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fiomption ; nous n'avons, pour rOrîent, aucune altestaiion formelle comparable aux disposilions précises de Justinien à l'égard des limitanei d'Afrique * ; mais cela peut tenir simplement à ce que l'Afrique secouait, au vi* siècle, la domination étrangère, tandis qu'en Orient celle de l'Empire n'avait subi aucune interruption : les anciens règlements continuaient à s'appliquer ; l'absence de toute abrogation dispensait de les confirmer.
Quant aux fortifications en deçà du limes à la première époque, il y aurait imprudence à les nier parce qu'elles ne sont pas attestées. Les restaurations ultérieures dissimulent l'état primitif ; en Arabie même, l'œuvre, certaine et garantie de Trajan, se cacbe sous les remaniements du temps de Dioclétien, auquel remontent la grande majorité des constructions de ce limes *.
Ces réflexions me justifient d'avoir adopté, poyr l'étude de l'occupation territoriale, une description d'ensemble englobant sept siècles à la fois. En voulant distinguer plusieurs périodes, j'aurais couru le risque de m'oblîger à des répétitions, par exemple en ce qui concerne la situation naturelle des places ; et une coupure, forcément arbitraire, eût masqué la continuité de TeCTort défensif. que je tiens au contraire à souligner.
Pour tenir compte dans quelque mesure de l'ordre chronologique, nous commencerons par les bords de i'Euphrate, qui fut en somme la plus ancienne frontière en cette contrée, passant ensuite à la Mésopotamie, où un nouveau limes put être établi au plus tard dès Septime Sévère, et aux places intermédiaires qui s'y rattachent étroitement. L'étude du limes désertique, de TEuphrate à la Syrie moyenne, sera conduite logiquement avec celle de Tarrière-pays. De là nous passerons à la région nord, oit les contestations atteignent à une date plus tardive leur maximum d'acuité.
Au point de vue de la nomenclature, il est bien difficile d'adopter une méthode et un principe de choix à l'abri de toute critique. La règle idéale serait de retenir seulement, pour les décrire et identifier autant que possible, toutes les localités ayant eu un rôle ou une destination militaires, en tâchant d'indiquer les dates oti elles furent créées ou remises en état.
* Diehi, V Afrique byzantine, Paris, 1896, pp. 126-127, 133-137.
* KornemaDD, ibid,^ p. 113.
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Celle dernière exigence au moins ne semble-t-elle pas à première vue pouvoir être satisfaite? Nos documents sont nombreux et s'échelonnent à souhait. Même sans tenir compte des renseignements isolés fournis par l'ensemble des historiens, nous avons : Strabon, pour le commencement, et PHne ' pour le milieu du i" siècle ; Ptolémée — et dans une mesure plus restreinte Arrien — qui écrivaient sous Hadrien ; l'Itinéraire d'Antonin, combinaison, sous sa forme actuelle, de données du temps de Caracalla et de retouches après Dioclétien ; puis Ammien et la Table de Peulinger (ix* siècle), la Notitia dignitatiim (début du v') ; même Etienne de Byzance, un peu postérieur ; le Synecdème d'Hiéroclès (commencement du vi*) ; Procope, peu après, et ses contemporains ou continuateur immédiats ; Georges de Chypre (fin du même siècle *), et enfin le géographe anonyme de Ravenne, qui traduisit au ix* siècle un document du vu'. Si nous y ajoutons les observations des voyageurs, — Fétude des ruines — , et le fait palpable de la persistance des anciens noms géographiques, on aura l'impression, d'ailleurs exacte, d'une information des plus riches'.
Malheureusement, on s'y noie et il y a beaucoup de déchet. Chose stupéfiante, des noms de villes ont traversé les siècles, gardé dans une autre langue leur physionomie du premier jour; et d'un document à l'autre, à quelque cent ans d'intervalle, les homonymes ne forment pas la majorité ! Oui, de Ptolémée à la Table de Peutinger. de celle-ci à la NotUiay delà Notitia au géographe de Ravenne, ce qui frappe le plus, c'est
^ V. les Quellen und Forschungen zur alten Geschichte und Géographie^ hsg^. V. W. Sieglin, Heft 11 : Alfr. Klotz, Quaestiones Plinianae geographicae, Berlin, 1906; pour les régions qui nous iatéresseat, pp. 159 sq., 178 sq., 182 sq.
* Mais écrivant vers 605, selon son érudit éditeur, H. Gelzer, Leipzig, Teubner, 1890.
