CHAPITRE VIII
L'EXTRÉMITÉ DU PONT-EUXIlf ET LES RÉGIONS GâUGâSIQUES
Procope signale de façon trop peu explicite le point de rencontre de trois routes séparant les Romains, les Persarméniens et les ïzanes. Là. Justinien établit un château-fort, 'opovwv S où résida encore un duc. A deux jours de cet endroit, aux frontières des Océnites, rameau du peuple tzane, il refit celui de Charlon, laissé longtemps dans Toubli, et le doubla de celui de Barchon. Après, continue Procope, on trouve dans la plaine Je caslel de Kena, à Touest celui de SuiXt^jwv, jadis abandonné S et remis en état par Tempereur.De là, à gauche, vers le nord, autre lieu appelé par les indigènes tpojjâiov Ao^y^^ou, parce que le général romain Longinus, faisant la guerre aux Tzanes, y vint camper ; c'est à une journée de Sisilisson ; Justinien y lit construire la forteresse dite Boupfoj; vorj; '. Tout
* Je garde la forme grecque pour certains noms géojçraphiques dont on ne sait s*ils se présentent au nominatif ou aux cas obliques dans les auteurs.
' Mais pas encore au commencement du v* siècle ; cf. Notit,, XXXVIII, 30 : Cohors miliaria Germanorum Sisila.
^ Transcription maladroite, mais évidente, du latin Burgus nouus, dont on peut rapprocher la forme inverse -^ en grec latinisé — de la Notilia (XXXVIII, 35) : Cohors prima Lepidiana Caene Parembole (= xatvij). MuUer (p. 923) propose dubitativement de confondre cette dernière
36 i l'occcpation
près encore, aux frontièrea des Tzaoes Coccylines, il en créa deus autres : i^ifiiit^ f-^^mv ' et Tïajxixuiv.avec un commandantde pliire », Dans cette énumération, le panégyriste de Justioien 8(?nible aller quelque peu eu zigzags, mais s'acliemiaer iiéaninoins assez rcguliëremenl vers l'ouest ; le Bitrgm nouus painU devoir être placé eu arrière de Trébizonde. Cette rangée de forts ' avait en quelque sorte une double destination : elle mettait obstacle aux progrès de l'ennemi, qu'il vînt de l'est, par le continent, ou de l'ouest, après s'èlru assuré des positions c&liëres.
Celles-ci demaudeutà £-tre étudiées à part. Elles n'intéresftUQt pas seulement 1 arrière-pays, car elles eurent forcément un rûle générnt, lorsque les Romains commencèrent à chercher des comptoirs commerciaux an fond du Poni-Euxin, et les Byzantins à mettre le pied, militairement, en Lazique. Celle assertion est pai'liculiërement vraie de Trébizonde ; nous ne pousserons pas plus & l'ouest l'étude du Ponlcappadocien;c'esl de cette ville que part, sinon le Pêripli' de ta iW/'r A'o'Vf d'Arrien, du moins son voyage d'inspection personnelle*.
Trébizonde n'a rien gardé de sa pbysionomie antique*; onoe la restitue partiellement, vaguement, que par ce que nous savons du port qu'Hadrien y fit creuser et des troupes qui y furent ùtublies'. Longtemps, on le cro'ie&U volontiers, elle it'etil pas d'autre garnison qae les marins qui séjournaient chez elle entre deux croisières. La légion / Pontica, signalée par la ,Votititi dignitutum '', y fut peut-être avant le iii° siècle '; pourtant rien ne le prouve, et ce qui détournerait de le penser, c'est
avec la Hii-aX-.i de Plolémée (V, 9, 2), sur la côte de Colcliide, «u nord du Phase. Je crois l'uulre hypothèse préférable, car le rapprochemeat est plus littéral.
' Cf. Aed., p. 258: i:-X''|J'='^"''X'"^-
*Aed., III, 6, p. 259-260.
^ Je nëqli);e nalurellement ceux de Persarniénie dool les ByzunliDs se rendireni mallres un moment, au cours d'une guerre, comme Bolan et Pharangion (Procup., J). ?., 1, 15. 18. 29. 3i); ceux-ci étaient précisément aui confins des Tzanes, qui les livrèrent à l'ennemi.
