor ne se vendait plus dans ce pays que la moitié de ce qu'il valait auparavant [Ibid., VI, 317).

^ Le chef de rintendance militaire dans une expédition s'appelait praefectus necessariorum, eirap/^o^; xwv âmxTjSeiwv. Dans l'armée de Corbulon, celui qui revêtit cette charge était le Juif Tiberius Iulius Alexander {miniUrum bello datum^ dit Tac, Ann,y XV, 28) ; la preuve qu'il s'en tira à son honneur, c'est qu'on le maintint eu fonctions pour la guerre juive ; v, l'inscription de Pline : àvTeTc(Tpo[7iov TtSspîoJu 'lou- Xtou 'AX[£]5[âvopou £7î]àp)rou [t]oû 'lou8at[xoi!) cripiioù], (Ditten berger, OrGrIS, 586; add. los., b! L, V, 46; VI, 237, et Domaszewski, Mein, Mus., N. F., LVIIl (1903). p. 218-230).

* Journ. asiatiq.y sér. VI, XIII (1869), p. 96.

^ Stat., Situ., I, 4, 79: Rulilium Gallicum timuit \ Armenia etpatiens Lalii iam pontis Araxes. Ces détails se rapportent peut-être à des hostilités contre les Parthes, doat nous n'aurions pas de souvenirs précis ; cf. Gsell, Domitien, p. 232-3.

« Dio Cass., LXVIIÏ, 19.

' Butrop., VIII, 3 ; Plin., Epist, X, 13-15 (^: Plin. ad Traian., 63, 64, 67 Keil).

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Tamilié des peuplades avoîsinant rArménie et le Caucase, pour être libre de se servir de la ligne de Trébizonde, qui permeltrait de transporter des approvisionnements réguliers à travers le continent.

Ces convois utilisaient sur terre toutes sortes de bêtes de somme *, mais en particulier, semble-t-îl, des chameaux : on en réquisitionnait même en dehors des provinces intéressées; ainsi en Egypte, comme en témoigne un papyrus du Fayoum S à une femme il est demandé deux chameaux, dont Tun tU xi;

iv S'jpiqc xupiaxàc ÙTCïjpeJiac "cwv YEwaioTdxtov arpaTeufiâibov xoû xapiou

^(jLwv aÙToxpdtxopoç Seouifipou 'Avxojvfvou (Caracalla). Puis leur chargement passait sur des barques, qui sillonnaient TEuphrale en grand nombre, accompagnant l'armée d'invasion '. Julien, comme je l'ai dit, en avait un millier, pauvres embarcations du reste, puisqu'il suffit de quelques tourbillons de vent et d'un grossissement du fleuve pour entraîner la perte de plusieurs d'entre elles et de leur cargaison de grains *•

Vminona militaris fonctionnait chaque année, mais en cas de guerre elle devenait plus lourde, ou une annone supplémentaire se superposait à elle : c'est ce qu'attesteraient les titres de T\m(iû\he\x^,procurator proiiinciae Syriae Palesiinae, ibi exoctor reliquor[iim) annon[aé) sacras expeditionis *. 11 se montra très rigoureux dans la perception des subsides de guerre. 11 eut pour gendre le jeune Gordien 111 et devint préfet du prétoire ; Jules Capitolin met dans la bouche de Gordien un panégyrique de fantaisie de son beau-père * : il loue les soins pris par lui pour Tapprovisionnement des villes de la

' Chevaux et mulets notamment; cf. lulian., EpUL^ 27.

> Berliner Griech. Urkund., I, 266, 1. 17-20.

^ V. p. 146 ; celle pratique commence avec rexpédition de Crassus (Plut., Crass., 20).

*Amm.Marc., XXIV, 1,10.

* Ces préparatifs (CIL, XIII, 1807) étaient en vue de TexpéditioD de Sévère Alexandre ; c'est ce que paraît confirmer l'Apocalypse juive d'Élie ; cf. Samuel Krauss, Neue Aufschlùsse iiber Timesitheus und die Perserkriege (Rhein. Mus.,ibid.f p. 627-633). Mais les approvisionnements ne venaient pas lous de Syrie ; du moins une part du matériel de guerre était expédiée d'Occident, car une division de la flotte de Misène fut ciiargée d'escorter, pour les protéger des pirates méditerranéens, la cour impériale et toat ce dont elle se faisait accompagner (Dessau, Inscr, Lat, Sel., 2767 ; CIG, 2509 ; cf. le commentaire de Domaszewski, Hkein. Mus,, ibid., p. 382-390).

« Cf. Lécrivain, op, laud,, p. 292-4.

