‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 50 sur 83 · CARTE MILITAIRB ; DIVISION DU SUJET. SOURCES, RECHERCHES · texte numérisé non relu

CARTE MILITAIRB ; DIVISION DU SUJET. SOURCES, RECHERCHES

G'eslmùme une voie mililaire, un chemin d'invasion. Entre les deux régions désertiques d'Arabie et de Basse Mésopotamie, ce ruban d*eau apparaît à la fois comme un moyen d'approvisionnement pour une armée en marche, un chemin tout tracé dans une plaine uniforme, et enfin un véhicule toujours commode pour des embarcations, comme celles d'alors, à faible tirant d'eau.

Il importait donc de garnir les rives de castella et de garnisons ; les riverains n'y ont pas manqué. Parmi les (rcdt6,uio( nap- 6ixo{ qu'énumëre Isodore de Charax, un très grand nombre se pressent sur les bords de l'Euphrate ; quelques-uns même de ces 6xupa>(JiaTa étaient au sein du fleuve, dans les lies du cours inférieur, non loin de la contrée où il se rapproche du Tigre. Comme le courant y était large, on le surveillait mieux ainsi tout entier ; un îlot était peu important à conquérir pour un envahisseur, utile k conserver pour son adversaire, et on y gardait les trésors du royaume *. Les Perses suivirent l'exemple des Parthes : le comte Lucillien, dans la campagne de 363, € détruisit de nombreux camps perses le long de l'Euphrate. et ceux qui se trouvaient au milieu de Teau dans des îles, et en extermina les garnisons ^ ». C'étaient des forteresses importantes ; on le reconnaît aux descriptions d'Ammien Marcellin *.

C'est donc là qu'était la plus ancienne frontière entre les deux empires, et même quand le théâtre principal des hostilités se fut déplacé, on ne laissa pas de la rendre aussi formidable

1, 27, p. 748 G) coupait le Oeuve ua peu au uord de cette dernière station; Cbosroès le traversa à Obbauès, que Procope(B./>.,II, i2,4) place à 40 slades de Barbalissos (nord ou sud ? en tout cas aux environs de Neskéné) ; des voyageurs arabes ou modernes, enfin, ont trouvé encore d'autres gués (cf. Regling, op, infra cit., p. 475-6).

*■ Mûller, Géogr. Graec. min.f I, p. 247. — Des entrevues eurent lieu plus d'une fois entre un chef romain et un souverain oriental dans une de ces îles (ex., sous Auguste : Vell. Paterc, II, 101, 1). Une autre rencontre, non moins symbolique, se produisit sous Tibère, entre Artaban el Vitellius, au milieu d*un pont de bateaux (los., il./., XVIII, 102).

< Malal., loc, cit,, d'après Magnus de Garrhae et Eutychianos de Gappadoee.

* XXIV, 1, 2 : Thiluifuij in medio fluminis »ita^ locum immenso quodam ueriice iumescenUm et polestate naturae uelut manu circuméaeptum humana,.; Achaicala, ninnimenlum fluminis circumitione uallatum ar» duumquetranscensu... ;9, 12 : Pirisabora, ciuUatem amplam el populosam, ambUu insulari circumuallatam,..

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que possible. Nous ne savons pas dans le délaîl quelle fut en cette région Tœuvre des Romains pendant les trois premiers siècles ; le laconisme des auteurs tient peut-être à ce qu'alors les maîtres de la Syrie, assez tranquilles du c6té des Parthes, qui n'étaient pas les agresseurs, n'eurent pas à déployer une grande activité ' ; il en est autrement de l'époque byzantine.

Mais les Romains ont dépassé TEuphrate, annexé rOsrhoène et une partie de la Mésopotamie ; il leur a fallu défendre celte marche-frontière. A cet effet, ils n'ont eu qu'à conserver, entretenir, puis peu à peu multiplier les places fortes qu'y avaient établies les maîtres antérieurs du pays. Le Tigre a été plas d'une fois pour les Perses une voie de pénétration en territoire romain, avantageuse quoique détournée, comme TEuphrate en sens contraire. Si on le remonte, on trouve à gauche, à très peu de journées au-delà de Ninive, la chaîne du Masius, qui, obliquant vers le nord-ouest, laisse à ses pieds et semble indiquer une importante voie vers l'Asie Mineure. Cette voie était jalonnée de redoutes militaires, jusqu'au point où elle atteint la Syrie ; c'étaient autant de praetenturae, de postes avancés dont la conservation demanda de l'énergie et de la persévérance, mais qui offrirent du moins cet avantage d'épargner souvent à l'arrière-pays les épreuves qu'eux-mêmes traversèrent tant de fois.

Et quant à cet arrière-pays lui-même, sans faire partie d'aucun système de défense proprement dit, il comprenait des villes pourvues de moyens de protection indépendants, en vue des cas où cette double barrière serait violée. Un district, tout spécialement, joua un grand rôle stratégique, — mais ce fut plutôt pour l'offensive : dans la Cyrrhestique et la Chalcide, succession de plaines et de vallons, dont Pline l'x^ncien a vanlé la fécondité ^, il était aisé de concentrer des troupes, et on y trouvait un excellent quartier-général de commandement: là convergeaient fatalement toutes les informations sur les mou-

* Une inscription paimyréniennede 132 apr. J.-C. (Enno Littmann, S^ mitic Inscriptions, Part 11 of ihe Public, of an Americarch, Exped, toSyria in 4900y New-York- London, 1905, p. 170 sq.) bous apprend que les Palmyréniens avaienl des forteresses ou des caraperaents de cavaliers le long de TEupbrate, pour la protection de leurs caravanes (le mot palmyrénien est traduit diversement par les auteurs : castel ou garnison). La police romaine était donc au ii* siècle inaclive on insuffisante.

