SCÈNE XVI
MADAME DERVIÈRE, LÉON.
MADA.ME DERVIÈRE, inquiète et légèrement agitée. Ah ! te voilà , mon ami , je te cherchais, pour te faire part de ce que je viens d'apprendre.
LÉON
Qu'est-ce donc ?
MADAME DERVliillE.
Quelque chose qui va sans doute t'indigner , t'exaspérer... mais je ne puis te le laisser ignorer; tu sais que nous étions convenus d'envoyer Baptiste à la diligence chercher les effets de mademoiselle Delaunay ; eh ! bien , voilà ce qu'il vient de raconter à Justine , qui me Ta rapporté sur-le-champ : à ce nom de mademoiselle Delaunay , le commis du bureau a demandé si c'était la fameuse pianiste qui donnait des leçons aux premières familles d'Amiens, et, comme Baptiste hésitait à répondre, il s'est pris à plaisanter , et
s'est permis les propos les plus extiaordiriaires, il a parle crinliigués, de militaires, de duel, que sais-je encore? c'est au point que Baptiste a été furieux, et que...
LÉOîî.
Assez^ ma mère... tout ce que vous me dites-îà, je le savais.
MADAME DERVIÈRE, étonnée.
Tu le savais !
LÉON
La calomnie fait vite du chemin ; mais , je le vois , vous êtes ei- IVayée , n'est-ce pas, ma mère? Je l'ai été comme vous, plus que vous peut-être, et je puis vous le prouver... une lettre écrite par les personnes les plus dignes de foi, des renseignemens certains sur mademoiselle Delaunay.
MADAME DEUVIÈRE.
Eh ! quoi ! tu aurajs pris des informations? ah! je respire ! quelle heureuse idée tu as eue là ! Allons , allons , je n'aurai eu qu'un instant d'inquiétude, et voilà qui va tout terminer... Eh bien, cette lettre, où est-elle?
LÉON , indiquant la cheminée.
Là! je l'ai brûlée.
MADAME DERVIÈRE.
Sans la lire!., ah! qu'as-tu fait?