‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 56 sur 83 · LES RIVES SYRIENNES DE L*EUPHRATB · texte numérisé non relu

LES RIVES SYRIENNES DE L*EUPHRATB

lions concordent assez bien avec celles de Maundrell ^ L'enceinte s'élève davantage au nord, où le monticule prend en outre plus de largeur ; c*est là que devait se profiler la citadelle. La ceinture de collines sMnterrompt devant le fleuve et présente aussi des solutions de continuité, notamment au sud, où se voient les restes d'une porte.

Après Temboucbure du Sadjour et le village de Sérésat^ on entre dans la région des « quarante cavernes t> {Kyrk Maj^Aara); elles sont très nombreuses en effet; les grottes ouvertes au flanc de la falaise ne sont pas toutes naturelles ; il est très possible que plus d'une ait été. utilisée pour la défense^ comme les grottes de Palestine *.

La Table de Peutinger nous a transmis les noms de Caeciliana, Bethamaris, Serrhae. Je n*bésite pas plus que beaucoup de mes prédécesseurs * à reporter la première * au lieu dit Kalaat-el'Nedjim * : c'est aujourd'hui un château-fort arabe qui occupe Timportante plaie-forme se dressant à pic sur la vallée; il ne serait guère concevable qu'une forteresse naturelle aussi avantageuse n'eût pas été utilisée antérieurement % et les distances portées sur les anciens itinéraires confirment cette identification \

' V. le plan sommaire donné par la fig, 6. — Esquisse fantaisiste du tell dans A. H. Sayce, The Arciiaeology of the cuneiform imcriptionSj London, 19(77, p. 40.

* w Entre l'embouchare du Sadjour et Sérésai, an village de Hamama, on me dit que sur le tell voisin, à droite, il y a des mosaïi|ues sans inscriplionsy naturellement recouvertes d*uno épaisse couche de terre » (Journal de route).

» Cf. Regling, p. 472.

^ KaixiX{a de Ptolémée ; Gaeciliaoa d'après le Géogr. de Ravenne, II, 15. Non idenlifiée, dit Benzinger, s. u., Pauly-W. MUlIer la mettrait plus au nord, au confluent du Sadjour; Ainsworth {Narrative^ l, p. 224) encore au-delà, à SérésaL

^ Ainsv^'orth {ibid,^ p. 229 sq.) place là le Thilaticomum des Itinéraires, sur la foi d'une étymologie qui me paraît Tantaisiste.

* Gaeciliana est appelée cattra dans la Table de Peutinger.

^Gbesney [Suroey of Euphrates and Tigris, London, 1850, carte II) signale près de là : ruins of a bridge and caussway. J'ai constaté en effet la présence de larges surfaces rocheuses, qui feraient croire à un dallage ; mais Texpérience m'a convaincu que souvent Térosion suffîsait à produire ces particularités trompeuses ; quant au pont, je n'en ai pas remarqué les traces, mais peut-être ont-elles été supprimées depuis les trayanx do Gbesney. Oppenheim {ZeiUchr. f. Brdk,, XXXVI, p. 80 sq. ; Byzant. Zeilschr,, XIV, p. 7) prétend même avoir vu dans ces parages les vestiges de trois (I) ponis antiques, peu espacés.

282 L^OCCUPATION TËRRITORTALE

Bethamaris (Biîeajjifjtapîa) a été identifié par Chesney et Sachau avec Kara-Membidj : je n'ai pas entendu sur place prononcer ce nom-là ; mais au même point, d'après les cartes, près du village de Hachléy j'ai trouvé, moi aussi, un champ de ruines peu considérable ; les changements de noms, fréquents dans la, contrée, permettent une assimilation sous réserves; peut-être aussi Bethamaris se trouvait-elle à 1 heure 1/2 ou 2 heures plus au sud, 011 j'ai aperçu, près du bord du fleuve, quelques colonnes de petites dimensions. Il se peut enfin que ce dernier point se confonde plutôt avec Serrhae *, que personne n'a pu identifier *.

