SYRIE
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Biredjik /
OSRHOÈNE
ANyvîof»»
"^^^^Fleuve
Fig. 4. — Vallée de l'Euphrate à Zeugma.
mais peut-être les Romains accomplirent-ils ce travail lorsqu'ils eurent définitivement consolidé leur autorité en Osrhoène.
XXVI) est relatif à la conquête de la Mésopotamie en H4. Entre deux cours d'eau, l'Euphrate et le Tigre, Trajan debout reçoit l'hommage de la province vaincue ; l'Euphrate, devenu Romain, porte le pont qui enchaîne la Mésopotamie à l'empire ; le ponl est figuré par une espèce de charpente à poutres entrecroisées. Cette représentation n*a sans doute qu'une valeur symbolique.
* (!f. Hilter, X, p. 989 sq., où sont examinés les textes.
2 Plin., \l. N., XXXIV, 150: Feruut quidem et religione quadam id fiari et exstare ferrenm culenayn apud Euphralem amnetn in urbe quar Zeugma appellaliir, gua Àlexander magnus ibi iunxerit pontem, cuius arnilos qui refecti sint robigine infestari carenlibus ea prioribus,
* Il dut jeler un pont, selon Plut., Crass,, 17 ; il n'y en avait donc pas. C'était dans le voisinage de Zenodotia (v. infra). D'autre pari, il est dit, pour l'époque d'Antoine, que les Parlhes avaient coutume de traverser le fleuve à Zeugma (Dio Cass., XLIX, 19).
^ Dio Cass., XL, 18; add. Senec, nat. quaest., V, 18: circa Euphratem praesaya fulmina et deos resistentes.
^ l^Jul., ibid., 19.
LES RIVB8 SYRIENNES DE l'BUPHRATB 277
Où convient-il de placer la ville de Zeugma, sur la rive Rauche ou la rive droite 7 Les textes et la topographie semblent en désaccord. D'une part, Plolémée la met en Syrie, el Strabon confirme le renseignement '• D'un autre côté, il certain que cet important passage était devant le Biredjik ac' tuel, qui est sur la rive gauche. Eu face, le plateau, eit contrebas, n'est nullement favorable à l'établissement d'une place " D'ulleurs, certaines monnaies de Zeugma, de l'époque des Antonins *, présentent un type caractéristique {fig. B) : un temple juché au sommet d'un cône ; les globules figurés sur ce cône représentent schémaliquement nii rocher, et les gradins sur le côté sont les chemins en escalier conduisantau sommet- Le temple suffisait à symboliser la ville, qui aurait été placée sur une hauteur. Pis- &- — MoQnaio <l«
A vrai dire, je pense que le territoire Zeugma.
urbain s'étendait sur les deux rives -, primitivement, il y avait deux villes distinctes: Apamée ' et Séleucie '. Un avait pris l'habitude de dire que toutes deux se trouvaient « sur le passage » (tiûY(*a) *. Après le i" siècle, ces deux villes disparaissent ; Pline ne mentionne ni l'une ni l'autre ; pas de monnaies à leurs noms ; le tout s'est fondu eu un seul Zeugma', d'autan^
> XVI, 2, 3, p. 749 C : ( Le Zeugma actuel da l'Euphrale se trouve en GommBgëae, et juste via-à-vis est la forteresse de Séleuoie, qui, bien que tiluée en Mitopotamie, fut attribuée naguËre par Pompée à la Commagène. ..
•Je roprodaie (/I3. i) le graphiiue de Ciernik (2' p., pi. Il), qui montrerait cette opposition d'uhe bçoa encore bien plus maaifeste, s'il était à moins petite échelle.
»Wroth, Oreek coins o{... Syria, pi- XVI, H-13; p. LI et 124 sq. L'interprétation de Wroth est dilTérento de la mieone, mais me parait moins simple et moins nnturelle. Il tnit dans ce triangle la représentation conventionnelle do bois sacré attenant au temple, et ce que j'appelle les ileKrés d'accès, ce serait la oolonaade du péribole.
