‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 63 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dans les pages qui précèdent, nous avons étudié les postes byzantins de frontière et les ouvrages avancés par rapport à Tancien limes, latéral à TEuphrate. Reste à voir ceux de Tarrière-pays et comment les uns se reliaient aux autres. Les ambitions perses louchant les régions au-delà du Tigre avaient moins pour objet la possession de ces terrains, en grande partie stériles, que la suppression d'une zone intermédiaire qui embarrassait, retardait toute entreprise contre une région infiniment plus convoitée, la Syrie proprement dite; les plans de campagne des Sassanides visaient surtout Antioche et sa banlieue, et, par delà, les contrées prospères — ou heureusement situées — du Liban et de l'ancienne Phénicie.

La Syrie s'est volontiers reposée sur la Mésopotamie, plus voisine de la Perse, du soin de sa sécurité. A Torigine, quand rOsrhoène était encore pleinement étrangère à l'empire, les troupes traversaient plus souvent la province de la mer à l'Euphrate, et y stationnaient en plus grand nombre ^ En Syrie, les chefs eux-mêmes s'amollissaient, surtout dans la ville des délices, Antioche. Quand toute une nouvelle marche eut été annexée à l'est, ce fut pire encore ; les garnisons peu à peu fondirent. Au temps de la Notitia, il y a encore dans la Syrie

* Gjrrrhus servait de garnison pour Thiver à la X Fretensis sous Tibère, soit plusieurs milliers d'hommes ; on en détachait seulement quelques cohortes pour des services momentanés : CIL, III, 6697 (Byblos) ; Waddinglon, 2717 (Séleucie) ; C. R. Acad. d. Imcr., 1894, p. 261 (Samarie).

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propre deux légions, mais l'une est presque en Osrhoène, à Sura, l'autre à Oresa, en plein désert, près de Palmyre. Au nord, les temps de guerre exceptés, plus rien que quelques escadrons de cavaliers, généralement indigènes *. Et la tradition se conserva *. Il semble que les villes de la Gœlé*Syrie n'aient point mission d*entraver la marche de l'ennenoii ; il suffit qu'elles soient bien closes, pour éviter d'être mises à sac par les brigands.

Pour étudier méthodiquement la carte militaire de cette région, le mieux est de suivre les routes qui passaient par les différentes localités.

La communication la plus directe entre rOsrfaoène et, d'autre part, l'Arabie et la Palestine, s*opéndtpar une route passant à Palmyre ' et dont les deux points terminus étaient Damas et Sura ^. Nos sources énumèrent la série des postes qui la Jalonnaient ; un des plus importants était Resapha. Ce nom, en arabe» signifie «^ chaussée, route pavée ou dallée * » ; il est étrange qu'on Tait donné à une ville ; néanmoins cette étymologie ne doit pas être perdue de vue, puisqu*ua des mîliiaires recueillis par Sterrett ' porte : D. n. ConstarUino nob.

^ Les campemenls que leurs attribue la Nolitia sont, nous le savons déjà, très souvent impossibles à identifier.

' Le Saracène Alaraoundar put dire à Ghosroès : « Au-delà de l'Eupbrate et en Syrie, ni villes fortifiées ni troupes nombreuses ; Antiocbe n'est pas protégée ; elle n*a pas de garnison. » (Prooop., B. P., I, 17, 22).

' Des inscriptions de Palmyre rappellent des (tuvoS^oci ou caravanes qui prenaient ce chemin (Dittenberger, OrGrIS, II (1905). p. 341, no 633, et n« 632 : duvooidpxTiv ; cf. note 2; add. p. 345, n« 638 ; p. 352, no 646).

^ Aujourd'hui ce n*est plus que pour partie l'itinéraire des caravanes ; à deux journées de Tadmour (Palmyre), elles continuent vers Test-nordest, pour aboutir à Deir ; tel est le chemin suivi par Oppenheim {Vom Mitlelmeer,.,, I, p. 279 sq.) ; or il ne mentionne pas de ruines. Morilz afait fait de même (op, cit,^ p. 35-40), et voici tout ce qu'il a relevé : vers le milieu de la route, à Kabâkib, une fontaine antique, en briques, et à 1 kîL de là, vers l'ouest, à Chabra (ce qui signifie couvent), les débris d'une conduite d'eau, qu'il jugea romaine, réunissant les eaux de pluie dans un grand bassin. Un monastère perdu dans les solitudes, c'est tout ce qui a pu exister sur ce chemin.

^ Cf. Clermoot-Ganneau, La voie romaine de Palmyre à Resapha {hec. d'arch. orient,, IV (1901), p. 69-74); Resapha et la Strala Dlocleliana {ihid,, p. 112-113).

^ CIL, JII, 6719 ; cf. 6717 à 6721.

C(aë)s[ari\ Strata Dioclettana, a Palmyra Aracha VIIL Strata, en effet, a exactement le même sens, et enfin Procope * parle d'une )^a>pa dite Sxpaxa située dans cette région. Tout concorde à faire croire qu'il existait une chaussée des mieux construites entre Palmyre et Sura, et qu'elle fut inaugurée sur Tordre de Dioclétien ^ Il est étrange qu'aucune trr.ce n'en soit plus visible ; le pays est si peu parcouru, si abandonné, qu'on ne peut penser à une destruction systématique et complète ; de fait, aucun voyageur n'a aperçu les moindres restes de cette voie; personnellement, je n'ai rien distingué entre Hammam et Resafa : alors que le temps a respecté à peu près cette dernière ville, on ne conçoit pas que les pierres de pavement aient pu disparaître en totalité '.

Quoi qu'il en soit, cette route à travers le désert, via Palmyre, est certainement de création romaine * ; la première mention en paraît remonter à 41 avant Jésus-Christ 5, sinon à îii ^. Le poste initial, au départ de Palmyre. était Aracha, cité par le milliaire ci-dessus et très reconnaissable dans YErek d'aujourd'hui '. Moritz n'y a relevé que des vestiges d'habitation, qui ne sont point sûrement antiques. — Venait ensuite Oruba * de la Table de Peutinger, maintenant Tayibé : il y avait là des ruines étendues au temps des explorateurs anglais de

* B. P., II, 1, 6 ; \. supra, p. 250.

2 Cf. Not. Or., XXXII, 43: Cohors 11 Aegyptiorum Valle Diocleliana (Phénicie). Cette localité se trouvait peut-être sur un point de la roule en question, qui, dans sa partie méridionale, dépondait de la Phénicie du Liban.

^ Il n'y en a môme plus aujourd'hui dans cette plaine : le voyageur ne trouverait pas le moindre caillou pour enfoncer les piquets de sa tente.

♦ Cf. Bevan, The House of Seleucus^ London, 1902, ï, p. 55, note 2. ^ Appian., BelL du,, V, 9.

^ Cic, ad fam., XV, 1, 2: Pacorum Orodi régis Parthorum filium cum permagno equiiatu Parthico transisse Euphratem et castra possuisse Tybae, magnumque tumultum esse in prouincia Syria exercitatum. Il n'est pas interdit de supposer que ce Tyba correspond à Tayibé (v. infra), mais le fait reste très problématique.

