‹ La frontière sino-annamite: description géographique et ethnographique d'après des documentsChapitre 79 sur 89 · U8 L0L08 V0IX · texte numérisé non relu

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et mêlée de telle sorte à de Tétofie de coton que cela a l'aspect de la corne d'une licorne. Cette corne avec son enveloppe atteint bien quelquefois une longueur de neuf pouces. Les Lolos considèrent cette coiffure comme sacrée , c'est du moins ce que l'on m'a dit et même ceux qui par convenance se font une petite natte de cheveux en entrant sur le territoire chinois , conservent encore la corne dissimulée alors sous un turban qui est de mode dans le Sse-tchouen.

»Le principal vêtement des Lolos est leur manteau, c'est un ample pardessus sans manches, fait de teutre gris ou noir, retenu autour du cou par un cordon, et descendant presque jusqu'aux talons. Chez les gens de la classe la plus aisée ce manteau est &it d'un feutre fin très recherché des chinois, et il est orné dans le bas d'une frange de tissu de coton. Pour voyager à cheval, ils ont un manteau semblable à celui qui vient d'être décrit mais il est fendu de bas en haut jusqu'à moitié du dos Le feutre est naturellement gris, mais il devient brun foncé ou noir avec le

temps Les Lolos croisent leurs bras sous ce vêtement

qu'ils maintiennent généralement fermé sur leurs épaules. Leurs jambes , revêtues de pantalons faits) de cotonnade chinoise, sont emmaillotées dans des bandes de feutre retenues

par des cordons Pendant l'été un manteau de coton

remplace celui de feutre et leur chapeau tenant lieu d'ombrelle est tissé en bambou , il est bas , de forme conique et recouvert de feutre

»La chevelure des femmes est tressée en deux nattes dont elles s'entourent la tête, elles portent des jaquettes et un tablier sur des jupons plissés garnis de volants et tombant jusqu'à terre

A^Beaucoup de Lolos soumis de la frontière sont soldats

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à la solde des autorités chinoises .... Un missionnaire français qui avait visite leur contrée , a déclaré avoir vu de leurs livres sans qu'il lui fut permis de les examiner. Ils possèdent en effet Tart d'écrire mais dans une forme partîcuUère qui leur est exclusivement propre et dont il sera question plus loin *

i^Que sont les Lolos? D'où^ viennent-ils ? A quelle race appartiennent-ils? Ce sont autant de questions auxquelles

il m'est difficile de répondre avec compétence ' Ils

ont été confondus avec les Miao-tze, les Man-tze, les Sifan , les Te-jen , les T^ou-y et autres peuplades portant des noms chinois d'un caractère vague ou méprisant n'ayant aucune signification ethnique.

»Le mot Lolo est une injure d'une origine chinoise inconnue dont on ne pourrait pas foire usage en leur présence bien qu'ils l'excusent et l'emploient même quelquefois eux-mêmes par complaisance lorsqu'ils ont affiiire à des étrangers ignorants. Dans un rapport du général chinois Lo-ping-tchang adressé à la cour de Péking, ils sont appelés Y ^ (c'està-dire étrangers, barbares) terme appliqué par les chinois aux Européens. Ils ne font pas d'objection à être désignés sous le nom de T-kia familles élran^ gère, mais ce nom n'est pas leur nom national Près de

1. Yid. sap. oe qui est dit de Péoritiiie des Tbouau. p. 195.

8. M. le Dr. Thorel dit que les Lolos noirs appartiennent à la raoe brune ou ramean noir de la raoe oauoMique. Cf. Forage d^esphraOtm em Lukh Ckme, ToL U, p. 824: «Ces Lolos noirs à t^ indo-européen, sont-ils vérita- «blement indigènes dans le sens le plus absolu du mot? Sont-ils venus de «l'Asie centrale^ qu'on assigne comme ayant été le berceau des races aryennes? «Viennent^ls de i'Lide comme les Bobémiens a?eo lesquels nous les avons «comparés? U nous est complètement impossible de répondre à oes questions. «L'histoiro ohinoîie et la pbilologie de oes peuples permettront pent^tre de les «résoudre et de constater qu'ils sont d'origine aryenne.» Ibid. p. 887.

146 us houm iioiBs.