' J^ai prévenu que je laisserais en dehors de mon travail TArabie el la Palestine. Pour la première, je renvoie simplement à la Provincia Arabia deBrûnnow; à A. Musil {SUzunysber, der Wiener A kad.,phiL KL, CXLIV (1902), 7) et S. Vailhé, Les garnisons romaines de la province d'Arahie (Échos d'Orient, II (1898-99), p. 89-95). Cf. encore Musil, Arabia Pelraea I. Mocb, Topographischer Reisebericht, Wien, 1907. — La mosaïque de Madaba (vi* siècle) concerne surtout la Palestine ; cf. Jacoby, Das Mosaik von Madaba, Leipzig, 1902 ; Kubitschek, Mitth. der geogr, Gesellschaft zu Wien, XLIIl (1900), p. 335-380 (bibliographie complète), et A. Schullen (AbhandL der kgl Gesellschaft der Wiss. %u Gôttingen, phiLhist. KL, N, F., IV (1900), 2), qui l'a comparée avec VOnomasUcon
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le défaut de concordance * ; encore, dans les cas où Ton aboutit à des îdentiflcations indubitables, y parvient- on surtout en choisissant, parmi les variantes des manuscrits, celles qui se prêtent le mieux aux rapprochements '.
D'autre part, comment établir une démarcation entre les villes ordinaires et les places fortes ? Le langage des auteurs n'y aide guère ; chacun a sa formule préférée. Oppidum surabonde dans Pline; Ptolémée qui, en d'autres contrées, emploie, trop rarement, x(i{AT, ou x^?^"^^^ ^^ connaît, dans les régions ici en cause, absolument que n^Xic '. Dans la Notitia, Tunique qualificatif est castellum ; il s'applique à de grandes cités comme Trébizonde, Amida, Palmyre ou Jérusalem. Au fond, il importe peu, car on posera sans crainte le principe suivant : aux abords de la frontière persique, à tout le moins à partir du iii^ siècle, tout endroit habité est place de guerre, ou considéré comme telle *. L'opinion commune est que toute lo-
d'Eusèbe. Gbez ce dernier, P. Tbomsen, Palàstina nach dem Onomastikon desEusebius {Zeifschr. d. d. PalosL-Ver,, XXVI (1903), pp. 97-Ul, 145- 188), avait cra trouver les traces d'un réseau routier officiel; Kubitschek {Jalireshefte des oeslerr. Instit.y VIII (1905), p. 119-127) a fait de sérieuses réserves. Enfin le resorit mutilé de Bersabée a une importance de premier ordre au point de vue (opogaphique. sous lequel Glermont-Ganneau Pa analysé (Rev. bibliq., iV. S., III (1906), p. 412-432). Pour la Galilée spécialement, d*après Josèphe, cf. W. GEbler, Zeil$chr,d, d. PalàsL- Ver,y XXVIII (1905), p. 1-74. Du Haouran, une bonne partie, surtout avant le m* siècle, fut en dehors de la province d'Arabie. Je ne ra*y attarderai guère cependant, à cause de l'analogie de situation, et aussi pour ne pas répéter ce qu'on trouvera dans le travail de synthèse de Rindfleisch [Zeitschr, rf. d. PalàsL-Yer,, XXI <1898), p. 1-46).
^ Gertainement, plus d'une fois, des formes diverses désignent la môme localité, ce qui rend fort spéciaux le raisonnement suivant, souvent fait : Vu les distances indiquées par les routiers, tel village moderne semble bien correspondre à tel castel ; mais nous y avons déjà placé une autre forteresse (par exemple, pour des raisons tirées de l'onomastique) ; donc c'est impossible. — Bien des lieux-dits ont aujourd'hui plusieurs noms, je l'ai constaté en cours de route ; pourquoi n'en aurait-il pas été de même dans l'antiquité?
' Bien entendu, je ne me sers que des documents grecs ou latins ; les formes arméniennes conservées par Habschmann(/ndo-^tfrm.For$c/i., XVI (1904), p. 197-490) ne m'ont pas permis d'utiliser autant que je l'aurais voulu son savant travail.
* Même quand il s'agit d'un petit fortin au bord d'un chemin de caravanes. Par contre, cf. uit, Simeon. StyL, 20 : ^v xiç ev Supoïç {sic) <rcpa- Tttoxr^ç' icoXf^viov SéxixoÛTo twv 'EiteutppaTioicuv, Su ra, une toute petite ville I J'aftirme> que non, pour l'avoir vue.