' Sur la conliunce que mérite Arrien, v. la réponse de C. Patsch aux critiques de Hiandia (Beiir. %.ur ait. Gesch., IV(l90tj, p. 68-75).
'■• Voir le plan jadis levé par Texier et Pullan, op. cit., pi. LXIII.
• Arrian., Peripl., XVI, 5 ; Palsch, ibid., p. 71-73.
■'Or., XXXVjII. Iti.
''Cf. GlL, III. 306,3746.
l'extrémité du PONT-EUXIN ET LES RÉGIONS CAUCA8IQUES 365
qu'on a trouvé à Trébizonde des inscriptions* mentionnant les légions de Satala et de Mélitène, qui y envoyaient sans doute des détachements. La dernière amélioration connue consiste dans Taqueduc que Justinien ordonna pour lui amener de Teau et parer ainsi à la dépopulation *.
La nomenclature des localités du littoral, assez abrégée dans Arrien, parce que les points occupés de son temps étaient peu nombreux, est utilement complétée, avec de menues erreurs, par Ptolémée * et la Table de Peutinger *.
La première station qu'on rencontrait après Trébizonde était le port d'Hyssos (Tjdou Xijjliîv), oii campaient sous Hadrien un corps de fantassins et une vingtaine de cavaliers, « ce qui est nécessaire pour le service », ajoute Arrien ^ sans mieux s'expliquer. Au Bas-Empire, cette garnison fut renforcée ^. Puis c'était Ophis (1*0/2 d'aujourd'hui), reconnaissable encore sous d'autres formes un peu différentes \ Puis 'PiÇoù; XifiYjv ou Rhizaei •, à l'embouchure de la rivière Rhizios — actuellement Rizé, Ensuite -— et je néglige les points qui paraissent n'avoir pas eu d'importance stratégique — 1"a87)vwv â'xpov (maintenant Antina), lieu de mouillage bien protégé, « pouvant en été recevoir quelques vaisseaux », et montrant encore au temps d'Arrien ' un château abandonné, qui devait dater de l'indépendance des colonies grecques. Après quoi Archabis, bourg et estuaire, et surtout Apsarus *\ devenue Gonié, près de laquelle débouchait le Boa; ou "Axajji^/iç, le JcAoroA d'aujourd'hui. Arrien y inspecte cinq cohortes, mais c'est sans doute une garnison de circonstance, exceptionnellement forte. La Notitia n'en signale aucune **, peut-être parce que le nom de Tendroit y est travesti, ou bien parce que le duché d'Arménie s'arrêtait
' lbid,y 6745, 6747.
* Procop., Aed.y III, 7, p. 260.
^ PeripL, III, 1.
* Not.f XXX VIII, 34 : Cohors ciuium Romanorum Yssiporto,
'' Opiunte dans Peutinger, Offeunte etOfficiunte dans le Géogr. de Hav., dOi, 12; 366, 12.
8 Rhizée fut fortifié par Justinien (Procop., Aed,, III, 7, p. 260).
» PeripL, IV, 1-2.
»o/6id., VI, 1-2.