■^ Hnrae (= Harao) dans la Table de Peutinger; 'Aoa/i (à corriger en 'Apa^i) dans Ptolem., V, 14, 19; mais est-ce bien, comme Tadmet Moritz, l'Anatha de la iVo/i/m (XXXIII, il, 20) ?

• Il faut lire sans doute Oruda ou Oruza, car on trouve *0piÇa dans Ptolem., V, 14, 19 ; Oresa dans la Notil. (XXXIII. 23) ; Orissa chez le Géogr. de Rav. — Dans Et. deByz. : Hadrianopolis.

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Palmyre * ; et cette station était celle du préfet de la leg. IV Scythica, au commencement du v* siècle. De plus, à deux oa trois heures au sud-est, il y avait, d'après le voyageur P. de la Valle ', deux constructions rectangulaires mesurant respectivement iOO et 200 pas de long, formées de murailles de Z'^M d'épaisseur et hautes de 12. L'une avait 12 tours, l'autre 24. Peut-être la garnison dont il s'agit laissait-elle en cet endroit deux uexillationes '. Sur la route même, entre Érek et Tayibé^ on n'a observé que les ruines d'une tour de guet ^. — Quant à Gholle, placée par la Table de Peutinger à 22 milles d'Oruba et 20 de Risapa (stc), elle est extrêmement difficile à situer *. Quelque approximatives que soient les données de la Table, on ne peut songer à Souchné^ proposé par Ritter «.

Enfin, avant Sura, restait Resapha-Sergiopolis. Un temple vénéré, consacré à saint Serge, attirait en foule les pèlerins; pour en protéger les trésors, déposés comme offrandes, Justinien l'entoura de solides murailles. Une cité véritable y prit dès lors naissance ; elle s'abreuvait aux réservoirs creusés à la même époque et une garnison veillait à sa sécurité ^. De simples raisons de chronologie font que l'endroit s'appelle Resafa dans Ptolémée et dans la Notitia ^ Il ne faudrait donc pas in-

^ Cf. Waddington, 2631 ; add. une dédicace religieuse du temps d'Hadrien, 4501 = Dittenberger, OrGrlS, H, p. 339, n» 631.

* V. Ritter, Erdk,^ X, p. 1103 sq. ; add. Journ. of. the R, Geogr. Soc, XXX (1860), p. 207.

3 Peut-être aussi, comme le suggère Moritz, était-ce l'"'Aoaoa de Ptolem., V, 14, 19. Le nom actuel, Aheir, qui signiQe retranchement, ne conduit à aucune identification.

* Lady Blunt, Beduin tribes of Ihe Euphrates^ London, 1879, II, p. 37.

* Cf. Clermont-Ganneau {ibid,, p. 73), qui résume les complications. *» Ibid., p. 1441.

"^ Procop., Aed.^ II, 9, p. 235. Ghosroès en fît le siège, mais ne 8*y opini&tra pas ; il fit remise de 1200 captifs contre 200 livres d*or (Id., B. P., Il, 5, 29).

8 Ptolem., V, 15 ; Not. Or., XXXIII. 5, 27. Formes diverses : •Pr.Ti^i. 'Povacpa, Rosapba, Rosafa, Risapha, Risapa (Gelzer, p. 151). Georg. Cypr., 883 : SEpYto'JTcoXt; fjxoi 'AvaJxafftoÛTcoXtç, i^ ffijjjLEpov 'PaTxaçà, evèa £fiap- T'jp7)<7ev 6 aY^o<^ HspYtoç. La ville dut donc recevoir les faveurs d'Antstase (491-518); il est singulier qu'elle les ait oubliées, ainsi que Téclat qu'elle devait à la mémoire de Serge, pour revenir à son ancien nom. Toutefois, s'il n'y a pas d'inexactitude dans Georges de Chypre, le changement était récent lorsqu'il écrivait, car il y eut un Abraamius ep. Ser^ giopoleos en 553 (Mansi» ConciL, \X, 390).

terpréter Procope,peu explicite, en ce sens que Sergiopolis aurait été, comme lieu habité, une création de Justinien, pourvue par lui pour la première fois de moyens de défense, en hommes et en remparts. Les murs sont encore debout, et j'en ai pu relever la figure et l'étendue * : Quadrilatère parfait, la ville mesurait en longueur plus de 500 mètres et plus de 300

Porte n.

Citernes \ 1

Edifice ruiné

Chapelle Citerne ^"

Tour

\j \j \j vj u u — □ — w

£g/iw de Seiye ■* T3 — a — u u V U "U — OrO

Forte S

Fig. 16. — Resapba-Sergiopolis.

dans Tautre sens ^; le mur d'enceinte avait près de 3 mètres d'épaisseur, y compris le portique intérieur, large de 1 mètre, qui y était creusé sur tout le pourtour ^ Des tours, rondes ou

* Je réduis à l'essentiel la description que j*ai donnée (BCIl, XXVII (1003) p. 280-91) et répète {fig, 16) rnon plan (p. 283); je profite de roccasion pour conapléter ma bibliographie : L. Cahun (Excursions) avait visité Resapha, dont il donna un aperçu très sommaire (p. 239 sq. ; p. 240, 11 signale un petit fortin avancé, à trois étages) ; il prétend avoir trouvé la carrière de « spath fluor et mica», entre Bakka et Hammam (p. 241) et pris des photographies (p. 245) qui n*ont sûrement pas été publiées. X. Sidéridès a publié dans '0 ev KovaxaviivouTroXe» 'EXXtjVIxoç SjXXoyo; — àp^^atoXoyixov ôeXxJov — napâpxr^fia xoù xo' — x^' TÔfioj, 1896 [1899], p. 138-9, deux courtes inscriptions grecques, copiées par Albert Long, qui m'avaient échappé; l'une d'elles est interprétée d'autre sorte par J. Pargoire (Échos d'Orient, III (1899-1900), p. 238-9) ; elle serait de 781. Malgré l'invasion arabe, uoe communauté grecque aurait subsisté là assez longtemps.

' « L'enceinte n'a pas moins de 2 kil. de tour », dit Cahun qui l'exagère.

' C'est la disposition qu'affectait l'enceinte d'Aurélien à Rome; Homo, qui Ta étudiée, n'en connaît (Op, laud., p. 289) qu'un seul autre exemple, à Cilurnum (Bretagne), en une partie du mur d'Uadrien. Ce type de construction a peut-êlre une origine orientale : Hadrien et Aurélien ont été tous deux en Syrie.