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frontière, sa sollicitude à l'égard des soldats- Il y a dans ce développement des anachronismes, mais peut-être Capitolîn a-t-il pris dans Dexippe, plus digne de foi, Taltribution au préfet du prétoire de l'intendance générale, Zosime rapporte d*autre part qu'après la mort de Timesicles * Philippe TArabe lui succéda et trahit son maître. 11 voyait que des vivres étaient expédiés en abondance à l'armée, qui se trouvait avec Gordien entre Carrhae et Nisibis ; il les détourna de leur destination : les troupes, conduites dans un pays sans ressources, reprochèrent à Gordien de vouloir les faire périr, le tuèrent et proclamèrent Philippe '. Rien ne prouve absolument que Philippe disposât de la direction des convois en vertu de sa qualité de préfet du prétoire : peut-être commettait-il simplement un coup de force, parce qu'il en avait les moyens de fait. Du moins nous est-il dit qu'Auxonius, préfet du prétoire d'Orient sous Valens en 367-9, se montra équitable, bien qu'une guerre

fût imminente, ttipi xe tcûv ela^opwv er^irpi^iv '•

Cette question des approvisionnements prenait une importance toute particulière quand les opérations se poursuivaient à quelque distance d'un fleuve. Le siège d'Hatra, sous Septime Sévère, dut être levé, non seulement à cause de la belle résistance des habitants, mais parce que les fourrageurs, succombant aux coups de la cavalerie ennemie, poussèrent à la révolte des troupes déjà découragées par les chaleurs estivales *. Ce qui compliqua énormément l'investissement et la prise de Palmyre, ce fut la nécessité de conserver des lignes de communication avec la Syrie : tout venait de là, même l'eau, amenée d'Émèse, et l'on devait, pour soustraire les convois aux attaques des nomades, jalonner la route d'une série de postes militaires. Peut-être faut-il attacher, pour le fond, quelque créance aux documents apocryphes de l'Histoire Auguste, qui relatent des négociations avec la ville assiégée ; il est encore plus vraisemblable qu'Aurélien se décida à acheter la défection des nomades, alliés de Zénobie, de façon à éviter le souci des approvisionnements *.

' Od a reconnu depuis longtemps que c'est le nom corrompu de Timesitheus.

^Zosim.. 1, 18,2.

' Id., IV, 10, 4.

♦DioCass., LXXV, 10-11.

* Et c'est ainsi que s^explique le mot de Zoaime (I, 54, 2) : Tiji; Tpo'i>7;j;

222 l'armâb

Julien était parti prudemment muni de tout le nécessaire : « Mes bateaux de rivière, écrivait-il *, sont pleins de blé et plus encore de biscuits secs et de vinaigre. >* Une masse de chariots accompagnait en outre son armée ', et il arriva qu'on pût, chemin faisant, améliorer son ordinaire en décochant des flèches sur les troupeaux de cerfs qui gambadaient dans la plaine ^ Enfin 1% pillage du camp perse, après la défaite des ennemis, mit au pouvoir des Romains une telle abondance de provisions qu'il y eut à craindre une prodigalité abusive et nuisible au bon ordre *.

Julien se croyait à Tabri de tout besoin; aussi, sur sa route, détruisait-il palmiers, vignobles, magasins, pour faire expier aux Perses ce dont ils s'étaient rendus coupables à Nisibis, Bezabde, Singara. Mais cette richesse ne dura pas ; la misère commença avec la retraite : les Perses eux-mêmes brûlaient les récoltes avant le passage des Romains ^, ou lâchaient les écluses du Tigre pour inonder la plaine •. Au siège de Maiozamalcha, pendant que l'infanterie attaquait, la cavalerie devait battre la campagne pour découvrir des vivres \ La disette véritable se fit sentir encore après la paix signée ; pas d'herbe même ; une fois, deux officiers emportèrent du château perse d'Vr des vivres pour quelques jours * ; mais ensuite « quand on trouvait par hasard, très rarement, un boisseau de farine, il se vendait au moins dix aurei ».

1% xwv TtXyjffiaÇovTwv eOvwv t(J> orpaxoTrâSip ^^opayouiilvr^ç... Au lieu de piller les provisions, les nomades désormais se faisaient eux-mêmes pourvoyeurs.

* Episl.y 27.

«Liban.. EpUt.y 1186.

' Amm. Marc, XXIV, 1, 5. — Maurice (S/ra/C(jf., 1,9, p. 44) condamne cette licence el recommande de ne pas permettre, en lemps de guerre, la chasse aux animaux sauvages, car c'est une occasion de trouble. Il est vrai quMI conseille aussi (p. 43) de ménager les lieux cultivés et de ne pas piller les villes (!)

^ Eunap., fragm. 16-17, p. 68 Bonn. Après la prise de Pirisabora, on trouva dans la place une masse de vivres et d'armes ; on prit ce qui était utile et brûla tout le reste (Amm. Marc, XXIV, 2, 'd2),

•Amm. Marc, XXIV, 7, 7.

« Id., XXIV, 3, 10.

■^ Un corps de coureurs pertes, sorti de Ctéaiphon, enlève les bêles de somme et tue quelques-uns des fourrageurs, qui s'étaient imprudemment écartés (Id., XXIV. 5,5).

nd.,XXV, 8,6. 7. 15.