Marpien* ils se désignent euz-mftmes sons le nom de

Lo-tou. Dans les environs de Lei-poting^ leur nom est ,

No-^ou ou Ngo-^ou (probablement une simple variante \

de L(h9ou) ; près de Hoei-li tcheou ' le terme employé est

Lé-wu. Les tribus soumises, sur les bords de la rivière

T'ong (ou Ta-touho) près du mont Wa, se donnent aussi i

le nom de NgihM>u\ j*ai constaté que cette peuplade parlait

très irrévérencieusement des Lo-sou mais il n'est pas

douteux qu'ils sont de la même race et parlent le même langage. Quelles que puissent être les subdivisions des Lo-soa et des Ngo-sou, il est impossible de nier qu'ik appartiennent à la même fiimille. Physique, manières et langage, tout est semblable.

»1a contrée occupée dans le Sse-tchouen par les Lolos indépendants, c'est-à-dire une superficie de 11,000 miles carrés , est appelée Leang chan ou Ta Leang chan montagnes des hauts sommets, dénomination qui ne désigne pas quelque chaîne ou quelque pic particuliers mais bien toute la r^on des Lolos, district montagneux d'un bout à l'autre et contenant quelques sommets qui s'élèvent au-dessus de la ligne des neiges étemelles ^

1. 8oi»préfoctare dn tomtoire préftiotoral de Siu-tcbeoa foa qu'arrosent k riyière T'ong (ou Ta-tou ho) et la rifiàre Min. (Yid. sup pp. 172, 173).

2. Dans la province do Sse-tehouen , préfecture de Ningyuan et sur la riTe gauche du Kia-cha kxang ou haut Yang-tze. Cest dans la préfecture de Ningyuan que M. Baber a pris ses notes sur les Lolos. Ce territoire porte le nom

de nJlée de |^ M Eien-teh'ang; Klen-tdi'ang est l'ancien territoire de

Kiong^tou qui, sous la dynastie des Thang, tomba entre les mains des Tibétains et doni les Mongols firent la marche de Kien-tch'ang. (T. K. T. Ut. 6, f 64). Cest le Camdu de Marco Polo. Celait, sous la dynastie desHan^leEiunon Division de Tue-souei (ou yue-hi).

3. Le massif de Ta Leang chan se trouve compris entre la rivière T'ong (ou Ta-tou ho) au nord , la préfecture de Tue-hi et celle de Ning^ynan avec la rivière Ya-Iong à l'ouest; Hoei-li tcheou an sud, le Kin-clia kiang (ou haut Tang-tso) et Let^ting à l'ouest, la rivière Min au nord-ouest. Seuls habitants de

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^L'expression os noirs est généralement employée par les chinois pour désigner les Lolos indépendants. Dans la bouche d'un Lolo cette expression semble signifier homme libre ou nobie dans un sens qui n'est pas moins absurde que l'expression de eany bleu chez les européens. Les os blancs, autant que j'ai pu le comprendre, sont les vassaux ou serviteurs des patriciens, c'est4-dire la populace. Une troisième classe est formée de Wa-tze * ou esclaves qui sont tous des chinois captifs

i^Près de Ma-lieh un chinois échappé de captivité m'avouait que, tout en préférant la liberté, sa condition comme esclave était assez douce et qu'il n'avait pas à se plaindre à ce sujet. Ses maîtres l'avaient tatoué sur le front d'une croix

bleue ineffiu»ible, c'était la marque du propriétaire'

Les esclaves adultes sont l'objet de punitions sévères s'ils sont indociles .... mais pour les captifs qui se montrent

massif montagneux qai semble leur principal centre, les Lolos forment donc, depnis des siècles , en plein territoire du Céleste Empire une endaye jusqu'ici inaccessible anz chinois. Les Lolos du Ton-nan ne sont probablement que des émigrés de Ta Leangohan.

1. Cette expressioiA d'os blancs et d'os noirs se retrouye chez les Kirghiz

de l'Asie centrale. L'ouvrage intitulé Cken^-vothki ^Ê â| gg désigne les

Lolos sous le nom de He-koua S W au lieu de He4com fiB •& .

3. Ce nom est peut4tre l'équivalent ou une corruption de Owa-he appliqué aux flo-nbi (vide sup. p. 13é.)

8. Des bommes ainsi tatoués ont été remarqués en 1886 parmi les troupes yunnanaises qui ont assiégé Tuyên-quang. On constatait également la taille extraordinaire de certains soldats de cette armée.

La marque d'une croix sur le front est aussi en usage cbes les lyou-jen; nos missionnaires ont signalé cette coutume qu'ils sont enclins à qualifier de tradition chrétienne. En signe de bonheur, suivant eux, les T'ou-jen peignent à l'encre sur le front de leurs en&nts le caractère ^ et> de même,

avant d'entreprendre un voyage, ils tracent à la main le même signe sur leur propre front.