332 l'occupation teeritoruls

carrées, se succédaient tous les 95 mètres environ. D*apiks rétat des ruines, là population semble avoir été peu considérable et limitée à la garnison» avec une on plodenrs eomnmnautés religieuses. Pas de blocage dans la maçonnerie ; il n'y entrait qu'une pierre très blancbe et brillante, empruntée à une carrière voisine, à peu près à mi-chemin dans la direciioii de Hammam. C'est là que devait se trouver an castellum intermédiaire» Tetrapyrgia(= quatre tours), poste sans dente très peu considérable, rappelé seulement dans les Acia SS. Sergii et Bacchi * ; il était à 9 milles de Sura et autant de Resapha; ce total de 18 milles entre les deux points extrêmes concorde mieux que les 21 milles de la Table de Pentinger avec les IÎ6 stades de Procope ' et mes propres observations.

Palmyre ' était à un carrefour d'où partaient plnsieurs voies vers l'ouest. La plus méridionale, qui paraît avoir jencore porté le nom de Strata Diocletiana * et dont Cyril Graham a retrouTé des tronçons ^, s'allongeait vers Bostra, franchissant d'abord le désert, puis suivant à peu près la lisière du plateau volctr nique du Safa. Après un trajet d'une centaine de milles, dont nous ignorons les relais, elle atteignait le Djebel Si$ *, devant lequel se trouvait le camp minuscule relevé par le marquis de Vogué ^, poursuivait au sud vers Saltatha (placé par une ins-

« Analeda Bollandiana, XIV (1895), p. 373 sq. ; cf. p. 391, 10, et 392,

« B. P., loc, cit.

' On a tant écrit sur Palmyre qu'il est superflu d'esquisser une description de la ville, qui serait d*ailleurs en grande partie on hors d'œovre, et même de donner la bibliographie du sujet, qui se trouve partout. Je me borne à signaler les travaux les plus récents : P. Perdrizet, Les dossiers de Manette sur Baalbeck et Palmyre {Bev. des éiud, anciennes^ III (1901), p. 225-264); un bon résumé de la topographie a été présenté dans une conférence d'O. Pucbstein à la Société archéologiqae de Berlin (Jahrb.d. Instit., XXI (1906), Arch. Anz., p. 42-45). C'est rexlrémité ouest qui fut transformée en camp de légion par Dioclélieo. Procope {Aed,, II, 11, p. 243) n'en dit presque rien.

^ CIL, III, 6726 ; on croit bien y lire ces deux mots.

» Joum. oftheR. Geogr, Soc., XXVIII (1858), p. 239.

* Nom ancien inconnu ; peul-étre Ânutha (Not. Qr.^ XXXII^ 7, 22).

■^ Syrie centrale, Architecture civile et relig. du i«' au vu* s,, Paris, 1865-77, p. 71, fig. 26-27 : carré très régulier de 34">,20 de côté ; une tour ronde à chaque angle et une au milieu de chaque côté ; une seule porte. Tout auprès, les thermes de la petite garnison (âg. 28). Oppenheim (Vam Mittelmeer, I, p, 245 sq.) est venu à Ses à son tour ; il est d'accord avec Vogué pour la description, mais non, à beaucoup près, pour les mesures.

cription kNemara), où étaient les Equités promoti indigenae (scrib. lllyriciani ) de Phénicie *, et entrait aussitôt, on ne sait suivant quel tracé, dans la province d'Arabie.

Une deuxième route conduisait à Damas ^ ; elle sert encore aux caravanes. On y rencontre aujourd'hui : la grande tour romaine de Kasr-el-Bar ' puis Kariéteïn *. Là, elle bifurquait : l'embranchement direct, privé d'eau, passait par Geroda {Djeroiid^), et Thelseaé (Kutaïfeh^ ?), à quelque distance des ruines, d'âge indistinct, de la tour de Khan'el-Maloubiyé ; le plus long, moins désertique, déviait vers le nord-ouest, du côté de Haouariyij où sont les restes du castel que gardaient les Equités scutarii lllyriciani d'Euhari ', puis de Sadad (Danaba). où était la préfecture de la leg. 111 Gallica • : son camp démantelé est au sud-est du village, qui conserve encore une tour carrée haute de 20 mètres et forte de 8 ; tournant ensuite vers le sud, le chemin passait * à Nebk^ où l'on reconnaît Calamona *°, et longtemps après il atteignait Damas, où l'élément gréco-romain a été entièrement englouti sous le flot arabe. C'était une très importante position**, ayant aussi des satellites, surtout l'imposant castel dit Khirbet-il-Maksoura, k l'est, près de Domeir, qui semble avoir eu un rôle sous le Haut-Empii'e *S comme Phaene (Mous?niyé)y au sud, dont le prétoire — où sié-

Les ruines du Djebel sont assez nombreuses, d'après son récit. Add.. Dussaud, Les Arabes en Syrie avant V Islam, p. 29 sq.

* iVot., XXXII, 5, 20.

' Moritz, op, cit,^ p. 12-25.

' Id., p. 12, note 3 ; Sachau. p. 49.

♦D'après les distances, = Nazala (Equités promoti indigenae: Nol.^ XXXll, 23); Peutinger: Nezala ; Ptolem., V, 14, 15: NàCafia. V. le tableau comparatif de Miiller, p. 983.

^ Itin. Antonin., 196, 1.

^ Equités Saraceni Thelseaé (Net,, XXXII, 28; cf. 13).

''iVo/., XXXII, 19; cf. 4: Euhara; Itin.. Anlon., 195, 9: Eumari; Ptolem., V, 4, 19 : Auepîa ; l^ot. episc.^ I, 991 : Eoapioç.

«iVo^, XXXII, 31 ; cf. 16; Ptolem., V, 14, 19: Aavaôa ; Peulinger : Danoua ; Le Quien, Or. chr,. II, p. 847 : castri Danabeni; CIL, III, 755 : Danauae.

• D'abord, selon Mùller, à Deir-AUyé ; pour des raisons de latitude, il y met r'Ax75pa de Ptolem., V, 14, 19, auquel la consonance lui fait assimilerTAdarin de Peutinger et l'Olthara de la Nolilia (XXXII, 3, 18). C'est beaucoup de liberté.

*o Equités sagiltani indigenae (Not., XXXII, 26; cf. 11).

^* T^v «u^ç Êcj>a; àiidtjrj; ooOaXtxov, disait l'empereur Julien (Epist., 24).

** Cf. Waddington, ad n! 2562 d.

334 l'occupation teuritoriale

geait le chef de détachements légionnaires * — fut bientôt transformé en basilique byzantine ^

De Palmyre encore, défendue, elle, parle désert, s'éloignaient deux autres routes presque parallèles : la première ', de 80 milles \ conduisait à Émèse (Homs) ; peu parcourue, vu son aridité, elle ne semble pas avoir été pavée; vers les trois quarts du trajet, Forklous, où Ton a voulu reconnaître Betproclis ' ; mais ni ruines, ni inscriptions.