*Plîn., H. i¥.,V, 86.
^SeXeÛxiib i Ttpbctq) Eùupi-qi (CIQ, 2548); cf. Slrab., mprà.
' Polyb., V, 43, 1 : ïtltWia fi iiT- to5 ZÈifi»Moc; Plin-, tt. S., V, 119: dicta est et m Zeugmale Apatnea.
^ Cette Bolution me paraît plus raisonnable que celle de Streck (Panly-W-., 5app/., loc. «'(.): Apamée et Séleucie ne seraient qu'une senlfl et même localité, devenue une simple forteresse. On ne peut guère, comme il le propose, la confondre avec la Capbrana de Pline, ai
278 l'occupation territoriale
plus facilement que, depuis Pompée, elles se trouvaient en étroites relations.
Vu ce rôle primordial, on est un peu étonné du dire de Procope * : ses murs ne formaient qu'une vague clôture, avaient la fragilité d'une haie d'épines (a^fAaciiaç xpoitov) ; l'accès en était comme libre et, trop à l'étroit, les défenseurs n'auraient su où se porter. Mais Justinien lui éleva de véritables murailles, ayant l'ampleur et l'élévation convenables, et le pourvut de tous les autres moyens de défense nécessaires '. Il faut supposer une de ces exagérations, si fréquentes dans le De aedificiis. « A 1 heure 30 minutes (au nord) de Bir-Edjik, dit le Guide d'Isambert ', Kalkis offre les ruines intéressantes d'une ville romaine, et un peu plus loin, au-delà du bac de Balkis^ la route est taillée en corniche dans la falaise qui borde l'Euphrate. Elle débouche dans un vallon étroit, sur les. flancs duquel se trouve une intéressante nécropole où se voient de curieux bas-reliefs. Sur un monticule dominant le fleuve s'élève (1 heure) le château très ruiné HOroum Kalessiy l'ancienne Vrima* ». Il y a là, à mon avis, un certain nombre d'erreurs et de confusions. D'abord Vrima ne peut être que bien plus au nord, comme je l'ai fait voir. Je n'ai pas entendu prononcer le nom d'Oroum Kalessi, ni celui de Kalkis, mais je n'ai vu qu'un seul ensemble de ruines que les indigènes appelaient Balkis^ et il est en effet à 2 heures 1/2 environ au nord de Biredjik. J'emprunte quelques détails seuleiJient à mon carnet de voyage ^ : '\^
celle-ci correspond à Capersana, comme on l'I^met habituellement (cf. le Ptolém. de Mùller, p. 968). Amm., loc. ciL C^Q^^^^^ Capersana. Des fouilles, pratiquées jadis par HendersoD, consH^ d'Angleterre à Alep, n'ont mis au jour que des mosaïques (cf. Sa\^*"> ^V' ^^^^^'»
* De aed.. Il, 9, p. 237.
■ Dans Tétai actuel, c'est un mélange de caractères fi^uco-arabes. 3 P. 750.
* Mûller (loc. cit.) y place KaTa(jLava.
^ « Avant d'y parvenir [à Balkis^ venant de Nisib]^ au bord\^ "°^. ^^*
nombreuses petites vallées qui découpent la colline et y\dessinent comme une succession de dunes, je remarque un fragment de iPOsaïque et un sarcophage. Tout près de là, cinq minutes avant le\ ^^^'|*?®i quelques ruines, une sorte de tour carrée, dont le sommet est V^^^ ^^ mosaïque, une construction en briques longues et plates, liées F^®^ "^ mortier, peu considérable, mais dont le plan n'est plus visihie. v* 1^'^^^^ (X, p. 944) mentionne aussi Tel Balkis : ein Kreidefcls, der sich^^^ ^^^^
LES RIVES SYRIENNES DE l'bUPHRATB 279
Les ruines sont dispersées et couvrent une vaste étendue; maïs aucune enceinte n'est reconnaissable. Je ne retiens, parmi les vestiges secondaires, que ceux qui nous donnent des repères chronologiques.
