DU TIGRE Â LTUPHRÂTE ROUTES ET FORTERESSES DE MÉSOPOTAMIE
Notre ignorance est à peu près absolue touchant les ouvrages défensifs qui peut-être offraient leur protection aux rives de TAborras. Peine inutile, jugerait-on, si déserte était toute la contrée *. Sur cette rivière pourtant, Oppenheim ^a constaté à Saouar ', à environ 40 kilomètres de Circesium, des ruines qui couvrent un espace rectangulaire nord-sud, large de ISO pas, long de 150 à 200, avec une dépression longitudinale au milieu. On soupçonne un camp ; les restes visibles paraissent appartenir à l'âge arabe, mais peut-être y a-t-il du byzantin au-dessous ♦. On est encore tenté de situer à Arban^ — sur la même rivière, plus en amont — , où gisent quelques décombres, l'Arabana d'où dérivent les Equités sagittarii iiidigenae Arabanenses de la Notitia ^ et que rappellerait V 'AxpàSa de Ptolémée •.
* Il est vrai, d'autre part, qae les tremblements'de terre y ont causé de grands ravages; une chronique du viii° siècle en mentionne un qui, à lui seul, anéantit trois cités sur le Kkabour (Assémani, Bibl. or,, II, p. 3ii) ;il faut entendre sans doute son cours supérieur ou ses affluents.
* Vont Mittelmeer..,, II, p. 10-11.
' D'autres écrivent Feden.
^ L'explorateur identifie ingénieusemeut ces vestiges avec 'ÀTigaoàva (Ptolem., V, 17, 7). Fischer {ihid.)f conteste, sans raison valable, la confusion établie par Seeck avec Apatna (Not. Or., XXXV, 25) où devait se trouver la leg, 111 Parlhica ; cf. supra, p. 78, note 2, et Streck (Pauly- W., SuppL, I, 112).
^ XXXVI, 25; cf. Streck, Pauly-W., s. u. Les autres rapprochements de Seeck ne s'imposent pas.
300 l'occcpation thbbitorialk
II faut suivra au moina cent milles pour retrouver «ne série de grandes places antiques dans la direction de Test etdu nordest, et ce sont surtout des villes perses. Une des plus méridiooales est cette cité d'Hatra, contre laquelle s'épuisa l'eirorl de Septime Sévère,dans le sifege si curieusement conté par Hérodiea '. Les ruines, visitées autrefois par Ross et Ainsworlb *, ont été plus récemment décrites ', avec assez de précision pour qu'on remarque — une fois encore — la grande analogie de construction qu'elles présentent avec les plus fortes places byzantines. Je renvoie simplement le lecteur â cette étude, car Hatra n'échappa que pour très peu de temps à la domination iranienne.
Une autre cité occupait une position isolée, qui appartint près de deux siècles aux Romains, mais dont la conservation était fatalement pour eux fort difficile : Singara '. Située sur le versant méridional d'une longue cliaîne montagneuse, dans le prolongement du cours inférieur de l'Aborras, elle était en dehors du périmètre de protection de l'empire, auquel elle tournait le dos en quelque sorte. Déclarée colonie par Marc- Aurèle ', il semhle qu'elle ait été largement pourvue de troupes ; quand Sapor en fit ie siège sous Constance, deux légions la détendaient, la / Fian'ia et la / Parthica ', avec un grand nombre d'indigènes et de cavaliers auxiliaires ; mais les légions dn iv= siècle n'avaient plus qu'un effectif réduit, et la garnison ne suffit pas à préserver la ville qui tomba définitivementaux mains des Perses. La plus grande partie de l'armée romaine campait à une trop fçrande distance, à Nisibis ; les défenseurs succombèrent, vaincus parle nombre et parle manque d'eau : Singara fut rasée '.
On a pu en retrouver les traces dans la ville actuelle, moins étendue, de Sindjar ou Béled : l'ancien mur, assez générale-
• lU, 9. — Cf. Ritter, Erdk., XI, p. 466-492; Et. de Byi.. 'ATpat ; Dio Cass., 'ATpT|VoC.
» Travtls, If, p. i66-m.
' Cb, Jacquerel. Les ruines de tfalra (Rev. archéolog., 1897, II, p. 3t3- 352). [Le nom véritable, estropié dans la Rev. arch., est Jacquerez].
« Plin., II. N.. V, 88; Dio Casa., LXVIII, 22 ; El. de Byz. : li Sifppa.
^Eckhel. D. N. V.. III, 519.
"^ Amm. Marc., X\, 6. La ville aurait été prise parce qu'une tour, loat récemment construile, et dont le mortier était encore (raie, s'écroula et ouvril une brèche aux aesiéi^aata.
^ Exâso oppido [Id., XX, 7, l).
DU T16RB A l'bUPHRATE. ROUTES, FORTERESSES DE MÉSOPOTAMIE 301
ment entouré d'un fossé, était formé, sur le parement extérieur,de blocs taillés à angles droits, le reste composé de pierres quelconques etde terre ; il paraît avoir uni une grande solidilé à une notable élévation. Le plan de la ville était un quadrilatère, comme d'habitude quand la topographie n'entraînait pas une forme plus capricieuse.
Lorsque les Romains eurent annexé rOsrhoène et la partie nord de la Mésopotamie, cette dernière devint tout naturellement le théâtre principal de leurs luttes contre la Perse. Les Sassanides ne pouvaient se résigner à leur en laisser la tranquille possession, et sous chaque règne, ou peu s'en faut, la lutte recommençait. Cette longue et large bande de terre entre l'Euphrate et le Tigre était coupée par deux grandes voies peu divergentes, toutes deux partant de la région de Ninive (Mossoul) et aboutissant à Zeugma. L'une suivait le cours supérieur de l'Aborras et, comme nous le montre la Table de Peutinger, passait à Resaina, Carrhae* et Batnae ; l'autre avait pour principaux relais Nisibis, Dara, Conslantia et Édesse.
