‹ La GalactorrhéeChapitre 55 sur 70 · TOR · texte numérisé non relu

TOR

thelium des villosités choriales et transforment les cellules chromophobes en cellules de grossesse qui sécrètent la prolactine (Winter, Schwarz, "Freund, Kraus).

.— Une remarquable observation nous permet d’expliquer les modifications mammaires observées au cours des lésions génitales de l’homme : c’est celle de Bergeret, Caroli, Millot et Simonnet (1937) de cancer métastatique du testicule (tumeur de type séminal) avec gynécomastie. Quoique le malade n’ait jamais présenté de galactorrhée au cours de l’évolution de la maladie, l’observation n’en demeure pas moins capitale pour nous, étant donnés les résultats de l'étude hormonale et les modifications histologiques de l’hypophyse trouvées à l’autopsie.

Les auteurs insistent sur certains symptômes dits de grossesse :

— au point de vue biologique — dissociation entre l'hormone gonadotrope et l’hormone œstrogène, — prolanémie croissant progressivement et atteignant des chiffres dépassant de beaucoup

ceux observés au cours de la grossesse (50.000 U. Souris) ;

— folliculinémie suivant une évolution inverse et n’ayant jamais dépassé 150 U. KR.

Il y a donc eu, contrairement aux faits observés dans la grossesse, non seulement inégalité, mais dissociation progressive des courbes prolanémique et folliculinémique.

La partie la plus intéressante de cette observation est l'examen histologique de l’hypophyse :

—— aspect pseudo-adénomateux avec hypertrophie cellulaire amenant un tassement de la glande, — existence de quelques cellules basophiles,

— mais surtout présence, dans la plupart des cellules, de fines granulations acidophiles, l'ensemble constituant l'aspect typique de l'hypophyse de grossesse.

Si le malade n’a pas eu de galactorrhée, mais seulement une gynécomastie, ce n’est là qu’un phénomène accesssoire. Etant donnés les résultats de l'étude biologique et de l’examen histologique de lhypophyse, joints à la notion expérimentalement prouvée de l’antagonisme testostérone-prolactine, il semble possible d’affirmer que les lésions testiculaires entraînent une diminution de la testostérone, déterminent des modifications préhypophysaires avec production anormale de prolactine. Cette production anormale permettant parfois l’apparition de la sécrétion lactée.

— Ainsi s'explique la sécrétion colostrale abservée par Cooke (1915) chez un homme de 26 ans atteint de chorio-épithéliome du testicule.

Quant aux deux observations de Gaillet de tumeurs de l’épididyme avec sécrétion colostrale, il faut probablement les interpréter

— soit comme des cancers du testicule englobant

l'épididyme,

er 1

— soit comme dés lésions, épididymaires accompagnées d’insuffisance testiculaire,

La même explication est applicable aux trois cas de galactorrhée avec hypoplasie génitale et aux trois cas de galactorrhée chez des hermaphrodites. Mais ici nous sommes réduits aux hypothèses, car il ne nous a pas été possible d’obtenir des observations complètes.

Quant à la galactorrhée observée par Polycarpus Schacher chez un garçon de 9 ans, il est bien possible qu’elle témoigne seulement d’une puberté précocé.

— La galactorrhée au cours des fumeurs surrénäles soulève un problème plus complexe. La surrénale joue un rôle certain dans la lactation : la surrénalectomie complète interrompt la lactation. La cortico-surrénale est nécessaire à la production du lait.

L’addition, soit d’hormone cortico-surrénale, soit d’hormone surrénotrope préhypophysaire à la prolactine parfaitement purifiée, est nécessaire à la lactation chez les animaux hypophysectomisés.

Les tumeurs surrénales entraînant des troubles endocriniens chez l’homme adulte sont rares — mais toujours les troubles endocriniens traduisent une insuffisance génitale. Or, cette constatation est surprenante. En effet, les résultats de l’hyperfonctionnément cortical sont bien connus : il masculinise la femelle impubère ou adulte, il fait apparaître ou inténsifié les caractèrés masculins chez le jeune mâle. Chez l’adulte mâle, seul, l’hyperfonctionnement

cortico-surréhal donne ün résultat inverse : l’'homine se féminise,

Pär quel mécanisme ? Nous ne lé savons pas avec certitude : une hormone indispensable à la vie 4 été isolée de la cortico-surrénale par Hartman, d’une part, par Swingle ét Pfiffner, d’autré part. Mais des quantités en excès de cette hormone, administrées à des animaux, n’ont pas détérminé uné précocité sexuelle convaincante. Certains auteurs — Corey et Britton interprètent comme uñé stimulation à la maturité sexuelle, des modifications observéés dans les ovaires et les testicules d'animaux ayant subi un pareil traitement. Connor a été incapable de confirmer ces résultats.