«H. iV., V, 81.

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vemeots de Tennemi ; la proximité de la côte et d'Antioche maintenait le chef d'armée en communication avec le centre administratif de la province et, par la mer, avec celui de l'empire. Ce qui est vrai de la contrée tout entière Test encore plus de son chef-lieu naturel, Hiérapolis. Ce fut souvent en Cyrrbestique que les empereurs, ou leurs généraux, préparèrent un plan de campagne et ses moyens d'exécution ^

Nous aurons enfin à nous occuper d'une partie de l'Arménie et de la Cappadoce, et de la mpitié occidentale de la Transcaucasie actuelle, autrement dit Colcbide et Lazique. Dans les deux premières, nous nous bornerons aux parages avoisinant l'Eupbrate supérieur, sur ses deux rives ', et le Lycos-Boas qui en prolonge le bras le plus septentrional dans la direction du Caucase. La carte militaire de la côte sud-est de la mer Noire ne saurait être négligée ici, car la possession de ce rivage était indispensable à qui voulait se maintenir en Colcbide '.

Sur l'intérieur de cette dernière contrée, les ambitions romaines et perses se sont fait jour en somme assez tard. Deux graves questions y étaient impliquées : La Géorgie, dans son ensemble, pouvait être considérée comme un boulevard contre les populations barbares du nord ; à qui la détenait il était facile de barrer l'important passage de Dariel. Le problème se pose dès le i" siècle : les Romains d'alors prirent des mesures pour la garde de ces portes, soit séparément, soit à frais communs avec les Partbes ^. Quand Byzance se fut accoutumée à se libérer à prix d'argent de ses ennemis, elle laissa à la Perse le soin matériel de faire bonne veille aux portes Caucasiques, moyennant une contribution pécuniaire qu'elle ne fut pas tou •

« Ex. : sous Garin (Malal., XII, p. 304-305, Bonn) ; sous Gallus (Amm. Marc, XIV, 7, 5) ; sous Julien (lulian., Epist,, 27).

* C'est à peu près ce que la Notilia dignilalum, Or.^ XXXVIII, comprend sons le nom d'Arménie.

* Qu'on veuille bien prendre ^arde d'ailleurs aux nombreuses troupes qu'avait dans le Pont le duo d'Arménie, et aussi à certaines garnisons côlières: Trapezunta, Pilhiae, Yssiporto {NoL, Or,, XXXVIII, 15-16, 32, 34).

* Suet.y Nero^ 19 : Parebat et ad Caspiaryortas expeditionem^ conscripta ex Italicis senumpedumtironibus noua legione ; Tac, HisL, 1,6 :... multi numm... qtu>s idem Nero praemissosque ad claustra Caspiarum et bellum, quod in Albanos parabat. Un peu plus tard, les Partbes surtout se sentirent menacés, et Vologèse demanda à Vespasien, contre les Alains, des secours qai lui furent refusés ; d*où un froissement entre ces deux princes jadis en cordiales relations (Dio Cass., LXVI, 11. 15 ; Suet., DomiL, 2).

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jours exacte à payer. De vives réclamations s'ensuivirent. D'autre part, la conversion de la Colchide au christianisme changea le caractère de la suzeraineté, lointaine et peu jalouse, que les Romains y avaient exercée. Des Occidentaux se rendirent en plus grand nombre dans ce riche pays, encore peu exploité, établirent des monopoles, multiplièrent les exactions, provoquèrent enfin une révolte des indigènes qui appelèrent à l'aide les Sassanides. Ceux-ci ne demandaient qu'à intervenir, trouvant un intérêt commercial de premier ordre à posséder un débouché sur le Pont-Euxin ; au besoin, Ctiosroès pourrait expédier de là une escadre contre Constantinople. A vrai dire, l'entreprise était audacieuse ; il y avait de longues étapes à fournir pour arriver en Colchide au départ de l'Iran, et à travers des pays monlueux, d'une traversée très pénible, parfois impraticable, dans la saison d'hiver. Au contraire, les Byzantins pouvaient choisir leur heure, car la voie maritime leur était toujours ouverte, et ils étaient en mesure de convoyer rapidement des renforts d'Occident, s'il ne suffisait pas de jeter dans le pays les garnisons, peu éloignées, qui campaient vers le Haut-Euphrate. Il fallut toute la négligence de Justinien pour que la Lazique tombât, durant une courte période, au pouvoir des Perses; ils ne devaient pas s'y maintenir. Dans cette contrée, les forteresses sont en petit nombre, et généralement faciles à situer.

Nous allons étudier séparément ces différents secteurs du système de protection de la frontière orientale.

On a coutume d'opposer àl'usage du Haut-Empire, fondé sur la barrière proprement dite, celui des Byzantins qui préféraient multiplier les places fortes en arrière des confins. Cette distinction est juste si on ne la force pas et l'accompagne des explications nécessaires.

D'abord, jusqu'au milieu du m* siècle, les Romains, étant en général les agresseurs, n'avaient guère à redouter une invasion. Et, d'autre part, on incline à penser aujourd'hui * que, depuis Hadrien ou Antonin, le double limes était la règle; cela nous rapproche déjà de la méthode byzantine. En outre, il semble bien que l'ancien système du limes n'ait jamais cessé; les expressions dont se servent, nous l'avons vu, des auteurs tardifs, Théophane, Malalas, sont en ce sens une forte pré-

* Cf. Kornèmann, KiiOf loc. cit,, p. 105.

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