La première était plus courte, mais plus désertique et plus brûlée *. Après Mossoul, elle longeait les pentes du Djebel- Sindjar, passait à Singara, puis sur l'emplacement du village actuel de Skéniyé ', et franchissait, entre deux stations de la Table de Peutinger : Fons Scabore et Lacus Beberaci, le pont qu'a retrouvé Oppenheim* kES'Soufayé,îelé sur le Diagdiaff, tout près de son confluent avec le Khabour^ ; ensuite elle sui-
* Ua peu avant d'arriver à Carrhae, au départ d'Édesse, Sachau a retrouvé quelques traces d'une voie anlique qui lui a paru dirigée vers Biredjik ou Europos (op. laud,^ p. 217). G'esl probablement la voie dont nous parlons.
* L^Osrhoène, comme je l'ai vu moi-môme, est le pays des contrastes : èv TO'jtq> X({) lôvEi itaXXat |jlIv ttî^Xôic fJieYaXat xa». itoX'jàvOptoTtot, xwpa os ica[jiit6XX7j \ÙM olxouixévT], 7ra(XT:<5XXTj ol ào(x7jx6<; xe xai £p7)|jLo^ (Théodoret, Helig, hist.^ II, p. 1305, Migne). Des oasis populeuses s'éparpillent sur retendue inculte. D'une façon générale, le nord vaut infiniment mieux que le sud.
3 Sachau, p. 324 sq. C'est là que Mûller met le riÇà|xat de Ptolémée (V, 17, 7 ; Sizinus, Peutinger ; Sichinus, Géogr. de Rav., 80, 9), assimilé an Thillazamana ou Tbillazamara de la I^otitia (XXXV, 9 et 21), en Osrhoène. Mais Skéniyé devait être plutôt dans la préfecture de Mésopotamie.
^ZtiUchr. fur Erdk., XXXVI, p. 92; Byzantin, ZeiUchr.y XIV, p. 11.
* Au confluent mème« sur le Tell-Héséké, des ruines informes parmi
302 l'occupation territoriale
vait ce dernier cours d'eau dans la direction de Ras-el-Aîti- Mes observations personnelles, celles d'Oppenheim ne laissent aucun espoir d'atteindre jamais à une connaissance un peu précise de l'ancienne Resaina (ou Rhesaena *). Colonie romaine depuis Septime Sévère S elle obtint les faveurs de Théodose P% comme le montre la qualification nouvelle qu'elle reçut alors : Théodosiopolis ^ L'identité des deux villes est garantie par la Notitia digiiitatiim qui, de peu postérieure, donne encore les deux formes : Resainae sine Theodosiopoli *. Le rôle de Resaina n'était d'ailleurs que secondaire; elle aurait eu à
S'.axa>Xu£tv xà; ys *^3t"3t MeaoTroxafjLiav Ospacjv èjooXà; ^, aU Cas peU probable oii le roi de Perse, arrivant de l'Euphrate ou d'Hatra, au lieu de suivre les rives du Tigre, aurait voulu forcer l'entrée de rOsrhoène entre Carrliae et Dara. La garnison de Théodosiopolis, au commencement du v® siècle,n'était formée que des Equités promoti lllyriciani *. La ville était en effet baignée par l'Aborras supérieur \ sur un chemin de traverse ; mais derrière elle se trouvait Constanlia ^ place plus considérable et pourvue d'une plus forte garnison. Justinien tira Théodosiopolis de
lesquelles des digues détruites. Selon Oppenheitn (7om Mitlelmeer.,,, II, p. 23 sq.), ce serait remplacement de Thannuris ou Thannourios (?).
* Je n'ai découvert qu'un champ de décombres ; impossible de reconnaître seulement Tenceinte ; mais la cité couvrait une superficie fort vaste. De ci de là quelques fragments de basalte, surtout des linteaux de portes. Plus rien des colonnes de marbre signalées par Rilter {Erdk.^ XI, p. 379) d'après des ouï-dire.
- Eckhel, D. N. F., IIl, 515; Mionnet, V, 630. — Aucune mention avant Ptolémée.
^ Bîoooîio'jTToXi; (Iliéroclès, 714; (jcorcr. Cypr., 895). 11 ne s'ap^it pas d'une construciion proprement dite, en dépit de la Chronique d'Édesse (Hallier, p. 102, n° 35, année 380/1 ; Malal., p. 345 Bonn, dit 383).
* ISot. Ot\, XXXVI, 20 ; cf. 4; Assémani, BibL or., I, p. 339. ^ Procop., Aed.y II, 5, p. 225.
* Les troupes en question étant suh dispositione ducis Mesopoiamiae, il paraît difficile d'identifier avec Hesainala ville (ie Rajiin, où étaient stationnés des Equités [sagitlarii] primi Osrhoeni {Not.y XXXV, 22; cf. 11), sub dispositione ducis Osrhoenae. Cette opinion a été cependant soutenue (V. Boeckin^', Adnot, adNot. Or., p. 4U0, 17).
"^ Et. de Byz., 'PsTiva tiôÀi; mol xôv "Aoosav ; zï. Procop., B. P., II, 10,
^ Cependant il faut bien remarquer que dans ce secteur l'unité de commandement n'avait pas paru très nécessaire. Laissant Resaina en Mésopotamie, la démarcation entre cette province etl'Osrhoène passait tout près de cette ville, et plusieurs de ces forts de couverture se trouvaient au contraire sous les ordres du duc d'Orshoène.
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rabandon où elle se consamait de véstuté ; il refit la plus grande partie de Tenceinte qui menaçait ruine.
