LES RIVES SYRIENNES DE L EUPURATE
le fleuve ; sur la rive gauche, celui de Hamme élève une barrière plus longue, aboutissant aux deux extrémités à des débris antiques : c'est au nord Gabr'el-Abou Atic, où Ton retrouve les soubassements d'un grand nombre de maisons, partie en gypse et surtout en basalte. Au sud, moins étendues, les ruines de Zalebiyé ', simple campement, croirait-on, avec ses murs encore visibles, au sommet d'un rocher à pic *. Le deuxième rétrécissement ' de la vallée est un peu plus en aval ; au sud, il est dominé par une falaise de 250 à 300 pieds
(Qabr-e/ Abou-Atit
T*bou9 (DabaustL?
Pig. 10.^— VaUée^de TEuphrate vers Zéaobie.
de haut, forteresse naturelle qui fut utilisée : au lieu dit Tabous il y avait une enceinte massive, dont l'entrée ne dut être possible que par une porte au couchant, défendue par une tour puissante ; une autre tour, plus petite et maintenant ruinée, la précédait à quelque distance et servait de poste avancé. Les murs sont en gros blocs iiTéguliers, maçonnés avec cette terre glaise dont fut encore crépie la surface extérieure* L*abondance d'argile» à Tabous comme en d'autres parties des bassins du Tigre et de TEuphrate, se reconnaît à l'amoncelle-
* Streck (Pauly-W., Suppl.y s. n. Annukas) propose d'identifier Zalebiyé avec Ânnoucas, dont Procope {aed.^ II, 6, p. 227) dit seulement : Mexà Sa TÔv KipxYJffiov opo6pi6^ laxi icaXoeiàv, "Avvouxac &'vo{jLa, ajoutant que Justinien restaura avec « magnificence » ses murs demi-ruinés. Le sens d'Annoncas en araméen (v TétraDgleur ») conviendrait à la situation de Zalebiyé,
* Sachan, p. 255*257.
* La figure du double étranglement {fig. 10) est encore prise de Sachau, ibid.
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ment des tessons et fragments de briques. Le point culminant du plateau est à Test, contre le fleuve, heureuse situation que commandait une petite acropole. Sachau, à qui nous devons ces renseignements S croît pouvoir, sans doute pour la ressemblance illusoire des noms, identifier ces ruines avec le AaSaSaa de Ptolémée * ; mais les indications de celui-ci mettraient plutôt Dabausa au cœur de la Mésopotamie '.
Nous n'éprouvons plus tant d'embarras en présence des ruines considérables qui se pressent vers le confluent de TÂborras et de TEuphrate. Ici nous sommes guidés par divers auteurs; nous arrivons à Textrémité de l'empire, à Fimportant poste romain de Circesium *. Aujourd'hui encore l'Euphrate forme là une sorte de demi-cercle, et grâce au -KAaôowrS qui en
* Ibid., p. 267 sq.
« V, 17, 7. — Sic Streck, Pauljr-W., SuppL, s. u.
' A la riguear, j'aimerais mieux proposer Mambri, caslel effondré que Justinien restaura ; en parlant de là, on atteignait Zénobie au 5« mille, U là 'P(D[iaia)v f;Oïj lovxi (Procop., Àed., II, 8, p. 232 sq.). La situation convient, à défaut de la dislance. Un peu au-delà de Tabous se trouve le bourg très important de Deir. Fischer (p. 1014) pense qu*on pourrait ridenlifier avec le rccSsipOa de Ptolémée (V, 18), en raison de la position astronomique indiquée, et le Derta de la Table de Peutinger, à cause des chifTres de distances (et probablement aussi de l'onomastique).
