‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 31 sur 93 · DISCIPLINE DES TROUPES. RAPPORTS AVEC LA POPULATION · texte numérisé non relu

DISCIPLINE DES TROUPES. RAPPORTS AVEC LA POPULATION

ennemis. Je vois que chacun de vous, oubliant son rang, entreprend de commander ici * ». Il devait prendre Tavis des principaux chefs, sous peine de se voir désobéir *. Le système des condottieri conduisait à une hiérarchie mal fixée : vers la frontière d'Arménie, les troupes romaines subirent une grave déroule, parce qu'elles étaient conduites par une quinzaine de capitaines, presque de même rang, qui ne s*entendaient pas ^ La discipline en devenait bien difficile à maintenir : au milieu d'un engagement, par exemple, on voyait un des corps, s'étant emparé du bagage de Fennemi, en commencer le pillage, au heu de tenir ferme devant les Perses *. Le butin restait partout et toujours la grande préoccupation ^

Une nouveauté de cette basse époque est l'importance très grande que commencent à prendre les évêques même dans les opérations de guerre : ils accompagnaient les armées romaines pour attirer sur elles les bénédictions divines, et on désignait généralement quelque prélat de Mésopotamie * pour escorter les ambassadeurs auprès du roi des rois. Les poésies d'Ephrem "^ servaient à enflammer les cœurs des habitants de Nisibis, pendant que la ville était assiégée par les Perses. Eusèbe de Samosale avait adopté le costume militaire, hors le casque, remplacé par la tiare '. Conon, évêque d'Apamée sur rOronte, combattit vaillamment dans la troupe d'Isauriens qui soutint contre Tusurpateur Longin la cause d'Anastase '. 11 y a bien des légendes sur ce sujet, notamment dans les récits de

* Procop., B. P., II, 18, 5-6.

« Ibtd.y 19, 6 sq.

3Bid.,24.25.

*Theoph. Simoc, II, 4/1.

^ Craignant la couardise de ses hommes, le général Marlin feint d'apprendre qu'une armée de secours lui arrive, espérant exciter leur dépit, car ils voulaient le butin pour eux seuls. En effet, Tennemi ayant attaqué, ils firent une superbe défense (Agath., III, 9, 4).

* Et il y avait échange de bons procédés entre les deux ordres, civil et religieux: la nonne Siluia (Éthéria?) reçut des autorités une escorte militaire pour les Irajets dangereux de sa peregrinalio (IX, 3, éd. Geyer, Corp. script, eccles. lai.. XXXIX (Vienne, 1898), p. 49).

"^ Cf. Carmina Nisibena Sancli Ephraemi Syriy éd. syriaque et trad. avec commentaires par Gustave Bickhell, Leipzig, 1866 ; C. Ferry, Saint Ephrem, poète, Paris, 1877.

«Théodoret, H. eccL, IV, 13, p. 1149 Migne.

» Euagr., n. eccL, IH, 35.

162 l'armée

Théodorel S mais le fait simple de cet ascendant épiscopal n'est pas douteux ^ : l'idée chrétienne fut dans bien des cas pour ces barbares un principe de ralliement et de discipline.

Héraclios en tira adroitement parti ' : Thiver venu, il ne voulait pas risquer ses troupes au-delà de Ganzaca ; elles demandaient à poursuivre ; il les rallia à sa décision, la plus raisonnable, en faisant ouvrir TÉvangile, un jour de jeûne, à un endroit qui semblait indiquer qu'il fallait aller hiverner en Albanie *. Grâce aux mêmes sentiments, cette histoire militaire s'achève à peu près sur une belle page : contre les musulmans fanatisés, les Byzantins et leurs partisans luttèrent avec plus de valeur que de chance : pour s'ôter toute latitude de fuir, les chrétiens s'étaient enchaînés les uns aux autres, à la journée du Yarmouk ^.

' Histoire de l'évêque Jacques de Nisibîs, iovoqaaot la fîis de Dieu, qui apparatt sur les murailles de la ville au grand effroi des ennemis {Relig. hisL, p. 1118= 1304 Migne], et obtenant du Seigneurqu'il envoie sur la multitude des Perses des vers et moustiques, qui remplissent les oreilles, les yeux et les narines des chevaux et des éléphants {H, eccl.^ II, 26, p. 1076 sq.). — Au siège de Théodosiopolis, Eunorae, révéque, démonta seul les machines du grand roi, et un prince perse ayant blasphémé, il en fit mettre une sur le mur, à laquelle on avait dooné le nom de l'apôtre Thomas; elle frappa le blasphémateur, dont elle jeta la cervelle à terre. Le roi de Perse, effrayé, fît la paix (H. eccL, V, 36, p. 1269).

* Add. les évoques envoyés par les villes en parlementaires CProcop., B. P., 11, 5, 3; 6, 4; li, 4).

3 Je donne pour ce qu'elle vaut Pantithèse établie par Georges Pisidèa (£j:/;. Ven., II, '241 sq.) entre l'armée d'Héraclios el celle de Shabrbaraz, la veille d'une bataille : dans le camp perse, au son des cymbales, des femmes nues et provocantes dansaient autour du général ; des psaumes s'élevaient dans le camp chrétien.

♦ Theophan., 308.

^ D'après Beladhori, Thistorien arabe (de Goeje, op. laud., p. ii7). II s'agit, bien entendu, des fantassins.

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