La seconde voie, ouverte par Antonin le Pieux, continuée ou refaite sous Septime Sévère •, avait pour objectif Apamée {Kalaat-el'Moudik '). C'est au commencement de son parcours qu'il faut placer les Centum putea de la Table de Peutinger ®, î\ Ahoul-Faouaris ou Kottar^\ ensuite Occareô (Occariba) *\ Theleda ** avec quelques ruines ; après avoir dépassé la route de Cyrrhus à Émèse, elle s'engageait dans un défilé, où on a trouvé des restes de pavement en basalte ", et arrivait à Apamée, forteresse formidable, dans une splendide position '*,

* Vexillaiiones de la Ul GaUica et de la ATI Flauia Firma, sous Marc- Aurèle et Commode (Waddington, 2524-2537).

•^ Do Vogué, op, cit. y pi. 7, p. 45 sq.

3 Tardive, dit Moritz (ibid., p. 9 sq.)» puisque la Table de Peutinger ripnore ; iK^uimoins, à 5 h. 1 2 de Palmyre fut trouvé un milliaire (CIL, III, (w27) au nom de Dioclélien.

* Lo Quion, Or. rkr,, II, p. 840 (Palladios, rf<? lu/. loan. C/in/.«.;:K-js'.2y.ov

OOOjS'.OV,

* iVo/., XXXII, 27 : Equités Saraceni indigenae ; cf. 12. «CIL, m, 072-2, 0723.

'^ Moritz, p. 5 sq.

«Ptolom., V, l'i, IV): lIojTsa.

^ Waddington, 'J032 : il y avait là un corps do fi^ardc et des réservoirs.

*" A^)^, XXXIII, 8, 17: Equités promoti Illyriciani ] Peutinger: Occaraba ; Ploiera., V, 14, 13 : *Axopâoa.

*^ Plin., //. A\, V, 80 : Telcndena rajio. Millier veut corriger le Biaa de Ptolem., V, 14, 13, en èiÀox ; un aulre rapprochement est également possible: Ata l (fricnlalis Tliama aSot., XXXII. 44, Pht^nicie).

*- Le Kalaai-Sedjaj\ en cet endroit, est en Total actuel du temps des khalifes; mais à rinlérieur on y trouve des restes d'architecture classique (Rilter, XVII, 2, p. lOS\»-Si..

*^ Slrabon la résume à merveille XVI, 2, lo p. 752 G) : <v Apamée est parfaitement close ; c'est une coUint^ émergeant d'une plaine basse, et qu'entoure VOronte de manière à en former comme une presqu'île... Une banlieue étendue pe^cjr.el de loger beaucoup de troupes et d approvislonnemcnU m.

LA SYRIE ET SES RBSSOCRCBS DÈFEMSIVBS DE DEUXIÈME UCMB 335

mais complfelement détruite par ChosroèsII, ravagée même encore depuis parles tremblements de terre. J'annexe ici le plan de Sachao, qui évalue la longueur à un peu moins d'un mille anglais {fig. i'i) '.

Les voies plus rapprochées de la mer avaient une moindre importance slrati^gique el servaient principalement au négoce ; cela esL particulière ment vrai des chemins traverse, romme celui qui , conduisait de Béryte à Damas par Hcliopolis (Baalbeck) ' ; un autre allait d'Antaradus (Tortose) à Raphanée et à Ëmëse ou Epipliaaia, on sait exactement laquelle des deux ; en effet, l'eniplacementprécis de Raphanée n'est pas connu ; on la met communément au sud de ^17siad, entre les deux villes litigieuses, du côté de l'ouest.

Vers cet endroit, à ^<ir/a;/im % d'oti l'on domine la vallée de rOronte, il y eut sans doute une garnison, car Dussaud y a découvert des stèles représentant en bas-reliefs des soldats

Fig. n. — A pâmée.

■ Op. laud., p. 76. Pour ce qui BD resle, je reavoie à U description plus récente duo à l'expédilioa américaine : Butler, Pari II of tke public..., Arcliileciure IQM, p. 52 sq. La (grandeur passée de cette cité

se révèle dans une inscription (CIL, ill, 6687) mentionnant un personnage qui iussu iegati cenium cgit Apamenae ciuitatis milliam hotninum ciuium CXVtl. Il s'agit probablement du dénombremeot opéré soua Quirinius. En ajoutant la population servile, on entrevoit un chiffre très

^ l'rèa d'Abila de Lysanias, on a retrouvé des milliairea aux noms d'Hadrien, de Marc-Aurèle et L. Varus (Waddington, 1874-75). Soue ces derniers eut lieu une réfection, qui emprunta un nouveau tracé : l'ancienne voie avait été coupée par un débordement de rivière (Clermoai- Ganneau, Rec. d'arch, orient., II (1898), p. SSsq.).

^ Nom rappelé dans les Hariammilani de Pline (H. N., V, 81). Dans la A'o'ilia (XXXllI, 34); itia tertiaValeria Mnrmanforum. Bcecking voudrait corriger le dernier mot en Mariammarum.

336 l'occcpation territoriale

l'otnaius; l'Liue d'elles ]iorie : Ajilli]ochia}iiis... Ma-rinitis spec«/ff/or '; mais peut-être n'y avait-il là qu'un petit détachement avancé de la leg. III GcUica.

Au contraire, la vallée de rOronle était un cliemin d'invasion, vers Antioche pour ceux qui venaient de Damas, et plus encore en sens inverse. C'est par elle que l'armée perse répandit dans toute la Syrie la dévastation, avant la revanche d'Héraclios; cet événemeal même est cause de la disparition quasi totale des vestiges de l'occupation militaire romaine. Ajoutons que celte ligne eal aujourd'hui assez fréquentée, circonstance fâcheuse pour la conservation des antiquités. De la voie seule des traces sont encore très visibles, notamment au nord d'Apamée '.

Une autre route ', quittant la vallée, piquait plus directement vers Beroea (Alep) et de làversCyrrhus. Celle-là parcourt un district couvert de ruines, mais qui n'ont guère permis que d'étudier l'architecture religieuse. Du moins les villages présentent un nombre énorme de tours de guet, plus ou moins effondrées, les unes basses, à deux étages, comme celle de Khirbet-Hais *, d'autres bien plus élevées, comme celle de i|/>ra(^c/î, notée par l'expédition américaine *■ En dehors de ces spécimens, citons un castel qui passe pour romain, à ^rra, à 20 milles au sud de Chalcis [Kinnesrin) '. En outre, dans le voisinage de la bifurcation, vers Hama, plusieurs castella de basse époque, en briques, ont été constatés par Oppenheim ^ Cette voie passait notamment à Seriane, station

■• Voyageen Syrie {Itev. archéolog.. I8Q7, f. p. 314).

' Ci. WnddiDgion, ad n. 2M3. Elle dul être rfparf^e sous Dioclélien ; la teiraretiie tigare dans la protocole d'un milliaire copié entro Émèse et liéliopolis pir Perdrizet et Fossey [CIL, III, U3U7).

• Ilin. Anton., i93-1U4.

* De Vogué, Md., pi, 58, i : 4'»,20 de côté, 7 mftres de haut ; au Eommel, uD mflobicoulis au-dessus de la porte.

' Butler, op. tauJ., p. 129 : six étages, env. 28 mËtres d'élévation.