* Munimentum tutissimum et fabre politum, cuius moenia Abora et Euphrates ambiwU fluminay uetut spatium insulare /ingénies (Âmm. Marc, XXlil, 5. 1). Aussi Ptolémée (V. 17, 5) l'appelle Xaowpa (cf. Le Quicn, Or. ckrist., II, 1487 sq.). Mais peut-être, suppose Fischer (p. 1003), Ghabora étail-il le quartier situé sur la rive gauche de l'affluent. Même description dans Zosim., III, 12, 3 : cppoupiov ol toûxo xuxXo\S;jievov ûûc TE xoû 'Aotupa iroxafiou xat «utoû xou Eùœpixou, xoT; Sà'Affffuptwv ôpioicïwaiixdfjtevov (cf. III, 13, 1).
* C'est TAraxes de Xénophon ; *ASoupa< dans Isid. de Gharax ; 'Aoép.ss; dans Strab., XVI, 1, 27, p. 747 G; 'ASo^pà^ dans Procop., B. P., II, 5, 2; Magnus de Garrhae et Malalas (v. in fr a), loh. Epiph. (P.H.G., IV, p. 275, fragm. 4) ; Xa6u»pa<; chez Ptolera., V, 17, 3 ; Boûppaç dans Élien (de nat. anim.j XK, 30); 'Aê66pa pour Theoph. Sirooo., III, 10, 25; "ASopo; chez Et. de Byz. (s. u. 'Péjiva); Plin., H. /V., XXXI, 37, écrit Ghabura. On lit Fons Scabore dans la Table de Peutinger qui paraît roeotionner Témissaire le plus occidental. Le Khabour est formé par U réunion de nombreux affluents, ayant déjà dans l'antiquité des nom» qu'on a peine à ideotifler avec ceux d'aujourd'hui. Le bras principal passail & Resaina ; un autre venait de Dara (le K6p87}ç de Procop.^ Aed., II, 2, p. 214), un quatrième de Nisibis (peut-être le Saocoras de Ptolémée (V, 17, 3), sans doute le Mygdonios des auteurs de basse époque, car Nisibis s'appela d'abord Antiochia Mygdonia ; cf. Iulian., Or,^ Mit 27 B, 62 B ; parmi les autres, mentionnons encore celui qui venait de la
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prolonge un des méandres, les eaux enserrent une presqu'île, rattachée par un isthme assez étroit au reste de la Mésopotamie.
Carcesium appartint longtemps aux Perses qui l'avaient eux-mêmes fortifié *. Mais leur œuvre devait être complétée ; en ce sens convient-il d'interpréter Procope ■: pa^iXeùç ^ «ùx^ AtoxXTjxtavôç Iv Tolç àvo xp^^votç èSeCfxaxo. Encore Dioclétien n'avaitil pas. suivant le même auteur, absolument enclos Gircesium ; il avait élevé un mur aboutissant de part et d'autre à TEuphrate, avec une tour à chaque extrémité ; mais du côté du fleuve lui-même il avait laissé la ville complètement ouverte, convaincu sans doute que le courant était une protection suffisante. Peu à peu l'une des tours, opposée au vent du midi, avait été rongée par le fleuve et elle menaçait de s'effondrer. L'ensemble même des remparts avait été entièrement négligé depuis Dioclétien ; jamais, nous le savons, les invasions ne s'étaient produites de ce côté, dans les derniers siècles dont Procope a pu connaître l'histoire. Justinien Ht réparer la tour avec de massifs blocs de pierre et compléta Tenceinte en édifiant devant l'Euphrate le mur nécessaire; enfin il ajouta un avant-mur et, pour adoucir les rigueurs d'un aussi triste séjour et du climat brûlant, il améliora en faveur de la garnison le service des bains publics. Il est difficile au reste de savoir quand eurent lieu ces travaux, s'ils précédèrent, ou suivirent — solution plus probable — le passage de Chosroès. Procope dit seulement que le roi n'osa tenter de prendre la ville ; il signale à cette occasion le grand mur de Dioclétien — qui donne à la presqu'île une forme à peu près triangulaire.
