XXIII
* Très probablement ce Dauana n'est pas à confondre avec le AaSovs; de Procope (AeJ.^ II, 4, p. 222), car celui-ci place la localité eu question
ou TIGRE A l'eUPHRATE; ROUTES, FORTERESSES DE MéS0?OTAMlB 307
ajoutant qu'il était aux sources du Belias > ; mais où sont, où étaient, il y a quinze siècles, les sources d'un a oued » du désert?C/est peut-être de ce castelque Sachau aretrouvéles restes à Karayer, à rai-distance à peu près entre Carrhae et Nicephorîum *; c'étaient, enfouies dans le sol, des substructions en grandes pierres de taille, sans qu'aucun autre matériel de construction fût visible alentour; le tout formait un ensemble d'une médiocre superficie. Faute de plan, il est difficile de conclure. Regling voudrait placer cette localité plus au nord, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de Harrafij vers Ras-el-Aïnel'KhaliU où Moritzet Oppenheim ont reconnu des ruines, notamment des thermes et un aqueduc. La chose reste naturellement très douteuse.
D'autres ruines ont été signalées en divers points, qui ne peuvent, vu les indications de dislances, concorder avec aucune des mansiones d'Isidore : Mannuorrha Aureth, Kommisimbela, Alagma. Ichnae. ' Cette dernière seule est à chercher sans doute dans le Chnez d'aujourd'hui, vers le confluent du Karamouch^ rivière presque constamment à sec ; le récit de Plutarque sur la campagne de Crassus s'accorde d'autre part avec la toponymie*.
La moitié méridionale du «parallélogramme » de Regling est décrite par Sachau ^ comme une steppe abandonnée ; au contraire, Moritz et Oppenheim • affirment que le pays est fertile bien peuplé et qu'ils ont rencontré de nombreux champs de ruines. Je n'ai point connaissance directe de la région ; je puis dire cependant que la première opinion est de beaucoup celle qui m'étonne le moins. Quant aux ruines en question, elles restent énigmatiques, car aucun auteur, aucun itinéraire
entre Dara et Amida (Fraenkel, Pauly-W., s. u., les distingue). Âmmien, il est vrai, est d'ordinaire plus précis que Procope. C'est donc le castellum d'Ammien qu'auraient habité les Equité* Mauri lllyriciani delà Notitia (XXXV, 5 : Dabana ; 17 : Danaba), en Osrhoène.
* XXIII, 3, 7 : unde orlus Belias fluuius funditur in Euphratem, Les sources arabes et syriaques confirment ce renseignement (citées par Regling, p. 461 sq.).
* P. 235 : Gara Jer,.. die eine Orlslage aller Zeit {ein CasUll ?) %u bezeichnen scheint,
* Plut., Crass., 25.
* Cf. Rilter, X, p. 1121 sq.
* ZeiUehr fur Erdk., XXXVI (1901), p. 80.
308 l'occupation territortale
ancien ne mentionne la moindre localité dans ces parages *.
Nous arrivons à la deuxième grande route, qui suivait les pentes sud du Masius.
La première ville à signaler, en partant de TEuphrate, est Edesse ' (aujourd'hui Orfa). On y parvenait de Zeugma par deux voies : Tune, la plus méridionale, doit être celle que mentionne rilinéraire d*Antonin ^ ; vers le milieu de l'étape on passait à Canaba (aujourd'hui Mizhadjar ?). Ce nom * évoque le souvenir des échoppes de mercantis qui s'établissaient toujours aux approches des campements. Le corps de troupes qui stationnait là {Equités Dalmatae Illyricianî) pouvait aussi prêter son assistance aux convois de la route nord, toute voisine ^ et qui rejoignait la première tout près deBathnae mari, localité avec laquelle on identifierait un champ de ruines constaté par Sachau «. Quant à Vautre station portée sur l'Itinéraire, Bammari Canna, les distances indiquées ne permettent pas de la confondre avec le moderne Tcharmelik \ D'autre part, on pouvait, d'Édesse, gagner directement Hiérapolis sans passer par Zeugma ^ ; en&n on allait de là k Carrhae ; à Samosale par une voie secondaire ®, et même à Amida par Souerek. Czemik, qui a suivi ce dernier chemin, a noté, aune dizaine d'heures d'Orfa, l'imposante ruine d'une tour ^^, Un réseau véritable rayonnait donc autour de cette ville.