^ Et c'est ce qui me permet de tirer parti de documents purement
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calité doit être enclose de murailles. Même un couvent se fortifie ^ Le tombeau a la forme et peut-être Tutilité accessoire d'une tour de guet ou de signal '; il n'est pas jusqu'aux colombiers du Haouran qui n'en aient pris la ressemblance. Et il en va de même de la retraite du solitaire, comme celle de saint Sabas • ; on en pourrait citer d'autres encore *.
Mais c'est là une conception théorique ; il est clair que beaucoup de lieux habités sont restés sans protection sérieuse et n'ont pas eu à affronter les coups de l'ennemi ; à peine pouvaient-ils craindre le passage des maraudeurs. Ce sont principalement les récits de guerre qui nous mettent sur la piste des vrais points stratégiques, et aussi le De aedificiïs de Procope, quelque tendance à l'hyperbole qu'on y puisse reconnaître ou soupçonner.
Je résume les procédés qui nous permettront de les identifier : examen des ruines superficielles, descriptions des auteurs, indications de distances dans les routiers, et enfin, artifice fort à la mode aujourd'hui, la toponymie.
Les ruines, dans bien des cas, ne servent qu'à étayer faiblement des hypothèses ; le délabrement absolu des vestiges est trop souvent à regretter; encore bien des observateurs ont-ils mis, de force ou de gré, une hâte excessive à les noter. Dans
civils, oomme la liste d*HîérocIès, ou ecclésiastiques, comme celle de Georges de Chypre (qui emploie courammenl le terme de xàatpov) et les Notices épiscopales.
*• V., par ex., la haute tour du Deir-el-Benat, dont j'ai doonô deux photographies dans le Tour du Monde (25 mars 1905, pp. 133 et 144). Entre Uama el i'Euphrate, Oppenheim (Zeiischr, fur. Erdk.^ XXXVI, p. 76) a parcouru d'anciens villages d'agriculteurs, qui presque tous ont une lour carrée à plusieurs étages, avec une seule porte d'entrée, dernier refuge dans les moments difûcîles. Iluntington {Zeiischr. fur Elhnolog.y XXXin (1901), p. 196, Og. 21) a vu sur le Mouser Dagh, devant la plaine de Malatia, à 800 mètres au-dessus de TEuphrate, une église arménienne démantelée, qui était une vraie forteresse, avec quatre tours d'angles.
* Cf. le TcupYoc qu'a élevé un vétéran en 350 (Waddington. 2053).
» VU.» 82, ap. Gotelier, loc. cit., p. 358: toû itMpyioM toù h àY^oi^iraipo; i^^oiv £à6a èv G^tT^\ali^, où fut faite une citerne d'où Ton montait par un passage secret lizl tov e'p>j[xévov TcupYov. — Add. 38 (p. 278) : tôv Iv ù^ti- Xoxépq) 7rà(jT3<; ty)ç àvaToXtxii; èpijfxou pouvêp «fixoSofXT|6svxa Trupyov oitô t^C {laxapîa; EùSoxia; (où habitèrent successivement plusieurs moines).
* Voir l'inscription que m'a communiquée M. Pognon (BGH, XXVI (1902), p. 195, n» 39) : exoc çw' (495 p. C). Kupte, ©uXaÇov xôv TuopYOv xoûxov (xai) TOV olxoûvTOV (sic) Êv auxtj».
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les grandes plaines uniformes, de maigre peuplement, les matériaux étaient de valeur médiocre ; par suite, le système de construction très sommaire, et l'on ne saurait attribuer une date à un pan de mur isolé, encore moins à un amoncellement de pierres *. Pourtant, le moindre tas de décombres est utile à constater, lorsqu'il apparaît sur une grande nappe d'humus, où n'émerge aucun caillou, et loin de toute carrière. On peut dire qu'il n'a point été apporté par les apathiques musulmans.
Les historiens donnent à la fois des descriptions et des nomenclatures ; ces dernières facilitent le contrôle et l'interprétation des notices géographiques; les autres, par leur précision, résultat bien souvent d'une visite personnelle des lieux, constituent notre source la plus importante et la plus sûre ; nous en tirerons parti de la façon la plus large.