Sachau a visité les ruines (^/-i^ot^^era}; la disposition des décombres lui donne à penser que le plan de la ville était oblong ; il faut quinze minutes pour en parcourir la plus grande longueur. Ce n'est plus guère qu'un amalgame de terres, de briques et de tessons ; à l'angle sud-ouest on pouvait voir pourtant une tour aux murs épais, ronde et creuse^ sans doute celle que répara Justinien ; on devait atteindre le sommet par
région de Singara. — Cf. Ritter, Erdk,, XF, p. 253-265 ; Âinsworth, narrative, I, p. 331-345; Slreck, ap. Pauly-W., SuppL, l (1903), 5 et
^ Circeium (sic) castrum.,. in finibus Persidis (Capitol., Gard. ///, in fine).
« De aed.f II, 6, p. 226; cf. B. P., 11,5, 2.3.
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un escalier inlérieur. — A peu de distance de là, ce voyageur a noté, en face du mur qui défendait le front nord, un grand édiflce rectangulaire, dont les murailles subsistent encore, assez élevées, sur leur pourtour presque entier; l'épaisseur ea était considérable, mais dans leur construction n'entraient que le mortier et de larges briques carrées. I/accumulation des débris avait fait des chambres intérieures des souterrains où Ton ne pénétrait plus qu'en rampant. Il y aurait eu là un castellum ^ ; on peut songer en effet à une caserne pour la garnison, qui atteignit fréquemment un chiffre élevé. Quand Julien, descendant TEuphrate, passa à Circesium, il y trouva établis 6.000 soldats, et loin de laisser l'empire dégarni de troupes derrière lui, en ajouta 4.000, sous le commandement de deux exarques ". Au temps de la Notitia dignitatum^ c'est à Circesium que résidait le préfet de la leg. IV Parthica ',- mais le système, alors en vigueur, de division à outrance des légions, ne laisse pas deviner l'effectif total. Il diminua beaucoup avec le temps, puisque Justinien dut l'accroître et mettre à sa tète un chef important, un dux.
Le rôle considérable dévolu à Circesium apparaît moins encore à la lecture des auteurs qu'à la visite des lieux. Cette ville, déjà étendue par elle-même, est en outre entourée de ruines et d'un certain nombre de vieilles tours de briques. Au sud-est, à Koiibbet-el-lmân-AUy un autre champ de décombres indique l'emplacement d'une vaste localité antique ^. En face, de l'autre côté de l'Euphrate, à Aahaba, sur un rocher à pic, une forteresse, ou plutôt deux, circonscrites Tune à l'autre ; le mur extérieur est renforcé de tours quadrangulaires, et l'intérieur, voûté et casemate, partie en blocs irréguliers de gypse, partie en menues briques carrées dans un bain de mortier ^ Enfin, en suivant l'Aborras sur quelques milles, on aperçoit encore quelques tells couverts de tessons. U est curieux de songer que la plupart de ces restes, ayant été trouvés au sud
^ Ich halte dits- Gebàude, dessen Plan ich vor SchuUhaufnn nieht erkennen konnte, fur ein innerhalb des Stadtgebietes gelegenes rômisckes CasUll {op. laud., p. 286-8).
* Malal.y p. 328, 20 Bona (d'après Magnas de Garrhae et Eutjrchîanos de Cappadoce (F. H. G., IV, 4,5).
3 NoL Or., XXXV, 24.
* Sachau, p. 28Ô.
Ibid,, p. 279.
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et à Tesl de Circesium, proviennent apparemment de fortifications perses ^ ou arabes — , bien que le mode de construction rappelle à s'y méprendre les travaux des Romains.
On souhaiterait un plan détaillé de tout cet ensemble ; Cîrcessium marquait un point de bifurcation des routes commerciales : les caravanes venues de l'Inde, en suivant l'Euphrate, s'en détachaient parfois pour rejoindre directement Palmyre. Sur l'Aborras avait été jeté ce pont que Julien fit couper. Enfin Circesium était le dernier poste romain, ^poupiov Ecrxaxov.