' Cf. Regling, p. 469, note 2.
^ V. Rubens Ouval, Uist, politiq., relig, et littér. d^Êdesse^ jusqu'à la première croisade (extr. du Journal asiatiq,), Paris^ 1892, ouvrage que ne paraît pas connaître Regling (p. 459 sq.)-
^ 191,2-5 =65 milles.
^Qui se retrouve dans la Notiiia dignilalum sons la forme Ganaba (XXXV, 15) ou Gallaba (ibid., 2).
» Itin. Anton., 190, 2-5 = 58 milles.
« Op. c\t,y p. 189.
•î Regling, p. 447-448.
® V. plus loin.
* J'en ai relevé les traces sur de longues étendues, surtout à 2 ou 3 heures d'Orfa ; par endroits, la vieille chauseée est môme presque intacte : de droite et de gauche, une rangée recliligne de grosses pierres ia délimite très nettement ; la largeur varie de 3 à 4 mètres. Pas de dallage proprement dit: ce sont des cailloux de basalte juxtaposés sans mortier. En dehors de la voie, pas le moindre reste de conslruction antique.
^^ Peut-être au croisement de la voie de Gonstanlia à Samosate (Caernik, ll»p., p. 2-^, à UtMeuy ou VUhkalek).
DU TIGRE A l'bUPHRATE. ROUTBS» FORTERESSEB DE MESOPOTAMIE 309
Il faut abandonner l'espoir de se faire, par la vue du terrain, une idée complète de TÉdesse romaine et byzantine. On retrouve bien encore des chapiteaux, des colonnes, qui indiquent un travail gréco-romain ; mais tout cela a été utilisé pour des constructions ultérieures, et la citadelle, dans son état actuel, avec ses inscriptions orientales encastrées sans apparence de hasard, nous reporte au moyen âge arabe ^ Ëdesse a toujours joué un grand rôle : colonie macédonienne, elle prit pour un temps» le nom d"AvTi(5xet« èm KaXXtp(57i'; au ni" siècle, peut-être même avant, elle était colonie romaine et métropole de rOsrhoène • ; au commencement du v% il s'y trouvait une des cinq fabriques d'armes du diocèse d'Orient, et un arsenal* ; la Notitia^ chose curieuse, ne lui attribue aucune garnison. D'après la chronique locale », ses murs s'écroulèrent quatre fois : en 201, 303, 413, 625 ; un tremblement de terre la démolit sous Justin, qui la releva et lui fit porter son nom •.
Peu après le maigre cours d'eau qui l'arrose s'enfla si bien qu'il l'inonda et lui causa de graves dommages "^ : les eaux du Scirtus étaient recueillies avec soin et traversaient la ville même ; un vieux canal les amenait, puis les entraînait au dehors à travers les remparts. L'afflux soudain du torrent grossi par les pluies rompit, à l'entrée et à la sortie, l'avant-mur et l'enceinte proprement dite ; Justinien lui fit creuser devant les murs un
* Sachau, ibii., p. 198. —V. le plan dans Cb. Texier et R. Popplewell Pullan, V Architecture byzantine, Londres, 1864, p. 204. Dimensions : 100 mètres sur 400 environ. Le fossé, large de 30 mètres et profond de 20, a été creusé dans le roc. Quant & la ville même, Texier croyait que le péribole seul avait été détruit au moyen âge ; Tenceinle proprement dite serait vraiment byzantine, parce que les tours sont très rapprochées ; cf. p. 199 sq.; mais ce critérium n'offre aucune certitude.
