LE TES
malade quitte l'hôpital au mois de janvier 1938, guérie, en apparence, de cet épisode pulmonaire aigu.
Mais, immédiatement, s’est installé un prurit qui, d’abord localisé aux membres inférieurs, a gagné rapidement tout le corps, le visage et même le cuir chevelu, provoquant la chute des cheveux.
Cependant, la malade va au mois d’avril se reposer à la montagne. Dès son arrivée, elle fait de nouveau une bronchite avec crises d'asthme extrêmement violentes nécessitant un traitement par l’évatmine. À ce moment aussi s’installe une expectoration très abondante qui n’a jamais cessé depuis.
L’asthénie est intense.
Des vomissements aqueux surviennent tous les matins ei la malade se croit enceinte car, depuis le mois de mars, ses règles, qui, jusque-là, avaient toujours été normales, se sont arrêtées, l’arrêt ayant coïncidé avec l'installation d’une galactorrhée très nette.
Cependant, l’absence de modifications utérines oblige ultérieurement à abandonner le diagnostic de grossesse, et à incriminer une insuffisance hépatique traduite par un subictère et parfois des selles décolorées.
Le séjour à la montagne se poursuit jusqu’en septembre 1938, mais la persistance de l’asthénie, les nausées, l’amaigrissement et enfin l'apparition d’adénopathies cervicales, surtout marquées à droite amènent la malade à consulter dans le service du Docteur May et à accepter l’hospitalisation.
Aucune maladie n’est à relever dans ses antécédents 2 elle a eu une grossesse normale il y a 7 ans.
Un frère est mort à 25 ans de tuberculose.
À l’examen, on est frappé par l’amaigrissement, les lésions de grattage disséminées sur tout le corps, tradui-
sant un prurigo intense, elles ont entraîné une disparition presque totale des poils pubiens et/axillaires, la chute des cheveux et des sourcils.
La peau est sèche, épaissie.
Le regard est fixe, sans exophtalmie.
Les adénopathies sont multiples :
sus-claviculaire droite ; axillaires, plus marquées à droite ; inguinales bilatérales.
Le foie est augmenté de volume, douloureux.
La rate, palpable et percutable.
Les seins sont d’aspect normal ; cependant, la pression fait sourdre une quantité abondante de lait. Les régles sont toujours suspendues.
L'examen clinique, par ailleurs, est de peu d'intérêt.
Les poumons sont le siège de râles sibillants, disséminés ; le cœur est normal, le pouls à 96, la T. A. à 11-6 ; les réflexes oculaires et rotuliens sont normaux.
Une nouvelle recherche de B. K. reste négative.
Le B. W. est négatif.
L'examen du sang montre une anémie légère, une leucocytose discrète, à forte prédominance polynucléaire neutrophile.
Enfin, une biopsie ganglionnaire permet d’affirmer le diagnostic de lymphogranulomatose maligne.
La recherche des hormones gonadotropes dans les urines et de la prolactine par la méthode de la micro-réaction sur le jabot du pigeon, donne un résultat négatif.
Cependant, l’évolution se précipite, la température, d’abord entre 37° et 38°, montant à 39° le 8 décembre, l'apparition brutale d’un ganglion jugulaire gauche, incitent à confier sans retard la malade au Docteur Mallet pour la mise en œuvre du traitement radiothérapique.
Dès la deuxième séance, le prurit est considérablement atténué, mais la température persiste à 39°, les quintes de toux sont continuelles.
Au bout de quatre séances, le prurit a presque complètement disparu, les éléments de prurigo de la face se sont effacés, la température revient à la normale.
Au bout de 8 séances, l’amélioration est très nette
— la température est normale;
— l’adénopathie cervicale gauche et sus-claviculaire droite, la splénomégalie ont considérablement diminué.
Au bout de 16 séances :
— les ganglions inguinaux à leur tour ont considérablement régressé ;
— les autres adénopathies ont disparu.