Les rives, dans toute celte région S sont plus abruptes que vers Biredjik *. Mais plus loin TEuphrate s'élargit à nouveau, forme des îles et des méandres ; une dépression se creuse dans le sol, vers l'ouest, se terminant par le marais allongé ôlEs- Sebakka, dans la direction de Beroea (Alep) ; et ses deux rebords forment chacun un plateau élevé. De part et d'autre on a retrouvé des ruines.

Au nord — c'est aujourd'hui Abou-Hanâya — gisent sur le sol des débris de grandes dimensions, de formidables tambours de colonnes rappelant celles de Baalbeck. Ce sont, d'après les indications de distances de la Table de Peutinger, les dernières traces de la ville d'Eraziha ' ; elles ne semblèrent pas, à Sachau, porter l'empreinte d'une destinatation militaire *, et du reste la défense du passage était déjà assurée par le poste voisin de Barbalissos.

De celui-ci l'importance n'est point douteuse : c'est par le motde cppojpiov, câJ5/c//w/n, que les auteurs 'désignent cette ville

* rippT) dans Ptolémée; nâppuï dans Hierocl., 713, 6.

* Hypothèses suspectes de Mûll.er : Kalaat-el'Nedjim = Bethamaris (sic Benzinger, s. u., Pauly-W.) ; Gerre = Kara-Membidj.

' Nullement déserte dans Tantiquiié. Carnet de voyage : « Après Hachlé, pendant une bonne demi-heure, une série de grottes taillées, la plupart rectangulaires ; très peu présentent des formes courbes et arrondies. A deux ou trois d'entre elles conduisent des escaliers, également pratiqués dans le roc. Même, en un endroit, on reconnaît des soubassements de murailles. »

* Néanmoins Texpression d'Aînsworth {Narrative, l, p. 248sq.): «Les portes de fer de i'Eupbraie », est passablement exagérée.

5 'EpaYi'ïa dans Ptolem.. V, 14, 10.

* Fur ein rômisches Kaslell isl die Banart zu gewaltig^ %u prâcMig uni %u kostspielig (p. 135).

' Malalas seulement (p. 462 Bonn) écrit: BapSaXtajôv xt^v iroXiv.

LES RIVBS SYRIENNES DE l'bUPHEIA.TB 283

le plus volontiers S et Procope mentionne, sans les détailler, les soins que Justinien donna à sa restauration*. L. Cahun, qui a visité Balis^ en donne une description insuffisante ^ De mon journal : « À une assez grande distance du fleuve (dont le cours a dû se déplacer), une accumulation de décombres, briques, terre et graviers ; des colonnes de basalte» aux chapiteaux corinthiens, ont été transférées dans un petit cimetière arabe tout voisin, où elles servent de pierres tombales. L'enceinte n'est plus reconnaissable, excepté vers le sud; de ce côté, en effet, le plateau est bordé d'un long fossé continu, que surplombent des restes de maçonnerie en blocage, et qui se termine à Test au pied d'une construction carrée dont les soubassements demeurent visibles. A l'ouest, des lambeaux d'édifices énigmatiques, faits de briques disposées par assises horizontales, avec de hautes fenêtres; quelques-unes ont été bouchées aux trois quarts, comme pour servir de meurtrières *. » L'identification des lieux n'a, par malheur, pu être faite pour

d'autres TroXidi-Laxa xat opojpia Iv ècr^^axiaTî twv EucppotTr^aia; ipiwv,

à propos desquels Procope loue pareillement l'infatigable activité du même empereur. Nous ignorons quels étaient les cinq bourgs dont la réunion forma la ville de Pentacomia; du moins ils se pressaient sur les bords de l'Euphrate.