* Plin., H. N., V, 86 ; Et. de Byz.; Eokhel, 0. N. F., III, p. 305 ; Mion- Det, V, p. 37, n«" 326 sq.; Suppt., VIIÏ, p. 30, n* 157.
> Eckhel, III, p. 510; Mionnet, SuppL, VIII, 399, 1.
^ V. oidedsus, p. 215 et 223.
» Hallier, op. cit., p. 84, n» l (cf. p. 122, n« 88) ; p. 93, n« il ; p. 108, D« 52; p. 128, no 90 fcf. p. 138, n"" 106). Pour les travaux sous Anastase, V. Josué le Stylite, Chroniq., 53 et 88.
^ lustioopolis ; cf. Euagr., H. ecct., IV, 8. — Les sources orienlales montrent bien l'importance de la ville aux iv*-vi" siècles : l'activité de la construction y fut énorme, mais Tinstabilité du sol rendit vains tous ces efforts ; v. Anton Baumstark, Vorjustinianische kirchtiche Bauten in Edessa {Oriens ehristianux, IV (1904), p. 164-183).
^ Procop.y Hitt. arcan., 18, 56.
L OCCUPATION TERRITORIALE
second lit. Le courant était renvoyé directement vers la ville par un rocher abrupt où il venait buter; on entailla ce rocher pour y ouvrir une cavité profonde, et de l'autre côté, en plaine, on éleva une digue en gros blocs. De la sorte, le cours normal de la rivière continua de traverser la ville, inoffensif, et il y eut désormais une dérivation pour les trop fortes crues. Sachau ne s'est pas inspiré de ces enseignements, fournis par Procope ', en étudiant Ëdesse au point de vue de sa richesse en eau *.
La double enceinte était en décrépitude ; Justinien la reconstruisit entièrement et plus formidable. Il ordonna enfin une mesure fréquente dans la fortification byzantine : le niveau de la citadelle n'atteignait pas le sommet d'une colline toute voisine ; les indigènes avaient d'eux-mêmes autrefois englobé cette hauteur dans l'enceinte, mais leur faible muraille n'en barrait pas vraiment l'accès. L'empereur la mit à bas et en construisit une autre, partant du sommet du coteau, puis descendant la pente pour se rattacher aux murs de la ville. Ainsi restaurée, Ëdesse résista victorieusement au terrible siège de 543 ; Tavant-mur préserva les troupeaux que les bergers du pays, suivant la coutume, avaient abrités derrière lui '.
Quelque 50 milles plus à Tesl S on atteint Gonstantina. ou
* Deaed.,l\,7, p. 129.
* Op. laud., p. 195.
« Procop., B. P., II, 26-27.
* J'ai pris moi-mâme cette route en sens inverse; c'est certainement encore celle de l'antiquité qui est aujourd'hui suivie, & part quelques
divergences négligeables. Le trajet est de 18 heures ; les ruines s'espacent irrégulièrement. « Au bout d'une heure 1/2 (selon mon carnet), le village kurde de Sakho, formé en partie de huttes construites avec des dalles de basalte qui semblent empruntées à des maisons byzantines écroulées ou démolies. A 3 heures de Ouerancher^ an lieu dit Djiradjib, une grande citerne asséchée, tout auprès d*un cours d*eaa qui, sans doute, à Pépoqne romaine, n'existait pas ou passait ailleurs.
1 heure 1/2 plus loin, & 20 on 30 minutes sur la droite, au sommet d'uo coteau, des constructions, ruines d'un château, me disent les Kurdes ; mais il fail nuit et on ne peut séjoarner, force est bien de poursuivre. Au bout de 7 heures, à droire
Fig. 11. — Coupe d'une citerne.