Au flanc d'un coteau, une tête casquée colossale ; la pupille de Tœil étant indiquée, nous avons une date : n* siècle... Plus loin, des grottes funéraires, présentant de nombreux arcosolia *... Dans un ravin, des restes de constructions, et au milieu des débris une sorte d*autel, formé d'un cîppe polygonal ^ à base attique. « Au-delà, une galerie très longue, dont je ne puis voir la fm, taillée dans le roc : travail très bien exécuté. Un homme de grande taille peut s^y tenir debout; largeur : 85 à 90 centimètres. Conduite d'eau? Peut-être plutôt un couloir secret, permettant à la forteresse d'avoir des relations avec Textérieur, à l'insu d'un assiégeant. Un peu partout des débris de tessons et de mosaïques. Au bord du fleuve, pratiqué dans la berge qui dévale à pic, un couloir haut et la^ge, continuation du chemin riverain ; plus loin, cette berge s'éloignant de la rive, je remarque les débris d'une construction énigmatîque en blocage, qui baigne ses pieds dans l'eau. »
Quelle était cette ville? Puisqu'il faut éliminer Vrima, Arulis» Capersana ', je ne vois qu'un rapprochement de possible : Procope énumère les villes sur les bords de l'Euphrate que Justinien restaura, et. immédiatement après Zeugma, il nomme Ncocésarée dont il parle exactement dans les mêmes termes *. Que serait-ce sinon Balkis?
A une demi-journée au sud, toujours sur la rive droite, le
eines rômischen oder griechischen Tempels recht eigneie, und vielleicht noch ein altères Heiligthum des Bels war,
^ Vers le temps où j'en copiais les sculptures et les inscriptions» l'abbé Chabot les publiait dans le Journ. asialiq., 1900, II, p. 279 sq. La paléographie semble indiquer les inMv® siècles.
' A rapprocher de celui de Cyrrhus que j'ai mentionné dans le 6CH, XXVI (1902), p. 187. Môme date approximative.
3 II n'y a pas lieu de croira qu'on eût établi si près de Zeugma un deuxième passage également permanent.
* De aed., II, 9, p. 235. — Add. Théodoret, H. eccL, I, 7 : « Au concile de Nicée assistait Paul, évêque de Néocésarée^ fort assis sur les bords de l'Euphrate ». Garnison de cavaliers dans la Notitia (XXXIII, 26 ; cf. 4). Il y a encore un loannes.,. ep, Neocaesareae Euphratesiae en 553 (Mansî, Concil-t IX, 393). La ville est devenue Kaiaàpsta dans Georges de Chypre (882) ; les textes réunis par Gelzer (op. ciL^ p. 151}» ne fournissent aucun secours pour TidentiGcation.
l'occupation territoriale
village de Djerabous (ou Djerabis) est reconnu comme occupant la place d'Europos * ; les fouilles d'Henderson en cet endroit n'ont apporté que peu de lumière : elles ont mis au jour des fragments hittites et les restes d'une ville byzantine. Ce fut une cité militaire ', d'abord enclose de murs sous Anastase % que Justinien ne négligea pas * : il convenait de fortifier un point oii le courant de TEuphrate est divisé par deux grandes lies, qui devaient faciliter le passage du fleuve sur des pontons •. Europos est fort ruinée aujourd'hui ; au sujet de l'enceinte, Rilter* a résumé les données de Maundrell et de Pococke : le premier la décrit en demi-cercle, d'une longueur de 2.250 pas, avec une acropole au nord-esl, et deux portes. Po^ cocke attribue à la ville une forme rectangulaire, une longueur d'un demi-mille anglais et une largeur d'un quart de mille. Ayant retrouvé, moi aussi, les bases de nombreuses colonnes, de fort diamètre, et les restes de constructions quHl signale —
Fig. 6. — Europos.