La malade se sent beaucoup mieux, elle a repris 3 kg. n’a plus aucun prurit, l'appétit est redevenu normal.
Les poils pubiens et axillaires, les sourcils paraïssent repousser légèrement.
La galactorrhée elle-même est très favorablement influencée par le traitement, une forte pression arrive seule à faire sourdre quelques gouttes de liquide du sein droit.
Et la malade quitte le service le 18 janvier 1939.
Au mois de février, un nouveau facteur d'amélioration est apporté par la réapparition des règles, peu abondantes il est vrai, survenant un mois environ après la presque disparition de la galactorrhée.
Les sourcils sont sensiblement normaux, les poils pubiens sont bien développés ; seuls les poils axillaires n’ont pas réapparu.
Les adénopathies sont réduites à un ganglion sousmaxillaire gauche avec quelques petits ganglions rétrosternaux.
L'état se maintient ainsi excellent pendant tout l'été
Mais, au mois d’octobre 1939, la malade fait une rechute qui, d'emblée, s’avère grave, avec réapparition de tous les symptômes du début :
Fièvre, asthénie, amaigrissement, troubles digestifs avec diarrhée, bronchite, réapparition des ganglions axillaires, cervicaux et inguinaux.
Toutefois, les règles continuent à survenir régulièrement, quoique diminuées, et il n’y a pas de reprise de la galactorrhée.
L’aggravation se poursuit rapidement et la malade meurt le 14 novembre 1939, un moïs et demi après le début de la rechute.
| L’autopsie pratiquée ne nous apporte aucun renseignement de valeur permettant d’expliquer la galactorrhée.
L'hypophyse est peut-être un peu pauvre en cellules basophiles ;
L’ovaire et la surrénale peuvent être considérés comme tout à fait normaux ;
Le corps thyroïde est pauvre en colloïde mais sans hypertrophie épithéliale et fait penser à une involution générale avec réduction d’activité peut-être due aux R. X.
Aucune glande endocrine ne renferme de tissu Hodgkinien ; par contre, les poumons, la rate, les ganglions
sont largement envahis.
K) - ASTHME {2 obs.)
Nous connaissons deux observations de galactorrhée associée à l'asthme. De l’une, malheureusement, nous ne possédons que le titre, mais cependant nous
avons cru bon de la signaler ici, quoi qu’il nous soit impossible d’en faire le moindre commentaire.
C’est l’observation de Occhioni, 1929 : sécrétion
colostrale chez un homme asthmatique.
L'autre vient du service du docteur Etienne May.
OBSERVATION VI. — M"° B..., 29 ans, a été soignée pendant deux ans, d'octobre 1935 à octobre 1937, dans le service du Docteur May pour un syndrome extrêmement complexe d’hydrorrhée bronchique avec réaction asthmatiforme, rebelle à toute thérapeutique.
Elle est entrée dans le service pour un syndrome dyspnéique ressemblant à un œdème aigu ou subaigu du poumon et se répétant par crises de plus en plus violentes depuis 3 mois.
Les premières crises observées dans le service ayant été suffisamment alarmantes pour nécessiter à plusieurs reprises la thérapeutique classique : saignées, morphine et ouabaïne intra-veineuse.
Cependant, l’absence totale de tous signes de défaillance ou d’atteinte cardiaques et de lésion médiastinale, la longue évolution de l'affection, permettent d'éliminer un œdème grippal malgré l'élévation thermique fréquente ; l’absence de lésion pulmonaire à la radiographie, la trachée sus-glotique et le larynx normaux rendent très improbable l'hypothèse d’un œdème pulmonaire aigu ou subaïgu et font poser le ‘diagnostic dhydrorrhée bronchique avec réaction asthmatiforme, diagnostic confirmé par l'existence d’une importante éosinophilie sanguine, cependant qu’il n’existe pas OM nophiles dans l’expectoration.