DU TIGRE A l'bUPHRATE. ROUTES, FORTERESSES DE MESOPOTAMIE 31 1
plutôt Constanlla ' ; cette légère différence de dénomination a provoqué des controverses qu'il est inutile de renouveler * ? Aussi bien a-t-on avec raison situé Constantia là où la nature avait marqué la nécessité d'une ville forte, au bourg actuel de Ouerancher. Le Masius, dont la voie venant de Ninive suit la base, s'épanouit ici en un massif terminal, le Karadja Dagh. La route continue tout droit vers Ëdesse, mais au point dont nous parlons il s'en détache un embranchement qui conduit tout droit à TEuphrate, sur Samosate '. Constantia devait dominer ce croisement. Une autre voie secondaire menait à Resaina ^
Il y eut là d'abord une autre cité appelée Maximianopolis ; un tremblement de terre la détruisit, et aussitôt Constance 11 la rebâtit*, d'où son nom. Au commencement du v" siècle, la ville avait une forte garnison ; le préfet de la leg. l Parthica y résidait, et on y avait placé, avec les Equités Felices Bo7ioriani lllyricianU un autre corps dont la mention a disparu des manuscrits de la Notitia •. Procope nous apprend ' que Constantia fut d'abord la résidence du duc de Mésopotamie, puis que Tem-
enoore, nouveau champ de décombres appelé Gaour-Houré. 2 heures plus iciu (9 eu tout), & Vissue d'une longue gorge étroite, où a'eogage la roule après la traversée de Timmeose plateau, an autre (Kkapakli)^ comprenant les soubassements d'une construction rectangulaire, et à côté une grande citerne, très régulièrement taillée dans le roc et recouverte de larges dalles. ESlle mesure environ 15 mètres en longueur, 4 en hauteur, 3 dans sa largeur supérieure, qui est moindre que celle du fond ; & une des extrémités, un escalier, fort bien creusé dans la pierre, conduit jusqu'au fond, probablement pour le nettoyage (fig. il). Les Kurdes qui m'accompagnent disent qu'il en existe d'autres, plus spacieuses, sur les collines du voisinage. 1/2 heure plus loin commence, dans la falaise, au bord de la voie, une série de grottes dont l'entrée est rectangulaire ou en arcosoUum. A 2 heures 1/2 d'Orfa, à quelque distance de la route, à droite, une tour ruinée au sommet d'un coteau. »
« Sic Georg. Cypr., 894 ; Hierocl., 714, 2 ; Amm. Marc, XVIII, 9, 1 ; Suid., s. u. Procope emploie les deux formes. Constantia doit être la bonne (Kovcrcdtvt&ix), bien que l'autre soit aussi très usitée (Gelzer, op. laud., p. 153).
2 On les trouvera dans Bœcking, ildnor. ad Not. Or.^ p. 409-411.
» Amm. Marc, XVIII, 7, 9.
* V. supra, p. 300, note 3.
^ Malal., XIII, p. 323, Bonn. Dans la* Chronique d'Édesse (Hallier, p. 97, n' 20), l'ancien nom est Antipoiis (?), le nouveau Telia ; la date de la restauration 348-9.
« Not. Or., XXXVI, 22, 24 ; cf. 7 et 9.
L OCCUPATION TEBRRITORIALE
pereur établit ce chef militaire à Dara, — car sa présence paraissait indiquée plus près de la frontière, — et qu*uue fois la paix conclue avec Chosroès on le rappela à Constantia.
Au début du règne de Justinien, les murs étaient si peu élevés qu'on pouvait les franchir avec des échelles, et mal bâtis ; « une ébauche de construction » ; les tours, trop espacées, menaçaient de s'écrouler ; à l'avant-mur, fort à peine de trois pieds, les assises inférieures étaient seules en pierres meulières, le reste de boue et de pierre tendre. Justinien répara les murs branlants, doubla le nombre et la hauteur des tours ; chacune eut trois étages et des escaliers secrets. Constantia, dont le sol est en pente, manquait d'eau : une source, éloignée d'un mille, y fut amenée par aqueduc '.
