DU TIGRE A L*BUPHRATE. ROUTES, FORTERESSES DE MÉSOPOTAMIE
que Justinien comprit devoir être décisive ; Dara prise, c'en était fait de rOsrhoène. Il entreprit donc une fouie de travaux relatés par Procope avec une abondance de détails inusitée * : travaux de fortification, travaux hydrauliques.
L'avant-mur suffisait là où il courait sur des pentes raides. s'opposant à l'établissement des hélopoles ; mais au midi, en plaine, sa hauteur fut accrue, et on creusa, en avant, un fossé large et profond en demi-cercle, rempli d'eau, et dont chaque extrémité vint s'appuyer à Tavant-mur. Sur Tescarpe intérieure du fossé on construisit encore un parapet, derrière lequel les Romains, en cas de siège, pouvaient se mettre en faction. Entre les deux murs circonscrits, près d'une des portes, était un grand terrassement, abri éventuel pour l'ennemi : on le supprima.
Le grand mur intérieur devint un type de construction militaire perfectionnée : Justinien le suréleva de 30 pieds ; mais respectant les soubassements et ne pouvant les surcharger, il diminua l'épaisseur de cette annexe qui fut crénelée, et sur la partie ainsi libre, en arrière du plan de façade, il fit courir un portique qui servit de chemin de ronde et qu'on recouvrit d'une voûte, pour maintenir les défenseurs postés sur ce mur au-dessous de la trajectoire passant par le sommet du parapet *. Le mur avait ainsi deux étages, deux rangées de combattants; la rangée supérieure seule restait exposée aux coups. Les anciens créneaux de l'étage inférieur furent rétrécis ; on leur laissa juste assez de largeur pour permettre de passer la main et de lancer des flèches. Renonçant, faute de temps, à démolir les tours pour les réédiûer de fond en comble, Justinien se borna à les étayer avec des contreforts rectangulaires, procédé qui fut encore suivi à la base des murs fléchissants ; les tours avaient trois étages et supportaient trois rangs de gens armés '. La description de Procope a pu être vérifiée dans ses plus menus détails ; il y a 25 ans, Sachau a retrouvé murs et tours relativement conservés*: comme ailleurs, le parement
^ De aed,, II, 1, p. 209 sq.
* Ceci pour parer, dans la mesure du pos8ible,',à rinconvénient des coteaux voisins en surplomb.
3 Le mur s'élevait à 60 pieds et chacune des tours allait jusqu'à 100 ^Procop., B, P., II, 13, 1"^. Entre les deux murs d'enceinte, un intervalle d'une cinquantaine, parc pour les troupeaux en cas de siège.
^Pour les anciennes relations, cf. Ritter, Erdk,, XI, p. 406 sq., sur-
L OCCUPATION TERRITORIALE
du dehors était en gros bloc de calcaire taillé et le corps en
blocage. L'aspect de l'enceinte a été fixé très exactement par
Texier *, à qui je l'emprunte [fig. 14), en coupe et en élévation.
Puis Tempereur mit tous ses soins aux adductions d*eaux :
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Fig. 14. — Murailles de Dara.
SOUS la direction d'un spécialiste d'Alexandrie, on creusa deux grands réservoirs, dont l'un entre l'enceinte et l'avant-mur. La rivière, jadis en dehors de la ville, où elle avait facilité plus d'une fois l'établissement d'un camp ennemi, fut dérivée vers Dara par un profond canal, pratiqué entre deux rochers si abrupts qu'il était impossible de détourner le courant ; un rempart supplémentaire préservait le mur voisin lors des crues. Ces dernières constructions ne sont plus visibles, mais, il n'y a pas longtemps, on remarquait encore les citernes en larges briques. Enfin, à l'intérieur de la citadelle, on bâtit des casernements (xaTaXuxiîpia) pour la troupe, épargnant à la population civile l'ennui de la loger.
Dara eut également ses 'praetenturae, ses forts accessoires : Sachau a reconnu à 3 i/2 milles à l'ouest 2, et à peu de dis-
tout d'après les observations de Macdonald Kinneir (p. 412). L*enceiDte atteignait 4 kilomètres environ.
* Texier et Pullan, op. cit. y p. 55-57. — C'est l'avant-mur qu'on aperçoit en avant, avec sa petite tour.
- C'est dans cette direction que Gelzer cherche Bebase, distant de 100 milles de Constantia (Amm. Marc, XVIII, 7, 9) = xô Bi6a.- de Tiieoph. Simoc, II, 15,15 = Bioaaàscuv de Georges de Chypre, 935. Mais cette hypothèî?e repose, je crois, sur une mauvaise interprétation d'Ammien. V. in\ra.