Comme d'ailleurs elle devait commander un assez large district, on lui avait donné un certain nombre de satellites que Procope appelle brièvement : les forteresses autour de Théo-
siopolis (xà ©po'jpta, Sda ^r^ à{iot TCoXtv BEOOOŒiouTtoXiv XETxat)*. Il nomme
Magdalathon, lequel avait deux annexes, puis Bismideon, Themeres, Bidamas, Dausaron',Thiolla, Philas,Zamarthas, les deux Thannourios,le grand etle petite De tous ces noms, le dernier* seul se retrouve dans le Notitia dignitatum, comme séjour d'Equités sagittarii indigenae S et il ne désigne qu'une seule localité au lieu de deux. Il y a donc lieu de penser que Tun des Thannourios est une création <Ju V siècle, ou qu'au moins il n'existaitpasauparavantcommeposte militaire. Procope ajoute que près du grand Thannourios était un point que les Saracènes o\ TioXéfjLtot — c'est-à-dire les vassaux des Perses — pouvaient aisément occuper, TAborras une fois franchi *, et d'où il leur serait facile, se dispersant à travers les bois épais qui couvrent la montagne (le Tektek Dagh), de harceler sans cesse les Romains des alentours. Justinien fit édifier en cet endroit une tour imposante et y plaça un corps de troupes. Néanmoins, en 578, « les Perses s'emparèrent du fort deeauwipio; — Tidentité ne fait pas de doute — où iln'y avait pas de garnison» ^ Toutes ces stations entourant Théodosiopolis étaient dépourvues de murailles ou n'avaient qu'une simple clôture, aussi méprisable qu'une haie — alfiajtâ; xpôTiov. Justinien les rendit redoutables
« De aed., II, 6, p. 225.
' Datisar chez les géographes arabes, ce qui permet de le situer sur la roule de Nicephorium (dernière station depuis cette ville). Fraenkel, Pauly-W., s. u.
^ Les ruines qu'a observées Oppenheim {Byzant. ZeiUchr.j XIV (1905), p. 9) à Kasr-el-Banat, Chou-eb-Châr, KasT-el-Mouchervif Serdiféchan, Telï- Koumar, ne sont certainement pas sans relations avec ce groupe ; mais même la toponymie est ici sans application.
* Pourtant de Zamarthas Seeck rapproche : Cohors l Eu/ratensis Mara- Iha {Notit., XXXV, 33), en Osrhoène. —Pure hypothèse.
* XXXVI (Mésopotamie), 28 ; cf. 17. Notons que Vala prima noua Diocleliana^ inier Thannurin et Horobam (Oroba 8, Oraba 20), était déjà en Osrhoène (XXXV, 31).
* D'où l'identification risquée par Oppenheim ; v. ci-dessus, p. 297, note 5.
^ Menand., 26, ap. de Boor, Excerpt. de légat, gent,, p. 469 (= Migne, P.G.L., CXIII, p. 836 D) ; Zacharias Rhelor, IX, 2, p. 169-170.
304 l'occupation territortalk
et fortifia, outre celles que Procope énumère, xaî ti Aonzà wç
eitteIv àiravxa ^
Le nom de Resaina s'est conservé, par un jeu de mots, dans celui de Ras-el-Aïn ; il nous est dit que cette ville fut saccagée par Tamerlan à la fin du xiv<^ siècle ^ ; nous ne savons pas qu'elle ait eu à souffrir de la guerre antérieurement.
Les anciens itinéraires ne mentionnent pas de route entre Resaina et Gonstantia; il était cependant naturel d'en construire une, et je l'ai relevée sur une notable partie de sa longueur •.
Si l'on poursuit vers l'ouest la route de Singara àZeugma, on passe àiïarr«;i, l'ancienne Carrhae.Sonimportance militaire dans l'antiquité est évidente *, toute la région ayant servi plusieurs fois de champ de bataille, notamment lors de la campagne où
^ Du nombre ont pu être les trois localités mentionnées par le seul Georges de Chypre (900-902) : MovtôiXXa, erjptjxa^^ojv, Moviau^a. G[eorg] II[o£fmann] suggère que peut-ôtre'BTjpijjià^^ajvest à corriger en ©TjXtfjidtxP***^ et à rapprocher de Tell-Mahré (cf. Tôd. Gelzer, p. 154-5).
2 D' Herbelot, Bibl. orient,, IIÏ, p. 112.
3 Extr. de mon carnet de voyage : <c Nous partons dans la direction du N. 0. N.; au bout d'un quart d'heure^ j'aperçois un pan de muraille en pierres bien équarries ; puis nous nous retrouvons assez vite sur une voie romaine, facile à reconnaître à une ligne de pierres ininterrompue (ii n'y en a pas dans les campagnes environnantes) ; ce sont des cailloux de grosseur moyenne ayant servi au pavement. Les ruines se pressent sur les bords, à intervalles irréguliers : à 1 heure de Has^el-Aïn, le tell assez élevé d'El-Kbeça (non communiqué, comme les suivants, par mon j^'uide bédouin), couvert d'un assemblage de pierres, dont la limite inférieur (épouse le contour du sommet du coteau. Au bout de 3 heures 1/2, sur la gauche, A7iara/?(?/-A'a/i^r, ruines informes auxquelles d'autres correspondent, dix minutes plus loin, sur la droite, accompagnées de profondes citernes. Après 4 heures 3/4, Gahr, groupe plus considérable, que les bergers oni peu à peu démoli, pour établir leurs parcs à moutons ; néanmoins on remarque à un angle le soubassement d'une tour carrée, et tout autour une douzaine au moins de citernes très spacieuses. Le guide ajoute qu'à 2 heures de la route, à main droite, se trouve un château bien conservé, qu'il appelle Kas^el-Bordj ; impossible d'y aller |la région n'était pas sûre). Au bout de 8 heures au total, nouveau champ de ruines, dénommé Serl{ ; mais la nuit est si noire qu'on ne distingue presque rien. 1 heure plus loin, nouvelle accumulation de pierres avec Tell-Ilannc. 20 minutes enfin avant Ouerancher, une dernière petite surélévation avec des pierres éparses, sans doute les ruines d'un avant-posle près «ie la ville. »
^ Aussi les Macédoniens l'avaienl-ils de bonne heure colonisée (Dio Cass., XXXVII, 5).
