‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 49 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA CARTE MILITAIRE ; DIVISION DU SUJET. LES SOURCES, LES RECHERCHES MODERNES

Je ne crois pas utile de revenir sur les principes généraux de la construction romaine ou byzantine, après les résumés définitifs qu*en ont donnés MM. Gagnât ' et Diehl ^ La même application en pourrait être faite aux régions orientales ; là aussi, la démarcation ne saurait être très rigoureuse entre les retranchements que désignent ces mots castellam, burgus, /wrrw ; pareillement on y remarquera une prédilection pour les positions centrales dans les plaines, plus encore que pour les crêtes dominantes ; l'emploi très répandu du blocage à revêtements, des galeries couvertes et voûtées, des murs couronnés d'un chemin de ronde ; Tusage du réduit ou citadelle de dernière résistance ; le même souci des résen'es de vivres et de Talimentation en eau. J'ai à peine besoin d'ajouter que les formes du terrain surtout attribuent à la place forte sa configuration spéciale ; mais lorsqu'elles n'en imposent aucune, en plaine notamment, c'est aux dispositions régulières de l'ancien camp romain que d'habitude on se résout, témoin Apamée, Sura, Sergiopolîs, etc.. Des trois premiers siècles, on le verra, il ne subsiste que des vestiges très rares, à cause des remaniements et réfections qui eurent lieu tant de fois par la suite ; on pourrait même, je crois, poser en règle que la plupart des ruines sont de l'époque de Justinien.

* V Armée romaine d* Afrique, p. 674 eq.

• L'Afrique byzantine^ Paris, 1896, p. 138 sq. Voir encore infra, p. 263, note 1.

254 l'occdpatiox territoriale

Nous avons ainsi résumé la lâche des armées d'Orient: préserver l'Arabie et ses caravanes des déprédations des brigands nabatéens, défendre tout le pays contre les Parthes ou les Perses. Mais les attaques de ceux-ci ne pouvaient guère se produire que dans Textrème nord ; il s'ensuit que là seulement il était nécessaire d'élever des forteresses considérables, afin de résister à des armées nombreuses et organisées» pourvues de sérieux moyens de destruction. Plus au sud, contre les Arabes qui n'entreprenaient guère que ce qu'on appelle maintenant des raids de cavalerie, il fallait surtout une continuité de postas et un choix heureux de points d'observation *. Ces nomades n'avaient pas d'intérêt à s'emparer de villes importantes, où ils n^auraient pu se maintenir. Procope, au vi"" siècle, dit même qu'ils ne savaient pas les attaquer : un mur de boue les arrêtait ■ ; pour eux, il ne s'agissait pas de conquête, mais de pillage.

La Syrie proprement dite est délimitée au nord-est par l'Euphrate, fleuve énorme, surtout dans ses crues — les anciens l'avaient déjà comparé au Nil ^ —, alors qu'au temps des basses eaux il est en plus d'un point guéable ; au reste, rinondation ne saurait être générale ^, car les rives sont tour à tour plates et escarpées. Il sufflsait à un envahisseur, pour le franchir, de choisir le lieu ^ et le moment. Bref. l'Euphrate peut être une démarcation politique, ce n'est pas une barrière.

^ Amm. Marc, XIV, 8, 13 : [Arabia] opima uarietate commerciorumcas' trisque oppleta ualidis et caslellis, quœ ad repellendos gentium uiànarum excursus sollicitudo peruigil uetsrum per opportunos salius erexit et cauios,

^ De aed,. II, 9, p. 235 : àSuvaxoi xei^o(xa^KTv elffi Sxpaxrivoi j'j^ii^ xat( Ti auTwv, ôv outco tjj^oi, xet^rifffxa «pauX^tatov xat lUY^Xtf) ffuvSexov ejiïïo- 8iov x^ ôpfjifi Y^vÊxat.

' Solin., p. 156 Mommsen : [Eupfirates] Mêsopotamiam opimat inundationis annuaeexcessibus, ad instar Aegyplii amnis, terras contingens...vsdeni temporibus quis Nilus exil,

^ Vers le cours inférieur, les habitants de la Babylonie avaient pris soin d'élablir sur les rives des écluses, solidement maçonnées, qoi permettaient de régler l'irrigation. Il en est pourtant qui se rompirent ' sous un afflux excessif et embarrassèrent la marche, de Julien (Amm. Marc, XXIV, 1, 11).

^ Qu'on songe d'ailleurs aux nombreux points où le passage pouvait s'effectuer (Ritter, Erdkunde^ X, p. 984-1003) : Gapersana, SamosatP, Zeugma, Nicephorium, Gircesium ; il faut stiremeal ajouter Thapsaque, Gaeciliana ; Titinéraire de Syrie à Babylone indiqué par Strabon (XVI,

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