** V. seulement Chronic. Pasch,, I, p. 61 ; II, p. 435: i^ -ïrapejiSoXTj "A4'3tpo;.
un peu avant et qu'avec \psarus on arrivaU au litloral de C» cliUle. Et )a série de» pelibi fleuves P(Mîer3 se pnursijîvail : Ui ^f Niger, Phase, Charieis, Cbnbos, SinKaiie», Cyanes, trém^ral»- 3 ment avec, un pelit havre d'allerrisMuietit. Dans loul cec^=^ nous allttcherons un intérêt plus spécial à l'emboncliare d^E Phase, et enDn h Dîoscurias, U Sictp orpi-rJutSev nltm? 'Pw^ntoi;
Au sujet de la première, il convient de lire le coramentaii d'Arrien, tout en (fardant devant les yeux le pelil croquis bubois de Monlpéreux '. A l'entrée du Phase. << le fort, ùû sol^ ~ ' stalionnt^s 400 soldats dVlile. m'a semblé bien relranclié ^^- ' Iieureusemenl placé pour proléger la navigation. Deux large^^^^* fossé» entourent la muraitle ; autrefois celle-ci était en terr^^ ' en bois les lonrs qui la surmontaient ; maintenant le tout e^^ de briques cuites et s'appuie sur de solides fondalious. De^-i — "^ machines ont été dressées sur 1b rempart; bref on a toi*^-^^^ prévu. Mais pour rendre plus sûr le port, el les habilatious ile:^^^^ vétérans et des marchand!) en dehors du castel, j'ai cru devoi» ^^^ h partir du double fossé d'enceinte, en tirer un troisième qu-* ■ s'étend jusqu'au fleuve et abrite la baie, ainsi que toutes le^^ maisons extérieures au mur >■ '. Les fossés sont depuis lonir^r-^^' temps indistincts, à cause des alluvions, qui n'ont rien laîss» -^^^ subsister de la ville de Phase (Poli) ' ; mais Dubois de Monlpé — =^-^^ reux a vu le fort de briques, liées par un ciment rougeàlre ^ ^^ c'est un carré de 140 pas, avec une entrée médiane du côté d^^ -^ la mer, el à chaque angle une tour carrée, dont chaque fac^^ ^^ mesure 40 pas ; au sud, le lac dont parlent les auteurs anciens. -^^
Quant à Dioscurias, qu'il appelle aussi Sébastopolis, Arriecc:*- ~ rapporte qu'il en a visité la garnison de cavalerie, les approvi— — * sionnemenls, fait le tour des murs et des fossés '. On ne re—
' Arriao., ibid., XVII, 3, Pourtant lui-iDême {XVIII, 1) comme Straboiu ^^ (XI. 2, U, p. 496 C) pisce PityouB au Dord de Diosouriap. G'eitle Pithimc*^^.^^ de la Noiitia, que défendait l'ala prima Feiitc Theodosiana [XXXVIII, 32) ^^^Tl cantonnée là probablement par Théodose l'Ancien, lors des -diffl cultes ^^^^s dues a la passe du CaucaBB. li y eut quatre corps « Ihéodosiens > en ^^ GappadocB {Hot., XXXVIII, 18, 19, 32. a3}. V. p. 372.
* Vogage autour du Caucase, atlas I, pi. XVllI, 2 et 3 ; cf. t. II, p. 66 sq— ' Peripl., IX. 3.5.
* Du reste Agathias (111, 9, 2) aflîrme qu'elle n'étail bïtli* qn'en boit, mais entourée d'un large foBBé, où l'on pouvait dâtourner l'eau d'un lac ailué à proximité.
' Peripl., X, 3.
t'EXTRÉMlTÉ DD PCNT-HUXIN ET LES r4q10I*S CAUCASIQDES 367
trouve plus rien, dans VIskouriah moderae, des murs qu'il avait sans doute en vue ; mais des voyageurs out aperçu les vestiges d'une muraille, fortifiée de tours par endroits et bien plus étendue, dont les colons grecs antérieurs s'étaient enveloppés pour écarter les attaques de leurs belliqueux: voisins, les Coraxiens '. Que devint la garnison, passé le ii« siècle? La Notitia ■ mentionne bien : Cokors prima Claudia equitata Sebastopoîis. Seulement cette dernière ville ne paraît pas être Dioscurias ; elle doit se confondre avec la ZcëaniSnoXic ï-at^x de Plolémée, à quelque distance du rivage dans le Pont de Galatie *.
Ft|;. iS. — TraDitcaucaaie
Dans l'intérieur des pays du Caucase, les Romains se sont avancés plus d'une fois : Pompée, dans sa foudroyante campagne d'Asie, parvint jusqu'en Albanie, près de la mer Caspienne, battit les habitants sur les rives de l'Abas (le Samotir), mais fut, disail-on, arrêté dans sa marche vers l'Hyrcanie par des serpents venimeux *, A Eskî-Djoulfa, sur l'Araxe, au nord du lac d'Ourmiab, un pout antique est encore debout, dont la
< Dubois de Mootpéreus, I, p. 306 aq.