gros blocs de pierre carros, de taille très régulière, je ne puis croire h une destruction plus complète dans l'intervalle ; or il m'est impossible d'adhérer à son plan, alors que mes observa-
* Comme le dit avec raison Regling (p. 472), c'est la place forte dont la table de Peutinger nous donne Tima^'e, mais aucunement le nom. Cf. Plin., H. iV., V, 87 ; Polyb., V, 48 ; Lucian., Qnom hist. cotiser, ^ 20. 24. 28; Hierocl., 713, il ; Europa chez le Géogr. de Ravenne, 87, H.
' BéliNdire y établit son camp et y réunit une armée, lors de la troisièmi» guerre persique de Justinien (Procop., fi. P., Il, 20, 24-25. 21, 1). ' Josué le Stylite, Chroniq.y 93.
* Procop,, Aed., H, 9, p. 235.
^ Sachau, op. cit., p. 169.
* Erdk.y X, p. 1039.
LES RIVES SYRIENNES DE l'eUPHRATE 281
lions concordent assez bien avec celles de Maundrell *. L'enceinte s'élève davantage au nord, où le monticule prend en outre plus de largeur; c'est là que devait se profiler la citadelle. La ceinture de collines s'interrompt devant le fleuve et présente aussi des solutions de continuité, notamment au sud, où se voient les restes d'une porte.
Après Tembouchure du Sadjoiir et le village de Sérésat, on entre dans la région des « quarante cavernes » (Ki/rk Magharà); elles sont très nombreuses en effet; les grottes ouvertes au flanc de la falaise ne sont pas toutes naturelles ; il est très possible que plus d'une ait été utilisée pour la défense, comme les grottes de Palestine '.
La Table de Peutinger nous a transmis les noms de Caeciliana, Belhamaris, Serrhae. Je n'hésite pas plus que beaucoup de mes prédécesseurs • à reporter la première * au lieu dit Kalaat-el-Nedjhn * : c'est aujourd'hui un château-fort arabe qui occupe l'importante plate-forme se dressant à pic sur la vallée ; il ne serait guère concevable qu'une forteresse naturelle aussi avantageuse n'eût pas été utilisée antérieurement •, et les distances portées sur les anciens itinéraires confirment cette identification '.
' V. le plan sommaire donné par la fig, 6. — Esquisse fantaisiste du lell dans A. H. Sayce, The Archaeology of the cuneiform inscriptions ^ London, 1907, p. 40.
' « Entre remboucbure du Sadjour et Sérésat, au village de Hamarna, on me dit que sur le tell voisin, à droite, il y a des mosaïques sans inscriptions, naturellement recouvertes d*une épaisse couche de terre » (Journal de route).
» Cf. Re^ling, p. 472.
^ KaixtXia de Ptolémée ; Gaeciliana d'après le Géogr. de Ravenne, If^ 15. Non idenliûée, dit Benzinger, s. u., Pauly-W. Mûller la mettrait plus au nord, au confluent du Sadjour; Ainsworth (Narrative, I, p. 224) encore au-delà, à Sérésat,
* Ainsworth (ihid,, p. 229 sq.) place là le Thilalicomum des Itinéraires, sur la foi d'une étymologie qui me paraît fantaisiste.
^ Gaeciliana est appelée castra dans la Table de Peutinger.
' Cbesney [Suroey of Euphrates and Tigris, London, 1850, carte II) signale près de là: ruins of a bridge and causeway. J'ai constaté en effet la présence de larges surfaces rocheuses, qui feraient croire à un dallage ; mais l'expérience m'a convaincu que souvent Térosion suffisait à produire ces particularités trompeuses ; quant au pont, je n'en ai pas remarqué les traces, mais peut-être ont-elles été supprimées depuis les travaux de Chesney. Oppenheim {Zeitschr, f, Erdk.y XXXVI, p. 80 sq. ; Byzant, Zeitschr, , XIV, p. 7) prétend même avoir vu dans ces parages les vestiges de trois (I) ponls antiques, peu espacés.