Astwell a découvert que les ovaires de tétards hypophysectomisés étaient devenus plus volumineux cheg des animaux traités par un extrait conténant de la cortine que chez les témoins.

Hartman, Greene, Bowen et Thorn ont montré que l'intervalle entre deux périodes menstruelles peut être raccourci chez des femelles normales par l’injection d'extrait cortical. II ñe s'ensuit pas nécessaireniént que l’éxcès supposé de cortiné dans une tumeur sufrénale soit responsable dé l’aménorrhée ou du virilisiie quoi qu'il ait été prouvé que le cortex sürrénal contient une substance qüi inhibe l'activité des gohades dès animaux adiüultes (Lisser, 1936).

Cette notion permettrait de comprendre pourquoi la tumeur surrénale est masculiñiisänté €thez la feiñime, féminisanté chez l’hoïiriié, pourquoi nous

n'avons trouvé nulle part signalée l’existence de galactorrhée au cours des tumeurs surrénales de la femme ; elle paraît appuyée par la fréquence de Finsuffisance testiculaire dans les observations que nous rapportons. C’est à cette insuffisance testiculaire qu’est due, selon toute vraisemblance, la galactorrhée de ces malades. C’est pourquoi nous avons joint dans un même chapitre l'explication pathogénique de la galactorrhée au cours des lésions testiculaires et au cours des tumeurs surrénales chez l’homme.

Une dernière donnée expérimentale d’un grand intérêt mérite d’être rappelée : la découverte par Brownell, Lockwood et Hartman d’une hormone cortico-surrénale ou cortilactine différente de la cortine, capable de produire la lactation. On serait tenté de se demander si un excès de production de la cortilactine dans une tumeur surrénale pourrait être l'explication de la galactorrhée, maïs

— l'existence de cette hormone de lactation est loin d’être admise par tous les auteurs ;

— même si une telle supposition était vraie, pourquoi n’observerait-on pas de galactorrhée chez les femmes adultes atteintes de tumeur surrénale ou de virilisme, probablement causé par un hyperfonctionnement cortico-surrénal ?

C’est pourquoi il nous semble plus vraisemblable d'attribuer à l'insuffisance testiculaire l'apparition de la galactorrhée.

Des deux observations rapportées, une seule men-

BD D Le

tionne l'insuffisance testiculaire, c’est l'observation de Parkes-Weber, signalant à l’autopsie une déficience du tissu testiculaire intersticiel ; l’autre observation, celle de Lisser, ne décrit pas d’autres signes de féminisation que la gynécomastie et la galactorrhée. Cependant, il semble logique de l’interpréter de la même façon, d’autant plus que deux observations viennent à l’appui de cette théorie :

— celle de Holl : féminisation progressive et atrophie sexuelle chez un homme atteint de tumeur surrénale, observation remarquable par l’évolution; en effet, le malade non seulement a survécu à l’intervention, cas unique dans la littérature, mais a vu réapparaître progressivement ses caractères masculins ;

— celle de Bittorf, gynécomastie, atrophie testiculaire et impuissance chez un homme ayant une tumeur surrénale et chez qui, à l’autopsie, on a trouvé des testicules contenant à peine quelques cellules intersticielles mais un tissu spermatogénétique en bon état. |

Dans ce même chapitre, nous avons également fait entrer l’explication pathogénique de la galactorrhée du malade atteint de maladie de Basedow, rapportée par le professeur Mondor.

L'influence du corps thyroïde sur la lactation n’est pas nettement définie.

I1 semble bien que l’absence d’hormone thyréotrope diminue le pouvoir lactogénique de la prolactine chez l’animal hypophysectomisé (Folley, 1938).

— Graham (1934) accroît la production lactée par

administration de thyroxine chez des animaux ñotmaux.

— Reece et Turnér constatent qué les injections de thyroxine diminuent lé taux dé la prolactine hypophysaire, donc favorisént la libération de prolactine.