' Ritter, Erék.. XVIi, 2, p. 1067.

'' Byzantin. ZeiUckr., 1905, p. 5 : Kasr-îbn-Ouitrdan, Katr-Andarin (Androna, iLin. Aoton.). Je croia voir eeulement que ce qu'il appelle i< Kaatell •, ce sont en réalité des nnuveola fortillés ; il y eel d'ailleurs aulorieé par la lauiiue même du tcui ps ; v. l'inscr. 52, p. 42 : A'jt)] f, jicjXr, -cjoù K'jp.lou... ■HpSV-la ="■' «(E)ii> ïiùv 9(!x(Xî(o))v toû xarcp(o'j) — année 557. — Pour Kasr-ibn-Onarian, cf. Strzygov^Bki, Kleinasiea, Leipzig, 1903, p. 121 eq., fig. 91 sq. Oestrup ne voyait là que des ruines conventuelles ; Barlraaon [Zeitichr. d. d. PalAsl.-Ver., XXIII(l90l). p. 97 sq.) signale

A'Equites scutarii llltjriciani * ; Cahun ' suppose que Seriane était à Kasr-ibri'Onardan ; rien ne l'indique.

Enfin la grande voie côtière venant d'Égyple se prolongeait, au-delà de Césarée de Palestine, par Ptolémaïs Acé, Tyr, Sidon, Béryte, Byblos, Botrys, Tripoli, Orthosia, Antaradus, Balnea, Laodicée, Séleucie de Piérie, Rhosos ^ et Alexandrie ad Issum *. Je m'en tiens à cette énumération ; parmi les villes maritimes, il n'est guère que Séleucie qui, à l'époque romaine, ait eu un rôle appréciable de quelque durée dans l'organisation militaire ; encore, quand les Perses envahirent la Syrie, était-elle complètement déchue *. Pourtant il y eut bien quelques travaux d'accomplis dans ces diverses stations, même à la basse époque; une inscription très mutilée de Byblos fait allusion à une restauration du port au temps d'Hadrien •. Béryte surtout et Antaradus semblent avoir éclipsé leurs voisines. Cette dernière fut rebâtie sous Constantin, de qui elle tint le nom de Constantina \ L'autre, restaurée d'abord sous Auguste % reçut peut-être au vi* siècle des fortifications supplémentaires '. Tyr resta quelque temps au moins un nom réputé ^\

Mais les souvenirs romains sur cette côte sont presque tous en très menus débris, en raison des tremblements de terre qui l'ont ébranlée sous Justinien.

Nous aurons relativement un peu plus à glaner en abordant l'extrême-nord de la Syrie : cette région était fort peuplée dans

avec raison la fusion des éléments ecclésiastiques et militaires au VI* siècle.

« iVo/., XXXIII, 7, 16.

' Excursions, p. 213.

» Cf. Théodoret. Relig. hisL, X, p. 1388 Migne.

^ Cette voie fut réparée par Seplinie Sévère et Garacalla (Waddington, 1838, 1844) et encore sous Aurélien ou Claude II (Id., p. 604).

* V. mon mémoire déjà cité sur cette ville. Plutôt que d'en utiliser le port, les troupes de Byzanoe traversaient l'Asie Mineure.

' Theophan., Chron., 38, 8. — Sur cette ville, cf. Renan, Mission en Phénicief p. 33 sq.

«Strab., XVI. 2, 19, p. 756 C.

» V. Golonna Ceccaldi, Rev. archéolog., 1872, I, p. 255. Cf. CIL, III, 6687 : in castris diui Aug{usti),

*® V. une curieuse inscription d'Éphèse:... TrpeaoeuxoO aoToxpaxopo; xat àvxiffTpaxTiY^^ auxoxpàxopoc Nepoua Tpaïavoû... eTrap^^eîa; Supfac <ï>otve(x7)ç

338 l'occupation terhitohiale

l'aiiliquili^ ' el consLaininenl traversée, miimc pour le serv ï ^ de guerre.

Outre la grauile voie qui suivait l'Euphrate, de Saaiosat^ Barhaliaaos et à Stii'a, la Table de Peiitînger indique un troat^ -^mo supplénieataire qui, au lieu de longer partout les siQuosÏL^t-j du neuve, allait en droite ligne de Zeugma à Eragiza, en ^^ -^a; sant par Kiiirapolis ^ Cette ville eut souvent, durant le H^a. ^i| Empire, le rôle que nous avons signali? ' : elle servît de pc:> îu de concentration aus armées, avant leur entrée en campa^ w 3e. Pendant les dernières guerres persiques, le général rorr»s:3»i(i s'y tenait encore, mais cette fois faisait valoir, en vue <fe l'abandon de la place, la faiblesse de ses murs et le mancf ue d'approvisionnements *, Au milieu des remparts s'Qu\'«-.Eiit même un grand espace vide ; l'enceinte de la cité était ti~op vaste; Juslinien la rt^duisit, mais la renTorça. Pour procurer l'eau nécessaire en cas de guerre, il fit creuser un grand puï t-s, que les habitants imprévoyants négligèrent d'entretenir '.

Los anciens murs, dît Sacliau *, sont encore en majeiare partie conservés ' ; le parement extérieur était en gros blocs carrés de calcaire, et le reste en pierres plus petites mêlées d'argile ; un fossé les entourait. Il subsiste quelques tours, li"*3 fortes, et percées de meurtrières; leur fonnu ferait croi'^'i

KonfiaYr,^^: Tipou (F. Gumont, Bull, de l'Àcad. r. de Belgique, et- '^" lettr., 1905, p. 204. noie 1)-

' Vm tieh nur annàhermt eînen Begri/f von Einst und Jeizt m dea norityrischen GefiicUnzumachen, dUrfiee* wolil geniigen, menu man erioti /*"'■ rfa.M neuere slaiislUche Untersuchungen eine BevôlkeruHgsdiehiigkeit e^T'ê'^' ben, dieiich genaumil einem IHensckenfûr eiae antikeTrammerstadC Ir^^'f' fert. A cette reflexion de Czernik {loc. cit., p. 26) j'ajouterai celle '^"^ j'ai déjà exprimée ailleura : dans k vallée du Helss, il m'est ■rrivé '■^ croiser plus de cimetières que de passants; mais j'entends des cï **"' tières musulmans. Cette dépopulation ne remonte donc paa eitr* •^*'

' Barabyce dans Plin., H. S., V, 81 ; Strab., XVI, i, 27, p. 748C, ^==«0- Dalt les deux noms.

" V. supra, p. -256-7, — Ciuitas capacûsima (Amm. Marc, XXIII, 2, ^>' ce lut le quartier général de Constance H en 361 {Id.. XXt, 13. 8), y maître de la milice sous Justioien (Procop., B. P., II, 6, 2 ; Mit ^■' p. 411 Itono) et sous Maurice [Ttioopb. Simoc, IV, 12, 8).

* Procop., B. P., II, 6, 4-6.

• De aed., II. 9, p. 23«.

*0p. laud., p. 147.