Les assertions de Procope se vérifient, au moins quant à l'œuvre de Justinien ' : des solides murailles, en basalte bien équarri, la base subsiste encore. Le plan de la forteresse est nn carré régulier; sur trois côtés s'ouvre une porte flanquée de deux tours en demi-cercle ; les autres tours, dans la ligne des murs, ont des piliers de soutènement et datent peut-être du VI* siècle ; elles sont carrées comme celles des angles, qui ont des dimensions supérieures et sont placées en diagonale par rapport aux murs *.
Non moins désigné par les conditions géographiques comme
territoire miUtaire était le triangle de terrain plat s'étalant au pied du Masius, au sud-est, au seuil de la vallée qui permet de traverser le massif pour atteindre Amida. C'était un centre de population, et les villes qui s'y pressaient étaient renforcées comme il convenait à leur rôle près du limes ^. A rentrée même de la gorge perchait Marida ou Marde, le Mardin d'au-
Fig. 12. — Marde et le sud du Masius.
» Procop., Aed., II, 5, p. 224-5.
' Il faul s'en rapporter & lui pour les Âges précédeDls. > Humana et Pucbsleia, Nordsyrien^ p. 402 sq. — Je De puis que confirmer leur description.
* La région est malheureusement peu connue, et il est encore vrai de
DU TIGRB À l'bUPHRATB. ROUTES, FORTERESSES DE MÉSOPOTAMIE 31 3
jourd'hui, dont la citadelle est complètement ruinée ^ Elle est mentionnée comme castellum praesidiarium à l'époque de Constance, en même temps que Lorne, plus difficile à identifier, mais dans son voisinage ». Nous retrouverons celte vallée plus loin.
Infiniment plus singulier paraîtrait le choix qui fut fait de l'emplacement de Dara ^ si Ton s'arrêtait à la topographie seule {fig, 43). Dans un long couloir, plutôt étroit, orienté suivant une ligne N.N.E.-S.S.O., et traversé en son milieu par un ruisseau, se dressent trois | jj^ TJItëTû
hauteurs, dont deux entièrement isolées et la troisième soudée à la montagne voisine.
L*une d'elles, la plus élevée, atteint jusqu'à 60 mètres environ, et sans doute elle portait la citadelle, car elle seule occupait une situation assez forte, rendue, il est vrai, moins précieuse par les dimensions réduites de la plateforme. La troisième colline, d'altitude intermédiaire entre les autres (40 à 50 mètres), n'étant point indépendante, il avait fallu pousser sur sa crête le mur d'enceinte, puisqu'on ne pouvait point l'englober tout entière. Dara était ainsi exposée à un double danger : toutes les hauteurs avoisinantes, et très proches, la dominaient, et, une fois forcée la porte est, ou on
[Fig. 13. — Dara.
dire ce que Riller écrivait en 1843 {Eràk,^ XI, p. 279) : Tous les voyageurs y passent rapidement ; c'est un canton des plus danj^ereux. Quand je traversai moi-mômo Gonslantia, en 1901, tout le pays était livré à une vaste insurrection.
* Sttchau, o)K laud.y p. 405 : Die Lage von Mardin ist fur eine einsame Felsenburg vortrefflich geeignet; v. en effet le graphique de Gzernik (II" p., pi. U) que je reproduis (fig. 12). Altitude du castel : 1.190 mètres ; de lu ville : 1.057. Elle a de Teau, alors que les environs en sont dépourvus {Ibid.y p. 17). Théophyiacte Simocatta l'appelle to MxpSe; (V, 3, 1) ; cf. xoû Uipoioç cppoupa ^11, 2, 5). V. pour les anciennes relations des voyageurs, assez suspectes ou imprécises : Ritter, Erdk,, XI, p. 385 6, 392.
* Amm. Marc, XIX, 9, 4 ; v. infra.