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Crassus périt dans une embuscade *. Au vr siècle, Justinien en restaura les murs et avant-murs ^. Chosroès, passant par la ville, refusa l'argent que les habitants lui offraient, en récompense de ce que la plupart n'avaient pas embrassé la religion chrétienne '. Et c'est tout ce que nous savons de cette cité. Sachau Ta visitée * et n'y a plus trouvé de restes antiques ; la forteresse, construite en briques rouges, et les murs de Tenceinte lui ont paru dater du moyen âge arabe. A noter seulement l'acropole du sud-ouest, une éminence de 80 à 100 pieds, qui sans doute existait déjà à l'époque qui nous occupe, et d'où Ton a vue sur toute la plaine uniforme.
Enfin la route passait à Batnae ^, qui n'est pas désignée comme une place proprement militaire, mais que ses foires annuelles rendaient digne d'une protection rigoureuse. Elle possédait une citadelle» dont on avait à tort négligé Tentretien, jusqu'à ce que Justinien lui donnât sa forte ceinture de remparts. Les voyageurs qui, à différentes époques, ont parcouru celte contrée, ne s'accordent pas sur l'emplacement de l'ancienne Batnae ' ; mais les sources arabes ont permis à Regling de l'identifier d'une façon indubitable a.wec {Eski) Seroiidj % point central d'une oasis réputée, vaste grenier à blé ; l'An-
* Id., XL, 27-28; Plin., H, iV., V, 86 : Carrhas clade Crassi nobiles ; Amm. Marc, XXIII, 3, 1 : Carrhas Crassorum et Romani exercitus aerum' nis insigne.
« Procop., Aed., II, 7, p. 230.
3 Id., B. P., IL 13, 7.
* Op. laud.y p. 218 ; cf. le plan p. 223.
8 Cf. les textes réunis par Reglinfç (p. 450) ; Baxvat (Dio Cass., LXVIII, 23 ; El. de Byz.; Procop., Aed. ; Zosim., IH, 12, 2) ; Batnae (Peutinger ; Geogr. Rav., 79, 18; Amm. Marc, XXIII, 2, 7 ; Hierocl., 714, 5) ; Bathnae (Itin. Anlon., 192, 2 et 5); BàxvT) (Procop., B. P., II, 12, 31); Batna (Amm., XIV, 3, 3). Isid. de Charax nomme une province de Batàv?]. — Add. Ritler, XL p. 279 sq.
6 4>pojptov ô ev BatxvaK î^v (Procop., Aed., II, 7, p. 230). C'est en ce sens peut-être qu'on devrait interpréter Pline (H. N., VI, 30), parlant d'une cité à Pest de Zeugma, dont il ne donne pas le nom, jadis grande ville fortifiée et réduite de son temps à un simple caslellum.
^ Elle fut en effet détruite par un tremblement de terre en 990 (Michel le Syrien, Chroniq., trad. Chabot, II, p. 457).
* Josué le Stylite, Chroniq.y 90 : .< Les murailles de Batnon (sic)» château fort des environs de Saroug (sic), qui étaient abattues et percées, furent rebâties et renouvelées par Euloge » (préfet d'Édesse). — A Batnae aussi passait ia route, moins fréquentée, d*HiérapoIis à Édesse. Batnae serait, selon Fischer, ie BtOtà; de Ptolémée (V, 17, 7).
L OGOUPATION TERRITORIALB
Ibemusias ou Ànlhemusia de quelques autres auteurs ^ esl eucore la même ville % sous son nom de colonie macédonienne.
Les indications de dislances des itinéraires ne sont qu'approximatives et on chercherait inutilement à les concilier. La station parthique de Koraia serait à placer entre les yillages modernes de Detiiz et Kuluyuk *.
Batnae était, avec sa banlieue, emfermée dans un colossal quadrilatère — le Parallelogramm de Regling, — dont l'Euphrate formait deux cAtés, la route d'Ëdesse à Zeugma an autre, le quatrième étant représenté par le Belias, affluent de TEuphrate, dont les Parthes avaient jalonné le cours d*ane série de stations.
Les Romains les imitèrent: c'est celle vallée que suivait une route importante S commençant à Édesse et dont Sachau a aperçu plus d'une foiSj entre cette ville et Garrhae *, le pavement fait de gros blocs taillés ^ Nous apprenons de Zosime que Julien, préparant sa campagne de Perse et parti de Garrhae. passa par tous les postes établis depuis là jusqu'à Gallinicum ^ Ammien ne cite * qu'un seul de ces castra praesidiaria^DauBikeL^f
* Isîdor., I, 245 ; Plin., H. .Y., V, 86; VI, 118 (Anthemus ; sic Et. de Byz., 'AvOejjLouç) ; Tac, Ann,y VI, 41 (cités par Regling, p. 453). — Add. les monnaies de Garacalla (Ëckbel, D, N. F.,in, 506;MioQnet, V,p.592; SuppL, VllI, p. 389-390).
* Regling, p. 454 sq.
^ Ibid., p. 456. — Quant à la station de Daiara (Isid.; Peuiioger) ou Thiar (Geogr. Rav.), dont remplacement, à Touest de Batnae, est incertain, elle ne semble avoir eu aucune importance militaire (cf. Regling, p. 449).