Un des problèmes les plus insolubles est celui de la position de Tliapsaque, qui, à l'époque hellénistique, commandait un passage à gué \ Ritter a minutieusement étudié tous les textes

' Etienne de Byz. : BaoêaXujoc, ^po-jpiovT^ç ewTsiEtyicriJiivov; Procop., B. P,f II, 12, 4: àfxçi 'OoêàvfjÇ tô ^a>p{ov, ô'irsp xoù èv BapoaXtaatp «ppoupiou xevcrapdcxovTa crTa^fôu; àTziyizi. Aucun autre ne cite Obbanôs, que Reglipg place à Balis, en amont de Meskéné ; je ne vois pas ce que cet autre BalU peut désigner. Quant à Meskéné^ je ne doute pas qu'il ne faille le reconnaître dans l'ancienne Macr^^vT), iroXi; irpèc xiov Sxtjvixcôv 'ApdÉSwv, nommée dans un fragment des Parthica d'Asinius Quadratus (FHG, III, p. 659 sq., fragm. 11= Peter, UisL Graec, reliq., Leipzig, II (1906), p. 144 sq., fragm. 21), auquel je ne vois pas qu'on ait songé, et relatif apparemment h la guerre de Sévère. Peut-être le passage était-il là; la confusion avec Obbanès alors sUm poserait.

< Deoâdif.^ II, 9, p. 235. — La Notitia lui assigne une garnison de cavaliers (XXXIII, 25 ; cf. 3).

» Excursions, p. 160-161.

* V. la photographie que j*ai donnée dans le Tour du Monde^ i^' avril 1905, p. 148.

* Ptolémée (V, 18 : '0dttj;axo;) lui accorde une mention peu conciliable avec celle de Pline, auteur un peu plus ancien (V, 87: Thapsacum quon*

284 l'occupation territoriale

qui se réfèrent au sujet el les opinions émises ^ et il cooclut que Thapsaque doit être cherché dans la région de Sura, El- Hammam, Callinicum, etc.. Je ne sais en vertu de quelle information Kiepert* l'a identifié avec un lieu dit £l-Bordj,k quelque 25 kilomètres au sud-est de Meskéné, dont je n ai nullement ouï parler sur place. Voici, quant à moi, ce que j*ai observé entre Meskéné et El-Hammam .-AS heures 1/2 audelà de Meskéné, dans la direction dont il s'agit, sur une hauteur, « les ruines d'un castel, arabe sous sa forme dernière, et qu'avoisine un ziaret ou tombeau d'un saint musulman ; les murs sont faits partie en briques cuites alternant avec de la pierre ^ partie en briques crues ; on dirait de la boue. — A une heure de là, loin de la rive (1/2 heure), un champ de ruines auquel les indigènes donnent le même nom qu'à leur village, situé, lui, au bord du fleuve : DebsL L'étendue en est peu considérable, pourtant il y avait bien là une ville antique ; le rebord du plateau, dont le niveau est fort inégal, était utilisé par l'enceinte, dont on voit encore, par places, des vestiges assez nets, en blocs de pierre régulièrement taillés. Du côté nord, une petite tour carrée, en briques, aux trois quarts démolie, semble avoir été ajoutée par les Arabes S > jMême impossibilité de situer Hemerîum * : ses murs avaient

dam^ nunc Amphipolis), Ptolémée ne conaaissait donc que le nom hors d'usage ?

» fird/c., X, p. 959-984 : Die Loge der beiden Bauptûbergàngej am Zeugma und bei Thapscurus,

* Dans sa carte annexée au travail cité de Regling.

^ Et ceci ferait songer à une construction delà basse époque romaine.

* Moritz (op, cit., p. 31) fait le môme rapprochement, mais appelle l'endroit Dibse, sans donner de détails à son sujet. Quant à Mûller (p. 975), il assimile Dibsi à r^AGiç de Ptolémée (V, 14. 13 ; TAttas de Peulinger ; Ati et Anthis chez le Géogr. de Ravenne, 54, 6 ; 88, 14). Fischer {ibid., p. 1013) place Thapsaque à El-Hammam. Toute discussion me paraît superflue; mais on pourrait arguer d*une certaine analogie entre les deux formes Thapsaque et Debsi, — Ainsworth {Narrative^ I, p. 273 sq.) met Thapsaque à Souriyé. Je n'ai pas entendu prononcer ce nom ; nul doute qu'il désignait les ruines de Sura.