' Le plan de Dara ci-contre est, d'après Sachau, p. 398.
314 l'occupation territoriale
arrivait de plein pied, l'ennemi se serait trouvé maître de la plus grande partie de la ville '•
Les circonstances historiques * expliquent un tel choix : Nisibis» à laquelle nous allons arriver, n*avait appartenu aux Romains que deux siècles, durant lesquels elle était restée le véritable rempart de Tempîre sur cette frontière. Quand Jovien l'eut rendue aux Perses, il fallut la remplacer en territoire romain. Un traité malheureux, conclu sous Théodose, avait bien stipulé qu'aucun des deux peuples n'élèverait de forteresse nouvelle devant les limites communes. Mais les Perses étaient protégés par Nisibis ; leurs rivaux restaient à découvert. Anas« tase le comprit enûn, et après qu'un armistice de sept ans eut été conclu, il profita de ce que ses adversaires étaient occupés ailleurs à guerroyer contre les Huns ; manquant à la parole donnée — pratique courante alors — il fit choix • d'un bourg sans importance, mais qui n'était qu'à 28 stades (soit 3 milles) de la frontière * et dominait Nisibis par son altitude, de 400 à 500 pieds supérieure *. 11 en fit une cité de son nom, se hâta de l'entourer de murs (en S04) ; les Sassanides protestaient sans cesse contre cette violation des engagements * ; aussi, craignant toujours des représailles, les Romains précipitaient la besogne, échafaudaient mal les pierres, gâchant le mortier au plus vite, sans y mettre la proportion de chaux convenable. Or, la contrée était tout ensemble exposée, en hiver aux neiges par son altitude, en été à un soleil brûlant; les gelées et la chaleur désagrégèrent les tours, et au bout de trente ans & peine la forteresse n'était plus en état de résister à une attaque
' Saobaa, p. 395 sq. Juslin ne faisait donc pas preuve d*an coup d'œil topograpbique bien sûr en écrivant (XLI,5) : « Arsace fonda Dara ; cette place, entourée partout de rochers escarpés, n*a nul besoin de défenseurs ; et le sol qui Tentoure est assez fécond pour suffire seul à ses besoins ; eoQn de nombreuses sources Tarrosent. »
* Cf. tous les textes réunis par Frœnkel (Pauly-W.,s. u.}.
' A la demande de ses troupes, et sur les conseils de Tévôque d*Amida, selon une source sjrrienne (Assémani. Bibl, or., II, p. 58).
* Procop., B. P., I, 10, 13 sq.; oL I, 26, 5 sq.; Gedren.. I, p. 130 Bonn, etc..
" V. le ditbyrambe de Lydus (de magistr,^ III, 47 Wûnscb) : « Anastase fit beaucoup de choses pour le bien de l'État; il suffit de nommer la ville qu'il a élevée : Dara, disent les indigènes, nous Anastasiopolis. Si un dieu ne 1 avait mise à la gorge des Perses, ceux-ci se seraient vite emparés de tous les territoires frontières des Romains ! »
* Josué le Stylite, Chroniq.^ 91.
DU TIGRE A L*EUPHRATB. ROUTBSy FORTERESSES DE MESOPOTAMIE 315
que Justinien comprit devoir être décisive ; Dara prise, c'en élaît fait de l'Osrhoène. Il entreprit donc une foule de travaux relatés par Procope avec une abondance de détails inusitée * : travaux de fortification, travaux hydrauliques.
L*avanl-mur suffisait là où il courait sur des pentes raides, s'opposant à l'établissement des hélopoles ; mais au midi, en plaine, sa hauteur fut accrue, et on creusa, en avant, un fossé large et profond en demi-cercle, rempli d'eau, et dont chaque extrémité vint s'appuyer à l'avant-mur. Sur Tescarpe intérieure du fossé on construisit encore un parapet, derrière lequel les Romains, en cas de siège, pouvaient se mettre en faction. Entre les deux murs circonscrits, près d'une des portes, était un grand terrassement, abri éventuel pour l'ennemi : on le supprima.
