‹ La frontière de Savoie, comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 27 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PEPITO, LA COMTESSE, GODIVET.

GODIVET , entrant.

Madame la comtesse est mille fois trop bonne.

LA COMTESSE

Qu'est-ce, monsieur... que me voulez-vous?

GODIVET.

Permettez, madame la conttesse car c'est à madame lii

comtesse de Lasco que j'ai l'honneur de parler... on m'avait bien dit... un air de dignité... ( A part. ) Une superbe femme.

LA COMTESSE

Qui êtes-vous , monsieur?... je ne vous connais pas.

GODIVET.

C'est un avantage que vous auit'z bientôt... {Montrant Pepi/o.) Pardon , c'est à vous seule que je voudrais avoir aftairc. (Sur un signe de (a comtesse , Pepito sort. ) Je ne suis pas fâché de l'éloigner. .. ces gens-là ont leurs créatures... i^A la comtesse.) Je viens, madame, vous faire mes offres de service... je. tiens l'épicerie.

Ah! monsieuj' est...

GODIVET.

Horace Godivet , épicier épicier français , marié dans ce

pays à une petite feuune chai'mante et par suite, établi ré*-

cemment dans la ville voisine... Grande rue... où je tiens tout ce qui concerne mon état.

Air (le la Vieille.

Marrhandises toujours nouvelles,

Femme aimal)Ie daii.s mon comptoir;

Aux Savoyards les plus rebelles

Ma lioutique est superbe h voir.

Au Mortier d'or... avec rh.-mdellcs ,

Kt gros pains de sucre en sautoir,

Oui, d'honneur, c'est superbe à voir.

Tout est français , chez nous , par caraclère ; De nos auteurs la gloire littéraire Dans nos cornets se trouve tout entière... C;ir notre France , au monde qu'elle éclaire , Montre aujourd'hui sous les mêmes lauriers

Ses auteurs et ses e'picicrs.

LA COMTESSE

Epicier I ... si vous saviez combien cela me fait de plaisir !

GODIVET.

Madame la comtesse c'est trop de bonté... j'y suis par-

fa ilcnient sensible d'aulant plus que je n'y suis pas liahi-

Uié.... au contraire, depuis quelque teuis, les épiciers on les vexe.

LV COMTESSE

Monsieur...

GODIVET.

En France surtout... C'est pour ça que j'en suis sorti On

n'y a pas assez de considération pour un état (pii , j'ose le dire, rend des services à la société qu'il éclaire... Epiciei-s, épiciers!... ils abusent de ce nom-là... ils le donnent à tort et à travers à des gens qui n'ont jamais pris patente... c'est une profanation!... et, pour vous en donner une idée... il y a un an , j'étais à Paris pour im héritage que j'avais eu le malheur de

faire... Un soir, j'étais au spectacle j'aime beaucoup les

pièces de théâtie... celles d'aujourd'hui surtout.... elles sont épicées, salées et poivrées... j'adore ça... On jouait une pièce nouvelle... c'était horriblement beau... j'en avais la chair de poule!... lorsqu'un monsieur qui était près de moi , au plus beau moment... ut... lâche un coup de sifflet... Voilà tout le parterre debout, qui s'écrie, en se retoiunant de mon côté: «< A » bas l'épicier!... à la porte l'épicier!... » J'étais rouge, j'étoulfais... C'est égal, je me lève et je crie : « Oui, messieurs,

» je suis épicier, mais »> On ne me laisse pas finir les

huées.. . les éclats de rire, les sifflets... ça jîart de tous les côtés.. le commissaire de police en écharpe me prend par le bras, me met à la porte au milieu des éclats de rire et des bravos... et le lendemain , je lis dans le Moniteur., partie officielle, que c'est un épicier qui a fait tomber la pièce.

LA COMTESSE

Monsieur, le château a ses fournisseurs, et je suis désolée de la peine que vous avez prise.

(Kllc lail un pas pour sorlii .) GODIVET.

Du tout... C'a été un plaisir d'ailleurs c'est mon chemin

|K)ur passer en France.

LA COMTESSE , .l'arrêtant.

Ah! monsieur passe en France?

r.oniVET.

Avec ma fenune qui m'attend à l'auberge voisine Nous

avons des emplettes, des i)rovisions à faire.

LA COMTESSE

Mais vous ne savez peut-être ]>as la surveillance qu'on exerce sur la frontière... Comment la tromper?

GODIXET.

.le ne tromperai personne... j'ai mes papiers bien en règle... un passeport visé de ce matin.

L\ COMTESSK.

Ah ! un passeport !

GODIVET.

Oui, madame... comme négociant, connue Français.

LA COMTESSE, souriant tl'iin air aimable. Voilà qui est bien tlifféient... et s'il m'est prouvé que vous êtes Français...

GODIVET, se fouillant.

Tout ce qu'il y a de mieux prouvé.

L\ COMTESSE

C'est qu'il y a tant de marcliands forains qui nous trompcn;.

GODIVET.

Je connais ça... des y)orle-balle, Italiens, Vénitiens ou Lombards des fabricans de mélasse, qui se disent marcliands <K'

sucre... des droguistes qui déshonorent l'épicerie!... c'est pai-

tout connue cela.... tandis que moi, madame {Lui donnunt

son passeport.) Lisez, lisez... je suis fier de mon état. LA COMTESSE , Usant.

«t Laissez librement circuler et traverser la frontière de France, » le sieur Horace Godivet, épicier... »

GODIVET.

Épicier-chocolatier; je tiens à tous mes titres Chocolatier... ce qu'il y a de plus distingué... car parmi les fabricans de chocolat on compte des mar.quis... j'en connais à Paris, passage du Panorama.

LA COMTESSE , qui penilaitt ce if rus a cliaiigé If passeport ri 'ni donne celui dr son mari.

Dès que ce sont des marchandises françaises , je |)rendrai tout ce que vous voudrez... Vous avez la pratique du château. GODIVET , saluant.

Madame la comtesse.. . (// part.) Voilà une fenune charmante^

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