■ Sur les formes diverses : 'Hfiipioç, 'Ifiepia, Emmarias, Ymerîa,elc...t V. Gelzer, op. cit,, p. 155. Sur quelle rive de i'Eupbrate la localité étaitelle placée? Ce serait sur la rive droite, selon Procope qui en fait une ville d'Buphralésie; parmi les sources ecclésiastiques, les unes la placent en Mésopotamie, ce qui est inexact au sens proprement administratif du mot, les autres en Osrhoène, par conséquent encore sur la rive gauche.

LES RtVES SYRIENNES DE l'eITPHRATE 285

été négligemment construits et chancelaient; une sorte d'argile boueuse en joignait mal les pierres. Juslinien les rasa et en construisit de nouveaux en pierres très dures, qui avaient en largeur et en hauteur de plus respectables proportions. Il fit plus : Hemerium manquait d'eau; tout autour des fortifications il disposa des réservoirs pour recueillir les pluies. Enfin il installa une garnison, qui semble avoir manqué jusque-là ; la Notitia dignitatum ne fait du moins aucune mention de la ville.

C'est probablement vers le même endroit de l'Euphrate, près de Barbalissos, que s'était trouvée Zenodotia (ou Zenodotium), fondée et habitée par des Grecs et des Macédoniens, qui seule, au temps de Grassus, résista aux Romains. Elle eut la perfldie d'en appeler quelques-uns dans ses murs, comme si elle eût voulu se soumettre, de les emprisonner aussitôt et de les massacrer. Elle fut pour ce motif complètement détruite *, et il ne nous est pas parlé de sa réédification.

Ptolémée ^ porte ici : "AXaXi<;, Eoùpa, 'AXafjtaOa. La position de la première et celle de la troisième sont inconnues ^ Mais une autre cité heureusement située, c'était Sura, au croisement des routes venant de Palmyre, et de Beroea ou de Chalcis. Elle fut une place de guerre et, au commencement du v* siècle, servit de résidence au préfet de la leg, XVI Flauia Firma *. Chosroès, dans sa deuxième campagne de Syrie, remonta TEuphrate, plaça son camp devant Sura et tenta Tassant de la ville. Le magister milinim, l'Arménien Arsace, dirigeait la défense. Quand il eut succombé, les habitants intimides déléguérent leur évèque à Ghosroès ; mais celui-ci, irrité de cette ré-

* Dio Cass., XL, 12 sq. ; Appian., Parth., 436 (Zenodotia) ; Plut., Crass,^ 17. — Ritter (X, p. 1136) suppose que la ville était daos les environs de Nicephorium^ où Grassus établit son camp (Flor., H, A., III, 11).

» Geogp. Rav., 54, 2: Suretala {= Sure, Alala, dit Mûller. p. 985). Or on a dans la/Voa'ti'a, sous le duc de Syrie (Or., XXXIII, 32) : Cokors I Gotfiorum Helela (Alalius, Hardouin {ConCy I, p. 314) ; Alalorum. Le Quien. Or. chr., lU p. 848). Est-ce Aialis? Plutôt, selon Mûller, l"EXépa de Ptolémée (V, 14, 20), en Batanée. Je ne crois pas ; celle-ci devait dépendre du duc de Phénicie. — Pour 'AX4[jia9a, cf. peut-être laiVo/i/w, XXXIII, 35 : Cohors I Victorum Ammatha. Ecrites en capitales grecques, les deux formes se confondent aisément.

* Not. Or., XXXIII, 6, 28 ; cf. Plin., H. N,, V, 87 : Ita ferlur usque (S)uram locum^ in quo conuersus ad Orientem relinquit Syriae Palmirenas solitudines.