282 l'occupation tbrritohuub
Bethamaris (Bif)6(X(X{igepC(x) a été identifié par Ghesney et Sachaa avec Kara-Membidj ; je n*ai pas entendu sur place prononcer ce nom-là ; mais au même point, d'après les cartes, près du village de Hachlé^ j'ai trouvé, moi aussi, un champ de ruines peu considérable ; les changements de noms, fréquents dans la contrée, permettent une assimilation sous réserves ; peut-être aussi Bethamaris se trouvait-elle à 1 heure 1/2 ou 2 heures plus au sud, où j'ai aperçu, près du bord du fleuve, quelques colonnes de petites dimensions. Il se peut enfin que ce dernier point se confonde plutôt avec Serrhae S que personne n'a pu identifier *.
Les rives, dans toute cette région S sont plus abruptes que vers Biredjik ^. Mais plus loin TEuphrate s'élargit à nouveau, forme des îles et des méandres ; une dépression se creuse dans le sol, vers Fouest, se terminant par le marais allongé d'Es- Sebakka^ dans la direction de Beroea (Alep) ; et ses deux rebords forment chacun un plateau élevé. De part et d'autre on a retrouvé des ruines.
Au nord — c*est aujourd'hui Abou^Hafidya — gisent sur le sol des débris de grandes dimensions, de formidables tambours de colonnes rappelant celles de Baalbeck. Ce sont, d'après les indications de distances de la Table de Peutinger, les dernières traces de la ville d'Eraziha ^ ; elles ne semblèrent pas, à Sachau, porter l'empreinte d'une destinatalion militaire ®, et du reste la défense du passage était déjà assurée par le poste voisin de Barbalissos.
De celui-ci l'importance n'est point douteuse : c'est par le mot de <ppouptov, ca5/tf/ft/m, que les auteurs 'désignent cette ville
* rlppiT) dans Ptolémée ; Oéppr) dans Hierocl., 713, 6.
' Hypothèses suspectes de Mûller : Kalaat-el-Nedjim = Bethamaris (bic Benzinger, s. u., Pauiy-W.) ; Gerre = Kara-Membidj.
' Nullement déserte dans Tantiquité. Carnet de voyage : ce Après Hachlé, pendant une bonne demi-heure, une série de grottes taillées, la plupart rectangulaires ; très peu présentent des formes courbes et arrondies. A deux ou trois d'entre elles conduisent des escaliers, également pratiqués dans le roc. Même, en un endroit, on reconnaît des soubassements de murailles. »
♦ Néanmoins Texpression d'Ainsworth {Narrative, I, p. 248 8q.): «Les portes de fer de l'Euphraie », est passablement exagérée.
^ 'Epayt^a dans Ptolem., V, 14, 10.
• Fur ein rômisches Kastell ist die Bauart zu gewaltig, zu pràchlig und zu kostspielig (p. 135).
' Malalas seulement (p. 462 Bonn) écrit: Bap6aXi<jjôv ttjV tiôXiv.
LES RITES SYRIENNES DE l'bUPHRATB 283
le plus volontiers *, et Procope mentionne, sans les détailler, les soins que Justinien donna à sa restauration '. L. Cahun, gui a visité Balis^ en donne une description insuffisante '. De mon journal : « A une assez grande distance du fleuve (dont le cours a dû se déplacer), une accumulation de décombres, briques, terre et graviers ; des colonnes de basalte, aux chapiteaux corinthiens, ont été transférées dans un petit cimetière arabe tout voisin, où elles servent de pierres tombales. L'enceinte n*estplus reconnaissable, excepté vers le sud; de ce côté, en effet, le plateau est bordé d'un long fossé continu, que surplombent des restes de maçonnerie en blocage, et qui se termine à Test au pied d'une construction carrée dont les soubassements demeurent visibles. A l'ouest, des lambeaux d'édifices énigmatiques, faits de briques disposées par assises horizontales, avec de hautes fenêtres ; quelques-unes ont été bouchées ^ux trois quarts, comme pour servir de meurtrières *. » L'identification des lieux n'a, par malheur, pu être faite pour
d'autres TroXIdfjiaxa xat ^poapia ev èj^^axiai; twv EùçpaTTjala; éptcov,
à propos desquels Procope loue pareillement l'infatigable activité du même empereur. Nous ignorons quels étaient les cinq bourgs dont la réunion forma la ville de Pentacomia; du moins ils se pressaient sur les bords de l'Euphrate.