' Ainsworth (/Varraii'ye, I, p. 238) estime qu'il y a des preuves noC-

breusee et évidentes de réparations de la part des Saracénes.

qu'elles sont antérieures à Tépoque byzantine, si nous ne savions que Justinien dut rebâtir Tenceinte, pour en diminuer le périmètre. Elle est oblongue, et il faut une heure pour en faire le tour ^

Telle était Timportance d'Hiérapolis comme centre de mobilisation, qu'il était utile de pouvoir, de là, gagner Édesse par le plus court, c'esl-à-dire sans passer par Zeugma. L'Itinéraire d'Antonin mentionne en effet par deux fois, en route directe, p. 191,8-192,3 : Hierapoli — 10 — Thiiaticomum — 15 — Bathnas — 15 — Edissa ; p. 192,4-193.1 : Carris — 30 — Balhnas — 22 — Thiiaticomum — 31 — Hierapoli ^ La deuxième nomenclature seule indique exactement les distances, étant donné qu'il n'y a pas de doute sur l'identité de chaque point terminus. On en vient donc à penser avec Regling que le fleuve était franchi à Caeciliana, et que Thiiaticomum ^ serait à chercher près de la rive orientale du fleuve, un peu au delà.

La voie principale de l'extrème-nord syrien était à peu près rectiligne d'Anlioche à Zeugma. Entre Killis et Nisib S j^en ai observé les vestiges sur un parcours de plusieurs kilomètres : elle était large de 4 à 5 mètres ; aucun pavage, mais une accumulation de gros cailloux, et sur chaque rebord des pierres plus volumineuses ^. C'est peut-être cette route que desservait un pont jeté sur le Nahr Afrin, à 1 heure 1/2-2 heures au sudest de Cyrrhus — à peu de distance du village de Zeitanak —, que j'ai aperçu de loin sans pouvoir en approcher, pour divers motifs, notamment l'heure avancée de la journée et Timpossibililé de relayer près de lui. J'en ai du moins croqué sans

' Pour les observations anciennes, plus complètes (Maandreil, 1699 Pococke, 1737), cf. Rilter, X, p. 1041 sq. — Le second évalue à deux milles anglais (3220 m.) la longueur du pourtour ; il a constaté des murailles épaisses de 9 pieds, surmontées d'un promenoir. Les tours se succédaient par intervalles de 15 pas ; il y en avait deux eo demi-cercle, de pari et d'autre de chacune des quatre portes de la ville. Un des caractères remarquables d'Hiérapolis était la merveilleuse organisation des aqueducs.

* Cité par Regling, p. 472.

3 Cf. supra, p. 280, note 4. Ce nom est sans doute à identifier avec le Thillacama de la Not. dign. {Or., XXXV, 27).

* Pour préciser davantage, entre les villages minuscules de Beglerbeg et Bab'Limoun,

^ Impossible de reconnaître aujourd'hui si, comme beaucoup de vieilles voies syriennes, elle était à double pente.

L OCCUPATION TBRHITORIALB

peine le prolll (/îy. !8) : une assez forle rampe des deux parts mène au sommel, qui esl entre les 2' et 3' arcades. Toutes trois sont eu plein cintre ; leurs dimensions lespeclives vont Toissaut d'ouest en est '.

Larou te latérale ûl'Euplirate du côlé de Samosate envoyait n8.l8.-P,>Di,.i,,..prt.a.c,„h».. "" ombranchemeol vers le sud-ouest, qui passait à Doliche, Gyrrhns, Giadarus et Gepiiyra [Djisr-el-Afrin], pour aboutir à Antioclie, puis à Séleucie. La première de ces stations, à Tell-Dutuk{vers l'Aïntab d'aujoard'liui), n'était qu'une toute petite ville *. Cyrrhus ', dont nous avons appris l'importance militaire au i" siècle, avait été depuis complètement abandonnée ; le cbilTre de sa population était tombé très bas S ses murs croulaient. S'il faut croire à un motif aussi frivole, Justinien les releva par piété pour les saints Cdme et Damien, dont les corps reposaient à Cyrrhus ». Il y plaça une forte garnison et assura l'approvisionnement d'eau, en anieuant une source voisine par un aqueduc couvert '.

J'di été moi-même à Cyrrbus (aujourd'hui Herup-Pchimber).

' Lea indigènes m'ont dit qu'il y avait dans la région (rois pools eemblabtes —dont ua assez ruioé, — s&ds pouvoir mieux s'expliquer. Je tiens d'autre pari du P. Etienne, prieur de la Trappe de CheckMe, les renseignements suivants : n Sur le ^abouri-Sou ou Safi-Sou, ea un point appelé Cheikh Khoros (le nom de Kyri'hos — ou Cyrrhus — D'est pug difflcile à reconnaître), il existe un pont antique & 6 arcbes, dont les piliers sont assez rapprochés et, k contre-courant, forment éperon jusqu'à la bauleur de l'arceau. La 3° arcade depuis l'ouest est doublée d'un aulre arceau intérieur. Le pont n'est pas liorizontal, mais dessine une légère courbe continue, dont le sommel est en son naiiieu. Le pavement est entièrement fait de pierres de taille ; le blocage reste invisible. La voie qui franchit le pont était pavée en larges dalles ».

'AiXl^t... itiX'xvT] ï.uixpi, écrit Tbéodoret au v' siècle (ff, eecl., V, 4, p. 1204 Migne); Theophan., 422, la.-iojXixîa ; Peutingar: Dolica ; I'Iiîq'. d'Anton. (184, 4) la place à 30 m. p. de Germanicia. — Cf. Bumann et Puchnein, p. 163, Hg. 20, et Beniinger, Pauly-W., s. u. : Plue rien que des ruines arabes.

' Sur les diverses orllio graphe s du mot en grec : Kupo;, Kûppo;, Kûpoî, cf. H. Geizer, adnot. in Georg. Cypr,, p. 148.

• Théodoret, Epiit., 32,

^ D'oiï vient son deuxième nom dejiuis le vi* siècle : Bagiopolis [Hsnsi ConciL, V.'J12; Le Quien, Or. chritt., Il, 930). '

•Procop., Àed., Il, 11, p. 242.

et si diverses circonstances, une température torride, le caractère très accidenté^e la topographie, ne m'ont pas permis de lever un plan véritable des vestiges de la ville, j'ai pu cependant noter quelques observations que je résume ; je ne garantis aucune des mesures rapportées ici à tout hasard *. Du moins le temps que j'ai passé dans les ruines m'a laissé soup-

Fig. 19. — Cyrrhus.

çonner l'étendue considérable que couvrait Tancienne cité. Il y avait une ville haute et une ville basse ; celle-ci • comprenait l'agora, superbe place de 150 mètres de long et 100 de large environ, entourée de boutiques dont quelques-unes sont encore visibles et de majestueux bancs de pierre à dossier; le dallage est intact. La ville haute, à l'ouest, avait son enceinte particulière, épaisse de plus de 2 mètres en moyenne, qu'on franchissait par une porte au nord, et dont le front en arc de cercle sur la ville basse (long de près de 400 mètres) offrait une rangée de cinq tours carrées. A l'extrémité la plus occidentale, à un niveau un peu supérieur, se profilait la citadelle

^ D'où le plan provisoire que donne la fig. 19.