286 l'occupation territoriale

sislânce, qui avait coûté la vie à tant de nobles perses, ordonna la destruction de Sura k Elle n'avait pourtant pas tenu une demi-heure, les citoyens n'avaient aucune confiance dans ses faibles murs. Justinien^ sans retard, lui construisit de solides remparts, avec un TupoTe^x'-^H^a, un de ces avant-murs qui se retrouvent dans beaucoup de forteresses byzantines, et derrière lesquels la population pacifique venait, avec ses troupeaux, se réfugier *.

La situation de Sura ne fait pas doute : c'est assurément le champ de ruines que j'ai rencontré à trois quarts d'heure ou une heure environ du poste militaire actuel A'El-Hamynam '; de là je suis ensuite arrivé en quatre heures en face de Rakka — que nous verrons plus loin, — ce qui concorde en gros avec les indications de la table de Peutinger : Sura-Callinicum = 10 miUes.

La ville a subi une complète dévastation : je n*ai retrouvé parmi les décombres, en fait de matériaux de prix, que quelques tronçons de colonnes en marbre blanc ; des débris de tessons, comme réduits en miettes, jonchent toute l'étendue. Sura était à peu de distance du fleuve, au point où, après avoir coulé vers Test, il marque soudain un léger coude vers le nord; elle se trouvait ainsi orientée, dans sa plus grande longueur, selon le nord-est-nord — sud-ouest-sud, et elle mesurait dans ce sens un mille romain environ. La forme en était à peu près rectangulaire ; pourtant, au sud, la largeur m'a paru plus grande qu'au nord et atteignant bien près d'un demi-mille ; de ce côté aussi, le fossé extérieur (encore distinct ainsi qu'à Test) dévie quelque peu et semble avoir abouti, en son extrémité, à un canal qui se reliait au fleuve. J'ai bien cru remarquer qu'un bras de l'Euphrate, aujourd'hui desséché, passait plus près de la forteresse ; il devait être possible d'en utiliser les eaux en cas de siège et d'inonder le fossé. Ce dernier, chose étrange, cesse brusquement vers le milieu du front nord. En l'état actuel, il mesure 7 à 8 mètres de profondeur, et Tavant-mur dont parle Procope est par endroit très visible. Le

1 Procop., B. P., 11,5,26.

« Id., Aed,, II, 9, p. 234.

' Chesney l'a le premier noté, en négligeant l'examen d^.taillé ; cf. Rîtler, X, p. 1080 sq. La description de Morilz (p. 29, note 4) me parait proveoir d'une étude trop ti4tive et dont je suis obligé, en pias d'un point, de contredire les résultats.

LBS RIVES SYRIENNES DE L 8UPHRATB

mur parait avoir consisté, à une faible hauteur au-dessus du sol, en un couloir voûté, large de K à 6 mètres, dont les deux parois, interne et externe, étaient encore de ci de là nettement marquées et offraient une épaisseur d'un mètre. Tout le long des côtés est et nord, une série de tours rondes, d'une demi-

Euphrate (ojtden, Ut)

^///////////yTn^^ ^

/ndittinct

Indistinct

Citadelle

Murd

lÊ

enceinte

Porte de la Gtadelle

FIg. 7. — Sura.

douzaine de mètres de rayon, et s'espaçant de 50 en 50 pas

La citadelle, face à TEuphrate, est un carré parfait de 145 mètres de côté, qui présente une tour ronde à chaque angle. Au milieu de chaque face, — excepté, m'a-t-il semblé, à l'ouest- — se dressait une tour rectangulaire, ayant in fronte 20 mètres et une dizaine au moins m agro. La moins démolie, au midi, m'a permis, je crois, de reconnaître la disposition des portes qui s'ouvraient de part et d'autre, forçant l'assaillant à changer trois fois de direction avant de pénétrer dans l'intérieur du réduit; le passage était voûté. Aux murs, forts de 1"",80, nulle trace de parement en pierres de taille ; rien que

288 L*OCCUPATtON TERRITORIALE

du blocage, alternant avec des briques cuites, plates, posées dans un béton très résistant. La citadelle était elle-même entourée d'un fossé, dont j^évaluerais la profondeur à une douzaine de mètres ; il n'est plus visible du côté ouest, où du reste les débris de l'enceinte de toute la ville sont très indistincls. En revanche, on y remarque, tout près de Tangle nord-ouest, une petite tour avancée de 10 mètres de côté.

