INTRODUCTION XI
Est-ce tout? Non; la marche frontière de la Mésopotamie du nord ne fournissait qu'une protection insuffisante contre l'invasion orientale; celle-ci avait le choix entre le nord et l'ouest, TArménie et la Syrie ; ces deux contrées étaient assez distantes pour qu'une jonction de leurs forces respectives s'accomplît trop tard, le désastre consommé. Une réserve auxiliaire, promplement disponible, et en mesure de prendre les deux directions, devait être organisée à rai-chemin. Le Cappadoce a joué ce rôle de deuxième ligne ; je ne puis donc la négliger; elle était naturellement orientée vers Test au lieu de se tourner vers TEurope ; cette position y avait amoindri et ralenti les progrès de la civilisation hellénique ; à l'époque chrétienne, l'église d'Arménie est un peu fille de celle de Cappadoce ; les relations des deux pays contrebalancent dans le premier l'influence syrienne. Toutefois, cette autre province demande dans mon étude un traitement à part : en dehors de Mélitène, Satala et leurs dépendances, qui seules confinaient à l'Euphrate, la Cappadoce ne nous intéresse que par ses ressources militaires mobiles, ses places fortes que pour leurs garnisons^ ses voies que comme véhicules de renforts vers la frontière persique; je négligerai donc son pouvoir défensif propre pour m'en tenir au secours puisé chez elle, mais utilisé au dehors.
Pour l'Afrique, les limites chronologiques étaient imposées, sans contestation possible, à M. Gagnât et à son continuateur, M. Diehl ; celles que j'ai adoptées n'ont pas besoin, je pense, d'être longuement défendues : aucune hésitation n'était permise quant au point de départ; je me suis arrêté au vii^ siècle pour deux motifs : après la conquête arabe, le « bloc euphratésique », si l'on veut bien me passer cette expression, se trouve rompu; les mêmes dispositions stratégiques président encore à la défense de l'Arménie, mais la Syrie passe aux mains des musulmans, et la frontière en est déplacée. D'autre part, passé cette date bien plus qu'avant, il faudrait la compétence spéciale d'un byzantiniste, dont je ne veux point me donner les vaines apparences.