Maroc Polo, en parlant de Yon-nan fou, j signale l'exîstenoe d^Mi pom de CreêêUm Neêtarmê, — Le lèm de Mmrto Iblo, Pauthier, p. 389.

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disciplinéB la âtuation devient assez sortable; ils sont tatoués des marques de la tribu et on les traite alors en tous points comme le sont les Os blancs. Le même individu m'a rapporté que les Lolos font de laides routes et vivent dans de jolies maisons de pierre.

»On pourrait supposer , d'après ce qui précède , qu'il y a , parmi les esclaves bien traités, des métis de pères Lolos et de femmes chinoises esclaves. H n'en est rien. Même les l^ou-sse , c'est-à-dire les Lolos qui par hérédité sont administrateurs des tribus soumises à la juridiction chinoise et qui parlent , écrivent le chinois et portent le costume officiel chinois, même ceux-là ne se marient qu'à des femmes de leur tribu. Beaucoup de filles chinoises sont, il est vrai, emmenées en captivité mais ce n'est que pour en fiûie les femmes des esclaves chinois

j^Lorsqu'il leur naît un garçon on le lave dans de l'eau firoide et on lui met sur le firont , en mani^ de baptême , de la bouse de vache pour le rendre robuste et sans crainte. La naissance d'une fille est généralement regardée avec plus de satisfiM^tion. Les femmes sont en effet l'objet de beaucoup de respect et peuvent même être investies de l'administration d'une tribu; la meilleure garantie de sécurité que puisse se procurer un étranger qui désirerait pénétrer dans les montagnes des Lolos serait d'avoir pour guide une femme Lolo qui, avant de quitter sa tribu, aurait revêtu une jupe particulière. D'après leur loi un voyageur ainsi accompagné est sacré

»Gn européen pourrait sans doute voyager en toute sécurité à travers les montagnes de leur territoire mais à condition d'être muni de recommandation , car une introduction en règle est indispensable; ils semblent surveiller très rigou-

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reusement les approches de leur territoire, et le caractère d'un voyageur est bientôt apprécié à sa juste valeur. Si on ne leur est pas suspect on ne rencontrera pour pénétrer chez eux d'autres difficulté que celles que susciteraient au départ les fonctionnaires chinois

;»Un chef épouse trois femmes, un sous-chef deux et le commun des Lolos une seule. Us cultivent le blé, Torge, le millet et font du vin avec ces différents grains; ils cultivent très peu de rûs. Ils font usage de couteaux et de fourchettes; ils mangent le bœuf, le mouton et le porc , mais pas le cheval ni le chien. Ils font eux mêmes leurs sabres qui ont trois empans de long et dont l'extrémité est carrée. Ds n'ont pas de fusils mais des arcs qu'il fiiut trois hommes pour tendre. Leurs femmes portent des jupes plissées, des ornements d'argent et d'or et des souliers brodés

»JÏ est remarquable que le Bouddhisme ne compte pas un seul adepte parmi les Lolos. Leur culte quel qu'il puisse être est entretenu par une classe de magiciens ou médecins qui sont très respectés et monopolisent l'art d'écrire ^

1. Noos donnons pins loin, en / a o ê imiïe , des spéeimens de PécritiiTe Lolo qoe M. G. Baber a pu se proenrer pendant son voyago. Cette écriture est pent-ètre la même que celle dont nons parlent les annales mongoles, comme partUnilière aox Barbares Tsouan. (Yid. snp. p. 125.). M. Terrien de Laoonperie qni a examiné cette écriture dit qu'elle est phonétique, composée d'un petit nombre de caractères, moins de quarante; qu'elle est alphabétique, les lettres se combinant en groupes : «The interests of the writîng discorered by «M. Baber is shown by four remarkable frets:

»1®. The intimate connexion of the Lolo charaeters with the legend of the stone seal fbund at Harapa, near Lahore, in an excavation undertaken for the Archaological sanrey of India by major Clarke,which,fromBroh«>logical endence, Qeneral Ounning^iam aasigns to four or fife hundred years before the Ghiistîan £ra.

»S^. Its extraorHinary ressemblance with the Rejang (Sumatra) and conneo> ted wriiing on one side, and the oorean and Hifnmi ji^panese on the other.

•^. Its romote aflinities with the Indo-Pali (d'Açoka) the hst exhibiting in some CMSB more oorrupted shi^es of eharaoters.

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