Un des problèmes les plus insolubles est celui de la position de Thapsaque, qui, à l'époque hellénistique, commandait un passage à gué ^ Ritter a minutieusement étudié tous les textes
* Etienne de Byz. : BapôàXiadoç, cppouptovx^c ea>TexEiyi(jfji£vov; Procop., B. P,, II, 12, 4: àfiçi *06oàvy^; t6 ^toptov, ôirsp toù èv Bap6a)vîaa(p cppoup{o'j xs77apàxovTa 7xa8^6u; àTzkyti, Aucun autre ne cite Obbanès, que Reg-
ling place à Balis, en amont de Meskéné ; je ne vois pas ce que cet autre Balû peut désigner. Quant à Meskéné, je ne doute pas qu'il ne faille le reconnaître dans l'ancienne Maj)^àv>j, Tz6\i<; Trpo; xwv 2xT]vixà)v 'Apàêtov, nommée dans un fragment des Parthica d'Asinius Quadratus (FHG, lïl, p. 659 sq., fragm. 11= Peter, Hist. Graec. reliq., Leipzig, II (1906), p. 144 sq., fragm. 21), auquel je ne vois pas qu'on ait songé, et relatif apparemment à la guerre de Sévère. Peut-être le passage était-il là; la confusion avec Obbanès alors sUmposeraît.
' De aedif.y II, 9, p. 235. — La Notitia lui assigne une garnison de cavaliers (XXXIII, 25 ; cf. 3).
' Excursions, p. 160-161.
* V. la photographie que j'ai donnée dans le Tour du Monde^ 1^ avril 1905, p. 148.
* Ptolémée (V, 18 : 'ddétj/axoi;) lui accorde une mention peu conciliable avec celle de Pline, auteur un peu plus ancien (V, 87 : Thapsacum quon'
284 l'occupation tsrritorialb
qui se réfèrent au sujet et les opinions émises ', et il conclut que Thapsaque doit être cherché dans la région de Sura, El- Hammam, Callinicum, etc.. Je ne sais en vertu de quelle information Kiepert* l'a identifié avec un lieu dit El-Bordj, à quelque 25 kilomètres au sud-est de Meskéné^ dont je n'ai nullement ouï parler sur place. Voici, quant à moi, ce que j*ai observé QnivQ Meskéné et El-Hammam : A 3 heures 1/2 audelà de Meskéné, dans la direction dont il s'agit, sur une hauteur, « les ruines d'un castel, arabe sous sa forme dernière, et qu'avoisine un ziaret ou tombeau d'un saint musulman ; les murs sont faits partie en briques cuites alternant avec de la pierre % partie en briques crues ; on dirait de la boue. — A une heure de là, loin de la rive (1/2 heure), un champ de ruines auquel les indigènes donnent le même nom qu'à leur village, situé, lui, au bord du fleuve : DebsL L'étendue en est peu considérable, pourtant il y avait bien là une ville antique ; le rebord du plateau, dont le niveau est fort inégal, était utilisé par l'enceinte, dont on voit encore, par places, des vestiges assez nets, en blocs de pierre régulièrement taillés. Du côté nord, une petite tour carrée, en briques, aux trois quarts démolie, semble avoir été ajoutée par les Arabes *. » Même impossibilité de situer Hemerium * : ses murs avaient
dam, nunc Amphipolis), Ptolémée ne connaissait donc que le nom hors d'usage ?