Aussi importante que Sura était Nicephorium Gallinicum * ; la première marquait le point d'arrivée des voyageurs venant de Palmyre, à l'autre aboutissait la route d'Édesse, qui suit quelque temps un affluent de i'Euphrate, le Belich '. La question se pose d'abord de savoir si les deux noms que nous rapprochons désignent une seule et même ville : le fait est des plus probables, bien que contesté, et il s'agit seulement d'un changement de nom. Nicephorium, qu'on rencontre sur des monnaies jusqu'à l'époque de Gallien, est une appellation du Haut-Empire ; elle disparcdt ensuite et il n'est plus question que de Callinicus ou Gallinicum'. Gette ville aurait d'ailleurs souvent changé de nom si, au vi* siècle, elle reçut bien réellement celui de Constantina *, et au v* (en 465/6), ce qui parait plus sérieux, celui de Léontopolis ^.

Gallinicum est signalée sous Julien comme mtmimentum robustum et commercafidi opimiiate gratissimum^. L'aire delà place devait être assez considérable. L'empereur et sa puissante armée y stationnèrent sous la tente ^ et c'est là qu'arrivèrent les offres de renforts et les présents des princes arabes. Les bienfaits dont elle était redevable à Léon concernent peut-être au-

< Nicephorium dans Plin., H. iV., V, 86 ; VI, 110 ; Nixr^cp^piov dans Strab., XVI, 1, 23, p. 747 G. Serait-ce la même que Pline (V, 89) appelle Philîscum, de son nom macédonien ? {A Sura auiem proxima est Philiicum^ oppidum Partkorum ad Euphratem).

' Anciennement Délias ; BiXT))^a dans Isidore de Gharaz ; Balissos dans Appien et Plutarque.

' Théodoret, HisL relig., 26 : KaXXivtxov opouptov (li^i^ov ; Liban., Epist., 20 : <rca8[jL0< lori UEpt Eu(ppàt7]v KxXXfvixoç ovofiot.

* Selon Etienne de Byzance ; add. F H G, IV, p. 526, n« 28 (Vranii fragm.). Simples faveurs deConslanliu? Ou restauration? Ou ne sait.

» Léon la rebâtit en effet : Chroniq, d'Édesise, in Hallier, op. cil,, n«70, p. 116 ; Assémani, BibL orient,, I, p. 405. Un dux lui Fut donné pour diritçer la défense contre les Arabes [ibid., p. 276) ; Hierocl., Synecd,, 715, 1 : Léontopolis^ quae et Callinice,

« Amm. Marc, XXIII, 3, 7.

^ Ibid., 8 : in statione quadam sub pellibus mamit.

LES RIVBS SYRIENNES DE L EUPHRATB

tant sa défense que son embellissement. Mais plus tard elle fut négligée, et Ghosroës, à la fin de la troisième guerre persique, s'empara de cette ville fort peuplée, mais insuffisamment protégée*. Avec beaucoup d'imprévoyance, les Romains, voyant ses murs ébranlés et ruinés, les avaient peu à peu démolis, utilisant la pierre au fur et à mesure des besoins, et comptant les rebâtir ensuite de fond en comble. Ghosroës ne laissa que le temps aux plus riches habitants d'emporter leurs trésors ^. Justinien comprit mieux les intérêts de Tempire : il restaura murs et avant-murs et les rendit, selon Procope, inexpugnables '.