* Amra. Marc., XXllI, 3, 1 : unde (a Carrhis) duae ducenles Penidem uiae regiae dislinguuntur^ laeua per Adiabenam et Tigridem^dextra per Assy. rios el Euptiratem; Zosim., III, 12, 3 : 8uoïv xoivuv èvxêOOsv ôSoïv irpoxeifiivaiv T^c |jLèv oià xo'j TtoxajjioO TiYpT)To<; xat TtéXew^ Ni(j{6toç xaXç 'ASia- 6r^vY;<; (jaTsaTreiai; exôaXXojcïj;, xf); ôl 8tà xoû Euopâxou xat xoû KtpXT)- (j(ou.
^ Ce tronçon a élé parcouru par Garacalla {uit., 6 ; Herodîan., IV, 3; Dio Gass., LXXVIII, 5; Zonar., XII, 12, p. 113 Bonn) et Chosroès.
* Op. laud., p. 217. — Je voulais moi-même prendre cette route en 1901, au départ de Rakka ; mais je dus y renoncer ; les rares citernes, sur tout le trajet, étaient bondées de sauterelles crevées.
"^ Zosim., ni, 13, 1 : i^opii-Z^ioL^ S*èx Kappcâv y.cd xz Iv fjliaqi 8t9e$pQ[{ià)v opoup'.a |Jt£X^i KaXXtvîxou.
* «XXUl, 2, 6.
^ Très probablement ce Dauana n'est pas à confondre avec le ÂaSovs; de Procope {AeJ,, II, 4, p. 222), car celui-ci place la localité en qoeslioa
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ajoutant qu'il était aux sources du Belias * ; mais où sont, où étaient, il y a quinze siècles, les sources d'un « oued » du désert?C/est peut-être de ce castel que Sachau aretrouvéles restes à Karayer, à mi-distance k peu près entre Carrhae et Nicepliorium ^ ; c'étaient, enfouies dans le sol, des substructions en grandes pierres de taille, sans qu'aucun autre matériel de construction fût visible alentour; le tout formait un ensemble d'une médiocre superficie. Faute de plan, il est difficile de conclure. Regling voudrait placer cette localité plus au nord, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de Earran, vers Ras-el-Aïnel-KhaliU où Morilzet Oppenheim ont reconnu des ruines, notamment des thermes et un aqueduc. La chose reste naturellement très douteuse.
D'autres ruines ont été signalées en divers points, qui ne peuvent, vu les indications de distances, concorder avec aucune des mansioîies d'Isidore : Mannuorrha Aureth, Kommisimbela, Alagma, Ichnae.' Cette dernière seule est à chercher sans doute dans le Chnez d'aujourd'hui, vers le confluent du Karamouch^ rivière presque constamment à sec ; le récit de Plutarque sur la campagne de Crassus s'accorde d'autre part avec la toponymie*.
La moitié méridionale du «parallélogramme » de Regling est décrite par Sachau ^ comme une steppe abandonnée ; au contraire, Moritz et Oppenheim * affirment que le pays est fertile bien peuplé et qu'ils ont rencontré de nombreux champs de ruines. Je n'ai point connaissance directe de la région ; je puis dire cependant que la première opinion est de beaucoup celle qui m'étonne le moins. Quant aux ruines en question, elles restent énigmatiques, car aucun auteur, aucun itinéraire
entre Dara et Amida (Frœnkel, Pauly-W., s. a., les distingue). Ammien, il est vrai, est d^ordinaire plus précis que Procope. C'est donc le castellum d'Ammien qu'auraient habité les Equités Mauri iUyriciani delà Nolilia (XXXV, 5 : Dabana ; 17 : Danaba), en Osrhoène.
* XXIII, 3, 7 : unde orlus Belias fluuius funditur in Euphralem. Les sources arabes et syriaques confirment ce renseignement (citées par Regling, p. 461 sq.).
*^ P. 235 : Gara Jer... die eine Orlslaye alter Zeit (ein Castell ?) zu bezeicknen scheint.
» Plut., Crass., 25.
* Cf. Rilter, X, p. 1121 sq.
* ZeitschrfûrErdk., XXXVI (1901), p. 80.
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ancien ne mentionne la moindre localité dans ces parages *.
Nous arrivons à la deuxième grande route, qui suivait les pentes sud du Masius.
La première ville à signaler, en partant de TEuphrate, est Édesse * (aujourd'hui Orfa). On y parvenait de Zeugma par deux voies : Tune, la plus méridionale, doit être celle que mentionne rilinéraire d*Ântonin ^ ; vers le milieu de l'étape on passait à Canaba (aujourd'hui Mizhadjar ?). Ce nom * évoquô le souvenir des échoppes de mercantis qui s'établissaient toujours aux approches des campements. Le corps de troupes qui stationnait Ik {Equités Dalmatae lllyridani) pouvait aussi prêter son assistance aux convois de la route nord, toute voisine * et qui rejoignait la première tout près de Bathnae mari, localité avec laquelle on identifierait un champ de ruines constaté par Sachau «. Quant à Tautre station portée sur l'Itinéraire, Bammari Canna, les distances indiquées ne permettent pas de la confondre avec le moderne Tcharmelik'^. D'autre part, on pouvait, d'Édesse, gagner directement Hiérapolis sans passer par Zeugma ^ ; enfm on allait de là à Carrhae ; à Samosate par une voie secondaire % et même à Amida par Soiierek. Czernik, qui a suivi ce dernier chemin, a noté, à une dizaine d'heures d'Orfa, l'imposante ruine d'une tour *°. Un réseau véritable rayonnait donc autour de cette ville.
^ Cf. Regling, p. 4G9, note 2.
^ V. Rubens Duval, Ui^t. politiq., relig, et liuér. d'Édesse, jusqu'à li première croisade (cxtr. du Journal asiatiq.), Paris, 1892, ouvrage que ne paraît pas connaître Kegling (p. 459 sq.).
^ 191, 2-5 =65 milles.