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Non seulement Tarniée devait être munie, mais on avait soin d'accumuler des réserves derrière soi, dans les places principales, pour leur permettre de résister longtemps à un siège, ou de fournir, en cas d'urgence, des ressources nouvelles, plus vile réunies et transportées : Constance avait ainsi approvisionné Ëdesse, tandis qu'il observait les mouvements de Sapor ^ A Dara, devenue forteresse frontière, Anastase avait construit des greniers et pratiqué des citernes '. Nous aurions dans la chronique de Josué le Stylile des renseignements précieux sur les obligations des villes et de leurs habitants envers le service de défense, si l'auteur s'exprimait avec plus de clarté '\ Il parle de l'impôt qui pesait sur chaque maison d'Édesse : dix livres de fer, pour l'exécution d'un travail qui en exigeait une grande quantité *. Mais ses récits sur la disette d'Amida, pendant la courte période où les Perses en furent maîtres, ne sont pas d'un témoin oculaire et relèvent plutôt de la légende '.

Au sujet des transports, Procope, non plus l'historien, mais le pamphlétaire de Justinien, a encore multiplié les doléances ^ : depuis longtemps le trésor public nourrissait de nombreux troupeaux de chameaux, qui portaient les bagages des troupes en campagne. Les paysans n'étaient nullement astreints à la corvée d'y pourvoir, et rien de nécessaire ne manquait aux soldats. Mais Justinien a supprimé presque entièrement ces troupeaux, et les troupes sont au dépourvu. De Tannone mi-

^ Id., XXr, 7,7. — Des particuliers mettaient même à l'abri lears trésors dans certains castelltty où ils ne pensaient pas qu'on dût les chercher. Des transfuges dénoncèrent au roi de Perse ceux qui avaient été cachés dans les forteresses des environs d'Amida (Id., XVIH, 10, 1-2).

2 Cedren.,1, p. 630 Bonn.

' Qu'entendre, par exemple, sous ces mois (40) : « A la suite de la misère des habitants d'Édesse, Anastase les dispensa de fournir de Teau aux Romains »? Le commandant romain avait fait aussi des contrats avec cette ville pour des livraisons de blé.

♦ Ckron.y 53.

» 77-78 : Les Perses n'osaient quitter les remparts : ils y avaient installé de petits fours, où ils faisaient cuire la poignée d'orge qu'on remettait à chacun pour sa journée; ils établirent au môme endroit de grands pétrins, pleins de terre, où ils semèrent des légumes. Add. l'histoire singulière des femmes qui mangèrent ceux qu^elles pouvaient arrêter, et de Tédit du chef perse ne permettant de dévorer que les morts.

• EUi. arcan,, 30, 15.

224 l'armée

litaire, un tableau très poussé au noir nous est présenté : Les propriétaires doivent nourrir Tarmée en proportion de leurs biens ; s'ils ne trouvent pas sur place ce qui est exigé, il le leur faut acheter à des prix exagérés et le transporter trfes loin, suivant le hasard du campement, pour le donner à mesurer aux chefs de l'intendance, qui y appliquent, non la loi universelle, mais leur bon plaisir. Voilà ce qu'on appelle Tannone 1 une ruine pour des malheureux, qui paient dix fois ce qu'ils doivent et ne fournibsentpas seulement l'armée, mais même Byzance * ! Quelque part que Ton fasse à l'exagération, il ne fait pas doute que l'administration militaire du vi" siècle était déplorable '.

Le Strategicon de Maurice n'a pas négligé le train des équipages ^ Les tagmatarques ont charge d'y subvenir durant l'hiver *. Il ne faut pas s'embarrasser de convois trop considérables*; cependant, ne compter que médiocrement sur les ressources qu'on se procurera en chemin *. Le bagage doit rester dans le camp; les enfants et parents des soldats, qui le surveillent, être mis en sûreté, pour que les combattants n'aient pas, dans la bataille, l'esprit distrait par ce souci '. Les vedettes envoyées eu exploration ont à se pourvoir largement de vivres à leur usage personnel % et l'auteur se préoccupe même de ce qu'il faut que chaque combattant en emporte sur lui à toute éventualité ®. On reconnaît là la minutie qui est une des caractéristiques de ce livre ; une recom-

* /Wrf., 23, 11-16.

s Le Bellum Vandalicum nous en apprendrait un peu plus, mais il faut le laisser hors de cause.

' Désigné d'un nouveau nom, toûXûov, ainsi défini (I, 3, p. 30) :^ àroffxeuTi itl)v (TcpaxitoTwv, tovïtéctti TTaîSU xe xai ohoÇ-jyix xai xà Xoiiti Çwa. Cf. tout le livre V.

^ Ne pas consommer le vin ou le pain qu'on trouve en campagne sans l'avoir d'abord fait goûter à des prisonniers ; et de même pour l'eau des puits. Sans ces précautions, on risquerait d'être empoisonné (IX, 3, p. 220-221).

' los., B. /., III, 69, a loué la valeur des valets d'armée, qui restaient longtemps dans cet emploi et acquéraient l'ejcpérience des guerres. Au VI" siècle, on voit que le système des limitanei met en mouveraeni, à divers titres, les familles tout entières.

* VI, 11, p. 143. — Cf. los., B. J., III, 95 : ^ixEpwvts tptwv Içootov.

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