' Également en pente du reste, mais séparée de l'autre par un ressaut très marqué.

342 l'occppation tbrritorialk

proprement dilo, carrée, de près de 80 mëtres de cûté, garnie de quatre loiirs saillantes, dont une ronde au sud-ouest.

Ce qui m'a particulièrement frappé, c'eal, malgré cet appareil de dérense, les conditions très médiocres où se trouvait Cyrrlius comme place de guerre : au sud, une colline dominait bien de 50 mètres la citadelle elle-même, oQ l'oa descendait enpenle douce.

Be Gindarus il nous est parlé seulement par Stralion ' comme de la clef de la Cyrrbes tique, et d'un repaire loutpréparé pour les brigands. C'est sous Théodose le Grand qu'elle fut pour la première fois entourée de murailles *. De là, une autre voie conduisait à l'Eupbrate, h Caeciliana, par Batnae * — deuxième ville de ce nom * —- et Hiérapolis.

On allait encore de Balnae à Anlioche par une autre voie, indirecte, qui desservait Beroea et Chalcis. Beroea (Alep) ' iHail aussi une toute petite ville au i" siècle '; sur son refus de payer la somme qu'exigeait (i'elle Cbosroès, elle fut pilse et détruite ' ; son importance ne date que de la domination musulmane.

Près de Ghatcis, l'expédition américaine ' a retrouvé des tronçons de cette voie, sans doute dn w siècle, large de plus de 6 mètres el cliargée de gros blocs massifs. Très peu an sud de Beroea on atteignait Glialcis — la moderne Ki?inesrin — qui avait une petite garnison el où campa Bésilaire ' ; ses murs étant devenus insuffisants au vi" siècle, Justinien les renforça en les enveloppant d'un avant-mur. Elle se racheta une première fois du pillage, mais fut saccagée plus tard. Ses ruines

' XVI, 2, 8, p. 751 C.

< Mitlal., XUl, p. 3i6-7, Bunn. Ce n'était plus, dane les temps qui suivirent, qu'uD );ro3 bourg dépenilant d'Aoliocbe (Tbâodorel, Relig. kUl., Il, p. 1313, Migoe).

' Aujourd'hui Bnb, d'après les indicatioas de diaiaacfis.

* Celle <iue Julien {Episl., 27) décrit comme un lieu de plaiesace reasemtilanl à Dapbné.

^ Nicet. Chooint., in toan. Comn., 7 : XiXEÔ- tb U èativ i, iràliL Xe- YC(iîv>i Bippoia ; Niceph. Callist,, XIV, 3J r Eù^àOio; d^o B£ppû(a; e't) S' S'j ajTi) 16 XiXEÈ. Julien (Episl., 37) mentionne son acropole, qu'a certBÎneiQent renaplacée laciladelle musulmane.

• rioXf^yioï (Strab., XVi, 2, 7, p. 751 G).

' Procop-, B.P., II, 7, 10-11.

" Butler, tw. cit., p. 57-50.

' l'rucop., B. P., I, 18, 8.

informes ne comprennent plus que des débris de murailles et les restes d'une tour carrée ; tout près, un château ruiné sur une colline *.

A partir de là, marchant vers l'ouest, on traversait une région accidentée où les ruines pullulent aujourd'hui ; Tune d'elles, imposante, commandait la passe étroite dans laquelle s'engage la roule, au sortir de la plaine où est le village actuel de Dana. C'était le couvent que les indigènes appellent Deirel-Benaty quelquefois aussi Kasv-el-Benat (castrum puellartmi), en raison de l'aspect de château fort que lui donne une grande tour rectangulaire, à 6 étages, de plus de 30 mètres de haut ^. Nous ne saurons jamais si la communauté pourvoyait ellemême à sa protection, ou si cette tour avait été juxtaposée au monastère par l'administration impériale et pourvue de troupes. Presque à côté, au point le plus étranglé du défilé, j'ai aussi constaté la présence de décombres couvrant une étendue assez vaste ; ils proviennent sans doute, non pas d'une chapelle comme celles qui couronnent les hauteurs des alentours, mais plutôt d'un corpsde garde. Était-ce un castellumhyzaxiiia ou arabe ? L'état actuel est tellement délabré qu'on ne peut rien conjecturer. A quelques minutes de là, le chemin antique^ très étroit, a été creusé dans le roc même ; à quelle date ? De bonne heure sans doute ; deux cartouches, au flanc du rocher, portent des inscriptions d'époque tardive, mais qui ne se réfèrent qu'à une délimitation de territoires '.

Près d'Antioche même était le camp d'Imma * ; j'y verrais

• D'où vient probablement le nom de Kinnesrin (= nid d'aigle). Cf. la photographie d*Oppenheim, Zeilichr. fur Erdk.^ 1901, p. 78.

' V. les clichés que j*en ai donnés dans le Tour du Monde, 1905, pp. 133 et 144.

» Chapot, BCH. XXVI (1902), p. 173-4 ; cf. 289-90 ; Ouspensky, Bull, de l'instit. arckéoL russe de Constanlinople, VII (1902;, p. 201 et pi. 45 : E'U aiû)va xo xpàxoç toû xupiou ["fjfiéôv ?]... -j- Kaxà xéXtujiv ['A{t(5l)(^o*j xov> IvooJ(oxàxou) xo|ji(t)xoç) x^ç "Eto 5ià 'Iwàvvoo XajjLTrpoxaxo'j xavxeXXap((ou) xoû Koi7rpo6apà5e tTzlyfiri xô âpoOiJatov... Bi^Jtx'uv, lv8(ixxici)voc) ^' xoû ^X^ exou;. Le texte est sûrement du vi^ siècle, mais on ne saurait préciser davantage, Tère restant incertaine.

♦ Cr. l'inscription, de lecture un peu doutcns'», il. est vrai, que j'ai copiée à Yéni'Chev\ à 7 heures d'Antioche (BCH, ibid., p. 171) : 01 xtjv oà xfjV 'IjjLuivtov [xaTlo'./.oûvxe; 7:[ôX]tv... Ces 7 h. ne concordent pas très exactement avec los 33 milles de 1» Tab!»^ de Peutinper, qui indique 20 milles d'Emma à Beroea, chiflre très insulfisant. Pourtant l'identificatioQ me paraît plausible. Sur le point de savoir si réellement Aurélien

311 l'occupation TERRITORIALB

ces )re<[iiSnx 'AvTtoyiKa décrits dans une lellre 1res inutilée de l'empereur Julien ': il ressort de la description que les murs étaient bâlis de pierres brûles liées par du mortier '.