'^Qui se retrouve dans la NotitUi dignitalum sous la forme Ganal a (XXXV, 15) ou Gallaba {ibid., 2).
« Itin. Anton., 190, 2-5 = 58 milles.
^' Op. cit., p. 189.
' lle^'ling, p. 447-448.
^ V. plus loin.
^ J'en ai relevé les traces sur de longues étendues, surtout à 2 'U 3 heures d'Orfa ; par endroits, la vieille chaussée est môme presque intacte : de droite et de gauche, une rangée recliligne de grosses pierres la délimite très nettement ; la largeur varie de 3 à 4 mètres. Pas de dailape proprcmenl dit 'ce sont des cailloux de basalte juxtaposés sans mortier. En dehors de la voie, pas le moindre reste de construction antiqae.
*^ INîut-ètre au croisement de la voie de Constanlia à Samosate «Czernik, 11' p., p. 22, à Vlchkeuy ou UichkaleU).
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Il faut abandonner l'espoir de se faire, par la vue du terrain, une idée complète de TÉdesse romaine et byzantine. On retrouve bien encore des chapiteaux, des colonnes, qui indiquent un travail gréco-romain ; mais tout cela a été utilisé pour des constructions ultérieures, et la citadelle, dans son état actuel, avec ses inscriptions orientales encastrées sans apparence de hasard, nous reporte au moyen âge arabe ^ Édesse a toujours joué un grand rôle : colonie macédonienne, elle prit pour un temp? le nom d**AvTi(5xeia èîtl KaXXiporj*; au ni* siècle, peut-être même avant, elle était colonie romaine et métropole de rOsrhoène ' ; au commencement du v% il s'y trouvait une des cinq fabriques d'armes du diocèse d'Orient, et un arsenal* ; la Notitia, chose curieuse, ne lui attribue aucune garnison. D'après la chronique locale », ses murs s'écroulèrent quatre fois : en 201, 303, 413, 525 ; un tremblement de terre la démolit sous Justin, qui la releva et lui fit porter son nom •.
Peu après le maigre cours d'eau qui l'arrose s'enfla si bien qu'il l'inonda et lui causa de graves dommages ' : les eaux du Scirtus étaient recueillies avec soin et traversaient la ville même ; un vieux canal les amenait, puis les entraînait au dehors à travers les remparts. L'afflux soudain du torrent grossi par les pluies rompit, à l'entrée et à la sortie, l'avant-mur et l'enceinte proprement dite ; Justinien lui fit creuser devant les murs un
* Sachau, ihid., p. 198. —V. le plan dans Ch.Texier et R. Popplewell Pullan, V Architecture byzantine^ Londres, 1864, p. 204. Dimensions : 100 mètres sur 400 environ. Le fossé, large de 30 mèlres et profond de 20, a été creusé dans le roc. Quant à la ville même, Texier croyait que le péribole seul avait été détruit au moyen âge ; Tenceinte proprement dite serait vraiment byzantine, parce que les tours sont très rapprochées ; cf. p. 199 sq.; mais ce critérium n'offre aucune certitude.
* Plin., H. N., V, 86 ; Et. de Byz.; Eckhel, D. N. V,,m, p. 305 ; Mionnet, V, p. 37, n*»» 326 sq.; Suppl., VIII, p. 30, n» 157.
» Eckhel, III, p. 510; Mionnel, SuppL, VIII, 399, 1.
* V. oidedsus, p. 215 et 223.
5 Hallier, op. cil,, p. 84, n» i (cf. p. 122, n» 88) ; p. 93, n» 11 ; p. 108, n° 52; p. 128, n^ 90 (cf. p. 138, n« 106). Pour les travaux sous Anastase, V. Josué le Stylite, Chroniq., 53 et 88.
^ lustinopolis ; cf. Euagr., H. eccL, IV, 8. — Les sources orientales montrent bien l'importance de la ville aux iv<^-vi" siècles : l'activité de la construction y fut énorme, mais l'instabilité du sol rendit vains tous ces efforts ; v. Anton Baumstark, Vorjustinianische kirchiiche Bauten in Edessa {Oriens chrisiianus, IV (1904;, p. 161-183).
^ Procop., Hist. arcan,, 18, 56.
L OCCUPATION TERRITORIALE
second lit. Le courant était renvoyé directement vers la ville par un rocher abrupt où il venait buter; on entailla ce rocher pour y ouvrir une cavité profonde, et de Tau tre côté, en plaine, on éleva une digue en gros blocs. De la sorte, le cours normal de la rivière continua de traverser la ville, inofifensif, et il y eut désormais une dérivation pour les trop fortes crues. Sachau ne s'est pas inspiré de ces enseignements, fournis par Procope *• en étudiant Édesse au point de vue de sa richesse en eau *.
La double enceinte était en décrépitude ; Justinien la reconstruisit entièrement et plus formidable. Il ordonna enfin une mesure fréquente dans la fortification byzantine : le niveau de la citadelle n'atteignait pas le sommet d'une colline toute voisine ; les indigènes avaient d'eux-mêmes autrefois englobé cette hauteur dans l'enceinte, mais leur faible muraille n'en barrait pas vraiment l'accès. L'empereur la mit à bas et en construisit une autre, partant du sommet du coteau, puis descendant la pente pour se rattacher aux murs de la ville. Ainsi restaurée, Edesse résista victorieusement au terrible siège de 543 ; l'avant-mur préserva les troupeaux que les bergers du pays, suivant la coutume, avaient abrités derrière lui '.
Quelque 50 milles plus à Test ^, on atteint Constantina» ou
* Deaed.,l\,7, p. 129.
' Op, laud., p. 195.
s Procop., B. P., II, 26-27.