Ce n'est point Timpression que produisent les ruines, à Rakka, Elles couvrent une surface en demi-ellipse {fig, 8),

D Porte muzuima.ne

CHadeth ruinée

Fig. 8. — Nicephoriam-CaUioicam.

orientée d'est en ouest. La position était très forte, dominant FEuphrate^ ; originairement entourés d'un fossé, très recon-

^ Proco p., Atst. arcân., 3,31 : XoffpoT]^... KaXXivixov icdXtv 7toXu2v6pa>irov oùSévoç à(iuvop,£vou eIXe.

« Id., B. P., II, 21, 31 ; Euagr., IV, 25.

' De aed„ \\, 7, p. 230. — Menacé par HormisdaB, Pcmpereur Maurice 86 réfugia plus tard à Gallinicum (Tbeopb. Simoc, III, 17, 8 sq.). Garnison de cavaliers au V siècle {Notit,, XXXV, 16).

^ Éloigné d'un mille aujourd'hui, il n'est pas viaible de la citadelle; les paysans du village m'ont dit qu'autrefois il coulait au pied de la ville (où l'on voit en effet un ancien lit desséché), et qu'en 1899 seulement, ce changement s'était accompli. Il l'était pourtant en 1883, au passage de Sachau. L'état de choses antique se serait- il rétabli, pour disparaître encore dans l'intervalle ? Je ne crois pas, car le lit est encaissé.

290 l'occupation tbrritorialb

Daissable à Test, ainsi que son remblai et Tavant-mur, les soubassements de Tenceinte sont presque partout conservés *; ils révèlent un mode de construction économique, qu'on retrouve dans bien des champs de ruines de Mésopotamie et dont nous savons qu'il était en usage à l'époque byzantine : ce sont des lits d'argile crue, alternant avec des assises de briques ; le parement extérieur avait été également revêtu d'argile. Il est vrai que tout ceci pourrait à la rigueur provenir d'une restauration arabe, conformément à l'inscription qu'on y a trouvée et qui mentionne les travaux d'un Soliman. On comprendrait mieux alors comment, parmi les tours qui se remarquent en divers endroits du périmètre, tous les trente pas environ, on en voit une, de type différent, de forme ronde, dont la base est en gros blocs de marbre blanc, avec un escalier tournant, encombré de fragments de colonnes et de chapiteaux, et de débris divers d'époque gréco-romaine *.

Tout auprès, à deux heures de distance à l'ouest, en un point aujourd'hui appelé Kalaat-Earagla, Sachau a relevé un champ de ruines de médiocre superflcie, dessinant un quadrilatère, où il vit des murs fort élevés et solides, faits de gros blocs irréguliers de gypse blanc, maçonnés avec un mélange de terre et de gravier, ce béton qui était le mortier ordinaire des Byzantins. Les murs sont casemates sur toute la périphérie, et plusieurs des caveaux sont accessibles. Peut-être faut-il placer là cette localité de Maûoai, que seul nous signale Ptolémée ', à peu de distance de Nicephorium. Sachau y voit un castelhimy destiné à couvrir le passage de l'Kuphrate, facile à cet endroit *. C'était un supplément de protection pour Sura ou Nicephorium.

Du confluent du Belias k celui de TAborras, l'Euphrate décrit

I Là où il s'élève encore à une cerlaine hauteur, j'ai cru voir, en arrière du mur, les traces d'une sorte de chemin de ronde ; par endroits aussi, on y remarque des trous circulaires, pratiqués à peu de distance les uns des autres, et où devaient s'embot^er des troncs d'arbres supportant quelque plancher. Il est fort probable qu'alors le bois n^était pas dans cette région aussi rare qu'aujourd'hui.

*Cf. Sachau, op. laud,, p. 242.

^ Op. laud,, p. 245 : Es erinnerle mich an die rômischen Kastelle, dis ich in Syrien geseken, denen es an SoUdilàt der Bauart gleichkommt, iit daller wohl ein Bau rômisch-griechischer Zeit, nicfU des arabischen MiUelalters. Faudrait-il traduire Haragla par Heraclea? Cf. Moritz, op. ci7.,p.S0.

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