* Erdk.y X, p. 959-984 : Die Lage der beiden Hauptûbergànge, am Zeugma und bei Thapsacus.
^ Dans sa carte annexée au travail cité de Regling.
^ Et ceci ferait songer à une construction delà basse époque romaine.
* Moritz (op, cit., p. 31) fait le même rapprochement, mais appelle l'endroit DibsCy sans donner de détails à son sujet. Quant à Mûller (p. 975), il assimile Dibsi à i'^AOïc; de Ptolémée (V, 14, 13; l'Attas de Peulinger ; Ati et Anthis chez le Géogr. de Ravenne, 54, 6 ; 88, 14). Fischer {ibid,, p. 1013) place Thapsaque à El-Hammam. Toute discussion me paraît superflue; mais on pourrait arguer d'une certaine analogie entre les deux formes Thapsaque et Debsi. — Ainsworth {Narrative, I, p. 273 sq.) met Thapsaque à Souriyé. Je n'ai pas entendu prononcer ce nom; nul doute qu*il désignait les ruines de Sura.
* Sur les formes diverses : 'Hfiépioç, 'Ifjiep'a, Emmarias, Ymeria,etc..., V. Gelzer, op. cit,, p. 155. Sur quelle rive de l'Euphrate la localité étaitelle placée? Ce serait sur la rive droite, selon Procope qui en fait une ville d'Euphralésie; parmi les sources ecclésiastiques, les unes la placent en Mésopotamie, ce qui est inexact au sens proprement administratif du mot, les autres en Osrhoèoe, par conséquent encore sur la rive gauche.
LES RIYBS SYRIENNES DE L*EUPHBATB 285
été négligemment construits et chancelaient; une sorte d'argile boueuse en joignait mal les pierres. Juslinien les rasa et en construisit de nouveaux en pierres très dures, qui avaient en largeur et en hauteur de plus respectables proportions. Il fit plus : Hemerium manquait d'eau; tout autour des fortifications il disposa des réservoirs pour recueillir les pluies. Enfin il installa une garnison, qui semble avoir manqué jusque-là ; la Notitia digiiitatum ne fait du moins aucune mention de la ville.
C'est probablement vers le même endroit de TEuphrate, près de Barbalissos, que s'était trouvée Zenodotia (ou Zenodotium), fondée et habitée par des Grecs et des Macédoniens, qui seule, au temps de Crassus, résista aux Romains. Elle eut la perfidie d'en appeler quelques-uns dans ses murs, comme si elle eût voulu se soumettre, de les emprisonner aussitôt et de les massacrer. Elle fut pour ce motif complètement détruite *, et il ne nous est pas parlé de sa réédiûcation.
Ptolémée ^ porte ici : "AXaXiç, Soùpa, 'AXàfiae». La position de la première et celle de la troisième sont inconnues ^.Mais une autre cité heureusement située, c'était Sura, au croisement des routes venant de Palmyre, et de Beroea ou de Chalcis. Elle fut une place de guerre et, au commencement du v" siècle, servit de résidence au préfet de la leg. XVI Flauia Firma ♦. Chosroès, dans sa deuxième campagne de Syrie, remonta l'Euphrate, plaça son camp devant Sura et tenta l'assaut de la ville. Le inagister militiim, l'Arménien Arsace, dirigeait la défense. Quand il eut succombé, les habitants intimidés déléguèrent leur évéque à Chosroès ; mais celui-ci, irrité de cette ré-
* Dio Cass., XL, 12 sq. ; Appian., Parth,, 136 (Zenodotia) ; Plut., Crass.f 17. — Ritter (X, p. il36) suppose que la ville était dans les environs de Nicepborium^ où Crassus établit son camp (Flor., H, H.,