^ J'ai pris moi-mèrne cette route en sens inverse; c'est certainement encore celle de rantiquité qui est aujourd'hui suivie, à part quelques
divergences né^'ligeables. Le trajet est de 18 heures ; les ruines e'espacent irrégulièrenaent. « Au bout d'une heure 1/2 (selon mon carnet), le village kurde de SakhOy formé en partie de huttes construites avec des dalles de basalte qui semblent empruntées à des maisons byzantines écroulées ou démolies. A 3 heures de Ouerancker, au lieu dit Djiradjib, une grande citerne asséchée, tout auprès d'un cours d'eau qui, sans doute, à l'époque romaine, n'existait pas ou passait ailleurs.
1 heure 1/2 plus loin, à20 ou 30 minutes sur la droite, au sommet d'un coteau, des constructions, ruines d'un château, me disent les Kurdes; mais il faii nuit ei on ne peut sejoirner, force est bien de poursuivre. Au bout de 7 heures, à droiie
Fig. 11. — Cou[)e d'uue citerne.
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plutôt Constanlia * ; cette légère dififérence de dénomination a provoqué des controverses qu'il est inutile de renouveler 2? Aussi bien a-t-on avec raison situé Constantia là où la nature avait marqué la nécessité d'une ville forte, au bourg actuel de Ouerancher. Le Masius, dont la voie venant de Ninive suit la base, s'épanouit ici en un massif terminal, le Karadja Dagli, La route continue tout droit vers Édesse, mais au point dont nous parlons il s'en détache un embranchement qui conduit tout droit à TEuphrate, sur Samosate '. Constantia devait dominer ce croisement. Une autre voie secondaire menait à Resaina ^
11 y eut là d'abord une autre cité appelée Maximianopolis ; un tremblement de terre la détruisit, et aussitôt Constance 11 la rebâtit*, d'où son nom. Au commencement du V siècle, la ville avait une forte garnison ; le préfet de la leg, l Parthica y résidait, et on y avait placé, avec les Equités Felices Hojioriani lllyriciani, un autre corps dont la mention a disparu des manuscrits de la Notitia •. Procope nous apprend ' que Constantia fut d'abord la résidence du duc de Mésopotamie, puis que l'em-
encore, nouveau champ de décombres appelé Gaour-Houré, 2 heures plus loin (9 6Q tout), à Tissue d'une longue f?orge étroite, où s'engage la roule après la traversée de l'immense plateau, un autre (Kkapakti), comprenant les soubassements d'une construction rectangulaire, el à côté une grande citerne, très régulièrement taillée dans le roc et recouverte de larges dalles. Elle mesure environ 15 mètres en longueur, 4 ea hauteur, 3 dans sa largeur supérieure, qui est moindre que celle du fond ; aune des extrémités, un escalier, fort bien creusé dans la pierre, conduit jusqu'au fond, problablement pour le nettoyage (fig, 11). Les Kurdes qui m'accompagnent disent qu'il en existe d'autres, plus spacieuses, sur les collines du voisinage, i/2 heure plus loin commence, dans la falaise, au bord de la voie, une série de grottes dont l'entrée est rectangulaire ou en arcosoîium, A 2 heures 1/2 d'Orfa, à quelque distance de la roule, à droite, une tour ruinée au sommet d'un coteau. »
« Sic Georg. Cypr., 894 ; Hierocl., 714, 2 ; Amm. Marc, XVIll, 9, 1 ; Suid., 8. u. Procope emploie le* deux formes. Constantia doit être la bonne (KovdxdtvTEia), bien que l'autre soit aussi très usitée (Gelzer, op. laud., p. 153].
3 On les trouvera dans Bœcking, Adnot. ad NoL Or,, p. 409-411.
» Amm. Marc, XVIII, 7, 9.
♦ V. supra, p. 300, note 3.
'-^ Malal., XIII, p. 323, Bonn. Dans la Chronique d'Édesse (Hallier, p. 97, n» 20), l'ancien nom est Anlipolis (?), le nouveau Telia ; la date de la restauration 348-9.
« Nol. Or., XXXVI, 22, 24 ; cf. 7 et 9.
L OCCUPATION TERRITORIALE
pereur établit ce chef militaire à Dara, — car sa présence paraissait indiquée plus près de la frontière, — et qu'une fois la paix conclue avec Chosroès on le rappela à Constantia.
Au début du règne de Justinien, les murs étaient si peu élevés qu'on pouvait les franchir avec des échelles, et mal bâtis ; « une ébauche de construction » ; les tours, trop espacées, menaçaient de s'écrouler ; à Tavant-mur, fort à peine de trois pieds, les assises inférieures étaient seules en pierres meuHères, le reste de boue et de pierre tendre. Justinien répara les murs branlants, doubla le nombre et la hauteur des tours ; chacune eut trois étages et des escaliers secrets. Constantia, dont le sol est en pente, manquait d'eau : une source, éloignée d'un mille, y fut amenée par aqueduc *.
Les assertions de Procope se vérifient, au moins quant à l'œuvre de Justinien *: des solides murailles, en basalte bien équarri, la base subsiste encore. Le plan de la forteresse est nn carré régulier ; sur trois côtés s'ouvre une porte flanquée de deux tours en demi-cercle ; les autres tours, dans la ligne des murs, ont des piliers de soutènement et datent peut-être du vr siècle ; elles sont carrées comme celles des angles, qui ont des dimensions supérieures et sont placées en diagonale par rapport aux murs ^ Non moins désigne par les conditions géographiques comme
territoire militaire était le triangle de terrain plat s'étalant au pied du Masius, au sud-est, au seuil de la vallée qui permet de traverser le massif pour atteindre Amida. C'était un centre de population, et les villes qui s'y pressaient étaient renforcées comme .,. . M ^ » . j . M ï^ convenait à leur rôle
rig. 12. — Marde et le sud du Masius. > i i. i. » i- . -
près du limes^. A 1 entrée même de la gorge perchait Marida ou Marde, le Mardbi d'au-
* Procop., Aed., II, 5, p. 224-5.