La Table de l'eulinger n'indique aucune route de Chalcis ou de Beroea vers liarbalissos et Sura, et pourtant il en existail une, car on eu a retrouvé les postes principaux : d'abord Gabbula, oil Cavad, suivi de ses Saracènes, avait établi son camp, et que Procope place à HO stades de Cbalcis, soit 12 à 13 milles '; puis une ville antique, aux fortes murailles de basalte, ayant sa citadelle ', et aujourct'bui appelée Kkinnasâra, enfin deux eastella trfes voisins: à Hesm-Eirouam et à lehed^. Cette route que nous supposons aurait donc eu une direclioH est-ouest.

Si serré était ce réseau routier qu'alors qu'Antioche se trouvait directement en communication avec Samosate, nue autre voie, portée h la Table de Peutinger. arrivait à cette dernière ville, partant d'Alexandrie ad Issuni (vers Alexandretle) et passant ensuite à Pagaris, autrement dit Pagrae, qui, d'après Slrabon ', était un lieu très forliQé, voisin de liindarus, situé au débouché du col de t'Amanus (donc peu après Bellan), et qui dominait toute la plaine d'Antioche.

Antiocbe était, d'autre part, reliée avec la Cilicie etla Cappadoce par m\Q voie nord-sud, qui empruntait la vallée du Mêlas (aujourd'hui le Kara-Soii = * fleuve noir ») : la principale ville

vainquit près de là Zénobie, v. L. Homo (Etsai sur Aurdlien, p. 93, note 1), qui ûroil à une confuBion entre t'iimae et Emesit, et Groag(Pauly-W., V, 1, p. 1383), qui admet qu'Aurélien, prubablemeat pour couper aux Palmyréniens Is ligne de reiraite le long de l'Oroate, fil avec sa cava' lerie une démonstration vers l'est. Ainaworth (Narrative, I, p. 23-35) croyail que le nom de la plaine d'Antioche, el-Oumk, vient d'Imnia, corrompu. Tuut cela pour une leilre commune 1 J'ai eaieiiilu proDoncer également Amt et Amouk. Aineworth, en dehors de sea conjectures burdies, a commis des erreurs, comme par exemple, en confondant le CIteikIt-Barakat avec le Mont Saint-Syméon (p. 31).

' Epist., 27.

«Surlmma, v. encore Ptolem., V, 14. 11; Sex. Ruf., Breu., 24; Proaper Aquitan., Ckroti., aii a. 272.

' 6. P., II, ly, 8 ; HakI., XVIII, p. 461, Bonn.

' SachHu, op. laud., p. 116 ; cf. le plan dreaaé p. 117.

' liiid., p. 123-126. Le premier nom aignilieraii « ruines des Romains • ou • ruines de soldats >; on remarque encore un soubassement quadrangulaire et une partie des mumllles.

> XVI, 2, 8, p. 751 C.

qu'elle traversait dans son parcours méridional était Nicopolis (Islahiyé) *. Cette chaussée longeait le pied deTAmanus et j'en ai suivi les vestiges, par endroits très accusés, pendant près d'une heure, à mi-chemin environ entre Checkhlé et Kara- Moughara '.

La protection de la route se trouvait notamment assurée par un camp permanent, dont Tenceinte était très visible à mon passage, et dont le P. Philippe m'a très obligeamment aidé à

Fig. 20. — Camp romain eotre Nicopolis et Cyrrhus.

lever le plan {flg. 20). Sa forme irrégulière est un peu déconcertante ;les diverses portes sont bizarrement placées. Le mur, dont il demeure au sud-est quelques pans misérables, avait

* Cf. Geizer, adn. ad Georg. Cypr,, p. 150. Une inscription de 19 p. C. (CIL, 111, 6703) naentionne une adduction d*eau par les soins du gouverneur et prouve que la ville était alors en Syrie. Ptolémée (V, 7,7) la met en Gilicie, avec les portes de TAmanus ; de même Malalas, p. 297 Bonn.

' La carte de Blanckenborn en mentionne un autre tronçon immédiatement au sud dlslahiye. Le P. Philippe, de la Trappe de Checkhlé, m'a dit qu*à ses yeux il y avait erreur et qu*on avait été abusé par un fossé, creusé il y a une vingtaine d'années, puis comblé ; le rejet de la terre avait produit un dos d'âne prêtant à l'illusion. — Quoi qu'il en soit, la route devait passer près de là.

346 I-'OCCUPATION TEnniTOKlALB

2 raëtres d'épaisseur ; nulle part ce qui en subsiste ne dépasse 4 mètres de haut; te corps, en Mocage, élail enfermé entre deux parements de basalte, par blocs taillas irrégubèrement et de faibles dimensions. Ce camp servait aussi & préserver la personnel employé à l'exploitation d'une carrière de basalte toute voisine '. Il était établi de l'autre côté du Mêlas que la route, à 2 kilomètres environ de la rive gauche, au pied de la moulée du Meïdan. Uue petite source jaillit actuellement près de l'angle sud-est ; peut-être en tirait-on parti dès l'antiquité ; au centre de l'enceinle s'élève un monticule qui permettait d'observer les alentours ; de divers côtés, surtout à l'oueat, on distingue vaguement queliju es-un es des cbamhres iulérieures. l.e corps d'occupation devait être emprunté à la garnison de Cyrrlius, distante de quelques heures seulement.

La route latérale au Mêlas unissait sans doute Nicopolis et Germanicia. Oii était celte dernière? On a voulu la placer à Afardf?/! ; les indications des diverses sources 'sont tellement discordantes qu'il n'y a rien à en tirer ; d'autre part, il n'y a & Marach que des ruines arabes '. En tout cas, Nicopolis ou Gormanicia n'élaienl pas très voisines l'une de l'autre, puisque l'Itinéraire d'Antonin * fait de chacune dos deux une lète de ligue séparée dans la direction d'Édesse.

On le voit ii l'examen d'une carte: dans ce système de défense, tout converge vers Antioche. Dans celte ville aussi furent accomplis des travaux de forliflcalion considérables, à plusieurs reprises, sous Tibère, les deux Théodose, et enQo, après les ravages des Perses, par Justinien qui réduisit le périmètre. Je crois préférable de ne rien dire de plus de celte ai importante mélropole qui, à elle seule, exigerait d'énormes développements, et a donné lieu h. des publications récentes auxquelles il me suffit de renvoyer ',

' J'en ai parlé au BCH, XXVI {1902), p. 188, note 2.

* MQIIer les a réunies et étudiées dans son édition de Ptotémée, p. 965-6.

^ Cr. le plan de la ville et le prolll de la citadelle dans HumaDo et Puchstein, op. luud., p. 198-9, flg. 32-33.

' R. Pcersier, Anlinchiii am Oronles ijakrbuck d.il. Instit., XII (1897), p. 103-149): Parlsch, ibH., Xtll (1898), Arc/.. Anzeig., p. 223 aq.). Les plans el élévations sont reproduits dans t'arlicle Aniiochia de dom U. Leclercq {Diclionn. d'arck. chril. et de liturg., fasc. VIll (1905), cdI> 2359 sq.).

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