— Mac Queen, Williams et Folley notent une diminution de la production du lait, jugée par là croissance des petits, après thyroïdéCtornie.

De toute cette expérimentation, il découle que la thyroxine et l'hormone thyréotrope ont une action favorisaähte sur la sécrétion lactée. On ne peut cependant pas en conclure, pour l’obsérvation qui nous intéresse, que l’hyperthÿroïdie très marquée dü malade (M. B. à + 102) est responsable de la sécrétion colostralé. D’autant plus que noùüs ne connaissons pas de cas dé galactorrhée au cours de la maladie de Basedow chez la femmé. Il nous paraît plus logique dé rattachèr la galaciorrhée à l’impuissance du maläde ét de la classer parmi les galactorrhées d’origine testiculaire, en n’excluant pas, cependäft, la . possibilité de facteur adjuvant apporté par l’hÿpérthyroïdie.

3) - ACROMEGALIE ET TUMEURS CÉREBRALES

L'hypophyse étant le centre dé l’arc réflèxe du phénomène de la lactation, la préhypoplhiyse étant le lieu de formation de la prolactine, il n’est pas surprenant que toute modification de l’hypophyse dans lé señs dé l’hypérfonctionnement puisse avoir pour

Let A MN ET OP LPO 7 PORTA AE CET W 17 7.

vais Le PRET CARPE EE \ RD nere Ù F* a ra |

effet une production exagérée de prolactine rompant l'équilibre endocrinien et se traduisant par la galactorrhée. Îl est intéressant de remarquer que, chez la femme, l’acromégalie détermine des modifications morphologiques à type de virilisme et que, sur les 16 observations de galactorrhée chez des femmes acromégales, que nous rapportons ici, nous ne trouvons pas une seule fois mentionnées des règles normales. Chez 6 malades, les règles ne sont pas signalées, mais sur les 10 dont les observations sont plus complètes, 8 sont aménorrhéiques et 2 ont de gros troubles des règles.

Chez la malade de Carnot et Bouttier, enfin, l’examen des urines par injection au rat et à la souris a permis de conclure à l’absence d’hormone antéhypophysaire de maturation sexuelle.

Quant aux observations de galactorrhée chez des hommes acromégales, elles nous sont malheureusement toutes parvenues trop incomplètes, ou sont trop anciennes pour que nous sachions si les malades présentaient une insuffisance génitale.

— Il est bon d’insister sur le rapport entre la préhypophyse et la sécrétion lactée :

L’hypophysectomie pendant la lactation entraîne, d’une façon constante, l’arrêt de la lactation.

La prolactine provoque la sécrétion lactée dans la glande mammaire préalablement développée, soit spontanément, soit sous linfluence d'hormones sexuelles femelles. Cette action s’observe après castration, thyroïdectomie, section du sympathique. Par

FAC Q EL CRTC

contre, chez l'animal hypophysectomisé, cette action ne s'exerce que si la prolactine n'est pas absolument pure, l'hormone cortico-surrénale ou l'hormone adrénotrope préhypophysaire étant indispensables à la lactation.

Il nous faut encore rappeler les modifications considérables de l'hypophyse pendant la gestation et la lactation.

Pendant la grossesse, la préhypophyse prend un aspect chromophile très marqué dû à un envahissement des cordons hypophysaires par de nombreuses et larges cellules éosinophiles dites « céllules de grossesse ». Dès la parturition, les cellules éosinophiles se transforment en cellules chromophobes (Selye, Collip et Thomson, Selye et Mac Keown), caractéristiques de l’hypophyse en période de lactation. L’aspect chromophobe ne persiste que si l’allaitement maternel se poursuit normalement ; dans le cas contraire, les cellules chromophobes disparaissent rapidement (Collin et Florentin). Riddle et Bates, Collin et Florentin concluent que la prolactine est emmagasinée dans les cellules éosinophiles pendant la gestation. Dès le post-partum, la prolactine contenue dans les cellules chromophiles se libère et les cellules chromophiles se transforment en chromophobes.

— Or, nous savons que l’acromégalie constitue le

syndrome clinique d'hyperpituitarisme correspondant à l’adénome hypophysaire acidophile, d'aspect très voisin de celui de l'hypophyse de grossesse. Si

Page 1