'* Il faut s'en rapporter à lui pour les âges précédents. ^ Iluiiiann et Puchslein, yonisi/rien, p. 402 sq. — Je ne puis que confirmer leur description.
* La région est malheureusement peu connue, et il eat encore vrai de
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jourd'liui, dont la citadelle est complètement ruinée *. Elle est mentionnée comme castellum praesidiarium à l'époque de Constance, en même temps que Lorne, plus difficile à identifier, mais dans son voisinage *. Nous retrouverons celte vallée plus loin.
Infiniment plus singulier paraîtrait le choix qui fut fait de l'emplacement de Dara ^ si Ton s'arrêtait à la topographie seule {fig, i3). Dans un long couloir, plutôt étroit, orienté suivant une ligne N.N.E.-S.S.O., et traversé en son milieu par un ruisseau, se dressent trois | yj^^ put eau
hauteurs, dont deux entièrement isolées et la troisième soudée à la montagne voisine.
L'une d'elles, la plus élevée, atteint jusqu'à 60 mètres environ, et sans doute elle portait la citadelle, car elle seule occupait une situation assez forte, rendue, il est vrai, moins précieuse par les dimensions réduites de la plateforme. La troisième colline, d'altitude intermédiaire entre les autres (40 à 50 mètres), n'étant point indépendante, il avait fallu pousser sur sa crête le mur d'enceinte, puisqu'on ne pouvait point l'englober tout entière. Dara était ainsi exposée à \\\\ double danger: toutes les hauteurs avoisinantes, et très proches, la dominaient, et, une fois forcée la porte est, où on
,Fig. 13. — Dara.
dire ce que Ritler écrivait en 1843 (ÊrdA., XI, p. 279) : Tous les voyageurs y passent rapidement; c'est un canton des plus dangereux. Quand je traversai moi-môaie Gonslantia, eu 1901, tout le pays était livré à une vaste insurrection.
* Saehau, oy. laud.y p. 405 : Die Lage von Mardin ist fur eine einsame Felsenhurg vortreffticli geeignel; v. en effet le graphique de Czernik (11° p., pi. II) que je reproduis {fig. 12). Allitude du caste! : 1.190 mètres ; de la ville : 1.057. Elle a de l'eau, alors que les environs en sont dépourvus (/6irf., p. 17). Théophylacte Simocatta rappelle xo MipSe; (V, 3, 1) ; cf. Toù Mipo'.o; cppojpa ^11, 2, 5). V. pour led anciennes relations des voyageurs, a3ï»ez suspectes ou imprécises: Ritter, Erdk.^lL\y p. 385 6, 392.
2 A mm. Marc, XIX, 9, 4 ; v. infra,
^ Le plan de Dara ci-contre est, d'après Saehau, p. 398.
314 l'oocupatioh TmanouALS
arrivait de plein pied, l'ennemi se serait troavé maître de la plo8 grande partie de la ville K
Les circonstances historiques * ezpUqaent on tel choix : Kislbis, à laquelle nons allons arriver, n'avait appartenu aox Romûns que deux siècles, durant lesquels elle était restée le véritable rempart de l'empire sur cette frontière. Quand Jovien l'eut rendue aux Perses, il fallut la remplacer en territoire romain. Un traité malheureux, conclu sons Théodose, avût tnea stipulé qu'aucun des deux peuples n'élèverait de forteresse nouvelle devant les limites communes. Ifads les Perses étueut protégés par Nisibis ; leurs rivaux restaient à découvert. Anastase le comprit enfiUi, et après qu'un armistice de sept ans est été conclu, il profita de ce que ses adversaires étaient occupés ailleurs à guerroyer contre les Huns ; manquant à la parole donnée — pratique courante alors — il fit choix ' d'un bourg sans importance, mais qui n'était qu'à 18 stades (soit 3 milles) de la frontière ^ et dominait Nisibis par son altitude, de 400 à 800 pieds supérieure ■• 11 en fit une cité de son nom» se hâta de l'entourer de murs (en 804) ; les Sassanides protestaient sans cesse contre cette violation des engagements * ; aussi, craignant toujours des représailles, les Romains précipitaient la besogne, échafaudaient mal les pierres, gâchant le mortier au plus vite, sans y mettre la proportion de chaux convenable. Or, la contrée était tout ensemble exposée, en hiver aux neiges par son altitude, en été à un soleil brûlant; les gelées et la chaleur désagrégèrent les tours, et au bout de trente ans à peine la forteresse n*était plus en état de résister à une attaque
' Sachau, p. 395 sq. Justin ne faisait donc pas preuve d'an coup d'œil topograpbique bien sûr en écrivant (XLI, 5) : « Arsace fonda Dara ; cette place, entourée partout de rochers escarpés, n*a nul besoio de défeoseurs ; et le sol qui l'entoure est assez fécond pour sufQre seul à set besoins ; enûn de nombreuses sources l'arrosent. »
' Cf. tous les textes réunis par Frsnkel (Paoly*W.,8« u.).
^ A la demande de ses troupes, et sur les conseils de révéqoe d'Amida, selon une source syrienne (Assémani, BibL or., II, p. 58).
^ Procop., B. P,, I, 10, 13 sq.; cf. I, 26, 5 sq.; Gedren.» I, p. 130 Bonn, etc..
^ Y. le dithyrambe de ^ydus {de magistr., IIl, 47 Wûasch) : « Aaastase fit beaucoup de choses pour le bien de l'État; il suffit de nommer la ville qu'il a élevée : Dara^ disent les indigènes, nous AnastasiopoUs. Si un dieu ne l'avait mise à la gorge des Perses, ceux-ci se seraient vite emparés de tous les territoires frontières des Romains! »
* Josué le Stylite, Chroniq.^ 91.