Le grand mur intérieur devint un type de construction militaire perfectionnée : Justinien le suréleva de 30 pieds; mais respectant les soubassements et ne pouvant les surcharger, il diminua l'épaisseur de celte annexe qui fut crénelée, et sur la partie ainsi libre, en arrière du plan de façade, il fit courir un portique qui servit de chemin de ronde et qu'on recouvrit d'une voûte, pour maintenir les défenseurs postés sur ce mur au-dessous de la trajectoire passant par le sommet du parapet '. Le mur avait ainsi deux étages, deux rangées de combattants; la rangée supérieure seule restait exposée aux coups. Les anciens créneaux de l'étage inférieur furent rétrécis ; on leur laissa juste assez de largeur pour permettre de passer la main et de lancer des flèches. Renonçant, faute de temps, à démolir les tours pour les réédifier de fond en comble, Justinien se borna à les étayer avec des contreforts rectangulaires, procédé qui fut encore suivi à la base des murs fléchissants ; les tours avaient trois étages et supportaient trois rangs de gens armés '. La description de Procope a pu être vérifiée dans ses plus menus détails ; il y a 25 ans, Sachau a retrouvé murs et tours relativement conservés ^ : comme ailleurs, le parement
^ De aed., II, 1, p. 209 sq.
* Ceci pour parer, dans la mesure dn possible, à rinconvénient des coteaux voisins en surplomb.
» Le mur s'élevait à 60 pieds et chacune des tours allait jusqu'à 100 (Procop., B. P., Il, 13, ii). Entre les deuï murs d'enceinte, un intervalle d'une cinquantaine, parc pour les troupeaui en cas de siège.
* Pour les anciennes relations, cf. Rilter, Erdk.^ XI, p. 406 sq., sur-
LOGCUPATJON TERRITORIALE
du dehors était en gros bloc de calcaire taillé et le corps en
blocage. L'aspect de l'enceinte a été fixé très exactement par
Texier *, à qui je l'emprunte {fig. 14), en coupe et en élévation.
Puis Tempereur mit tous ses soins aux adductions d'eaux :
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A/lJlAAAn/UlAAAAJUl/ULfllliln/m/UUlAI
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Fig. 14. — Murailles de Dara.
SOUS la direction d'un spécialiste d'Alexandrie, on creusa deux grands réservoirs, dont l'un entre l'enceinte et Tavant-mur. I^ rivière, jadis en dehors de la ville, où elle avait facilité plus d'une fois l'établissement d'un camp ennemi, fut dérivée vers Dara par un profond canal, pratiqué entre deux rochers si abrupts qu'il était impossible de détourner le courant ; un rempart supplémentaire préservait le mur voisin lors des crues. Ces dernières constructions ne sont plus visibles, mais* il ny a pas longtemps, on remarquait encore, les citernes en larges briques. Enûn, à l'intérieur de la citadelle, on bâtit des casernements (xaTaXuTijpia) pour la troupe, épargnant à la population civile l'ennui de la loger.
Dara eut également ses praetenturae, ses forts accessoires : Sachau a reconnu à 3 1/2 milles à l'ouest ^, et à peu de dis-
tout d'après les observations de Macdonald Einneir (p. 412). L'enceinte atteignait 4 kilomètres environ.
* Texier et Pullan, op, cit., p. 55-57. — C'est Tavant-mar qu'on aperçoit en avant, avec sa petite tour.
^ C'est dans cette direction que Geizer cherche Bebase, distant de 100 milles de Constantia (Amm. Marc., XVIII, 7, 9) » xo Bi6(Zh de Theopb. Simoc, II, 15,15 = fitSaaàptuv de Georges de Chypre, 935. Mais cette hypothèse repose, je crois, sur une mauvaise interprétation d*Ammien. V, inlra.