Les indications de distances, en revanche, sont un des cassetête les plus étranges du monde. Comparer celles que donnent des « Itinéraires » pour la même voie, est fréquemment une tâche impossible, lorsque les noms qui y sont portés ne se ressemblent pas d'un document à l'autre ; quand la comparaison est permise, on note des divergences de chiffres extraordinaires. De semblables données ne fournissent qu'une base approximative ; il faut ne jamais s'y attacher à la lettre et s'en méfier grandement pour les courts intervalles '. A l'égard de
Ml y a rarement des inscriptioDS sur les monuments, en dehors des chapelles de la Syrie moyenne; 1res peu de marques de tâcherons. Pour les édifices encore debout, Gondev (Palestine Explor. Fund, 1897, p. 145) a tenté de résumer les caractères spécifiques des différentes époques ; il distingue les maçonneries Juive (ancienne), bérodienne, romaine, byzantine, arabe et des Croisades. Ses observations, faites en Palestioe, pourraient trouver leur application également dans les contrées avoisinantes, mais alors on opérerait sur des spécimens beaucoup plus exceptionnels, et d'ailleurs sa doctrine, forcément flottante comme la réalité, serait facile à critiquer dans le détail. Il est très vrai qu*aveo le temps l'appareil devient plus mesquin ; sur la pierre taillée prédomine le blocage ; les arceaux se multiplient, etc., mais le classement ne peut s'établir que par longues périodes.
' On a cherché à se rendre compte de ces contradictions et de leurs causes ; et cela revenait à se demander ce que sont en réalité ces itinéraires. Copies abrégées, selon W.Kubitschek (Jahreshefledesœslerr.Insi., V (1902), p. 20-96), d'une carte du monde plus détaillée; chaque copiste n'aurait pas fait les mômes suppressions, et il aurait commis des erreurs, en blo^juant plusieurs distances ; des répétitions, de crainte
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Plolémée, il conviendrait d'adopter une méthode inverse, car ses indications astronomiques, faussées par une progression continue, gardent une valeur relative quand il s'agit de deux localités voisines.
Reste enfin à chercher dans les formes géographiques d'aujourd'hui la persistance ou la dégénérescence de celles d'autrefois. On ne Ta pas négligé, et dans certaines contrées, notamment la Golchide et Tlbérie, il est des noms de lieux qui se sont presque littéralement maintenus. Le procédé est donc très légitime, mais on Ta porté à l'excès ; nous ferons un usage prudent et modéré de la toponymie *.
d'avoir omis un nom qu'il Toulail conserver. Du moins l'original aarait été uDe véritable carte routière. Tel n'est point Tavia d'E. Schweder, Uebbr Ursprung und Bestimm. d, sogen. Stra$iennei%et d. Peuting, Tafei (Phibbgus, LXll (1903), p. 357-387) ; d'aprèa lui. le document prototype a dû avoir pour objet principal, non pas les directions, mais les distances; les lignes soDl subordonnées aux chiffres et marquées seulement pour éviter les confusions sur les tenants et aboutissants de chaque intervalle évalué en milles. — Cette vue n'a guère été adoptée; peu importe en effet que les anciens, faisant mention de cartes romainea en leur possession, et de leur contenu, parient, non pas des routes, mais des positiones urbium, locorum,o\i desUus, spolia, interualla; ils ne ftoogeaienl pas à une telle distinction. A quoi bon, du reste, porter une distance, s'il n'existe pas de voie pour la franchir, sans risque d'allonger ou de s'égarer? Et enfin tout cela n'explique pas commentla Notitia dignilaium, qui, elle, ne dérive pas d'une carte, signale des noms de lieux qui ne se relrouvent dans aucune autre source, môme connue par plusieurs manuscrits. Il y alà un de ces mystères qu'on n'arrivera peutêtre jamais à percer. Du moins, la maladresse des rédacteurs ou des copistes semble avant tout à incriminer.
*■ Je songe surtout, en exprimant celte réserve, à la très savante édition de Ptolémée, par K. MûUer, continuée par G. Th. Fischer suivant les mômes principes (Paris, Didot), pour l'Orient : 1,2 (1901), où tant de textes sont réunis qu'elle met presque au rebut l'édition Bœcking de la Nolilia, Bien rares sont les noms qu'ils n'ont pas réussi à identifier de quelque manière. Avec moins d'intégrité scientifique et la môme mé« thode, servie par une aussi grande ingéniosité, on exposerait les travailleurs à de graves méprises. Riche de mots, la langue arabe Test peu de formes et de sons, surtout si l'on néglige les nuances de prononciation que rendent mai nos transcriptions occidentales. Dès lors, en choisissant à son gré parmi les variantes des manuscrits, en supposant quelque métathèse, et en arbitrant l'erreur — fût-elle certaine — dans les distances qu'indiquent les routiers, on a bien des chances de trouver à peu près la consonance désirée, d'autant que les Bédouins usent fréquemment des mômes locutions, très simplifiées, pour désigner respectivement, soit des tas de pierres, soit des points d'eau, extrômemeot